LES 3 QUESTIONS A...

MURIEL SIVALZIAN Capitaine-pilote de sous-marins (niveau 2) et scaphandrier.

 FÉVRIER-MARS 2024

 MURIEL SIVALZIAN

 L’AVENTURIÈRE DES PROFONDEURS

Capitaine-pilote de sous-marins (niveau 2) et scaphandrier. Fille de la Comex fascinée depuis l’enfance par l’équipe du Commandant Cousteau, Muriel Sivalzian vit un jour - à la télévision - des hommes marcher et travailler sous l’eau… un chalumeau à la main ! Ces hommes reliés au reste du monde par un ombilical semblaient être les proches cousins d’astronautes et cela lui a plu.
« Leur planète n’était pas située à des années-lumière de la nôtre, dit-elle. Mais juste là ! Sous le niveau de la mer, à quelques brasses à peine. Entre Tintin, Gagarine et le capitaine Némo, ces hommes semblaient pouvoir tout faire. Ça m’a plu et peu à peu le commandant Cousteau a fait place au président Delauze, fondateur de la Comex à Marseille. Plus encore que l’univers des poissons je venais de découvrir celui des scaphandriers sans savoir que je les rejoindrai un jour. C’était l’époque où femme-scaphandrier ça n’existait pas ! »
Muriel Sivalzian, je l’ai découverte à la télé, seule femme-scaphandrièr de France, lors d’un reportage qui lui était consacrée sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle est ma deuxième invitée de 2024, car 20 000 lieues sous les mers ou près de la surface, le polar rôde et n’est jamais très loin. Christophe Bourgois-Constantini (Lames de fond) et Gérard Saryan (Prison Bank water) invités du festival Blues & Polar à Manosque ces dernières années pour leur roman respectif de haut-vol en sont l’illustration. Et si Muriel Sivalzian ne lit pas beaucoup de polars mais adore Corto Maltese, sa vie en revanche, est une grande aventure ! J’aurai pu rester des heures à l’écouter parler des fonds marins , des pirates, des corsaires, du Titanic, de la vanité de ceux qui sont descendus bien trop profond pour le voir et ont exploser face au monstre brisé, et de ses rencontres insolites au fond de mare nostrum. Une grande dame passionnée entre fée aux yeux couleur de mer qui rêve éveillée et sirène baroudeuse de l’océan. Merci infiniment Muriel !

Jean-Pierre Tissier


« Si j’étais née 200 ans plus tôt, j’aurais été pirate. » MURIEL SIVALZIAN
1.BLUES & POLAR. Muriel, on ne se réveille pas un matin, enfant, en se disant je veux être scaphandrier. Il y a une rencontre, un lieu, une scène qui vous a fasciné au point de ne plus avoir que ça en tête ?
MURIEL SIVALZIAN. « Exactement ! Moi je suis une enfant de la télé. Et mes parents avaient une maison aux Lecques près de la mer. Le jour où j’ai mis un masque vers 3-4 ans j’ai halluciné de voir le spectacle des poissons, sous l’eau à leur hauteur. Faut dire que j’étais un peu kamikaze… Quand j’ai eu 6 ans, mes parents me couchaient à 20 heures pendant qu’ils regardaient l’Odyssée du Commandant Cousteau à la télé. Moi je me faufilais discrètement, en silence, sous la table du salon et un jour j’ai vu des gars de la Comex qui soudaient sous l’eau et j’ai trouvé ça terrible. Mes parents qui m’avaient inscrit à une école privée ont eu la surprise de découvrir un jour que j’utilisais l’argent de l’école pour prendre des cours de plongée sous la mer. Ils m’ont alors dit de passer mes Brevets de navigation et je suis allé taper à la porte de la Comex.

J’ai été prise pour aider un peu à tout… et j’ai tout découvert sur le tas, par mimétisme. J’ai regardé faire les plongeurs et un jour j’ai plongé avec eux. A cette époque, j’étais la seule femme-scaphandrier et comme j’était plutôt menue, c’est un gros avantage pour se déplacer sous l’eau. On m’appelait la « girelle ». Puis j’ai entretenu le premier sous-marin à atteindre les – 70 m ; c’était le Remoura ! Et je l’ai piloté un jour. Je suis partie ensuite à l’Ecole de plongée et je suis devenue la première femme-scaphandrier. Les copines disent scaphandrières aujourd’hui ; moi je m’en fous…C’est à la mort du commandant Cousteau que j’ai saisi la chance de partir sur le bateau affrété par Canal Plus car il y avait pas mal de néophytes à bord de cet engin de 68 m appelé « L’Océan voyageur ». J’ai fait ça pendant neuf ans, puis les sous-marins ont été racheté par James Cameron. »

2.BLUES & POLAR. Quand on va sous l’eau est-ce qu’on voit le monde différemment suivant les profondeurs ?
MURIEL SIVALZIAN. « Tout à fait ! On ne voit plus la vie du quotidien quand on est au fond. Dès les 500 premiers mètres les poissons changent. On sort de la bouillabaisse pour arriver à la transparence. Les poissons deviennent translucides et la première fois que j’ai vu ça aux commandes du petit sous-marin de la Comex, j’ai eu l’impression de rentrer éveillée dans un rêve car sous l’au au fond, tu vois des volcans, des collines…C’est magique !
D’ailleurs je ne faisais pas pipi de 12 heures pour ne pas être remplacée. Ces sous-marins-là, on les entretenait nous-mêmes comme des chevaux de course. On les bichonnait. Aujourd’hui je ne supporte plus le monde en surface. Il ne m’a jamais fait rêver. Je pense qu’il faut vivre dangereusement et j’ai toujours trainé la savate. Sous l’eau ce n’est que de la découverte. Si j’étais née 200 ans plus tôt j’aurais été pirate, car ils délivraient les esclaves les « Black sail » et ils ont même inventé la Sécurité sociale car ils indemnisaient les marins qui n’avaient plus de job après un naufrage. Le Corsaire c’est différent ; c’est le gendarme d’aujourd’hui en mer. »

3.BLUES & POLAR. Est-ce c’est la jungle sous l’eau, même en dehors de la question écologique ?
MURIEL SIVALZIAN. « Le seul primate dangereux pour la mer c’est l’homme Jean-Pierre ! On tire la sonnette d’alarme pour nettoyer la planète du plastique, mais en plongeant dans toutes les mers du monde, j’ai vu tellement d’horreurs. En Inde, ils jettent tout à la mer. Mais si on ne sait pas sauver la mer, ce sera la fin de tout. Il suffirait juste de la respecter. Plus on descend vers le fond, on voit que les poissons vivent en harmonie. Comme il y a moins d’oxygène, ils sont moins virulents, moins agressifs, plus calmes. Ils ne vivent que des déchets qui descendent vers le fond. L’incroyable, c’est qu’on va dans l’espace et qu’on ne connait que 10 % des fonds marins. Mon plus beau souvenir, c’est quand tu es à 1000 mètres de profondeur en petit sous-marin et que tu traverses des montagnes, des falaises et que ton passage crée des avalanches. Et quand tu allumes la lumière dans ces endroits où personne n’est jamais venu toute la bioluminescence apparaît. C’est féérique et magique.
Je n’ai jamais vu ça sur terre, c’est un vrai feu d’artifice sous l’eau. La mer ça te nourrit, ça t’apprivoise, elle te met à genoux, car elle a tout remplacé. On vient de l’Océan ! Maintenant j’y vais moins en plongée car j’ai 60 ans mais je fais partie des Compagnons du Saga » et si on peut faire quelque chose pour la France à travers la Méditerranée pour valider des sous-mariniers, ce serait formidable. »

LA QUESTION +. En dehors du métier, est-ce qu’il y a de la place pour la musique et la lecture ? Blues et polar par exemple ?
MURIEL SIVALZIAN. « Oui j’adore les deux. Je lis un peu de tout. L’Alchimiste, 100 ans de solitude, des biographies de personnages connus ou inconnus, mais j’aime les BD et notamment Corto Malte le marin... J’ai aussi fait du piano dans ma jeunesse et… ça va vous plaire Jean-Pierre j’aurais aimé savoir jouer de l’harmonica."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 ZOOM SUR… LE BATHYSCAPHE

15 février 1954, le bathyscaphe FNRS III atteignait la profondeur abyssale de 4.050 mètres, un record mondial qui avait défrayé la chronique. (Photo Frank Muller).
« Une véritable légende et une époque remarquable pour la recherche océanique française commente Muriel Sivalzian. Ce qui n’est plus du tout le cas de nos jours ! »

" Les pinceaux des projecteurs mettent fin à une nuit millénaire. Quelques mètres carrés d’un monde inconnu, sable blanc et poissons bioluminescents, se dévoilent aux yeux du capitaine de corvette Georges Houot et de l’ingénieur du génie maritime Pierre Willm. Ce jour, au large de Dakar (Sénégal), les deux Français sont les premiers hommes à atteindre la profondeur abyssale de 4.050 mètres sous la mer, à bord du FNRS III, un bathyscaphe de la Marine nationale. Soixante-dix ans plus tard, le drôle de sous-marin jaune et rouge - couleurs choisies pour que l’engin soit repéré plus facilement à la surface - est devenu l’un des symboles de la ville de Toulon, où il fut construit. Un de ses plus célèbres monuments.
Posé sur ses piliers en béton dans les jardins de la tour Royale, exposant sa forme iconique en bord de rade, le FNRS III est admiré chaque année par des milliers de personnes qui ne manquent pas de jeter un œil sur le panonceau retraçant son vieil exploit,*. Un record mondial qui tiendra six ans.
Derrière cette aventure humaine, les secrets techniques de la « bête », désarmée en 1961, sont nombreux.
Oui, la seule partie habitée du FNRS III est bien l’étroite sphère en acier située sous un énorme réservoir. Ce « flotteur » contenait de l’essence, utilisée pour contrôler la vitesse de descente de l’engin. Et non : dans la capsule, on ne trouvait pas plus d’instrumentations électroniques que de commodités. Seulement quelques vannes, cadrans et commandes électriques plutôt rudimentaires. Que Georges Houot et Pierre Willm aient confié leur vie à cet étrange véhicule ne fait sans doute pas d’eux des têtes brûlées. Mais assurément des aventuriers, des pionniers. De cette descente de plusieurs heures, où inquiétude légitime et extrême concentration devaient envahir l’habitacle, naîtront des progrès qui servent aujourd’hui encore à l’exploration scientifique des grandes profondeurs. Et à la nécessaire compréhension des origines et du futur de notre Terre.
L’Archimède (- 9.545 m en 1962) fut le successeur du FNRS III. Le Nautile, seul sous-marin habité de la Flotte océanographique française, mis en œuvre par Ifremer depuis 1984, est son descendant direct. En ce 15 février, quiconque a déjà rêvé d’être le premier à découvrir de nouvelles terres doit se souvenir : Il y a 70 ans, le FNRS III a posé deux paires d’yeux là où l’humain, sans la machine, n’y serait jamais parvenu.
Mais le bathyscaphe FNRS III souffre de corrosion. Restauré en 2005, grâce à une aide de DCNS (NAVAL GROUP), tout le monde s’accorde à dire qu’il faut rénover et abriter l’engin. Le bathyscaphe FNRS III, reste pour l’instant exposé dans les jardins de la tour Royale à Toulon.

📰 Extrait de l’article de Mathieu Dalaine (Var-Matin) : https://lc.cx/VgP4cZ
📻 audio 9mn : https://lc.cx/dhmr4x

 JANVIER-FÉVRIER 2024

 JEAN-FRANÇOIS MUTZIG

Le Centre Jean Giono à Manosque accueille l’exposition « Des animaux et des hommes » du photographe Jean-François Mutzig. Son travail et ses recherches questionnent les liens réels et symboliques entre l’homme et l’animal dans le monde pour faire transparaître la relation riche et complexe qu’ils entretiennent depuis la mythologie à aujourd’hui. Photographe humaniste, son regard curieux porté sur l’espace concédé de nos jours à la faune, oscille entre plaidoyer et réquisitoire.
(Photo Jean-Pierre Tissier)
Jeff Mutzig journaliste du Dauphiné libéré, photographe humaniste et ami de longue date est mon premier invité de 2024 dans l’Interview 3 Questions à… L’occasion d’évoquer avec lui son amour et sa passion du cliché qui se passe de commentaires, tant il y a de choses dites dans un regard ou une attitude. Fussent des hommes ou des animaux. Encore plus, les deux ensemble.
* À découvrir au Centre Jean Giono Bd Elémir-Bourges à Manosque jusqu’au 27 avril.

1. BLUES & POLAR. L’affiche de ton exposition avec un singe debout portant un balancier avec deux corbeilles est fascinante. On dirait un homme debout glissé dans une peau de bête comme Catherine Deneuve dans « Peau d’âne ». Comment as-tu réalisé ce cliché vraiment étonnant ?
JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Là, je suis en Thaïlande dans un spectacle de rue qui se déroule dans une enceinte fermée. On y assiste à un spectacle de singes destinés au spectacle qui jouent au foot, font du vélo, des acrobaties ; mais celui-ci avait une apparence presque humaine. Et la force de cette image, c’est qu’il est en osmose avec moi. Il mesure 1, 20 m environ, il me regarde et il ne lui manque que la parole. C’était la fin du spectacle et il passait auprès du public avec son balancier pour recueillir de l’argent dans ses deux paniers. Je me suis agenouillé pour être à sa hauteur. Il y avait une humanité dingue dans son regard alors qu’il a quand même une chaine autour du cou. On ne la voit pas beaucoup sur la photo… Mais il faut savoir que ce spectacle n’est pas destiné aux touristes. C’est pour les locaux principalement. D’ailleurs, on était quatre Européens dans la foule. C’est tout ! »

2. BLUES & POLAR. Photographier alternativement les animaux et les hommes, a toujours été depuis tes débuts, il y a une trentaine d’années, ton modèle de travail. D’où vient cette inspiration ? De ton origine nordiste avec les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais ?

JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Avant les années 2000, j’ai un peu voyagé dans différents pays du monde et j’ai découvert le Vietnam. Notamment en 199 avec les mineurs de charbons. Et comme je suis très attaché à l’humain, ça m’a touché. Mais c’est la présence de l’éléphant au Vietnam avec leurs maitres qui m’a bouleversé et déclenché quelque chose en moi. Tu sais, en photo, on est souvent absorbé par la nature elle-même, plus que par la nature profonde l’animal. Et cette relation-là entre l’homme et l’animal, peu de photographes la travaillent. Donc après avoir travaillé sur les chevaux au Portugal, les buffles, les tigres, les coqs dont les combats sont interdits dans le monde entier mais tolérés dans certains pays... j’ai commencé un travail sur cette relation entre l’homme et l’animal. Tu vois cette photo d’un type sans abri au Laos qui chasse des très gros rats pour les vendre sur le bord de la route il y a plein d’angles pour le photographier, car c’est universel et sans fin. Presque toutes mes photos ont été faites à l’étranger, mais il y en a une an France, à Mane près de Forcalquier. C’est chez Goletto pour la tonte des moutons et il y a une complicité entre l’homme-rondeur et le mouton assis sur ses pattes arrière qui se laisse faire. Et il y a aussi un angle pour la laine et un autre pour la nourriture. On peut donc voyager dans le monde au bout de la colline. Tu en sais quelque chose avec Le Provençal - et moi au Dauphiné libéré - la Presse quotidienne régionale dont nous sommes issus c’est la première et la meilleure des écoles. On y côtoie les hommes et les animaux. Tu dois tout faire, vite et bien. Avec humanité et humilité aussi. Moi, j’essaie d’avoir chaque fois un œil nouveau. Et je ne porte pas de jugement ! »

3. BLUES & POLAR. « Les Clichés de l’Aventure » c’est l’association que tu as fondée il y a 30 ans. L’objectif, c’était la technique, le partage et la camaraderie ou je me trompe ? »

JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Oui c’est un peu tout cela. L’idée, c’est de voyager à travers la photo et de partager ensuite. A chaque fois, on est 3 ou 4 (au minimum) à partir en voyage à l’aventure. Car j’ai toujours travaillé en équipe dans les Clichés de l’aventure. On prépare le voyage ensemble, et au retour on restitue. Dans cette exposition au Centre Jean Giono qui est la centième de l’association il n’y a plus de clichés noir et blanc pris avec une pellicule argentique. On est dans le numérique car quand tu as fait – comme nous – beaucoup d’années la tête dans les produits chimiques au labo, c’est bien de respirer une peu. Mais la pratique du labo, c’est fondamental si on veut comprendre toutes les nuances de gris qui font l’expression d’une photo en noir et blanc.
Je conseille toujours de débuter par l’argentique pour s’initier à la photo, de développer ses pellicules et tirer ses photos. Et quand on maitrise tout ça, de passer au numérique. Mais aujourd’hui avec une simple petite disquette on ne galère plus. C’est tellement pratique. Car c’était toujours angoissant d’attendre la surprise du révélateur… et du fixateur qu’il ne fallait pas oublier. En prises de vue toutes les photos sont prises en couleurs et ensuite on travaille dessus pour passer en noir et blanc. Et les tirages de l’exposition c’est un grand laboratoire qui les a effectués. »

LA QUESTION + « Est-ce que tu écoutes de la musique, Jeff ? »
JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Oui mais je suis plutôt classique. J’adore Mozart et Pink Floyd. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 DÉCEMBRE 2023

 LAURIE FACHAUX-CYGAN

Journaliste d’investigation, LAURIE FACHAUX-CYGAN est l’auteure de « Chambre 406, L’Affaire Pablo Neruda » aux éditions L’Atelier. Un ouvrage passionnant sur la mort toujours très mystérieuse du poète chilien Prix Nobel de littérature 1971, survenue le 23 septembre 1973 à la clinique Santa Maria de Santiago du Chili. Il y a 50 ans déjà... Passionnant ! Un vrai polar !
Laurie Fachaux-Cygan a reçu le Prix du meilleur reportage de la Presse étrangère au Chili en 2015 ; elle est mon invitée BLUES pour la dernière double Interview en 3 Questions de 2023.

RAPPEL DES FAITS. Le 23 septembre 1973, soit 12 jours après le coup d’État d’Augusto Pinochet, Pablo Neruda Nobel de littérature 1971, décède à l’hôpital mystérieusement. Son chauffeur de l’époque, Manuel Araya, a toujours crié à l’assassinat.
Le 25 septembre 2023, la juge Paola Plaza a notifié aux parties concernées, son souhait de clôturer l’enquête en cours depuis douze ans. Le Parti communiste chilien ainsi que Rodolfo Reyes son neveu s’y étaient opposés et lui avaient demandé de continuer d’enquêter sur plusieurs points.
URGENT ! Ce 7 décembre 2023 au Chili – deux heures après mon entretien avec Laurie Fachaux-Cygan - la juge en charge de l’enquête sur les circonstances de la mort du poète, Paola Plaza a refusé de rouvrir l’enquête. Elle rejette ainsi toutes les demandes du Parti communiste (PC) chilien, mais aussi du neveu de Pablo Neruda, Rodolfo Reyes. Les parties civiles peuvent désormais faire appel de cette décision.

1.BLUES & POLAR. Il y a 50 ans que le poète chilien Pablo Neruda Prix Nobel de littérature en 1971 est mort. Ce compagnon du président socialiste Alliende homme de gauche plutôt consensuel, est décédé 12 jours après la prise de pouvoir du général Pinochet, sans hommage national, et plutôt mystérieusement (on parle d’empoisonnement) et une enquête est toujours en cours depuis douze ans. C’est la raison de ce livre ?
LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Exactement ! J’ai voulu écrire ce livre car j’ai vécu au Chili en 2013 et en 2016 quand Pablo Neruda a été enterré pour la 4e fois après une nouvelle exhumation de ses restes. Et j’ai assisté professionnellement à cet enterrement au cours duquel j’ai pu rencontrer la famille de Pablo Neruda, son chauffeur, son neveu…. C’est un vrai Polar cette affaire. Car Pablo Neruda a eu une vie rocambolesque. Il a dû s’exiler notamment en France car le Parti communiste avec lequel il voulait se présenter à la Présidentielle, a été interdit pendant longtemps au Chili. Et il était la cible de Pinochet. L’intéressant, c’est qu’après douze années d’enquête policière les experts scientifiques (comme je le détaille dans mon livre) ont découvert une bactérie porteuse du botulisme dans une dent de Pablo Neruda. Et qui aurait pu causer sa mort par empoisonnement. Mais on est dans une affaire vraiment très complexe. Pour ce procès intenté par la famille pour « empoisonnement et assassinat », il n’y a pas d’audiences publiques avec un jury populaire comme dans une Cour d’assises en France pour prononcer un verdict. C’est la Justice et la Juge - seule – qui décide de terminer l’instruction ou non. Et elle vient de le faire ce jeudi 7 décembre, alors que nous évoquions mon livre. Néanmoins, on reste dans le symbolique car il est difficile et pratiquement impossible de reconstituer aujourd’hui les faits des derniers moments de vie de Pablo Neruda à la clinique Santa Maria, heure par heure. De nombreux dossiers ont été détruits, légalement d’ailleurs, les témoins de l’époque (soignants) sont morts, mais cette bactérie découverte peut détruire une vie. Il y a d’ailleurs eu un mort et douze cas observés à Bordeaux en septembre 2023 à cause de conserves mal conditionnées par un restaurateur. Il manque donc encore des pièces au puzzle car si es scientifiques affirment qu’il avait bien un cancer de la prostate, il n’était pas en phase terminale. Ils ont aussi étudié la terre qui était autour de ses restes aux environs de sa tombe et ils ont la certitude que la bactérie du botulisme était bien présente déjà dans son corps. Cette affaire est donc scrutée par la Presse dans le monde entier. Et les avancées de la science sont importantes. Mais là, les familles vont devoir faire appel après la décision de la juge du 7 décembre. Seront-elles entendues ou sera-t-on encore dans une histoire sans fin ? Car l’opinion publique au Chili est toujours très divisée. »

2.BLUES & POLAR. Le président Alliende humaniste, les poètes Victor Jara torturé, massacré, assassiné, les mains broyées, Pablo Neruda écrivain mort brutalement... Il y a eu beaucoup de morts violentes pendant la Dictature de Pinochet au Chili. Derrière tout cela, il y avait une volonté d’anéantir la Culture, les chansons, les écrits ?
LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Totalement ! Pablo Neruda était un immense poète connu dans le monde entier, mais l’arrivée de Pinochet au pouvoir par un coup d’Etat a été un coup d’arrêt pour les poètes et les chanteurs. Il y a eu des livres brûlés. De véritables autodafés comme l’ont pratiqué les Nazis ; alors que la poésie de Neruda était amour et politique. Ce coup d’Etat, c’était la mort de la Gauche chilienne dans tous les sens du terme. Mais la justice a enfin reconnu des années plus tard, l’assassinat du chanteur Victor Jara au cours de son emprisonnement au grand stade Nacional de Santiago qui porte désormais le nom de Stade Victor Jara (*).

3. BLUES & POLAR. Vous avez travaillé 13 ans au Chili Laurie. Comment définiriez-vous ce pays tout en longueur (4200 km) pour 200 km de large, entre mer et montagnes ? Y-a-t-il une unité chilienne entre le nord et le sud ?
LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Il y a un sentiment d’unité nationale qui existe et on le ressent chaque 18 septembre pour la Fête nationale. Mais aujourd’hui c’est un pays qui est divisé avec la montée des extrêmes. L’Extrême Droite a des représentants à l’Assemblée et est assez forte. Cependant, le président actuel élu en décembre 2021, est de Gauche avec des communistes dans le gouvernement. Et pourtant les Chiliens n’ont pas tous la même lecture du Coup d’Etat de 1973. Pour une partie d’entre eux, le Coup d’Etat de 1973 est de la responsabilité d’Allende. Et d’ailleurs, la Constitution de Pinochet rédigée en 1980 est toujours en vigueur actuellement. Mais un référendum est organisé ce dimanche 17 décembre, 2023, soit dans quelques jours, pour écrire une nouvelle Constitution. Néanmoins, il faut savoir que c’est l’Extrême Droite… majoritaire dans l’Assemblée qui l’a rédigée. »

LA QUESTION + Lisez-vous des polars ? Le blues pour vous ; état d’âme ou musique ? LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Oh oui j’aime les polars. Notamment Jean-Patrick Manchette et David Grann qui a écrit un superbe bouquin sur les Indiens Ossages que Martin Scorsese vient de tourner en film. Pour le blues, c’est les deux. La musique me transporte et il y a une musique pour chaque moment. Mais j’aime beaucoup le jazz aussi ! »
NB. (*) Mon vieil ami walllon le chanteur belge Julos Beaucarne – aujourd’hui parti rejoindre les étoiles lui-aussi - a écrit une merveilleuse chanson sur Victor Jara et ses mains (non pas coupées à la hache comme l’a chanté alors Julos), mais broyées selon Joan Jara qui a reconnu son corps.
* Joan Jara épouse de Victor Jara est morte il y a quelques semaines, le 12 novembre 2023.

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

DOCUMENTATION.
Le livre de Carlos Cerda Génocide au Chili est disponible à la librairie DOUIN spécialisée dans les livres anciens à La Celle-Saint-Cloud (78). Contact : livresanciens.fr Email : librairie.et.editions.douin@gmail.com

 SANDRINE COHEN

« Coup de cœur Blues & Polar 2020 » pour son premier roman noir « Rosine une criminelle ordinaire » paru aux éditions du Caïman, et 4 étoiles Blues & Polar pour « Tant qu’il y a de l’amour » son 2e ouvrage, Sandrine Cohen est également coréalisatrice sur la série Cassandre. Sa première réalisation personnelle d’un polar télévisé Meurtres dans le Cantal a été diffusé le samedi 2 décembre à 21 heures sur France 3. Une réussite dans laquelle on sent sa patte comme dans ses romans ! Elle est mon invitée POLAR de décembre également.
1. BLUES & POLAR. Tu viens de réaliser ton premier polar à la Télé pour France 3. Réalisatrice est-ce que ça veut dire que tu as écrit l’histoire, les dialogues, trouvé les décors, pris la caméra, filmé… Ou est-ce qu’il y a un gros travail d’équipe ?
SANDRINE COHEN. « Il y a effectivement une grosse équipe autour de tournages comme cette série de Meurtres à… imaginée par France 3. Là, il y avait 12 à 15 personnes pour l’image, 4-5 pour le maquillage et les coiffures. En gros, une vingtaine de personnes pour le tournage de ce « Meurtres dans le Cantal. En tant que réalisatrice, j’ai suivi l’écriture du scénario écrit par Marie-Luce Davi et Pierre Lebert et j’ai échangé régulièrement avec eux. Après, il faut mettre en images cette histoire et j’ai choisi les acteurs, l’équipe technique avec notamment des personnes qui ont pour mission de repérer les lieux dans la région choisie. Là l’histoire était écrite pour le Cantal avec un esprit basé que l’esthétique et la logistique. On fait donc des pré-repérages avec le chef-opérateur, le chef-machino et le chef-électro. Et il y a aussi l’organisation du tournage avec la cheffe de Production. Ensuite je prépare le plan du film en faisant des dessins par terre, au sol. Ce travail de préparation dure en général six semaines ; là il m’a pris deux mois. Après on part sur place pour 20 jours de tournage, où l’on considère que rien n’est grave et qu’on doit s’adapter aux conditions de vie et climatiques comme les habitants. Ce que l’on a dû faire. Et ça amène de la crédibilité au tournage. La patte personnelle, tu l’amènes dans tout, et quand j’ai regardé « Meurtres dans le Cantal » comme une téléspectatrice le 2 décembre sur France 3 j’ai été satisfaite car c’est tout à fait moi. On a toutes et tous fait au mieux. C’était une belle aventure. »

2. BLUES & POLAR. Télévision, photographie, comédie, écriture… tu touches décidément à tout… et ça te convient ?
SANDRINE COHEN. « Oui ! Je suis bien comme ça. Car je trouve que tout est bon pour raconter des histoires. Là je viens de terminer le tournage d’un beau documentaire de quatre épisodes de 52 mn pour Canal plus sur « Les Reclus de Monflanquin » cette famille de notables bordelais qui a été sous l’emprise mentale d’un escroc manipulateur pendant près de dix ans en leur faisant croire à un complot et qui s’est terminée par un procès en 2012. Mais au départ, je voulais d’abord faire des films et j’ai appris en regardant sur les tournages où j’étais comédienne, puis je suis allée suivre une formation dans une école (CinéTV) pour apprendre la technique. L’écriture, c’est mon activité la plus récente et ça m’a ouvert l’esprit. Car quand tu écris, c’est la liberté absolue. Alors qu’en images c’est différent. Il faut avoir une liberté technique déjà acquise et surtout aimer les acteurs. Ce tournage de « Meurtres dans le Cantal » était du vrai bonheur et on a sacrifié aux plaisirs de la cuisine du Cantal qui est plutôt riche. D’ailleurs, j’ai découvert des coins superbes et tranquilles pendant le tournage et je vais retourner au ski à Murat. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce qu’il y a un nouveau livre (Polar ou autre) en gestation ?
SANDRINE COHEN. « Oui ! Le prochain roman est prêt. Il va s’appeler « Antoine » et on va retrouver Clélia enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux qui est l’héroïne de mon premier roman « Rosine une criminelle ordinaire ». Là, c’est l’histoire d’un gosse qui a tué son père d’un coup de fusil au retour d’une battue. Mais ce serait un « accident de chasse » … dans une cuisine ! Il est prévu pour sortir en mai chez Flammarion. ».

LA QUESTION + Tu écoutes quoi comme musique en ce moment ?
SANDRINE COHEN. “J’écoute toujours de la musique mais c’est ma fille qui a la play-list. En ce moment, j’aime bien Clara Ysé qui est chanteuse mais aussi écrivaine Prix de la Création littéraire 2021 et Soko. J’écoute un peu de jazz parfois… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 NOVEMBRE 2023

 ANOUK SHUTTERBERG

L’INTERVIEW POLAR
L’auteure de JEUX DE PEAUX, BESTIAlLet LA NUIT DES FOUS, son 3e roman qui vient de sortir aux éditions Récamier Noir (**** pour le comité de lecture de Blues & Polar) est mon invitée « POLAR » de novembre.

1. BLUES & POLAR. Vos trois romans ont tous la particularité de l’originalité la plus totale, comme si l’improbable vous tendait chaque fois les bras. Cela tient à quoi cette inspiration si particulière ?
ANOUK SHUTTERBERG. “Pour Jeux de peaux, 5 ans avant sa sortie je l’avais déjà en tête. J’ai travaillé dans la communication et dans l’art qui représente quelque chose de très puissant en moi. Et j’ai toujours eu en tête de dénicher l’artiste du futur. Le tatouage a été une aventure pour moi qui ne suis pas tatouée, et j’ai flashé sur Irezumi Bijutsu un as du tatouage à l’ancienne qui révèle tant de choses. Ils ne sont que 90 à travailler ainsi au Japon. Et je me suis lancée dans ce livre.
Pour Bestial, c’est un fait personnel terrible qui m’est arrivé à Londres où j’ai perdu ma fille. Envolée, disparue, la terreur totale ! J’étais sans vie ! Cela a duré pendant dix minutes et quand on l’a retrouvée avec l’aide des policiers londoniens, je me suis écroulée. J’ai alors pensé à tous ces faits divers ; ces disparitions qui resteront inexpliquées… Je me suis mise à écrire avec l’idée de faire voyager le lecteur. Et même s’il y a des scènes dures j’essaie d’arriver à les rendre esthétiques comme cette fille enfermée dans une bulle énorme dans un arbre…
La Nuit des fous, mon dernier sur lequel j’ai de bons retours de lecture, c’est un dossier que j’ai découvert en 2019 et je l’ai sculpté pour en faire un polar. Cette enfant oubliée elle est dédiée à toutes les personnes qui ne rentrent pas dans le moule et dans les cadres de vie. C’est pourtant un livre d’une tristesse absolue mais je suis fière que ce livre plaise. Scoop pour Blues & Polar, je suis déjà en train d’écrire le 4e et il se passera en Savoie vers Chambéry… »

2. BLUES & POLAR. Karine Giebel, Pierre Pouchairet, Olivier Norek, Charles-Henri Contamine… aiment associer la musique à leurs romans pour en asseoir le décor et l’atmosphère. Vous, c’est carrément un QRCode que vous glissez en ouverture du livre pour nous embarquer tout au long de vos pages. J’ai testé et ça marche. Tous ces morceaux, ce sont vos tasses de thé personnelles ?
ANOUK SHUTTERBERG. “Oui je les connais tous ! En fait, j’ai presque envie que mon lecteur m’accompagne dans mon écriture comme s’il était au-dessus de mon épaule. Et ce QR code au début du livre, à scanner pour écouter un morceau de musique à chaque épisode de lecture, c’est une distorsion qui me plaît et me transporte littéralement. J’écris comme des notes de musique sur un film que je me fais dans ma tête pour que le lecteur arrive à faire pareil. J’ai fait dix ans de violon et ça m’aide dans le rythme de la construction et je pense souvent à des films qui m’inspirent pour trouver le bon assemblage. Par exemple, l’opéra va bien avec certaines scènes assez tragiques. J’ai pensé à Lars Von Tries et à son Antechrist où il y a un morceau de Haendel et ça colle. Comme Shining et d’autres… »

3. BLUES & POLAR. Cet univers torturé du polar, vous l’avez en vous depuis longtemps ? C’est ce qui vous a poussé à écrire ?
ANOUK SHUTTERBERG. « J’écris depuis toujours. Je suis lectrice depuis que je sais lire. Je me souviens toute gamine du Lion de Joseph Kessel et puis un jour j’ai eu une « fenêtre de tir » personnelle à un moment et je me suis lancée. J’ai eu de la chance et un coup de pouce du destin. J’avais envoyé un manuscrit de Jeux de peaux à quatre maisons d’édition un mercredi matin, et Céline Thoulouze des éditions Belfond (aujourd’hui directrice générale des Editions Récamier) m’a appelée le samedi, enthousiaste. Après, on s’est rencontrées et il y a eu une question de confiance car je ne connaissais absolument pas le domaine de l’édition, les règles... J’ai rencontré une belle personne qui aujourd’hui me publie chez Récamier. Je suis heureuse !

LA QUESTION + Le Blues pour vous Anouk, c’est une musique ou un état d’âme ?
ANOUK SHUTTERBERG. « Je dirai les deux. Le blues a un côté triste quand on pense à l’époque des esclaves noirs dans les champs de coton, mais c’est aussi de formidables moments d’émotion. Comme dans le Polar. C’est d’ailleurs très logique cette union du Blues et du Polar. Ca me plait beaucoup ! ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 SELIM CHIKH

L’INTERVIEW BLUES
Le président de l’association Le Sonograf, iconique Temple du blues au Thor en Vaucluse depuis plus de 20 ans et co-organisateur du 1er festival Les Escales à Avignon est mon invité « BLUES ». J’évoque avec lui cette musique des Caraïbes via ce premier festival qui s’est déroulé à Avignon du 9 au 12 novembre et le Blues teinté de soleil qui y a toute sa place ; mais avec des couleurs et nuances différentes.

1.BLUES & POLAR. Pourquoi organiser au mois de novembre, dans la grisaille de l’hiver, un festival consacré aux musiques des Caraïbes ? Pour nous amener un peu de soleil ?
SELIM CHIKH. « Du soleil, oui bien sûr, mais aussi pour aller dans le sens de L’Echo des riffs, ce festival que nous avons créé en 2018 et qui est consacré aux musiques du monde. On a décidé de le rebaptiser « Les Escales » afin de pouvoir chaque année en novembre choisir une destination, un thème, une ville, un pays… pour y faire escale et le visiter. Cette année du 9 au 12 novembre ce sera les Caraïbes que nous allons décliner dans plusieurs lieux « historiques » de la ville d’Avignon. C’était un événement souhaité par la municipalité avignonnaise et le Sonograf assure donc la programmation. Intra-muros. Les concerts et événements auront donc lieu au Rouge Gorge la salle mythique située au pied du palais des papes, à la Scala et au Théâtre de l’Oule. On y entendra de la musique latino-américaine principalement. »

2.BLUES & POLAR. On connait le groupe Delgrès que France Inter a beaucoup contribué à faire connaitre, mais y-a-t-il un courant de Blues caraïbéen, et comment le définir ?
SELIM CHIKH. « On aurait aimé avoir Delgrès avec nous, mais cela n’a pas pu se faire. Le Blues des Caraïbes, c’est un blues plus acoustique tourné vers des textes mélodieux qui racontent la réalité de la vie sentimentale ou familiale. C’est aussi un Blues – à l’instar de The Two – qui se chante en Anglais et en Créole. »

3.BLUES & POLAR. Sélim, tu es un programmateur qui fait donc des choix, mais pour toi, quelle est l’importance de la musique dans le monde alors que certains pays comme l’Afghanistan, l’interdisent ; tout comme l’Iran qui bannit la musique occidentale ?
SELIM CHIKH. « Par rapport à ce qui se passe actuellement dans le monde la musique est vitale. Car certains pays que tu as cités pensent même que la musique c’est le mal ! Moi au contraire, je pense que la musique est universelle et qu’elle fédère. Elle est un message d’amour et c’est en ce sens que je fais ma programmation. Sans musique je ne pourrai pas fonctionner. »

LA QUESTION + Le Blues pour toi c’est une musique ou un état d’’âme ?
SELIM CHIKH. « Je pense qu’avant tout c’est une revendication de liberté contre l’oppression. Mais bien sûr que c’est une musique. J’aime BB King pour tout ce qu’il a apporté musicalement et Memphis Slim également. L’excentrique Screamin jay Hawkins que j’ai bien connu a eu aussi son importance. »


 OCTOBRE 2023

 PASCALE ROBERT-DIARD

grand reporter au Monde a remarquablement traité dans son livre « La Déposition », l’incroyable et inattendu 3e procès en Cour d’assises de Maurice Agnelet à Rennes, au cours duquel Guillaume, son fils a fait pencher la balance de la Justice en défaveur de son père, le dernier jour via une déposition écrite lue par l’avocat général de la Cour d’assises !
C’est la raison pour laquelle nous avions invitée Pascale Robert-Diard au festival Blues & Pola 2014, mais elle n’avait pu se rendre à notre invitation estivale, étant une grande passionnée de randonnées durant l’été.

Cette affaire est devenue aujourd’hui « Tant qu’ils ne retrouvent pas le corps » une série en 3 épisodes sur Arte dont la diffusion complète a eu lieu mardi 26 septembre à 20h 55 et reste visible sur ARTE TV jusqu’en 2024.
Le pitch : Il s’agit d’un des mystères les plus marquants de l’histoire judiciaire avec la disparition d’une riche jeune héritière (Agnès Leroux) dont la mère tient le Palais de la Méditerranée et son casino très envié à l’époque sur la Promenade des Anglais à Nice. On trouve au centre de l’affaire, Maurice Agnelet avocat niçois affairiste, franc-maçon par intérêt avant tout, ami de la mafia, de Jacques Médecin maire de Nice… poursuivi pour meurtre et 37 années de procédures ponctuées de rebondissements dignes des meilleures séries noires et au final, une révélation de son fils Guillaume qui explose telle une déflagration.
LIEN POUR VOIR LE FILM SUR ARTE : https://arte-magazine.arte.tv/press-kit/2770

* BLUES & POLAR. Après une longue carrière de journaliste de Presse écrite au quotidien Le Monde, on vous retrouve là, embarquée dans une Série (en trois épisodes) sur l’Affaire Maurice Agnelet que vous avez suivie de bout en bout via trois procès pendant 37 ans. Comment s’est articulé ce projet ?

PASCALE ROBERT-DIARD. « Tout ça est né de ma rencontre avec le grand documentariste Bosco Levi-Boucault qui a réalisé une série d’enquêtes sur la mémoire de la Résistance il y a une trentaine d’années où il évoquait « Des terroristes à la retraite », mais aussi par la suite « Roubaix, commissariat central, affaires courantes, » adapté en long-métrage de fiction par Arnaud Desplechin sous le titre « Roubaix, une lumière » (2019), puis « Ils étaient les Brigades rouges », « Corleone, le parrain des parrains » en 2019 et « Mafioso au cœur des ténèbres », documentaire sur trois repentis de Cosa Nostra en 2022. C’est lui qui m’a présenté Rémi Lainé qui réalise cette série. C’était une première pour moi et une immense joie. On a donc travaillé trois ans pour avoir les témoignages que l’on souhaitait, notamment ceux de Thomas et Guillaume Agnelet, les fils de Maurice Agnelet. Car l’image offre des choses que l’écrit le plus précis soit-il ne peut pas montrer.
Ainsi, mon livre « La Déposition » s’arrête à Rennes après la condamnation de Maurice Agnelet. Mais le film lui, poursuit l’histoire avec la mort de Maurice Agnelet revenu chez lui en raison de son état de santé. Et les archives nouvelles apportent beaucoup. On a ainsi des images vivantes d’Agnès Leroux qui sont très fortes. Et le temps passant, les témoignages gagnent avec le recul. La grande question était de pouvoir réunir tous les protagonistes de l’affaire et il a fallu régler ça en série et en 3 épisodes. Et puis, on ne voulait pas faire un simple documentaire ou un Biopic, mais expliquer la tragédie de cette histoire vécue par deux familles : les Leroux et les Agnelet. ARTE a été tout de suite partante, car c’est cette particularité qui les a séduits. »

** BLUES & POLAR. Le corps d’Agnès Leroux n’a jamais été retrouvé. Un pôle national dévolu aux « Cold cases » (disparitions inexpliquées) qui permet déjà des découvertes remontant à plus de vingt ans a vu le jour à Nanterre sous l’impulsion de Jacques Dallest ancien procureur de Marseille et Grenoble, et Grand Témoin du festival Blues & Polar cet été. Que pensez-vous de cette création ?

PASCALE ROBERT-DIARD. « C’est très important et le Pôle est déjà arrivé à sortir et résoudre des dossiers qui restaient sans explication. Avec l’ADN bien des indices peuvent désormais réapparaître. C’est une très bonne chose. »

*** BLUES & POLAR. Votre excellent dernier livre « La Petite menteuse » sorti en plein mouvement « Me too » évoque la rétractation tardive d’une adolescente de 15 ans ayant accusé un homme de viol et qui a dû aller en prison. C’est aussi votre premier véritable roman de fiction. Comment a-t-il été reçu ? Car peu de temps après sa sortie, une véritable affaire similaire, mais bien réelle, a eu lieu à Hazebrouck (Nord) et l’Etat français a reconnu son erreur ce qui est plus que rarissime.

PASCALE ROBERT-DIARD. « La Petite Menteuse » est un récit et cela a été plus difficile que d’écrire des articles dans un journal. Il a été très bien accueilli et il n’y a pas eu de polémique. Mais quand on a goûté au roman, ça donne envie de continuer et là je suis bien avancée dans mon deuxième. Mais je ne peux rien dire pour l’instant. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 AOUT-SEPTEMBRE 2023

  JACQUES DALLEST

Ancien Procureur de la République à Marseille puis Procureur général près la Cour d’Appel de Grenoble a pris sa retraite, il y a peu. Il est mon invité pour l’Interview 3 Questions à… du mois d’août sur le site www.blues-et-polar.com Il sera le Grand témoin du 19e festival Blues et Polar le samedi 26 août à 16 heures à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.
« Ma bibliothèque est le dépositoire de la mort criminelle, celle qui me fascine au point de me faire accumuler des centaines d’ouvrages sur le sujet. J’aime y goûter leurs saveurs vénéneuses » a écrit l’ancien Procureur de la République à Marseille et Procureur général de Grenoble, Jacques Dallest. C’était dans son ouvrage mémoire qu’est « Mes Homicides » (Robert-Laffont) retraçant 30 ans au service de la Justice et pour lequel nous l’avions invité en 2016 à Manosque dans le cadre du festival Blues & Polar consacré aux plaidoiries d’Assises et à l’intime conviction. Jacques Dallest, pour qui la Cour d’assises représente toujours un idéal de justice apportait dans ce livre un éclairage précieux et sincère sur cette fonction pas comme les autres qui est celle de Procureur de la République ; soit le représentant de l’Etat face au drame. On avait alors découvert au travers de ses 400 pages, trente années de vie consacrées au meurtre, au viol, au grand banditisme... non sans oublier les cités en feu, et les tueries et règlements de compte en Corse et à Marseille. Pour cet homme qui aime l’ambiance particulière des Cours d’assises où la dramaturgie est intense, la justice permet de connaître l’homme dans son entité, au travers de l’homme criminel. « Mes Homicides » est un livre instructif et fascinant empreint de souvenirs personnels qui nous a permis de mieux comprendre ce qui se passe autour de nous, et jusqu’où peut aller l’horreur.
Aujourd’hui magistrat honoraire, bien loin d’être inactif, Jacques Dallest poursuit ses missions d’enseignement à l’Ecole nationale de la Magistrature et à l’Ecole nationale supérieure de la Police, tout en ayant été en 2021 à l’origine de la création du Pôle Cold case de Nanterre chargé désormais des Disparitions inexpliquées, qui a vu le jour en novembre 2022. Et il y a du pain sur la planche ! La dramatique disparition du petite Emile (2 ans ½) au hameau du Vernet Haut le 8 juillet dernier dans nos Alpes-de-Haute-Provence en est la triste illustration. Ce livre « Cold cases » en forme d’essai pour une politique d’action rapide et coordonnée en cas de disparition inexpliquée ou non résolue malgré les années d’enquête est d’une richesse de vue considérable. Et ce n’est pas un hasard que sa préface soit signée d’Éric Dupont-Moretti Garde des Sceaux-Ministre de la Justice.

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR. « Cold cases » est un ouvrage conséquent en forme d’essai qui semble mûri de longue date tellement on a l’impression d’avoir entre les mains une véritable Bible de savoir et d’expérience en forme de feuille de route. Est-ce le cas ?

JACQUES DALLEST. « En 2015, j’ai écrit « Mes Homicides » et là c’est mon tome 2. Car j’ai continué à travailler les crimes énigmatiques comme lorsque j’étais en poste à Lyon à l’époque où l’ADN n’existait pas. En fait ce « Cold cases » c’est quarante années d’expérience notamment à Marseille où je suis resté cinq ans. Ne pas arriver à résoudre une affaire, c’est socialement une mauvaise chose. Car à Marseille et plus tard à Grenoble, j’en ai vu des crimes et notamment des scènes de crime. Et quand on est confronté de visu à la cruauté de la réalité des faits, c’est vraiment autre chose de le vivre que de l’écrire. Peu de personnes en fait - notamment les écrivains de polars - voient véritablement les scènes de crime et l’atmosphère étrange qui y règne, car les odeurs aussi nous marquent. C’est donc une réflexion de longue date que j’ai proposée au Ministère de la Justice afin de pouvoir traiter les crimes différemment aujourd’hui. Et c’est ainsi qu’en 2022 est né le pôle « Cold cases » de Nanterre. Partout en France, un Procureur départemental non-spécialisé est pris par l’urgence alors qu’il faut des spécialistes à temps plein. J’ai participé à l’aventure de cette naissance au moment du Covid de 2019 à 2021. Et la France devient ainsi un des premiers pays du monde – hormis les Etats-Unis – spécialisé dans les « Cold cases ». Et c’est vraiment de l’espérance pour de nombreuses familles. Et pour ça une pédagogie de la réalité est nécessaire. Les Américains ont résolu de cette manière des crimes commis dans les années 50-60. »

2. BLUES & POLAR. Les disparitions inexpliquées qui sont au cœur de ce livre, les Alpes-de-Haute-Provence y sont confrontées de nouveau (après Yannis et Matthieu il y a plusieurs années) avec le petit Émile disparu au Vernet ile 8 juillet et que l’on à toujours pas retrouvé. Aucun indice ! Est-ce qu’il faut se résoudre à ne pas pouvoir expliquer l’inexplicable ?

JACQUES DALLEST. « Malheureusement oui ! Il y a souvent des endroits totalement improbables où des gens disparaissent. Et c’est déjà arrivé ces cas de disparition où il n’y a aucun indice. Ainsi le jeune Luca dans le Gard, on a finalement retrouvé ses ossements quelques années après, pas très loin de chez lui. Chute involontaire ou suicide ? On ne saura surement jamais. Il y a des disparitions tous les jours en France et quand on ne retrouve pas le corps, c’est la porte ouverte à toutes les suppositions. Ça génère de l’anormal pour les proches et on a toujours du mal à refermer les pistes. Pour un enfant, il n’y a pas 36 solutions, mais on ne peut rien écarter et le rationnel et l’irrationnel se télescopent. De plus, il y a une fascination du public et des médias pour toutes ces affaires. L’ADN est désormais un apport énorme pour l’enquête, mais toute disparition n’est pas forcément un crime. »

3. BLUES & POLAR. En ce moment la société semble à fleur de peau, nerveuse, tendue et radicale à l’extrême, sans aucune place pour la nuance. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

JACQUES DALLEST. « On a connu beaucoup d’évènements anxiogènes auxquels nous n’étions ni habitués ni préparés comme le Covid et le confinement, la Guerre en Ukraine et le dérèglement climatique qui s’accélère. C’est stressant et ça crispe les mentalités. De plus, Internet cristallise toutes les rancœurs car on peut y dire n’importe quoi avec une propagation très rapide. Un pédophile peut commander des actes immondes à l’autre bout de la planète pour être visionnés ensuite par lui et d’autres commanditaires. Cependant c’est aussi un bel outil qui permet de résoudre des affaires. En revanche, si on a moins de meurtres statistiquement aujourd’hui qu’il y a 30 ans, on ne s’en rend pas compte car les chaines d’infos en continu reviennent tout le temps dessus et ça alimente la psychose. Mais on oublie qu’on peut aussi, un jour, être soi-même auteur de faits délictueux et mis en cause. Et là, la Loi s’applique à tous. »
LA QUESTION + : Vous écoutez de la musique Jacques ? Quoi par exemple ?

JACQUES DALLEST. « Mais oui ! Beaucoup de jazz avec des époques différentes que j’apprécie toujours.J’ai eu mon époque plus rock dans les années 70 avec Génesis, Yes, Pink Floyd, puis j’ai découvert le jazz-rock de Herbie Hancock, Chick Corréa, Jean-Luc Ponty, John Mac Laughlin, Aldi Méola…
En voiture, j’écoute les radios comme TSF jazz. Mais je suis un grand amateur de musique classique. Je trouve que la musique ça calme et ça rend intelligent. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUILLET 2023

  MARION TRINTIGNANT

comédienne et spécialiste des Voix-off du cinéma français … et des jeux vidéo. Appartenant à une famille de comédiens, elle a toujours aimé jouer que ce soit face à la caméra, sur scène ou derrière un micro. C’est en 2005 qu’elle s’est décidée à se lancer dans cette aventure : faire de sa passion, son métier ! France Télévision lui offre un des rôles principaux pour un téléfilm documentaire, puis un rôle pour une série quotidienne. Elle a ainsi joué Pauline dans « Plus Belle la vie » sur France 3. Depuis dix-huit ans interprétant les premiers rôles dans des pièces contemporaines et jeune public, elle recherche toujours de nouveaux défis et en 2018, un nouveau rêve se réalise : la voix ! livres audio, jeux-vidéos, séries où elle a la chance de prêter sa voix à divers personnages. Aujourd’hui, elle est déterminée à aller plus loin avec toujours le même plaisir d’interpréter. Elle écrit de tout, tout le temps, sur des petits carnets, se raconte plein d’histoires, lit des choses par-ci par-là et réalise l’un de ses rêves : celui de raconter des histoires. Elle ne pouvait susciter que la curiosité de Blues & Polar.

1.BLUES & POLAR. Comment devient-on une Voix off dans le cinéma et quel est le cheminement que vous avez emprunté Marion ? C’était qui votre première Voix ?
MARION TRINTIGNANT. « Il s’agit en fait d’une suite logique pour moi car j’ai vingt ans de théâtre derrière moi. Et la voix c’est le premier instrument via le corps également. Alors, je suis un peu tombée au bon endroit au bon moment. Il y avait des opportunités que j’ai saisies. La première fois - et la première voix - c’était un très gros projet sur scène dans un spectacle à deux personnages où je sui la voix d’un vaisseau spatial. Ça s’appelait « Paumés dans l’espace ». Au départ c’est une voix normale bien que très ordinateur mais la particularité venait du fait que j’étais allongée dans le vaisseau spatial, ce qui me donnait une voix particulière. Et je me suis aperçue que j’avais une présence. La voix ça se travaille exactement comme le chant avec des exercices. Mais ce qui est marrant, c’est que dans la vraie vie, je parle très vite et je bafouille. Mais dès que je suis sur scène, ça disparait. Et le plaisir de la Voix off est venu ainsi. »

2. BLUES & POLAR. A force de doubler des voix est-ce que l’on devient comédienne pour autant et est-ce que l’on franchit le pas si l’occasion se présente ?
MARION TRINTIGNANT. « Faire une Voix off et faire du doublage, ce sont deux choses totalement différentes. Mais c’est compatible. Aujourd’hui je fais plus de doublages de voix que de Voix off car en doublage, les sociétés veulent un comédien. Car le doublage est revenu à la mode du fait du nombre de séries étrangères qui sont sur les plateformes. Et c’est en raison de ces séries qu’il y a de nouvelles voix. Au début, il y a plusieurs dizaines d’années, le doublage était plutôt mal vu. On y allait pour croûter quand on était comédien. Mais on s’est aperçu qu’être comédien est un avantage pour faire vivre la voix. Maintenant des gens connus du cinéma prêtent leur voix à des « gros films à succès » mais il y a aussi des comédiens déjà connus qui se sont fait connaitre à travers le doublage. Ce ne sont pas deux mondes à part. Et en majorité actuellement, ce sont des comédiens établis qui deviennent des Voix. »

3. BLUES & POLAR. Avez-vous doublé des polars dans des séries ?
MARION TRINTIGNANT. « Non ! Mais ça me dirait bien. Depuis pas mal d’années je m’occupe principalement du jeune public et c’est un univers joyeux et émotif qui me plait énormément. Mais je travaille aussi des chansons avec un musicien et on ne fait pas semblant. Je teste d’ailleurs auprès de ma petite fille en bas âge. On fait même une lecture d’un livre-album nommé « Rocker ». Mais je lis des polars comme Michael Connoly. Cependant ce que je préfère ce sont les vieux Agatha Christie ou Mary Higgins Clark. »

LA QUESTION + Le Blues, c’est une musique ou un état d’âme ? MARION TRINTIGNANT. « C’est peut-être les deux. Je n’en écoute pas vraiment, et pourtant c’est très libérateur comme énergie. »

LA QUESTION TRÈS PERSONNELLE. Quand on s’appelle Trintignant, qui est-on par rapport à Jean-Louis Trintignant le grand comédien qui nous a quittés en juin 2022 ? MARION TRINTIGNANT. « Il est le frère de mon grand-père. C’est mon grand-oncle ! »
* Photo prise au hameau de Berdine (Vaucluse) où Jean-Louis Trintignant prodiguait des cours de théâtre à des personnes en perdition dans le cadre d’une interview pour La Provence, avec l’ami René Rochebrun (à droite) ancien copilote du comédien sur plusieurs rallyes en Haute-Provence et Jean-Louis Trintignant. J’étais venu avec son petit-fils Léon Othnin-Girard, fils de Marie Trintignant qui était un de mes jeunes voisins à Manosque. Un souvenir inoubliable !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

* Marion Trintignant est à l’affiche du 7 au 30 juillet au Festival d’Avignon au Théâtre de La Fabrique pour une pièce écrite par Julien Masdoua « S’il ne nous reste que Shakespeare ». Tout ce qui est à l’intérieur est de Shakespeare. C’est une pièce qui parle du théâtre via des phrases et tirades toutes empruntées à Shakespeare. C’est à 20 heures.

 JUIN 2023

 CHARLES-HENRY CONTAMINE

auteur de La mort est derrière moi (*** pour Blues & Polar) son premier roman paru aux éditions PLON.
Le résumé. « Pourquoi Sofia s’était-elle suicidée ? Elle que j’entourais de tellement d’amour, elle qui réchauffait de sa lumière tous ceux à qui elle prodiguait une affection simple, authentique, si rare au fond dans les univers dans lesquels nous évoluons. Pourquoi avait-elle bien pu se tuer ? Tout simplement parce que, ce 21 décembre à 16h 47 très précises, elle avait trop souffert. » Cette question, il faut que Pierre y réponde car c’est ce qu’on attend de lui. Qu’il dise pourquoi, qu’il rationnalise l’inexplicable. Pourquoi cette fois ce n’était plus possible pour Sofia ? Pourquoi a-t-elle décidé de se jeter sous ce train cet après-midi de décembre ? Le monde de Pierre vient de s’effondrer et il ne veut pas chercher le pourquoi. Il veut
simplement laisser ses émotions le parcourir et tant pis si ça choque les gens. Après tout, qui faut il être pour juger le veuf d’une suicidée ? Ça bouillonne en lui. Déglingué, ivre de musiques et de toxiques, Pierre se révolte et s’enfuit, cherchant en vain la lumière. La vie est une suite de cycles, on ne reste pas pour toujours dans les ténèbres…
Ancien journaliste et coauteur du superbe ouvrage qu’est La Route du Blues paru en mars 1995, il se partage aujourd’hui entre écriture et navigation. Mais entre confrères journalistes, le tu est de rigueur même si on ne se connait pas. Le blues nous réunit aussi.

1.BLUES & POLAR. Avec ce premier roman « La Mort derrière moi » tu poses de nombreuses questions dans lesquelles on se retrouve souvent. Comment est né ce premier jet de littérature qui part d’un suicide violent dans le métro parisien et d’une phrase « La colère au lieu du chagrin, ça ne mène à rien » qui m’a tout de suite saisi au col ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE « Je sais où et quand l’idée de ce livre est née. C’était dix ans auparavant dans une bibliothèque. J’étais au plus profond d’une dépression et de la mélancolie, et il y avait une belle femme avec un pull-over rouge. Rien d’extraordinaire, mais je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a attiré l’esprit. Tu sais, on a tous des obsessions et à un moment, ça ressort. Le suicide n’est l’apanage de personne et même si des morts par suicide j’en ai vus chez des proches, il n’y a aucune autobiographie dans ce début de roman. En revanche je voulais un début « coup de poing ». Très fort ! Et quand on m’a dit chez un libraire que le début était suffocant, j’ai été très content. C’est ce que je voulais faire. Et puis j’aime la musicalité des mots. Mon écrivain c’est Louis-Ferdinand Céline. C’est le premier qui a parlé de la musique des mots, du style et de l’émotion. Mon bouquin n’est pas un polar, mais plutôt une romance. Mais cette phrase dont tu parles et que j’ai écrite « la colère au lieu du chagrin » je ne l’ai pas préparée, ni même pensée. Avant une seule fois. C’est venu comme ça et c’est le merveilleux de la littérature. »

2.BLUES & POLAR. Tu as co-écrit « La Route du Blues » - véritable encyclopédie parue en 1995 - avec ton pote David Ausseil décédé depuis et à qui tu dédies ton roman ; mais cette bande-son du blues historique on la retrouve dans « la Mort est derrière moi » au fil des pages comme un besoin de figer musicalement les situations. Tu écris en musique ou en silence ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « J’écris à la lumière du jour, dans le silence, et devant un mur blanc. Mais c’est marrant que tu aies retenu tous ces titres et groupes des années 1965 à 1980. Il y a 65 mentions musicales dans le livre et cela provient de ma discothèque personnelle car j’ai tous ces morceaux sur vinyles ou CD. Et c’est vrai que j’ai voulu donner une couleur avec certains airs pour enforcer les situations. Et d’ailleurs mon caviste (tu as remarqué qu’il y avait aussi du bon vin dans ce livre) situé en bas de chez moi à Paris, m’a demandé si j’avais enregistré la bande-son du livre… Et oui, je l’ai fait ! D’ailleurs je suis actuellement dans mon deuxième roman dont le fil rouge sera la parenté de Pierre, le héros de « La Mort est derrière moi ». Et il y aura nécessairement de la musique, mais moins rock’n’roll peut-être. Mon plaisir c’est de divertir les gens, les emmener où ils n’auraient jamais pensé aller. J’ai un rêve : être vendu dans les gares et que les gens lisent mon livre dans le train. »

3.BLUES & POLAR. Tu navigues régulièrement en mer sur voilier. Est-ce inspirant pour écrire ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « Pas vraiment ! Le mois dernier, j’ai fait avec trois potes un périple Les Açores-La Corogne-Lorient sur un 12 mètres, et honnêtement dans un si petit espace, tu dois être en permanence au service du bateau. Le rythme de la vie en mer est très prenant. En haute mer, et quand les conditions météo ne sont pas terribles, tu perds vite la notion du temps. Car en plus on fonctionne par quarts. Il faut toujours être attentifs et sur le qui-vive. Donc, on dort peu et l’inspiration elle n’est pas là. Je ne prends pas de notes sur un bateau. En revanche, je marche pas mal dans Paris et la vraie inspiration elle vient le cul posé sur une chaise. Pour ce premier roman – après de nombreuses années d’écriture en Presse – je n’avais ni plan, ni méthode. J’ai avancé à tâtons. »

LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « Si je reprends Baudelaire, « le blues c’est le reflet de l’âme. » En fait, c’est une musique universelle qui a donné naissance à toutes les autres, dont l’histoire est carrément magique et authentique. Bref le blues c’est l’humanité ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 AVRIL-MAI 2023

 MARC JOLIVET

En 1971, il écrit sa première pièce 300.000 soleils ou les concierges de l’espace qui sera jouée au Théâtre d’Edgar. Dès 1973, lui et son frère Pierre forment un duo et en 1976, ils sont les fameux et désopilants clowns Récho et Frigo sur TF1 mais le duo se sépare en 1980 après le tournage du film Alors... Heureux ?. Marc Jolivet se lance ensuite dans le one-man-show et en 1990, il triomphe pendant six mois au Café de la Gare, puis pendant deux ans en tournée. Tout en écrivant l’Avant-Journal télévisé pour France 2. Marc Jolivet est un écologiste convaincu qui s’est présenté aux élections municipales à Paris en 1989 sous l’étiquette écologiste, obtenant 11,89 %. Depuis juin 2011, il est membre de l’Académie Alphonse Allais, ce qui lui va comme un gant. Il vit désormais à Aix-en-Provence où il coule des jours heureux, mais avec toujours l’esprit en éveil. Il sera parmi nous à Blues & Polar le samedi 26 août pour parler de son livre « Tueur hors-série ».
1.BLUES & POLAR. Après de nombreux livres consacrés au rêve, à l’utopie, à l’écologie, au monde animal et au rire grinçant plutôt axés sur votre univers et votre personnalité de longue date, pourquoi ce désir d’écrire un roman dit noir, pour ne pas dire un Polar ?
MARC JOLIVET. « Un jour, j’ai dit à ma compagne Tant que je suis vivant j’essaierai toujours de faire un maximum de choses. Et je lui ai dit aussi si j’écris un polar, est-ce que tu veux bien m’aider ? Car je n’avais pas vraiment d’idées. Et puis un matin, j’entends à la radio sur France Inter que le fameux tueur en série ayant sévi pendant 35 ans, qu’on appelait « Le Grêlé » et qui était un ancien policier et gendarme s’était suicidé en ayant laissé une lettre dans laquelle il avouait ses crimes. Et j’ai plongé dans cette histoire en me disant En avant ! J’ai pensé que ce mec, François Verove, qui était resté plusieurs années sans tuer cherchait la rédemption. Peut-être qu’il est sincère et qu’il veut se faire pardonner. Et d’ailleurs, il se répare tout seul en se suicidant. Néanmoins, les héros de ce faits divers ce sont les policiers qui n’ont jamais laissé tomber l’affaire. »
2.BLUES & POLAR. Vous vous glissez dans la peau et le cerveau de François Verove, ce gendarme serial killer qui pendant 35 ans a tué, sans être inquiété, dans plusieurs régions, insoupçonnable qu’il était. Et vous utilisez un humour noir, auquel je ne m’attendais absolument pas, mais qui est très savoureux. On rit car il y a de nombreuses situations cocasses…
MARC JOLIVET. « Merci Jean-Pierre ! Le rire, c’est vraiment ce que j’espérais, bien que le sujet soit très délicat et dramatique. Mais un copain, Simon Michaël ancien officier de la PJ devenu scénariste et acteur qui a travaillé avec Claude Zidi et Olivier Marchal et aussi à l’Office central du banditisme et du proxénétisme m’a dit : Vas-y ! Et j’y suis allé ! »
3.BLUES & POLAR. Etes-vous un amateur de polars ? Et avez-vous lu le livre Le Grêlé de Patricia Tourancheau, journaliste grand reporter spécialiste des Faits divers à Libération qui a réussi la première à identifier ce serial killer ?
MARC JOLIVET. « Oui j’aime les polars et j’ai lu avec une grande attention le livre de Patricia Tourancheau que je serai ravi de retrouver à Manosque pour Blues & Polar cet été, mais étant constamment en travail d’écriture pour mes spectacles de n’ai vraiment pas le temps de m’y plonger. Je suis plutôt cinéma et je vois beaucoup de films et de séries policières. Mais ce que je veux dire c’est qu’on ne peut pas écrire sur ces choses horribles sans penser aux victimes. C’est pour cela que 50% de mes droits d’auteur seront reversés à l’association Assistance et recherche des Personnes disparues (ARPD).
LA QUESTION PLUS. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
MARC JOLIVET. « C’est le deux mon général ! J’adore cette musique et j’ai d’ailleurs composé deux blues : ADN Blues et Le Blues du second degré. Je les chanterais pour vous à Manosque, mais il faudra m’accompagner. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 MARYAM CHEMIRANI.

À la base, il y a Djamchid, maître du zarb, une percussion persane qui est à l’Iran ce que les tablas sont à l’Inde. Aujourd’hui, les Chemirani, c’est une famille de musiciens, avec deux fils percussionnistes, Bijan et Keyvan, deux filles chanteuses, Maryam et Mardjane. Par leur culture double, franco-iranienne, les Chemirani construisent une musique sans frontières, proche du sixième continent. La voix de Maryam exprime une envie permanente de rencontre et de partage ainsi qu’un sens évident de la narration et de la poésie. Maryam dit d’ailleurs « Le son du saz de Bijan et ses boucles sont uniques, ils m’ont toujours ouvert l’inspiration et donné envie de chanter ; dès qu’il joue, pour moi, un voyage commence… » Maryam a baigné dans la musique depuis la petite enfance ; dans la maison familiale de Saint-Maime (04) près de Manosque où venaient jouer de grands musiciens. Elle s’est initiée au Radif (répertoire de la musique classique traditionnelle persane) avec Hossein Omoumi, maître de Ney et de chant. Des rencontres en Inde et au Bengladesh lui ont permis d’élargir ses connaissances dans la musique modale. Ella a travaillé également la musique médiévale avec Henri Agnel, en particulier le répertoire des Cantigas de Santa Maria ; et avec son père Dlamchid et ses deux frères, Bijan et Keyvan, des poésies persanes sur des compositions familiales et des airs traditionnels. Elle a aussi chanté avec sa sœur Mardjane dans le trio vocal de swing italien des années 30, Delizioso, initié par Catherine Catella. Elle-aussi sera sur scène pour l’ouverture du 19e festival Blues & Polar à Manosque, le samedi 26 août, avec son frère Bijan sous les voutes anciennes de la chapelle de Toutes-Aures. Une rencontre qui s’annonce magique. https://youtu.be/yKTQTXL4wPk?t=10
1.BLUES & POLAR. Le Blues Persan que tu chantes, il exprime quoi ?
MARYAM CHEMIRANI. « En fait, c’est peut-être un répertoire inclassable comme un hybride. Je chante en Persan certes, mais le Persan c’est plein de pays comme l’Iran, l’Afghanistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, et aussi le Kazakhstan. Ce que je chante c’est la poésie de Saadi, Hâfez, Râmi, Omar ; Khayyam… ces grands poètes du XIe au XIIIe siècle. Cela parle d’un détachement à l’égard du brouhaha du monde. C’est complètement philosophique et d’inspiration Soufi. C’est très Carpe Diem. Profite de l’instant présent comme si c’était le dernier, car on n’est que de passage. Il y a un côté épicurien dans tout ça et beaucoup d’amour. C’est un amour sensuel et du mystère de la création. C’est vraiment magnifique ! Mais on pénètre là dans l’ésotérisme et encore plus dans le désir. »
2.BLUES & POLAR. Cette musique qui accompagne ces poèmes est-elle toujours la même depuis des siècles ou est-ce que certains l’ont fait évoluer en l’électrifiant comme les Celtes avec Dan Ar Braz, Alan Stivell  ?
MARYAM CHEMIRANI. « La musique savante persane n’a pas bougé d’un millimètre ou d’une note. Elle ne se mélange pas car on est dans du sacré. Il faut dix à quinze années pour posséder le répertoire et on l’apprend exclusivement de manière orale « siné bé siné » soit poitrine contre poitrine selon l’expression. Car rien n’est écrit, toute la transmission est orale, comme un apprenti avec son maître d’apprentissage. Et il n’y a pas d’improvisation ! Mais en dehors de l’Iran, ce répertoire s’est électrifié et on improvise. Avec mon frère Bijan, on part de nos influences musicales persanes et on crée nos propres compositions. »
3.BLUES & POLAR. La révolte des jeunes femmes iraniennes contre le voile islamique et toute la répression que cela entraine, comment le ressens-tu ici ?
MARYAM CHEMIRANI. « J’ai une très grande tristesse face à ça et de la colère aussi. »
LA QUESTION + Est-ce que tu lis des polars Maryam, et écoutes-tu du blues ?
MARYAM CHEMIRANI. « J’en ai lu des polars. Le dernier, c’était un de Fred Vargas que j’aime beaucoup. Mais en ce moment je lis plus des Essais. Le blues, c’est un état d’âme évidemment, mais aussi une musique que je ressens intensément.
J’adore écouter John Lee Hooker et Ali Farka Touré. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 MARS 2023

 DOROTHÉE OLLIÉRIC

Grand reporter à France 2, Dorothée Ollliéric vient de publier « La Guerre au féminin » aux éditions Tallandier. Un parcours étonnant et une évocation plus que méritée de toutes ces femmes combattantes dans tous les sens du terme. Elle est mon invitée en cette Journée internationale des Droits des femmes. Elle repart en Ukraine le 3 avril. Sois prudente Dorothée !
1. BLUES & POLAR. “La Guerre au féminin » sorti le 1er mars 2023 aux Editions Tallandier est un livre consacré aux femmes combattantes dans les divers corps d’Armée. Qu’est-ce qui a suscité l’écriture de ces nombreux hommages et pourquoi un livre quand on travaille déjà avec les images pour la Télévision ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC “ Tout d’abord, ça fait très longtemps que je croise des femmes sur les nombreuses guerres que j’ai couvert pour France 2 et j’ai eu envie de raconter leur histoire car - comme moi – il y en a beaucoup qui sont mères de famille. Et même si certaines sont dans des fonctions logistiques de transports divers allant de la cuisine aux munitions, elles sont susceptibles de tomber dans des embuscades en terrain hostile. Et là, elles peuvent se muer en vraies combattantes. Je voulais donc aller plus loin avec elles avec ces différents portraits. Je voulais par exemple savoir s’il y avait du harcèlement envers elles dans un monde militaire encore terriblement masculin ? Elles se sont livrées en toute sincérité car le stress post-traumatique ça existe et ça fait du bien d’en parler. J’avais déjà fait en 2020 un Documentaire sur le Régiment du Train voué à la logistique qui descendait sur Gao au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane, et il y avait des femmes qui avaient toutes eu une vie avant. Certaines travaillaient dans des cantines scolaires en France et je suis donc allée les interviewer pour ce livre, après chez elles, sur place. Et j’ai tout enregistré et pris des notes sans aucune caméra. J’ai décidé de les faire parler en écrivant à la première personne, mais j’aurai pu écrire dix livres. C’est vertigineux quand on commence à rédiger, car la télé c’est autre chose, mais ça devient agréable au fil des lignes. Ce livre je l’ai fait pour elles ! »
2. BLUES & POLAR. Comment es-tu arrivée à être Grand Reporter sur les guerres et conflits du monde entier pour France 2 et te souviens-tu de ton premier reportage sur un front ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC. « Je suis arrivée très jeune à la Télévision. C’était en 1990 pour un stage d’été. Et je suis restée. Mais en 1992, je suis allée voir la Direction pour solliciter un poste au Service Etranger du Service Public. A l’époque, il n’y avait as les chaines d’info en continu, et je n’ai pas eu à batailler pour y arriver. Il y avait beaucoup d’hommes évidemment et Marine Jacquemin, et j’ai tout appris sur le terrain ! Avec les vieux de la vieille qui avaient de l’expérience car on travaille en équipe, toujours. Mon premier contact avec les conflits c’est au Cambodge pour la relève des Casques bleus français dans le cadre du processus de paix. Mais mon premier terrain difficile c’était juste après avec l’Angola. Alors parfois on a des idées noires sur place, mais il faut vite les chasser. Pendant longtemps, il n’y avait rien pour l’après-mission en reportage. Et surtout pour les filles qui sont aussi des mères de famille et voient des horreurs. Mais depuis une quinzaine d’années, il y a régulièrement des suivis psychologiques même pendant la mission. On a un numéro psy qu’on peut joindre 24 h sur 24 par SMS pour toute l’équipe. On se soucie beaucoup plus du retour désormais. Je n’y ai jamais eu recours pour l’instant, car mon psy c’est maman. Elle a 82 ans et elle m’écoute comme quand je faisais le mur, gamine, pour sortir. »
SES PHOTOS DU FRONT EN UKRAINE : 1. Seule dans une tranchée dans le Donbass. 2. Avec son équipe dans les tranchées. Devant Oksana Meuta (fixeuse). Derrière : Regis Mathé (cameraman), Dorothée Olliéric et à droite Orest (officier ukrainien). 3. Avec Olga, l’artilleuse.
3. BLUES & POLAR. Hubert Beuve-Méry fondateur du quotidien Le Monde disait qu’un bon journaliste « c’est avoir le contact et la distance ». Toi, en revanche tu nous a touchés et émus aux larmes sur France 5 avec cette petite fille afghane de 13 ans à qui tu as évité un mariage forcé avec un homme bien plus âgé. C’est ta manière de pouvoir rester indemne devant tant de folie ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC « Prendre beaucoup de distance sur les reportages, c’est très dur pour moi. J’ai besoin de donner confiance aux personnes que j’interviewe, pour avoir de la sincérité dans les propos tenus par ces femmes, ces enfants, et des hommes aussi. Mais il y a beaucoup de larmes quand même. Tu sais Jean-Pierre, il faut être forte pour encaisser tout ça. Moi ça me déchire le cœur pour les enfants ces situations de mariage forcé en Afghanistan ; d’impossibilité d’étudier à l’école pour les filles… Mais la beauté de ce métier c’est que l’on fait des rencontres extraordinaires. On a donc des échanges très forts, et pour obtenir ça, je ne me blinde pas ! Au contraire, il faut de l’empathie, aimer les gens… Pour sauver cette petite fille promise à un vieux ça nous a demandé beaucoup d’énergie, mais on a réussi grâce à l’association « Too young, to wed » (Trop jeune pour se marier) qu’il faut soutenir et aider. »
La Question + Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC « Les deux mon général ! Ca me fait penser à la saudade du Cap-vert... Mais ça me rappelle surtout quand j’étais en reportage à Nashville aux Etats-Unis. Il y avait de la musique comme ça partout. J’aime mais je ne connais pas vraiment les noms des artistes. En revanche, le blues on l’a parfois quand on est en reportage. Là, j’ai le Blues de l’Ukraine d’où je suis arrivée il y a une quinzaine de jours, et j’y repars le 3 avril. Je viens d’avoir mon fixeur là-bas. Tout est réglé. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 FÉVRIER 2023

 JÉROME LOUBRY

Auteur de thrillers haletants et passionnants (Les Chiens de Détroit, Le Douzième chapitre, Les Refuges, De Soleil et de sang, Les Sœurs de Montmorts) il vient de sortir « Le Chant du silence » son sixième roman chez Calmann-Lévy. Déjà venu au festival Blues & Polar à Manosque, il est mon invité du mois pour l’Interview en 3 questions.
1. BLUES & POLAR. Jérôme, tu es déjà à ton 6e thriller, comment ce Chant du silence a-t-il pris corps ? C’était une idée qui trottait depuis longtemps dans ta tête ? Jérôme LOUBRY. « C’est effectivement mon sixième ouvrage et toujours chez Calmann-Lévy. Mais je suis parfaitement entouré dans cette maison d’édition, et je m’y sens bien. Néanmoins, cette fois-ci, il s’agit plutôt d’un roman noir. Je parle notamment des silences qui s’installent parfois pendant l’adolescence entre parents et enfants, et qui peuvent créer des choses graves pour la suite. Et dans ces cas-là, il faut toujours un coupable. Là, c’est un ado qui justement déteste son père, et doit se rendre à ses obsèques. Et une fois sur place, il réalise autre chose. C’est une histoire qui m’est venue naturellement car j’ai un fils de 14 ans et je me suis souvent posé la question « Comment me perçoit il ? » Et ça m’a donné envie d’écrire sur cette perturbation que tout le monde ressent. J’aborde aussi des aspects sociétaux sur les villes portuaires et l’environnement. Et j’évoque un problème dont la Presse a parlé il y a peu : les fameuses « larmes de sirènes » ces billes de pastilles microscopiques qu’on retrouve dans l’estomac des poissons. J’avais envie de me poser un peu dans la manière d’écrire, de dépasser le polar, d’être plus mature, de rentrer dans la psychologie de personnages. De mieux écrire en fait. Car moi, je n’ai pas d’inspecteur ou de commissaire héros menant l’enquête. On est trop vite pris au piège. »
2. BLUES & POLAR. Es-tu toujours un adepte de la fiction totale ou t’inspires-tu du réel au moment d’écrire une histoire ?
Jérôme LOUBRY. « Franz Kafka a écrit « Les sirènes ont un pouvoir encore plus fort que leur chant ; c’est leur silence ! ». Moi je préfère être libre de A à Z et j’ai choisi la fiction totale jusqu’à présent, sauf pour « De Soleil e de sang » où j’ai parlé de la situation des enfants prisonniers de la guerre des gangs en Haïti. J’invente tout, et d’ailleurs quand je suis en train de finir un bouquin, j’ai toujours les prém »ices de l’autre qui se profilent… Le cerveau interfère. »
3. BLUES & POLAR. Comment écris-tu ? Tu es un adepte de l’ordinateur ou du carnet avec un crayon de papier comme René Frégni ou moi ?
Jérôme LOUBRY. « Non, j’écris à l’ordinateur sans plan et sans note. Je visualise mon livre comme un film et je m’installe. Ça peut être n’importe quand et à n’importe quelle heure. Mais j’écoute toujours de la musique pour me mettre dans l’ambiance et adaptée à la situation. Classique quand c’est plutôt calme, mais ça peut aller au rap ou au hard-rock, si ça va bouger. Mais j’éteins pour écrire dans le silence. »
LA QUESTION +. Tu écoutes quoi en ce moment ?
Jérôme LOUBRY. « De tout ! Mais vu ce que je prépare, on est plutôt seventies avec les Doors et Jefferson Airplane. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JANVIER 2023

 AGNÈS NAUDIN

Capitaine de police et porte-parole du syndicat FSU Intérieur, auteure de plusieurs ouvrages sur les dysfonctionnements au sein de l’institution policière et présente au 18e festival Blues & Polar à Manosque pour ses enquête sur les enfances perdues, les affaires de famille, d’ados, et celle sur les disparitions ces fameux « cold case » toujours non-résolus en France, Agnès Naudin met une nouvelle fois « les pieds dans le plat » telle une lanceuse d’alerte avec son nouvel ouvrage « Police : la loi de l’omerta » co-écrit avec son collègue Fabien Bilheran. Six policiers issus de différents services y témoignent à visage découvert et dévoilent les défaillances et les infractions commises au sein de l’institution (racisme, harcèlement, violences, corruption, faux en écriture publique…). Ces témoins révèlent en particulier les mécanismes mis en place par l’administration pour tenter d’étouffer les affaires et isoler ceux qui s’insurgent contre certaines pratiques.

1. BLUES & POLAR. Avec ce nouveau livre « POLICE : la loi de L’Omerta » est-ce que tu deviens officiellement une « lanceuse d’alerte » au sein de l’institution ?
Agnès NAUDIN. « Pas encore ! Mais j’ai fait une demande officielle en ce sens auprès du Défenseur des Droits car on a commencé à me chercher des « noises ». En pratique, j’ai toujours eu envie de quitter Paris pour vivre à la campagne dans les Alpes-de-Haute-Provence. J’ai donc formulé une demande en son temps, car je dépends toujours de Paris et j’ai effectivement déménagé l’année dernière. Mais récemment - étrangement le jour de la sortie du livre - j’ai reçu une note qui rendait un avis défavorable à mon déménagement. Et comme je dépends toujours de Paris, je suis passive potentiellement de mesures disciplinaires. Et je vais devoir aller au Tribunal administratif pour ça, si jamais il y a une procédure. »

- 2. BLUES & POLAR. Quel statut aujourd’hui ? Es-tu toujours capitaine de Police en fonction ou en disponibilité ?
Agnès NAUDIN. « Je suis toujours en fonction. Et j’ai un boulot de syndicaliste à l’échelon national au sein de la Police. Je suis Porte-parole du syndicat FSU Intérieur qui représente tout le monde, tout corps et tout grade, mais c’est un petit syndicat plus connu dans le monde enseignant. En fait, c’est mon dernier livre sur l’omerta au sein de la Police qui gêne. On savait bien sûr qu’on n’allait pas se faire des copains, mais on a eu avec Fabien Bilheran une démarche transparente. Ce que l’on dénonce, c’est le fait que des infractions soient commises par des policiers (brutalités, racisme, sexisme…) et qu’on s’en prenne à ceux qui dénoncent. »
« JE PENSE QUE C’EST MON DERNIER LIVRE SUR LA POLICE »
- 3. BLUES & POLAR. Quand tu as écrit « Affaires de famille » ton premier bouquin, est-ce tu te doutais que très rapidement tu aurais déjà 7 livres et une BD à ton actif ?
Agnès NAUDIN. « Oh non ! Rien n’était calculé. Mais là, je pense que c’est le dernier ! J’ai tout dit sur le sujet et c’est un choix ! Cependant j’ai toujours un Polar sous le coude que j’avais commencé il y a quelques années ; mais la fiction, inventer, c’est plus difficile ! »

- LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Je sais que tu as l’oreille musicale et plutôt bon goût, mais qu’est-ce que tu écoutes comme musique en écrivant tous ces bouquins ?
Agnès NAUDIN. « Tu vas être déçu. J’écoute beaucoup de mantras, des chants chants indiens ou africains qui vont bien avec le Pays de Forcalquier. Et j’écoute beaucoup Deva Premal, une musicienne et chanteuse allemande connue pour sa musique méditative et dévotionnelle. »
Ecoutez-là ! https://youtu.be/qG5ee6Ob6fY

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 DÉCEMBRE 2022

 L’HARMONICISTE RACHELLE PLAS

Blues & Polar l’a rencontrée à Marseille au Non-Lieu où elle participait au Festival d’accordéon. Elle est l’invitée de l’Interview « 3 Questions à… » du mois de décembre sur le site www.blues-et-polar.com
1. BLUES & POLAR. Rachelle, après cette longue période de confinement angoissante, tu retrouves enfin le public dans les salles et les festivals. Qu’est-ce que tu ressens ? Est-ce pareil qu’avant ?
RACHELLE PLAS. « Non, ce n’est pas pareil. On a du mal à faire revenir les gens dans les salles, mais en revanche, il y a de plus en plus de petits lieux atypiques comme le Non-Lieu à Marseille où l’on est aujourd’hui dans le cadre d’un festival d’accordéon vraiment très ouvert et jazzy. Et là, on retrouve une ambiance conviviale en lien avec le public. Car même si on oublie vite les périodes difficiles, il y a toujours des convaincus qui développent une grosse énergie pour faire des choses. Et d’ailleurs on a joué autant dans des grands festivals que dans des petits lieux très chaleureux. »

2. BLUES & POLAR. Il y a peu de filles harmonicistes, même si ça commence à bouger en Europe et aux USA. Est-ce toujours un combat pour faire connaître ce petit instrument diatonique qui tient dans la poche et qu’on n’enseigne pas au Conservatoire, sauf exception du chromatique, peut-être ?
RACHELLE PLAS. « On vient de jouer aux USA, en Allemagne et à Birmingham (Angleterre) dans le cadre du Festival UK d’harmonica. Car là, il y a une école privée qui certifie et délivre un diplôme « Rock School » à des professionnels afin qu’ils puissent rentrer à l’Université de musique où ils pourront étudier la musicologie. Personnellement, je vais dans les écoles fréquemment et je propose – étant ambassadrice Hohner dans le monde entier – des animations autour de l’harmonica de la Maternelle au Collège. Car l’harmonica pourrait être un point commun entre les élèves plus adapté que la flute, mais aujourd’hui c’est le chant choral qui est développé – et c’est très bien – pour retrouver une unité entre les élèves. Mais il faut quand même savoir qu’en 1920, il y a eu un harmonica qui a « défoncé la baraque » et s’est vendu à 19 millions d’exemplaires dans le monde. C’était le « Piano pocket » et on découvre tout ça en allant au Musée Hohner à Trossingen en Allemagne. Cependant il y a eu des femmes qui dans années 20 aux Etats-Unis jouaient déjà de l’harmonica en chantant le blues. Il existe des affiches au musée de Trossingen. Big mama Thornton (photo ci-contre) était la plus célèbre de toutes ces chanteuses-harmonicistes dans les années 50. »
Découvrez Big Mama Thornton en « live » avec Aretha Franklin en 1980. Superbe !
 https://www.youtube.com/watch?v=QoNQHf8x6L8
Et en 1971 pour un « Rock me baby » de folie.
https://www.youtube.com/watch?v=LjF-ysKN41Q

3. BLUES & POLAR. Quel est ton morceau préféré à l’harmonica ; celui que tu kiffes toujours malgré le temps qui passe ?
RACHELLE PLAS. « J’en ai deux : Isn’t she lovely de Stevie Wonder sorti en 1976 et Orange blossom special de Charlie Mc Coy qui date de 1973. »
LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Je crois savoir que tus as un joli projet qui débute sur les ondes de la Radio nationale  ?
RACHELLE PLAS. « Exact Jean-Pierre ! Dans le cadre du programme jeunesse de France Musique et de l’opération de découverte des instruments via l’émission Les Zins’trus, je vais faire découvrir l’harmonica à la comédienne Emma De Caunes. C’est chouette ! »
* Ce podcast jeunesse produit par Saskia de Ville est disponible depuis le 23 novembre sur le site et l’appli Radio France
* Nouveauté ! Les Zinstrus sont proposés en son immersif à écouter avec un casque.
* Autour de Rachelle Plas d’autres instruments seront proposés à la découverte avec un musicien et un comédien. Ainsi le clavecin avec Benoît Poelvoorde et Jean Rondeau. La voix, avec Laura Felpin et Lucile Richardot Le saxophone, avec Virginie Hocq et Thomas de Pourquery, et le ukulélé, avec Barbara Schulz et Agathe Peyrat. #FranceMusique #Musique #Podcast #LesZinstrus #RadioFrance

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 NOVEMBRE 2022

 MARINE MAZEAS

La journaliste Marine Mazeas grand reporter à Marianne, spécialiste des faits divers et de la Justice depuis 20 ans vient de publier « L’Aimé meurtrier » aux éditions du Rocher. Un premier livre consacré aux femmes de criminels et de voyous. A ces couples pas comme les autres qui s’aiment à en perdre la raison, 8 femmes ayant cédé à la tentation témoignent. Un livre étonnant où se mêlent romance et drames et où l’écrit est au cœur de ces correspondances incroyables.

1. BLUES & POLAR. Marine, comment vous est venue cette idée de consacrer un livre - explicitement bien nommé « L’Aimé meurtrier » Femmes de criminels et de voyous - à des femmes qui tombent amoureuses de détenus prisonniers et comment les avez-vous découvertes ?
MARINE MAZEAS. « Ce premier livre, c’est pour moi la concrétisation d’une année de travail, mais un livre ça n’a rien à voir avec les articles de Presse que j’écris depuis des années sur les faits divers, la Justice ou la société. Et puis un livre, ça a une durée de vie très longue… Ce sujet est venu au fil de ma carrière journalistique, dans le cadre d’articles et dossiers réalisés à Marianne et qui ont suscité de l’intérêt. J’avais déjà réalisé un reportage sur la détention en prison avec deux femmes de détenus. Mais on a tous des à priori sur ce sujet et je voulais, un jour, en savoir plus. Car je savais que ça existait des femmes qui tombent amoureuses de détenus. Puis petit à petit j’ai entendu parler d’histoires qui circulent dans les prétoires, les tribunaux, auprès des avocats, procureurs, juges… et dans la Presse. Et j’ai pu établir une liste de femmes que je pouvais peut-être contacter. Et puis j’avais interviewé la compagne de Patrice Allegre le meurtrier de Toulouse qui a souhaité rester en prison… tout en étant en couple ! Mais elle ne figure pas dans ce livre, car c’est un cas sensationnel bien trop connu. Je voulais des histoires plus ordinaires mais qui sont quand même des sacrées histoires de vie pour ces femmes. »

2. BLUES & POLAR. Ces femmes – dans votre livre - travaillent en prison ou passent par des associations de correspondances aux détenus ? Y-a-t-il l y a encore d’autres schémas ?
MARINE MAZEAS. « Ces huit femmes dont je parle dans ce livre ont toutes obligatoirement rencontré leur compagnon par le biais de la prison, car ils étaient emprisonnés. Et elles ont toutes un lien avec la prison du fait de leur fonction (gardienne ou infirmière) et l’une d’elle était jurée au procès de celui qui allait devenir son amour fou. Elles ont de 30 à 70 ans aujourd’hui. Et l’histoire commence par l’écrit toujours, par une correspondance. Cela permet de se découvrir et l’écrit reste, et on peut relire autant de fois que l’on veut. Ça permet d’avoir la personne en face de soi. Et on se livre autrement que par un téléphone portable, qui bien qu’interdit est dans la poche de presque tous les détenus… »

3. BLUES & POLAR. Ces histoires d’amour finissent plutôt mal en général. Mais est-ce qu’il y a néanmoins des exemples de réussite ?
MARINE MAZEAS. « Elles ne finissent pas toutes mal, car sur les huit, seules deux se sont séparées vraiment de leur compagnon. Et une autre a vécu 40 ans avec son compagnon détenu. Les deux qui se sont séparées d’avec leur compagnon n’éprouvent cependant ni ressentiment, ni regret, car elles ont aimé ces hommes. Pour celle qui correspondait avec un détenu emprisonné dans le couloir de la mort aux USA, puis qui est partie le rejoindre, c’est son choix ! Elle sait qu’il est condamné à mort et qu’il ne sortira jamais. C’est carrément une vie sacrificielle, mais cet homme-là est son âme-sœur. Elle est très déterminée et a conscience de la situation. Elle est désormais installée aux Etats-Unis, elle travaille beaucoup… et tous les week-ends elle est au parloir avec lui ! »

LA QUESTION PLUS. Le Blues pour vous. Musique ou état d’âme ?
MARINE MAZEAS. « Pour moi, c’est surtout une musique qui a de l’âme et de la poésie aussi. Je suis plus rock et jazz, mais j’aime beaucoup Eric Clapton et Neil Young ; surtout l’album « Harvest ». C’est un peu blues quand même ?"

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 OCTOBRE 2022

 DAVID CORONA et PATRICIA TOURANCHEAU

Après un repos bien mérité en septembre Blues & Polar reprend sa route des Interviews mensuels avec deux invités. La journaliste Patricia Tourancheau auteure de nombreux ouvrages sur les faits-divers en France a démasqué « Le Grêlé » (Le Seuil), ce sérial-killer bon père de famille et gendarme à la fois qui a tué pendant pendant 35 ans, avant de se suicider sachant qu’il était découvert et David Corona ancien négociateur de crise du GIGN à l’œuvre pendant les attaques de Charlie hebdo en 2015 et du Super U de Trèbes en 2018, auteur de « Négocier » (Grasset).

DAVID CORONA Natif de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) où il a grandi, David Corona y est devenu spécialiste des sports de combat avant d’intégrer le GIGN (son rêve de gosse) où il a occupé le poste délicat de négociateur, notamment lors des attaques de Charlie Hebdo en 2015 et du Super U de Trèbes en 2018. Après douze années au sein du GIGN, il est aujourd’hui chef d’entreprises pour aider les sportifs et les sociétés. Son livre « Négocier » qui vient de paraître chez Grasset retrace son parcours particulier. Car si négocier reste la première et la dernière chance face à la violence, c’est aussi l’art subtil de la parole face aux armes.
1.BLUES & POLAR. Négocier, cela veut dire quoi très précisément David ? Que tout est permis pour arriver à ses fins et qu’il n’y a pas de limite ?
DAVID CORONA. « Oui ! On pourrait très bien se contenter de l’usage de la force ; mais la négociation sert à ce qu’une personne puisse se rendre. Mais elle permet aussi savoir où elle se trouve, et d’arriver à distraire son attention par des moyens autres. Négocier, c’est une voix qui s’ouvre par la parole face à la violence. Néanmoins on négocie aussi en hauteur, c’est-à-dire jusqu’au plus haut niveau de l’Etat selon les circonstances. A mon sens tout est permis quand il s’agit de sauver des vies. Je me souviens d’un mois d’août, en période de pleines vacances où à la suite d’un risque d’explosion d’un hôtel situé en bordure d’Autoroute, j’ai réussi à faire fermer l’Autoroute A7 - celle du soleil - en forçant le Préfet du département en question à en ordonner la fermeture. Car c’est lui seul qui a ce pouvoir. Ça n’a pas été facile du tout, car les préfets n’aiment pas trop les vagues, et là sûr que les médias allaient en parler à la télé… Mais j’ai réussi à le convaincre et cela a créé évidemment un bouchon de 50 km. Mais si jamais l’hôtel avait explosé avec la circulation intense de l’A7 à proximité, cela aurait été dramatique. Néanmoins, après discussions, les autorités nous font confiance et se rangent derrière notre expertise. »

2. BLUES & POLAR. Est-ce que l’on négocie dans tous les pays du monde et est-ce que négocier est le signe d’un pays vivant en démocratie ?
DAVID CORONA. « Oui, on négocie dans tous les pays du monde et même dans les dictatures. Mais en Corée du nord ou autre régime du même style par exemple on ne négocie pas avec le pouvoir. La responsabilité descend jusqu’au chef de la situation présente… Et puis la dictature ne s’immisce pas partout non plus. Néanmoins on peut dire que plus il y a de négociations, plus on est en démocratie. Remarquez les manifestations de rues en France où certains tiennent une pancarte « On est en dictature » ce qui est bien la preuve qu’on n’y est pas ! »

3. BLUES & POLAR. Quelles sont les négociations heureuses et malheureuses qui vous ont le plus marqué ?
DAVID CORONA. « La négociation heureuse, c’est quand j’ai fait libérer une enfant de deux ans, fille d’un chef d’entreprise français, enlevée en Côte d’ivoire. La malheureuse, c’est en 2018 à Trèbes lors de la prise d’otages au Super U, par un Islamiste. Là, je me dis toujours qu’on n’a pas placé assez de fusibles autour du colonel Beltrame qui s’est sacrifié pour libérer la caissière du magasin. On aurait dû s’y attendre à ce qu’il soit capable d’échanger sa place contre celle de l’ôtage. Je lui avais parlé avant sur la conduite à tenir, mais venant d’un militaire de carrière ça semblait impensable dans la stratégie en cours. Et pourtant, il l’a quand même fait et au détriment de sa vie… Si je devais refaire le match, je dirais au militaire en responsabilité de ne rien tenter. Mais aucune situation ne se ressemble. Négocier ce n’est jamais pareil et il n’y a pas forcément les mêmes réponses ou stratégies selon que l’on soit dans la Police ou la Gendarmerie. Les formations aux missions ne sont pas les mêmes. Négocier au GIGN, c’est la Gendarmerie et ça concerne surtout les situations en campagne, alors que négocier au Raid, c’est plus en milieu urbain, dans les grandes villes avec un environnement totalement différent. En revanche, il n’y a pas de négociateur dans les régiments de combat qui sont des soldats formatés pour la guerre. »
LA QUESTION +. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
DAVID CORONA. « J’aime bien cette musique et je l’apprécie quand j’en entend. J’en ai même joué quand j’apprenais la guitare au Conservatoire de Digne-les-Bains, mais ce n’est pas un courant musical que je suis. Je suis plus jazz façon Django Reinhardt ou Louis Amstrong… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


PATRICIA TOURANCHEAU Journaliste spécialiste de la police, du grand banditisme, des criminels et des Faits divers depuis 35 ans, à Libération notamment, Patricia Tourancheau a écrit plusieurs ouvrages sur de grandes affaires criminelles comme « Grégory, la machination infernale » (Seuil), « Le Magot » sur l’affaire Fourniret (Seuil) et « Guy Georges, la traque » (Pluriel). Elle a aussi co-réalisé récemment pour Netflix, la série documentaire très bien documentée sur le petit « Grégory » et le film « Les Femmes et l’assassin » sur le serial-killer Guy Georges. Elle a été à la Une de l’actualité en mars 2022 lors de la sortie du livre « Le Grêlé, le tueur était un flic » où à l’issue d’un travail de fourmi mené depuis 1990, elle a réussi à identifier ce tueur et violeur en série de fillettes et d’adultes, ayant sévi à Paris de 1986 à 1997 sans jamais être arrêté. Car François Vérove était flic après avoir été dans la Garde Républicaine dans les années 80. Insoupçonnable, jamais fiché, bon père de famille, ce Nordiste venu s’installer dans le Sud s’est suicidé le 27 septembre 2021. Il avait 59 ans.
1. BLUES & POLAR. Patricia, d’où vient cette appétence et cette passion pour les faits divers ? Car cela va semble-t-il au-delà du métier de journaliste ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « C’est une passion effectivement, mais pas une fascination. Et elle va aussi, c’est vrai, au-delà du journalisme, car la vie personnelle y est inévitablement très liée. Mais ce sont les faits-divers qui me sont tombés dessus en mai 1985 alors que j’effectuais mon premier stage à Libération à la rubrique Infos générales, Société… On m’envoie alors à La Courneuve pour une descente de Police concernant de la drogue qui se trouvait dans les petits du Mac Do. Et le lendemain, chez un vieux papy, retraité de la Banque qui avait le syndrome de Diogène, c’est-à-dire sans hygiène corporelle et domestique ajoutée à une accumulation d’objets hétéroclites. Et il avait 8 tonnes de faits-divers en coupures de journaux. Ce sont les services de la Ville de paris qui nous avaient alertés. J’ai donc écrit là-dessus et à Libé ils ont trouvé ça bien ; d’autant que ce n’était pas vraiment la tasse de thé des journalistes de Libération qui ont toujours eu du mal à travailler avec la Police. Mais si on traite les faits divers, on est bien obligé de prendre les renseignements où ils sont. J’ai continué mon stage et le 19 décembre 1985, à Nantes où j’étais en train de m’installer j’entend à la radio qu’il y a une prise d’otages au Tribunal en pleine Cour d’assises. C’était le procès du braqueur Georges Courtois et de ses deux complices (Abdelkarim Khalki et Patrick Thiolet) jugés pour 18 braquages par la Cour d’assises de Loire-Atlantique dans l’ancien palais de justice de Nantes. J’alerte Libé et on me dit de suivre l’action. J’étais à proximité et j’ai pu suivre ce qui se passait, car il y a eu des otages libérés au compte-gouttes. Néanmoins, cela a duré 36 heures. Il s’agissait aussi de la première intervention du RAID commandé par les commissaires Broussard et Mancini, en France. Mais le trio avait des exigences et Courtois voulait un avion. Ils sont donc sortis – image hallucinante - enchaînés à trois juges de la Cour d’assises et se sont adressés en direct au gouvernement et au grand public via les caméras de télévision en faisant le procès de la Justice. Finalement, ils seront arrêtés à l’aéroport de Nantes, le soir du 20 décembre, non sans s’être adressés une dernière fois aux journalistes. Vous comprendrez Jean-Pierre, qu’après toutes ces affaires j’étais vaccinée aux faits divers pour longtemps. Et ça me plait toujours ! Car ça me poursuit. Cinq jours après mon départ de Libé en 2015, la voiture des frères Kouachi qui venaient d’anéantir et massacrer la rédaction de Charle-Hebdo a fini sa course avec son pare-brise brisé, juste devant chez moi, dans un plot de la rue de Meaux. Il y avait encore un chargeur de Kalachnikov dans la voiture. Je suis retourné pour 15 jours travailler à Libé et comme on y accueillait les journalistes survivants de Charlie-Hebdo j’ai pu interviewer la dessinatrice Coco que les frères Kouachi ont obligée à ouvrir la porte de l’immeuble. Les faits divers, c’est une passion que je n’ai pas cherchée ; mais j’ai trouvé ça relativement simple et j’ai continué comme ça !" »

2. BLUES & POLAR. Quel est le fait divers qui vous a le plus marquée ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Ce sont les dessous de la société que l’on traite. Et c’est compliqué parce qu’on a affaire à des victimes et parfois à des gens qui ont franchi la ligne jaune. 30 à 50 affaires m’ont marquée, mais celle des victimes de Guy Georges - dont la traque a duré très longtemps - où j’ai vu les photos, ça m’a marquée profondément, car c’est vraiment violent. D’ailleurs, j’ai fait un livre sur la correspondance étonnante entre Guy Georges et Anne Gautier la mère d’Hélène Frinking, violée et égorgée en 1995. Elle avait alors décidée de faire une co-enquête de son côté pendant deux ans, avec l’accord de la Police, qui lui avait demandé de garder cela secret. Mais c’est après un nouveau crime qu’elle se dit « Et basta, le secret ce n’est plus possible ! » D’où un portrait-robot diffusé dans la Presse et la traque sui commence. C’est quand Guy Georges a été identifié et arrêté qu’elle a voulu comprendre ce type. Et elle lui a écrit pour expliquer que c’est compliqué de pardonner, et Guy Georges lui répond en donnant des explications sur le jour où il a tué sa fille… Tout ça, c’est dur et ça marque ! »

3. BLUES & POLAR. Patricia, vous écrivez des articles de Presse, est-ce que l’écriture est le support le plus adapté pour relater tous ces faits divers ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Je continue à écrire bien sûr, mais plus d’articles de Presse. Je bosse beaucoup avec Netflix pour qui j’ai fait « Grégory » qui a fait un tabac car on a retrouvé rushes sur l’affaire qui n’avaient pas été utilisés et de nouvelles pièces au dossier. Et c’est vrai que l’image amène avec sa force côté émotion. J’ai également fait un podcast de 8 épisodes de 22 mn sur « Le Grêlé » en 2019. J’aime bien prolonger l’écrit et il y a beaucoup de possibilités techniques aujourd’hui. Ainsi « Le Grêlé » va être adapté en série Docu-fiction de 4 épisodes pour la plate-forme CYBER avec des intervenants et du son enregistré in-situ. Il y a aussi « Le Magot » sur l’affaire Fourniret qui est en fin d’adaptation sur Canal +

LA QUESTION +. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Je suis désolée Jean-Pierre, mais c’est une musique que je ne connais pas. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUILLET- AOÛT 2022

 CHRISTIAN BLANCHARD

« Antoine » dernier roman de Christian Blanchard (**** pour notre comité de lecture) est un des sept « Coups de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence 2022 ». L’écrivain qui habite à Brest sera parmi nous pour trois jours et le public aura l’occasion de le rencontrer très facilement.Nous sommes ravis de l’accueillir car ses romans - loin de l’enquête policière classique - traient plutôt de nos questions de société les plus diverses. Et ils nous questionnent bougrement... Christian Blanchard participera à la rencontre littéraire du samedi 27 août à la chapelle de Toutes-aures à Manosque dans le cadre du 18e festival Blues & Polar consacré à nos « Racines ».

1. BLUES & POLAR. Nous avons découvert - et unanimement apprécié - vos deux derniers romans « Tu ne seras plus mon frère » et « Antoine » grâce aux conseils d’Anaïs Morel votre attachée de Presse chez Belfond. Et je la remercie. Mais un constat s’impose : vos histoires finissent mal, voire très mal. D’où vient ce goût du roman noir qui nous entraîne d’ailleurs, bien au-delà très souvent ? Y aurait-il du vécu derrière tout ça ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « J’ai quand même dans mes romans antérieurs des histoires qui finissent bien. Mais très souvent, elles ne peuvent pas finir autrement. Pour « Tu ne seras plus mon frère » je me suis reposé sur ce qui se passe avec la Syrie et les jeunes - Français ou non – qui sont partis combattre là-bas pour faire le Djihad. Et je me suis interrogé aussi sur les « snipers » ces tireurs d’élite qui ne sont pas des militaires comme les autres… Entre les sportifs de très haut-niveau et le combattant solitaire. Ça m’a toujours interrogé pour ne pas dire fasciné. C’est très étrange… Pour « Antoine » en revanche, j’ai vécu une enfance pas malheureuse, mais un peu comme lui, car timide et introverti. Et à l’adolescence, j’ai connu la transformation de Dieppe en Normandie, ville portuaire, ville de pêcheurs, ville de transit vers l’Angleterre, ville de tourisme et industrielle aussi. Mais en quelques années beaucoup d’usines ont fermé, engendrant du chômage, des plans sociaux, du désespoir aussi ; et Bertrand l’éducateur du roman, j’aurais pu être lui. Alors oui, il y a un peu de vécu dans ce parcours. »

« Ce qui me trouble, me perturbe et me questionne aussi, c’est l’origine des méchants. » Christian Blanchard

2. BLUES & POLAR. L’enfance et l’adolescence sont au cœur de ces deux derniers romans. Cette période charnière avant de devenir adulte, est-ce les fondations de votre écriture ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « Oui ! Pratiquement tout ce que j’écris vient de cette période. Très vite, très jeune, des interrogations m’ont habité et j’ai trouvé des raisons à cela. Ce qui me trouble, me perturbe et me questionne aussi, c’est l’origine des méchants. Dans tous mes autres bouquins, c’est comme ça. Car on ne naît pas tous sous la même étoile et avec avec la même chance. Et il y a des moments où on ne peut plus rien faire pour inverser le cours des choses… Alors que pourtant, il y a des gens qui tendent la main ! Mais mon écriture n’est pas « happy end » ! Je suis fan et ami maintenant de Karine Giebel que j’admire beaucoup. Son écriture aussi n’est pas du style « Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… » à la fin. J’ai adoré son dernier « Glenn Affric ». Je suis fan aussi de R.J Ellory. »

« Je suis aussi le correspondant local du quotidien Ouest-France à Plougastel-Daoulas » Christian Blanchard

3. BLUES & POLAR. Comment vous est venue l’envie d’écrire ? Par plaisir ou par nécessité ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « Quand j’étais ado, j’écrivais des bricoles, et j’inventais des histoires. Ça me plaisait. C’est pendant la canicule de 2003 que j’ai été repéré par les éditions bretonnes Phalémon. Celles-là même, pour qui écrit Pierre Pouchairet pour sa série des « Trois Brestoises ». J’ai pas mal bossé mon écriture à ce moment-là, et maintenant c’est devenu une nécessité. Mais je suis aussi le correspondant local du quotidien Ouest-France à Plougastel-Daoulas et je fais bien 35 articles par semaine. Ça me plaît, j’aime cette proximité des gens avec la Presse locale, et maintenant, écrire, je ne pourrais pas faire autre chose ! Je ne peux pas m’ennuyer en écrivant. Car quand j’attaque un livre, c’est toujours différent. Mais c’est toujours du plaisir, même si parfois ça peut être compliqué. Inventer, c’est ça qui est intéressant, mais mon éditrice chez Belfond m’apporte son regard et du recul. « Antoine » c’est une histoire et un roman qui me titillaient depuis longtemps. « Tu ne seras plus mon frère » qui évoque deux frères partis en Syrie ; l’un pour faire le Djihad, l’autre pour défendre son pays, c’est un reportage de France 2 sur les repentis de Daech et les enfants de djihadistes qu’un mec voulait tous tuer, qui m’a inspiré ce livre. Auparavant, j’ai écrit un roman sur le Cambodge « Ang Karg » après y avoir visité un camp d’internement qui m’a beaucoup ému. Et j’ai mis une femme pour personnage central. L’enquête policière basique, je ne sais pas faire. Je suis plutôt dans le roman noir. »

La Question Plus : Le Blues pour toi (on finit toujours par se tutoyer à Blues & Polar) c’est une musique ou un état d’âme ?
« Ha, Ha ! Bonne question ! Quand j’écris je vais chercher des compils sur Internet et je mets souvent du blues. Car ce n’est pas n’importe quelle musique. Quand j’écoute du blues, j’ai aussitôt des images qui viennent. En revanche, je suis nul pour les noms des interprètes. Mais c’est la musique de toutes les émotions. Et j’écris toujours en musique, et ça va du blues à Pink Floyd en passant par le Heavy métal. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



 JUIN 2022

 BARBARA ABEL

vit à Bruxelles où elle se consacre à l’écriture et à ses chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique. Prix Cognac avec L’instinct maternel, puis sélectionnée par le prix du Roman d’Aventures pour Un bel âge pour mourir, son œuvre est aujourd’hui adaptée à la télévision et traduite en plusieurs langues. Son dernier roman Les Fêlures paru chez Plon, nous a définitivement convaincus sur ses talents de maitre du thriller avec ses phrases-choc inattendues qui arrivent comme un uppercut en pleine mâchoire au moment où on ne s’y attend pas… Blues & Polar se fait une joie de la recevoir le samedi 27 août aux côtés des six autres « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2022 » pour son 18e festival consacré à « L’Ame de nos racines » aux côtés de Maud Tabachnik, notre invitée d’honneur. En attendant, Barbara Abel qui rentre tout juste de New-York est notre invitée du mois pour l’Interview 3 QUESTIONS A…

BARBARA ABEL a écrit sa première pièce de théâtre L’Esquimau qui jardinait, à 23 ans. Celle-ci a été montée sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa (Belgique). Son premier roman, L’instinct maternel, a été lauréat du Prix du roman policier de Cognac. Ses récits de suspense évoquent souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie. Son roman Un bel âge pour mourir, paru en 2003, a été adapté pour France 2 avec Marie-France Pisier et Émilie Dequenne dans les rôles principaux. Le film Duelle adapté de son roman Derrière la haine est en cours de remake aux Etats-Unis avec Jessica Chastain et Anne Hataway dans les rôles principaux. Les Fêlures est son quatorzième roman.

1.BLUES & POLAR. Barbara, vous rentrez de New-York ; est-ce que les voyages
lointains de ce type peuvent être une inspiration pour vous ?

BARBARA ABEL. « Oui bien sûr ; mais dans le sens où tout est source d’inspiration. Néanmoins, mon principe - comme beaucoup d’écrivains d’ailleurs - c’est de mettre des gens ordinaires dans des situations extraordinaires. Là, aller à New-York ce n’est pas mon quotidien et ça peut devenir une source d’inspiration, mais en fait les lieux ne sont pas importants pour moi. Et je le fais exprès ! Ça peut être en France, en Belgique ou dans un autre pays… Ainsi chaque lecteur s’approprie le lieu et cela donne une proximité aux choses. »

2.BLUES & POLAR. Dans vos deux derniers ouvrages « Et les vivants autour » et « Les Fêlures », vous évoluez dans l’univers hospitalier, la maladie et dans le thriller
psychologique. Est-ce un sujet récurrent ?

BARBARA ABEL. « C’est vrai mes deux derniers romans sont ainsi. Et il y a une corrélation entre les deux mais ce n’est pas récurrent chez moi. C’est le hasard qui est en cause car j’aborde bien d’autres thèmes… »

3. BLUES & POLAR. Etes-vous une lectrice et une mélomane ?
BARBARA ABEL. « Oh oui ! Je lis – pas autant que je le voudrais – mais je suis incapable de m’endormir sans avoir lu quelques pages d’un livre ou plus. Et je lis de tout. La Presse, des polars, des thrillers, la littérature blanche aussi et des entretiens. Et j’ai plaisir à lire mes collègues d’écriture comme ma grande amie Karine Giebel.
Je lis aussi Olivier Norek, Pierre Michon, Arnaud Rozan, Roman Gary, Jim Harrison… Côté musique, là-aussi je suis très éclectique. J’aime le jazz, la pop-rock, la chanson française et francophone et internationale aussi. Ça va d’Edith Piaf à Pink Floyd en passant par le blues de Billie Holiday. Et puis j’ai grandi avec nos chanteurs belges.
Jacques Brel, Arno que l’on pleure aujourd’hui tout comme Julos Beaucarne et son éternelle ritournelle qu’est « La belle Petite gayolle », sans oublier Stromae… »

La Question + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? BARBARA ABEL : « Oh ça reste une musique très intense et prenante. On connait bien les morceaux mais très souvent sans pouvoir les nommer tout comme les chanteurs ou chanteuses, car c’est une musique qu’on entend peu sur les radios. Je suis impatiente de découvrir ça à Manosque. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

Les romans de Barbara Abel. L’Instinct maternel, Éditions du Masque, Un bel âge pour mourir, Éditions du Masque, Duelle, Éditions du Masque. La Mort en écho, Éditions du Masque, 2006. Illustre Inconnu, Éditions du Masque, 2007. Le Bonheur sur ordonnance, Fleuve noir, 2009. La Brûlure du chocolat Fleuve noir, 2010. Derrière la haine, Fleuve noir, 2012. Après la fin, Fleuve noir, 2013. L’Innocence des bourreaux, Belfond, 2015. Je sais pas, Belfond, 2016. Je t’aime, Belfond, 2018. Et les vivants autour, Belfond, 2020. Les Fêlures, Plon, 2022.


 MAI 2022

 FRÉDÉRIC POTIER

Préfet, essayiste, ancien conseiller à Matignon il a été délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. « La Menace 732 » est son premier roman. Un thriller politique en droit-fil de l’élection présidentielle qui vient de réélire Emmanuel Macron via une fiction qui conjugue le futur au présent avec un coup d’Etat à la clé. Etonnant ! Sortie aujourd’hui jeudi 19 mai. Un récit qui fait froid dans le dos ! Voir notre compte-rendu de lecture sur le site www.blues-et-polar.com Onglet : ON A LU. 3 étoiles à l’arrivée.
1. BLUES & POLAR. Vous y allez fort pour un premier roman ! Votre fiction « La menace 732 » qui parait aujourd’hui 19 mai aux éditions de l’Aube à La Tour d’Aigues, conjugue et invite le présent. Quelle idée aviez-vous derrière la tête, vous qui côtoyez le monde politique au plus haut niveau du pouvoir en France ?
FRÉDÉRIC POTIER « L’idée principale, c’était de faire connaitre le danger des groupuscules violents d’Extrême-Droite et d’Extrême-Gauche en France et le danger qu’ils représentent pour la démocratie française. Un essai de plus n’aurait pas touché le grand public, alors que le choix du polar me paraissait plus adapté et adéquat, avec les élections présidentielles en ligne de mire. Car ces groupuscules qui prônent la violence et la révolution armée, c’est un sujet qui reste cantonné à un petit cercle d’experts, alors qu’ils sont très dangereux ! Ils sont très présents – surtout entre
eux – sur les réseaux sociaux, et sans que l’on connaisse leurs noms.
La DGSI a arrêté plusieurs de ces personnes mais c’est toujours très discret. Mais ils s’apprêtaient à commettre des attentats. Je trouve que l’on est dans une ambiance très noire, et en fait, j’ai inventé très peu de choses dans ce livre. Même s’il y a une part d’imaginaire. Néanmoins, c’était volontaire de coller au moment et d’expliquer les coulisses du pouvoir car les hommes et les femmes politiques ne sont pas des supers héros ! Dans la vraie vie – pas dans le roman - l’élection a eu lieu mais pas les les Législatives. Et les tensions ont toujours lieu. Dans mon livre, je prédis un coup d’Etat le 15 août et je l’attends de pied ferme car l’actualité internationale et nationale nous gâte, avec en plus des ingérences extérieures sur les réseaux sociaux. La réalité dépasse parfois la fiction. Moi je suis un fan des séries télé et souvent elles ont un temps d’avance. Dans 24 heures chrono, il y a un président de la République qui est noir, et c’était bien avant Obama. La République, Jean-Pierre, n’est pas si solide que ça. La Tribune des militaires parue dans Valeurs actuelles on n’avait jamais connu ça, et on doit la regarder en face. J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce livre et à en parler. »

2. Etes-vous un lecteur de polars ?
FRÉDÉRIC POTIER. “Oui ! Je suis un boulimique de polars. J’adore Fred Vargas, Giacometti Ravenne… et je viens de lire « Les Loups » de Benoit Vitkine qui est le correspondant du Monde à Moscou. C’est très visionnaire. C’est une femme Olena Hapko qui vient d’être élue à la tête de l’Ukraine. Mais c’est une oligarque au passé violent et dont la Russie souhaite se débarrasser en attisant des révoltes populaires. Avec pour seules armes sa férocité et sa connaissance de la politique ukrainienne, Olga Hapko entend survivre à cette tentative de déstabilisation… Je suis persuadé de ce récit formidable."

3. Le Blues pour vous ? Musique ou état d’âme ?
FRÉDÉRIC POTIER. « Désolé, je suis beaucoup plus jazz. J’aime beaucoup le trompettiste Ibrahim Maalouf. Et ce que j’adore c’est chanter Johnny en voiture à tue-tête avec mes enfants. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AVRIL 2022

 FABRICE PAPILLON

Journaliste scientifique, producteur de nombreux documentaires, Fabrice Papillon est l’auteur d’ouvrages de vulgarisation scientifique avec d’éminents savants dont Axel Kahn. Le Dernier Hyver (Belfond, 2017) a reçu le prix du Meilleur Polar 2018 des lecteurs de Points et Régression a été récompensé par le prix Méditerranée Polar en 2020. Alienés (**** pour Blues & Polar) est son 3e roman. Fabrice Papillon raconte en 450 pages, le premier meurtre d’un cosmonaute américain dans l’espace à l’intérieur de la station spatiale internationale. L’action - se passe en mai 2022. Une fiction très proche.
1. BLUES & POLAR. Votre dernier roman sorti en juin 2021 est une fiction qui se
passe… en mai 2022 – c’est à dire dans 15 jours – à bord de la Station spatiale
internationale avec un cosmonaute américain retrouvé assassiné et massacré, mystérieusement. Aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine, la présence de cosmonautes russes et américains à bord de la sation spatiale internationale et avec arrimage de la navette d’Elon Musk à l’ISF avec 4 personnes non-cosmonautes à son bord actuellement, qu’est-ce que cette situation vous inspire ? Auriez-vous peur d’avoir été visionnaire sans le vouloir ?

FABRICE PAPILLON. « Oui un petit peu, et je croise les doigts pour que la fiction reste une fiction. Mais quand on est journaliste scientifique de métier et que l’on lit, croise, et écoute bien plus d’informations que le commun des mortels sur ce sujet devenu crucial - et même privé, avec la fusée d’Elon Musk - on arrive à sentir les choses. Bien avant cette Guerre en Ukraine, on savait que la Station spatiale internationale allait devenir un enjeu d’importance pour certaines nations et la surveillance du ciel et de l’espace. Mais je ne le pressentais pas à ce point. Comme tous les observateurs, j’entends gronder la menace Poutine mais sa radicalisation ne m’a pas trop surpris. Et la Station spatiale n’est pas le seul sujet épineux. Dans les mois à venir, les grandes recherches de pétrole menées notamment par la Russie en
Arctique seront-elles-aussi un sujet de conflit également ? Je ne suis donc pas surpris, mais je n’aurai pas imaginé à ce point. J’ai d’ailleurs entendu parler d’une série TV française qui sort bientôt, inspirée d’un polar qui débute dans la station spatiale internationale. Ça prouve bien que ce sont des thématiques qui portent… Moi j’ai pour habitude d’écrire avec une action qui se situe dans un avenir proche, toujours ! Cela donne plus de crédibilité à l’anticipation. Jules Verne a eu des intuitions incroyables sans ses romans. J’espère quand même que cela restera de la fiction… »

2. BLUES & POLAR. Polar et Espace, c’est un bon cocktail pour écrire ? Les braquages de banque, les enquêtes de terrain sur des meurtres en série avec des mecs qui se flinguent dans des bars enfumés, ce n’est pas votre tasse de thé ?
FABRICE PAPILLON. « Exactement ! Les trois polars que j’ai écrits sont tous des polars historiques et scientifiques qui sont mes deux formations d’études. Et tout cela est né de mon travail de journaliste scientifique. « Alienés » je l’ai fini en juin de l’année dernière et je me suis reposé plusieurs mois. Là, je suis prêt à réattaquer et je ne vais pas tarder. Ce sera un polar avec beaucoup de science et de neuro-sciences. Mon angle de travail et d’attaque, c’est « Le Cercle des 9 cerveaux » avec des phénomènes extrascientifiques voire ésotériques. Il devrait être prêt pour fin 2023-début 2024."

3. BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur et un amateur de musique ?
FABRICE PAPILLON. Le polar classique, j’aime bien le lire. J’aime beaucoup Jean-Christophe Grangé, Bernard Minier, Frank Thilliez, Karine Giebel… mais les technosciences, c’est vraiment plus mon truc. Ça permet d’agrandir l’imaginaire…
mais j’ai un cursus très classique à l’origine. Et pour ce métier de journaliste scientifique j’ai lu de nombreux documents et principalement écrit des essais avec Axel Kahn notamment. Côté musique, j’adore le jazz et d’ailleurs je vais aux concerts
au Duc des Lombards à Paris. J’aime beaucoup Miles Davis et ma sonnerie de téléphone c’est la musique de « Ascenseur pour l’échafaud ». Et puis l’oncle de ma femme est le pianiste jazzman Manuel Rocheman qui a d’ailleurs joué pour notre mariage… »

* LA QUESTION +
Le Blues pour vous ; c’est une musique ou un état d’âme ?
FABRICE PAPILLON. « Je n’ai eu beaucoup d’occasions d’écouter du blues dans ma vie. C’est une musique que je connais moins que le jazz. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 MARS 2022

  RENÉ FRÉGNI

Son 20ème roman « Minuit dans la ville des songes » vient de sortir chez Gallimard dans la célèbre « Collection banche ». Ce roman est le récit d’une vie d’errance et de lectures, aussi dur que sensuel, aussi sombre que solaire. Le chaos d’une vie, éclairée à chaque carrefour périlleux par la découverte d’un écrivain. René Frégni, conteur-né, ne se départit jamais de son émerveillement devant la beauté du monde et des femmes. Fugueur, rebelle, passionné de paysages grandioses, qui restent pour lui indissociables des chocs littéraires. Un homme qui marche un livre et un cahier à la main. René Frégni parrain historique du festival Blues & Polar ne pouvait manquer en cette période cataclysmique de répondre aux 3 Questions de l’Interview de mars. Un mois où les giboulées ne sont pas seules au rendez-vous...

1. BLUES & POLAR. Le réchauffement climatique qui ne cesse de provoquer des catastrophes et des déplacements de populations, puis la pandémie du Covid 19 et ses millions de mots, la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, et voilà maintenant la guerre avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. Pour un écrivain comme toi, est-ce que ces événements sont une source d’inspiration ou est-ce plutôt la colère d’un citoyen du monde avant tout ?
RENÉ FRÉGNI. « Tu sais Jean-Pierre, l’humanité malheureusement ne sait pas rester en paix plus de dix ans, et a de plus en plus besoin d’obscurité. Sinon, les télévisions et autres médias d’information en continu qui tournent 24 heures sur 24 nous serviraient autre chose. Un monde avec plus de douceur et de tendresse. Mais non ! C’est le Covid ou la Guerre en permanence et je deviens de plus en plus révolté. Je relisais ce matin « Refus d’obéissance » de Jean Giono paru en 1934, et qu’il a écrit pour la Revue Europe, après la boucherie de 14-18 qui l’a traumatisé durant toute sa vie. Il disait après avoir relu Paul Valéry « La Guerre c’est des gens qui se massacrent et ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ! » Je suis moi-aussi dans cette pensée pacifique. S’il y a un conflit mondial et nucléaire avec la Russie, c’est la fin de l’humanité ! Et je mets sur le même plan la Russie que les Etats-Unis, car au moment de la guerre en Irak refusée par Jacques Chirac d’ailleurs, l’Irak ne nous avait pas agressé. Il y a eu 500 000 morts là-bas... Mais si je condamne absolument Poutine, je trouve quand même que Georges Bush a commis le même crime en 2003 en Irak. Là, j’ai envie de pousser un cri de rage entre toutes ces puissances militarisées jusqu’à la gueule « Désarmez-vous toutes !!!! »

2. BLUES & POLAR. “Minuit dans la ville des songes » c’est le joli titre de ton
dernier roman qui vient de sortir chez Gallimard. Justement, à quoi rêve-t-on à
Minuit dans la Ville des songes, et comment est né ce roman ?

RENÉ FRÉGNI. « Quand j’allume ma petite lampe pour écrire, je pars ailleurs et je
m’évade. Et c’est fondamental pour moi. On n’arrive plus à faire face à la pollution de la Terre, on en crève, et voilà qu’on se fait la guerre maintenant… Quand j’écris, je suis protégé par les mots. L’écriture me permet d’écarter la mort. J’avais commencé à écrire un roman noir mais je bloquais un peu dessus. C’est en parlant avec Marilou ma fille que j’ai trouvé une autre voie. Elle m’a dit « Papa parle de ta bascule dans les livres, car jusqu’à 19 ans tu étais un illettré insouciant qui n’allait pas à l’école parce qu’il ne voyait pas clair et ne voulait pas être surnommé « Quat’zyeux ». Tu étais renvoyé des collèges et des lycées… » Et c’est là que j’ai eu la trame d’un autre livre. Je suis revenu sur cet enfant rebelle que j’étais, et j’ai retrouvé un ancien minot Ange-Marie Santucci qui après deux ans de prison s’était métamorphosé avec la lecture. C’était un autre homme devenu intellectuel grâce aux livres. Donc ce rêve m’a permis de raconter l’histoire de mes deux vies. Avant et après la lecture. Depuis, j’ai toujours un livre sur moi, en permanence. »

3. BLUES & POLAR. René est-ce que tu as le blues en ce moment ?
RENÉ FRÉGNI. “Non je n’ai pas le blues. Je suis pessimiste comme Giono, mais
enthousiaste de la sensualité de la vie. Je trouve cette planète exceptionnelle mais toutes les nouvelles sont noires. Une planète qui n’est pas capable de se désarmer court au désastre. Je me sens heureux dans la nature et j’y oublie ce que nous sommes. Ce que nous avons en Haute-Provence est miraculeux. Les Gorges du Verdon, la Montagne de Lure, les collines près du Vaucluse, la Vallée de l’Ubaye… Je n’arrive pas à croire que l’homme soit assez bête pour détruire ce paradis, qu’il transforme chaque jour en enfer alors qu’on a juste besoin de douceur et de beauté. Albert Camus disait : « La Paix est le seul combat qui vaille d’être
mené. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 FÉVRIER 2022

 JUAN CARMONA

- Je l’ai connu à Salon-de-Provence peu avant l’avènement officiels des radios libres, en 1981. C’était dans une barre HLM du quartier des Canourgues, où le génial Jean-Pierre Polin créateur de Radio Centuries avait invité deux guitaristes – jeunes mais déjà hyper talentueux – l’Aubagnais Juan Carmona et le Marseillais Jean-Félix Lalanne. Je les avais interviewés pour Le Provençal à l’époque, et Juan que je ne connaissais que depuis une heure était venu avec moi à la fin de l’émission, pour jouer un morceau de flamenco à 100 mètres de là, à la paroisse de Salon-de-Provence où un prêtre-ouvrier formidable partait rejoindre le fameux Père Jaouen en Bretagne pour travailler avec lui auprès des drogués, sur un bateau, en pleine mer. Une aubade inattendue qui avait beaucoup touché la nombreuse assistance. Et Juan Carmona et Jean-Félix Lalanne sont revenus le 31 mai 1984 à Salon-de-Provence – à ma demande – pour la journée solidarité de la Croix-Rouge française dont le but était de récolter des fonds pour financer l’opération à Londres par le professeur Yacoub de la petite Aurore (âgée de 8 ans) qui avait besoin d’une greffe cœur-poumons qui ne se pratiquait pas alors en France. De nombreux joueurs de l’OM, Martigues et Istres étaient également présents pour jouer bénévolement sous les couleurs de la Croix-Rouge. On s’est revus ensuite de temps à autres, à Dauphin, Manosque et Forcalquier où Pierre Bonnet avait créé les Rencontres flamenca, jusqu’au jour où Juan Carmona m’a confié qu’il allait partir à Jerez pour se perfectionner in situ dans cette Andalousie de feu, terre de naissance du flamenco. Là, pendant 9 ans, il s’est imprégné du savoir gitan dans la pure tradition flamenca, en côtoyant et accompagnant les plus grands noms du flamenco : Joaquín Grilo, Agujetas, Duquende, Antonio Canales, Chano Domínguez … Il enregistrera alors ses premiers albums et remportera des prix internationaux de guitare dont le Concours International de Jerez, la Union de Cordoba (finaliste) ou le grand prix Paco de Lucia. Quarante ans plus tard, alors qu’il est devenu une référence mondiale du flamenco, quel bonheur d’avoir Juan Carmona au téléphone pour cette interview coïncidant avec la sortie de son magnifique album « Zyriab 6.7 ».

Jean-Pierre Tissier

« Le flamenco, c’est une musique de toutes les émotions comme le blues et la guitare reste l’instrument du gitan. » Juan Carmona
1. BLUES & POLAR. Juan, quelle est pour toi la définition du flamenco ? Est-ce que cette musique connue dans le monde entier a une signification et un sens bien particuliers ? Est-ce qu’elle serait proche du blues dans ses racines profondes ?

JUAN CARMONA. « Le flamenco c’est un art de vivre, une philosophie, une façon de penser, liée au monde gitan et andalou, en marge de la société. Et quelque part c’est lié à 500 ans de discrimination des gitans. Et là, oui, ça rapproche du blues dans la souffrance. Car jouer et chanter le flamenco, c’est le monde gitan qui existe et vit. Et chez nous, il n’y a pas besoin forcément d’une fête pour jouer. Le flamenco, c’est la plainte du peuple andalou. On appelle ça la « Queya », c’est un moyen de s’exprimer avant tout. Le flamenco, c’est une ville (Carthagène) et une tonalité : le fa dièse mineur ! Et on n’en bouge jamais ! Bref, c’est une musique de toutes les émotions et la guitare reste l’instrument du gitan. »

2. BLUES & POLAR. A l’image de l’album « Zyriab » réunissant le guitariste Paco de Lucia et le pianiste jazz Chick Coréa en 1990, ton dernier album « Zyriab 6.7 » vient de sortir et il porte le nom d’un compositeur du IXème siècle, véritable référence dans le monde du flamenco. Peux-tu nous parler de sa musique et de son influence, car pour cet album tu t’es entouré de « pointures » comme le trompettiste Ibrahim Maalouf ou le joueur de zarb Bijan Chemirani qui habite près de Manosque, et a accompagné Sting et Amina Allaoui. C’est dans la logique des œuvres de Zyriab ?

JUAN CARMONA. « En 2015, l’Unesco m’a remis le Prix Zyriab récompensant un guitariste flamenco et j’ai été le premier Européen à le recevoir. Auparavant, c’était des musiciens d’Amérique du sud la plupart du temps. Et j’ai décidé de me pencher sur ce monsieur qui au IXème siècle a eu l’idée d’ajouter une 5ème corde à son oud. Car Zyriab était un poète très talentueux dont le prof de oud était jaloux de lui au point de le virer un jour de son cours. Zyriab est donc parti pour un long voyage et fini par se poser à Cordoba (Courdoue). Et c’est là qu’on découvre en cherchant un peu sur internet, qu’il a inventé plein de choses très diverses mais géniales, comme Léonard de Vinci. Tiens, le geste de trinquer avec un verre par exemple, c’est Zyab ! Ça n’existait pas avant. C’est hallucinant ! J’ai donc décidé de lui rendre hommage car il a aussi créé la musique arabo-andalouse. Et c’est dans cet esprit que j’ai invité un musicien de chaque pays arabe pour ce disque. J’avais ce projet en tête depuis longtemps, mais ça a mis du temps car le Covid est passé par là. Néanmoins, la pandémie m’a donné plus de temps qu’habituellement, ayant des concerts dans le monde entier. J’ai donc contacté Bijan Chemirani référence mondiale du zarb iranien avec son père Djamshid qui habitent près de Manosque, puis le trompettiste Ibrahim Maalouf, le guitariste andalou El Pele… C’est un disque de rencontre et de partage et c’est une production vraiment « chiadée » ! Ce n’est pas du collage. J’ai composé pour tous ces musiciens pour qu’on soit tous à l’aise. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce que tu écoutes d’autres musiques que le flamenco et aimes-tu jouer avec des musiciens d’autres univers musicaux, à l’image des guitaristes John Mac Laughin ou Al Di Méola ?

JUAN CARMONA. « « Bien sûr ! Toute ma vie, j’ai joué avec plein d’artistes différents. A 14 ans, je jouais avec Baden Powel ; après j’ai joué avec Larry Corryel qui a interprété – à sa manière jazzy – le Boléro de Ravel et qui m’a fortement influencé pour arriver à lire des partitions. La musique du film « la Belle histoire » de Claude Lelouch en 1992, c’est Francis Lai et moi ; l’an dernier, j’ai joué en Australie à l’opéra de Sidney avec le Sidney symphony orchestra. Alors tu sais Jean-Pierre, je ne connais toujours pas le solfège malgré la pression que me faisait chaque fois Larry Corryel… et pourtant je fais le tour du monde. J’ai amené le flamenco au Bolchoï à Moscou avec Chick Coréa avant sa disparition. Et dans deux mois, je joue avec le grand guitariste Aldi Méola. »

LA QUESTION +
Le polar ça te parle ? JUAN CARMONA. « Je suis ouvert à toutes les cultures, mais malheureusement je consacre chaque jour 8 à 9 heures à mon instrument et je n’ai vraiment pas le temps de lire. Une chanteuse star de la musique égyptienne vient de m’appeler pour que je compose et joue pour elle. En fait, je suis gitan et je m’adapte à tout ! »

Propos recueillis par J.-P.T

 DELPHINE IWEINS

« En procédant de façon si originale, par des portraits inattendus, la journaliste juridique Delphine Iweins brise des préjugés simplistes et révèle l’utilité sociale d’une profession aux multiples visages qui participe, sans toujours le savoir, à une mission de réinventer la grammaire des échanges économiques, pour qu’elle soit plus respectueuse et plus durable. » (Préface de François Zimeray, Avocat au barreau de Paris. Références : « L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires Printemps arabes, lutte anti-corruption, lobby, intelligence artificielle… » Un Tour du monde à la rencontre de ces acteurs est paru chez Enrick B. Editions en mars 2020.

1. BLUES & POLAR. Un peu de pédagogie pour nos lecteurs Delphine. Quelle est la définition et la vocation d’un avocat d’affaires ? Comment le devient-on ? Quel est le cursus ? Y-a-t-il un serment ?
DELPHINE IWEINS. « En effet, prenons les choses par le début ! Un avocat d’affaires est avant tout, tout simplement, un avocat. Généralement, après plusieurs années d’études (au moins un master 1 en droit ou une équivalence) et après avoir été diplômé du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa), il prête serment. Une fois le serment prêté, il s’inscrit au tableau du barreau où il souhaite exercer, rejoint un cabinet ou créer le sien. Les premières années, habituellement, il devient collaborateur d’un cabinet d’avocats dans une spécialité qui l’intéresse et qu’il a pu étudier durant son cursus universitaire. Ce serment constitue le socle de l’éthique professionnelle de l’avocat : « Je jure comme avocat d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». Il s’oblige ainsi à respecter un certain nombre de règles juridiques et morales dans sa pratique et dans ses relations professionnelles : ainsi que des principes d’indépendance, de loyauté et de confidentialité, du respect du secret professionnel, du devoir d’information, de conseil et de diligence. Cette déontologie est la garantie de pratique professionnelle rigoureuse et protectrice des intérêts qui lui sont confiés. S’ils ne les respectent pas, il peut être disciplinairement sanctionné par les instances représentatives de la profession d’avocat et radié du barreau. Le grand public a souvent deux images qui lui vient à l’esprit lorsqu’il entend parler d’un avocat : celle d’un avocat pénaliste ou celle d’un spécialiste du droit de la famille (notamment du divorce).
L’expression « avocat d’affaires » apparaît en France dans les années 1960.
Elle désigne les conseils des entreprises et au fil des années ceux des dirigeants. Certains plaident durant des procès, d’autres non. Le droit des affaires regroupe en fait, un grand nombre de spécialités du droit tels que le droit fiscal, les fusions-acquisitions, le droit bancaire, le droit social, le droit de la concurrence, le droit des nouvelles technologies, le droit de l’environnement, les restructurations d’entreprises, le droit public, l’anti-trust, le droit aérien, le marché de capitaux, la protection des données, le droit de la franchise, le droit commercial, le droit de la compliance, le droit pénal des affaires, le droit immobilier, le droit de la construction, etc. »

2. BLUES & POLAR. Vous parlez de leur influence insoupçonnée dans votre livre, évoquant printemps arabes, lobby… Cela va jusqu’où, Jusqu’à la ligne rouge qui serait la loi ? On est dans quels domaines pour être précis : économie, code du Travail, politique, business, football ? Bien des politiques de premier plan deviennent Avocat d’affaires….

DELPHINE IWEINS. « Le périmètre d’exercice des avocats d’affaires ne se résume pas à leur rôle/influence économique. Même si toutes les robes noires sont tenues universellement par une déontologie qui les honore et fait leur force, la pratique, elle diffère d’un pays à l’autre.
Durant deux ans, je suis allée à la rencontre, dans le monde entier, d’avocats d’affaires, de juristes d’entreprise, de professeurs de droit, d’étudiants pour essayer de comprendre le poids que toutes ces personnes ont dans leur pays. Cette enquête – relatée dans mon livre « L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires » – s’est déroulée entre 2012 et 2014 en France, aux États-Unis, en Tunisie, au Brésil, en Russie, à Hong Kong et à Singapour. Tous ces pays étaient à l’époque sous les feux des projecteurs de l’actualité et le sont pour la plupart encore.
J’observe tout au long de ce livre que les avocats d’affaires ont aussi une influence politique et sociétale, même s’ils n’en sont pas toujours conscients. En Tunisie, par exemple, ils ont participé à la révolution de Jasmin (qui a marqué le début du mouvement du Printemps Arabe) et ont largement contribué à la réaction d’une nouvelle constitution pour le pays.
Ce rôle a valu à Mohamed Fadhel Mahfoudh, président de l’ordre national des avocats de Tunisie lors de notre rencontre en 2013, de recevoir le Prix Nobel de la Paix en 2015 aux côtés de d’autres membres du Quartet du dialogue national. Certains avocats d’affaires après la chute de Ben Ali ont aussi voulu s’engager plus amplement dans la vie associative ou locale de leurs pays avec plus ou moins de succès. Il n’est pas toujours simple d’établir une stricte limite entre engagements personnels et activités professionnelles.
Au Brésil – je m’y suis rendue deux mois avant la Coupe du monde de football de 2014 et aux débuts des mouvements de protestations contre la politique de la présidente Dilma Rousseff qui mèneront à sa destitution et à l’élection de Jair Bolsonaro –, certains avocats d’affaires tentaient de participer à la lutte anti-corruption à leur échelle dans leur exercice quotidien, en faisant preuve d’imagination juridique.
De leurs côtés, en Russie, les avocats d’affaires étrangers sont régulièrement sollicités par le Parlement pour moderniser les mécanismes juridiques pour une économie plus compétitive. Enfin, plus récemment, à Hong Kong, les avocats d’affaires ont pris part aux mouvements pro-démocratie craignant la main-mise du régime chinois sur cet état. Un fait suffisamment rare pour le souligner. Sans succès malheureusement, on connaît la suite.
En France, les passerelles entre avocats et politiques ne sont pas nouvelles.
La France République des avocats
L’Hexagone est d’ailleurs surnommée la « République des avocats ». La tendance des hommes et femmes politiques intégrant des cabinets d’avocats d’affaires ou inversement a pu s’intensifier ces dernières années, signe avant tout que le droit dispose d’un poids économique et géopolitique non négligeable. Rappelons que l’avocat, comme tout citoyen, est bien évidemment tenu au respect des lois et des règlements de la République. A ces règles de bonne conduite sociale viennent s’ajouter, pour lui, le respect de ses règles déontologiques, dès lors qu’il commet une infraction à l’une ou l’autre de ces règles, il peut être disciplinairement sanctionné selon le degré de gravité de cette faute. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce qu’on peut basculer des Affaires au polar ; car dans le grand banditisme, les voyous ont toujours de grands avocats ; y-a-t-il des avocats d’affaires parmi eux ?

« Il faut demander cela à John Grisham ! Bon ok je vous l’accorde, l’auteur américain a plus été un avocat pénaliste, mais les intrigues dans les cabinets d’avocats d’affaires ont fait son succès. Dans un autre style (pas si différent), dans le roman judiciaire « La loi de Lasko » de Richard North Patterson, l’avocat Christopher Paget siège dans une commission sénatoriale sur les crimes économiques à Washington. Plus sérieusement, tout dépend de ce que l’on désigne par « voyou ». Aujourd’hui, par exemple, la justice s’intéresse de plus de plus de près aux comportements fiscaux, économiques, mais aussi sociétaux (respect des droits humains, respect de l’environnement, etc.) des entreprises et de leurs dirigeants. Ces personnes – morales et privées – sont notamment conseillées par des pénalistes d’affaires, c’est-à-dire des avocats d’affaires connaissant bien les arcanes de la procédure pénale et du système judiciaire. »

LA QUESTION + : Le blues pour vous c’est un état d’âme ou une musique ? Lisez-vous des polars ? « Le blues est un état d’âme et une musique. L’un ne va pas sans l’autre, même si cette musique a tendance à améliorer cet état d’esprit. Je dois l’avouer, je suis une grande amatrice de polars. J’ai un faible pour Patricia Cornwell et sa médecin légiste Kay Scarpetta. Je me délecte aussi, notamment, des enquêtes de l’inspecteur Harry Hole de Jo Nesbø. »
* Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier.


 JANVIER 2022

 RACHELLE PLAS

- Elle joue autant le blues que le jazz avec ses fameux harmonicas Golden Mélody de chez Hohner si typiques et arrondis comme les notes bleues qu’elle distille avec passion et fougue, tant sur un vieux blues que sur le fantastique « Orange blossom spécial » des Spoutniks…. L’harmoniciste Rachelle Plas qui prodigue son savoir jusque dans les écoles primaires et collèges de France est ma dernière invitée de 2021 pour l’Interview Blues & Polar en 3 Questions.

1. BLUES & POLAR. Tu participes régulièrement à des séances de découverte de l’harmonica dans les collèges et écoles primaires. Comment est née cette belle aventure originale, malgré la pandémie de Covid 19 et les inconvénients d’un instrument de bouche ?
RACHELLE PLAS. « Ce sont les directeurs d’école, les professeurs ou les instituteurs qui décident de m’inviter pour faire découvrir la musique à leurs élèves dans le cadre du modèle « Concert à l’école ». Je viens donc en classe, seule en général, et c’est moi qui démarche personnellement et via les réseaux sociaux. Cependant, il y a des critères sanitaires à respecter et le Covid a considérablement compliqué les choses. Mais c’est grâce à la marque Hohner que ce projet est né. Car je suis présente en qualité d’harmoniciste jazz-blues sur le packaging des harmonicas Golden Mélody avec lesquelles je joue. Ils ont donc créé des harmonicas d’entrée de gamme en plastique pour débutants, les « Happy colors » avec des couleurs vives accordés en Do. Dans les écoles qui m’accueillent, un partenariat est signé entre Hohner et l’Education nationale et les enfants reçoivent chacun un harmonica qu’ils conservent après la séance. J’en ai fait une trentaine cette année. Ma dernière expérience remonte à octobre à La Tour du Pin et c’était formidable. Tu sais Jean-Pierre, les enfants sont très curieux du son de l’instrument car très souvent ils ne le connaissent pas.
« Pas de solfège, ni de technique au programme des master-class. Il faut s’amuser et jouer ! »
Pour eux aujourd’hui, la musique c’est surtout le numérique. Ils sont plutôt rodés au rap et cherchent un son sur You Tube ; et ils ont ça tout de suite. Là, l’harmonica ça fait référence à quelque chose de très ancien pour eux, mais ils sont émerveillés des sons que l’on peut sortir d’un si petit instrument… Ça leur plait beaucoup et le principe c’est d’arriver à faire un suivi en classe avec leurs professeurs. Et dernièrement, une soixantaine d’élèves m’a rejoint sur scène lors de mon dernier concert de l’année, à Limours. C’était super ! Mais je ne les embrouille pas ; car ils ont bien vu que j’ai une mallette pleine d’harmos de différentes tonalités pour les concerts, car je joue sur des diatoniques. Donc j’axe cette expérience sur le fait de comment bien tenir un harmonica, comment souffler et surtout aspirer car c’est nettement le plus sur un diatonique. Et on arrive rapidement à quelque chose. Là, pas de solfège, ni de technique. Il faut s’amuser et jouer ! Et apprendre à débuter et à s’arrêter. Finalement, ça les surprend et ça les intrigue. »

2. BLUES & POLAR. Qu’est-ce que ce petit instrument qui tient dans la poche, qu’est l’harmonica représente pour toi ?
RACHELLE PLAS. « Tu sais, j’ai débuté à souffler dans un harmonica à 5 ans, et je n’ai jamais plus arrêté. C’est mon compagnon, je le respecte et il est magique ! Quand je joue c’est comme une seconde nature. D’ailleurs je ne connais plus le stress, même pour des projets importants comme récemment avec la grande organiste Rhoda Scott sur une répertoire Duke Elllington. Mais je travaille énormément en amont. En fait, l’harmonica, c’est une partie de moi. C’est aussi naturel que ma langue maternelle. On appuie sur « On » et c’est parti ! Mais une des grandes difficultés de l’harmonica diatonique – car je ne joue pas de chromatique, ayant ruiné le mien – c’est d’explorer d’année en année tous les sons que l’on peut en tirer. Même des notes qui n’existent pas… Là, avec la pandémie, j’ai joué tous les jours chez moi, à distance, en visio avec plein de musiciens. Et c’était génial même s’il n’y a pas le parfum de la scène et du public. Malgré tout, j’ai joué sur des concerts qui étaient en direct et retransmis en France ou à l’étranger devant un public. C’est un vrai saut périlleux car tu es toute seule chez toi, mais devant plein de monde ! Pour revenir au chromatique c’est vraiment un autre instrument dont j’adore le son, mais je n’y arrive pas ! »

3. BLUES & POLAR. Demain soir c’est Noël, et on approche du changement d’année. Quel serait ton vœu pour 2022 ?
RACHELLE PLAS. « Qu’on puisse enfin revivre pleinement des myriades de concerts avec un vent de liberté soufflant partout. Aller jouer partout, pour que la musique live existe, car c’est tellement important pour la vie. Je ressens d’ailleurs beaucoup de solidarité de la part des acteurs de la Culture. »

* La Question + Es-tu une lectrice de polars ?
RACHELLE PLAS. « J’adore les polars et pendant toute ma jeunesse j’en ai lus énormément, notamment Agatha Christie que j’ai littéralement dévorée. Actuellement j’en lis moins, mais je lis régulièrement. En ce moment, je suis dans le livre « On vient te chercher » consacré à Gilbert Bécaud co-écrit par Claude Lemesle et Jacques Plessis. C’est passionnant ! »
* Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier.

NB : à l’issue de cette longue interview téléphonique avec Rachelle Plas, car on ne se connaissait que par mails depuis des années, Rachelle m’a joué une petite impro jazz & bluesy pour « Blues & Polar » via son Iphone. Sympa pour finir l’année en musique !


 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2021

 PIERRE POUCHAIRET


Il était venu à Manosque en 2013 - à notre invitation - pour son roman « Une Terre pas si sainte » paru chez Jigal polar, la maison d’édition marseillaise de Jimmy Gallier. Et Pierre Pouchairet avait tout de suite aimé ce festival manosquin simplie, humble et génreux, et la bande de bénévoles à toute épreuve qui savait transformer le parc de la Rochette en véritable auberge espagnole.
Depuis, Pierre Pouchairet a tracé son sillon littéraire et a ainsi reçu en 2017, le Prix du 36 Quai des orfèvres des mains de Christian Sainte nouveau grand patron de la PJ pour « Mortels trafics » paru chez Fayard. Le dernier Prix remis dans le site historique du 36, avant le grand déménagement de l’Ile de la cité vers la Porte Clichy.
Mais cette semaine, nous avons appris, via La Provence, que « Mortels trafics » était adapté en film par Olivier Marchal pour Amazon prime vidéo. TV.
L’occasion de retrouver Pierre Pouchairet enfin de retour en France, en Bretagne précisément, après quatre années passées au Cameroun où son épouse était directrice du Centre culturel français à Yaoundé.

1. BLUES & POLAR. Comment s’est décidée cette adaptation de ton roman « Mortels trafics » par Olivier Marchal ?
PIERRE POUCHAIRET : "Ecoute, là je suis face à la mer du côté de Loctudy dans le Finistère sud, c’est très beau et je savoure le paysage... On a passé le confinement en Afrique où la majorité de la population est très jeune et où le Covid n’était pas très présent. J’ai donc écrit tranquillement…
Pour cette adaptation, ce genre de choses se passent entre producteur et éditeur. Amazon et Gaumont ont donc acheté les droits de mon livre et c’est donc Fayard qui m’a prévenu. Et c’est juste du bonheur ! Il y avait une option pendant un moment pour « Une Terre pas si sainte » afin d’en faire une série, mais ça ne s’est pas fait. Là, je suis aux anges parce qu’Olivier Marchal j’ai travaillé avec lui à la PJ de Versailles en 82-83. On était ensemble à la Brigade criminelle ; moi j’y étais depuis 1981. J’avais 24 ans ; on était des jeunots. On s’était croisé une fois depuis, mais là, c’est un pur hasard. Ce qui est marrant aussi c’est que le scénario du film tiré de Mortels trafics a été mis au point et écrit par Olivier Marchal et Christophe Gavat, actuel chef de la Brigade de répression du banditisme de Marseille (BRB) qui avait été mis en garde à vue et en examen – puis innocenté au procès – dans l’Affaire Neyret. Il a d’ailleurs remporté le Prix du Quai des orfèvres 2021 avec « Cap Canaille ». Et Olivier Marchal a réalisée en 2015 le film « Borderline » inspiré d’un autre livre de Christophe Gavat « 96 heures » sorti en 2013. Tu sais, dans le monde du Polar, il y a 50% de professeurs de Français et 50% de flics. Depuis cette nouvelle, on s’est rencontrés avec Olivier Marchal. Tout est entre ses mains, mais on échange. Dans la mesure du possible je vais venir sur le tournage pour me remplir les yeux. C’est une aventure extraordinaire qui m’arrive. Je n’aurais jamais pu penser à ça en débutant dans l’écriture… "

2.BLUES & POLAR. Après « La Consule assassinée » qui vient de sortir récemment aux éditions Filature(s) et que nous avons apprécié à Blues & Polar, as-tu d’autres projets ?

PIERRE POUCHAIRET. « J’ai un livre de la série des Trois Brestoises qui est sorti cette semaine aux éditions Palémon. C’est un serial-killer qui s’en prend à des écrivains de polar et notamment à ceux qui ont remporté le Prix du 36 Quai des orfèvres. Et nos trois Brestoises flic, psychologue et médecin légistes qui sont aussi des musiciennes de rock-blues dans les pubs bretons mènent l’enquête. C’est mon clin d’œil depuis un moment déjà à Blues & Polar. Ça me permet de pouvoir parler un peu de mes groupes favoris dans mes bouquins mais je n’ai pas vu de vrais concerts en livre depuis longtemps… Petite précision pour info, dans la vraie vie, « La consule assassinée » » c’était UN consul ! »

3. BLUES & POLAR. Tu as séjourné pendant quatre années 2006-2010) en Afghanistan à Kaboul comme responsable de la Sécurité intérieure auprès de l’ambassadeur de France. Que penses-tu du départ des forces américaines et du chaos qui semble régner là-bas avec l’arrivée au pouvoir des Talibans ?

PIERRE POUCHAIRET. « Tu sais, je vois ça sans grande surprise. Il faut comprendre qu’en dehors de Kaboul qui est une sorte de Disneyland, une bonne partie du pays était déjà sous contrôle des talibans. Et que la majorité du pays est pro-talibans. Il y a très peu de femmes occidentalisées et l’immense majorité revêt la burka. L’Aghan est très religieux et d’ailleurs si Kaboul est tombée si vite, c’est pour ça. Les gens ont une forme de paix actuellement dans la mesure où ils adhèrent aux idées des Talibans. Maintenant la lutte est entre Daech et les Talibans. Et si Daech est expansionniste et veut islamiser le monde entier, les Talibans eux, sont comme Trump, ils veulent l’Afghanistan d’abord et rien que l’Afghanistan ! Ils ne feront pas d’attentats en France. Et puis, la Culture des Afghans (c’est dur à entendre) mais elle bien plus proche de celles des Talibans que de la nôtre. Kaboul est à la marge… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 PHILIPPE TORRETON

Invité de la librairie Le Bleuet" à Banon, le week-end dernier, le comédien de théâtre et acteur de cinéma Philippe Torreton est aussi depuis quelques années, un écrivain à part entière. Avec son sens du verbe et de la mâche des bons mots, il réincarne véritablement ses personnages via sa plume alerte et vive. Que ce soit sa grand-mère d’abord, puis son père, et là avec « Une Certaine raison de vivre » paru chez Robert Laffont, un Jean qui a tout de Giono à qui il voue une belle admiration. Et le compliment de Sylvie Giono lui disant « Mon père aurait beaucoup aimé votre livre » lui est allé droit au cœur.

1. BLUES & POLAR. Comment est né dans votre esprit ce livre « Une Certaine raison de vivre » qui redonne vie à Elzeard Bouffier, héros de « l’Homme qui plantait des arbres » ce petit livre de Jean Giono parmi les plus lus au monde ?

PHILIPPE TORRETON : « Bien évidemment, tout part de ce livre « L’Homme qui plantait des arbres » qui est devenu pour moi, un vrai livre de chevet, qu’on feuillette souvent, et qu’on relit fréque6 avant le grand déménagement mment. M6 Quai des orfèvresdais je me suis demandé ce qu’on pourrait faire avec ce livre ? Il y avait déjà un film d’animation de Frédéric Back avec la belle voix de Philippe Noiret ; et j’ai pensé à une lecture et à film. J’ai même écritle scénario d’ailleurs. Mais adapter cette histoire avec de vrais acteurs, je ne suis pas sûr qu’on arrive à obtenir l’impact du roman. C’est après avoir fait des recherches et découvert que « L’Homme qui plantait des arbres » était une fiction, que les portes se sont ouvertes pour moi, et j’ai commencé moi-aussi à inventer une histoire. C’est vraiment la première fois que je fais ça, car mes précédents livres concernaient mes propres souvenirs de famille. Là, c’est mon premier vrai roman de fiction. Et bizarrement, c’était fluide à écrire. Je suis parti d’une base commune avec d’abord la Guerre 14-18 d’où mon personnage revient profondément choqué, et je l’ai prénommé Jean en hommage à Giono, avec des références à son travail dans une agence bancaire du CNEP à Manosque. Et à partir de là j’ai tout inventé. »


2. BLUES & POLAR. Ecrire, c’est un besoin, une envie, un plaisir ou une difficulté parfois ? PHILIPPE TORRETON : « On peut dire que c’est une difficulté choisie. Moi je ne vis pas ça comme une difficulté car jusqu’à présent j’ai écrit des livres différents sur ma grand-mère, mon père… Là c’est mon premier roman de fiction ! Et ça m’a vraiment plu ! Autrement que mes joies de comédien. C’est comme une joie envahissante où l’on fait corps avec les mots. C’est une stimulation intellectuelle incroyable. Et inventer des personnages, ça c’est merveilleux car il y a des logiques de comportement, et ils peuvent nous échapper, comme s’ils existaient vraiment et vivaient leur propre vie. On ne découvre ça qu’en écrivant ! D’ailleurs, pour la première fois, quand j’ai terminé ce livre, je n’ai pas sauté de joie en me disant « Ça y est j’ai terminé mon roman ! » Au contraire, j’étais un peu triste que l’aventure soit finie. Je me suis senti comme abandonné et mélancolique. »
3. BLUES & POLAR. Lisez-vous des polars, Philippe ? PHILIPPE TORRETON : « Ça m’est arrivé évidemment, mais je suis tout de même très soumis au travail qu’on me propose et que je dois lire et apprendre. Donc, je n’ai pas vraiment beaucoup de temps. Le dernier polar dont je me souvienne remonte à deux ans. C’était pour le film de Nicolas Boukhrief inspiré du roman de Pierre Lemaître « 3 jours et une vie » (*) dans lequel je joue le rôle du docteur Dieulafoy. Sinon, j’ai lu « Territoire » d’Olivier Norek que j’ai rencontré par la suite. Un type super sympa avec qui j’ai bien discuté. » * On est fin décembre 1999, à Olloy, dans les Ardennes belges, un enfant disparaît. Tout le monde dans le village se met alors à suspecter son voisin de la disparition. Ce sera sans compter sur un événement inattendu et dévastateur qui va tout chambouler.
LA QUESTION + BLUES & POLAR. Le blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? PHILIPPE TORRETON : « C’est intimement lié. Mais je pense qu’on ne peut pas être réceptif au blues si on n’est pas un peu mélancolique. J’écoute beaucoup de blues qui correspond à ce critère ; c’est à-dire le blues roots ; celui des racines et des esclaves dans les champs de coton, et aussi des Spirituals. J’écoute souvent Woodie Guthrie ce blanc qui chantait la lutte des opprimés, et aussi Doc Reed. Sinon dans les voix actuelles j’aime bien la chanteuse norvégienne Ane Brun et l’américaine Billie Eilish. »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 OCTOBRE 2021

 MICHAEL JONES

1. BLUES & POLAR. Pourquoi ce besoin de témoigner dans un livre aujourd’hui ? C’était prévu de longue date ou est-ce que le confinement et la pandémie ont joué un rôle ?
MICHAEL JONES. « La pandémie a peut-être joué un rôle, mais il y a dix ans j’avais fait un reportage avec le journaliste Stéphane basset (co-auteur du livre) qui ramenait les artistes sur leur lieu d’origine pour les interviewer. Et on était allés au Pays de Galles où je suis né. Il s’en est souvenu et il m’a envoyé sous word, une proposition de livre qui m’a rafraichie la mémoire. J’ai réécrit et corrigé des passages car des fois on mélange les dates à 70 balais… Et à la 3eme relecture, j’ai dit OK ! Même s’il y aurait encore à revoir des moments où le you anglais et le tu français se mélangent les pinceaux ; mais ça s’entend plus que ça se lit. En fait, on se vouvoie tout le temps dans la langue anglaise, et c’est l’intonation qui apporte la familiarité du tu. Bref, je me suis dit si ça peut donner des idées à des jeunes, allons-y ! Mais c’est l’histoire d’un mec banal, né dans une famille banale et qui a eu tous les avantages - mais pas la pression - d’un artiste connu comme Jean-Jacques Goldman. En fait j’ai eu plein de chances, d’où le titre du livre qui est parfait. »

2. BLUES & POLAR. Le Blues semble beaucoup compter dans votre vie. Qu’est-ce qu’il représente au juste pour vous ?
MICHAEL JONES : « J’ai vécu le boum du blues anglais de très près dans les années 60. Mais le blues ce n’est pas qu’une musique ; c’est la convivialité. Car on n’est pas obligé d’être un grand technicien de la musique pour faire un bœuf. On peut jouer très longtemps comme ça. Le blues, c’est une philosophie qui réunit beaucoup de choses à la fois. On peut aller vers le jazz et le rock en passant par le blues. Il faut y ajouter les Celtes qui ont amené le côté folk en plus. Et cela a donné la country music. Cependant, dans le blues, l’émotion peut passer la musique mais aussi par le texte. Tu écoutes « Confidentiel » de Jean-Jacques Goldman c’est un blues dans l’esprit du blues ! J’aime écouter les vieux bluesmen tu sais. Récemment quand j’étais en train de tourner Héritage Goldman, il y avait un vrai disquaire plein de vinyles juste à côté. Je suis allé acheter un disque de Robert Johnson et un de Muddy Waters. »

3. BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur de polars ? Si oui, qui ?
MICHAEL JONES : « Moi j’ai appris le français avec Lucky Luke et avec Astérix. Puis avec Frédéric Dard et San Antonio. C’est dire que j’ai un florilège de gros mots en tête. J’ai adoré ça parce que Frédéric dard était très anglophile. Et je comprenais bien son argot. En revanche, je lis peu de polars français. Sinon j’ai tout lu de Dan Brown, et j’aime Ken Folette ; et aussi Philippe Kerr qui est policier en Allemagne avant-guerre et pendant la 1ère guerre mondiale. J’adore Bernard Cornwell qui écrit des polars historiques mais j’ai du mal avec Stephen King. En fait, je lis en Anglais pour conserver mon Anglais, car j’ai perdu mon Gallois. C’est mort, fini ! Si tu ne pratiques pas, tu perds tout ! Regarde ; le guitariste de Statu Quo qui est italien de naissance, il a tout perdu. Je lis pas mal sur e-book aussi car c’est plus pratique dans les voyages. »

LA QUESTION +
Dans ce livre, vous écrivez que le rock ne se vit pas seul, et qu’être en groupe, c’est la vraie nature du rock. Bref, la vie sur la route, ça marque vraiment pour toujours ?
« Ça c’est certain ! Mais il y a du bon comme du mauvais. Je m’en rends compte aujourd’hui. Néanmoins, dans ces tournées comme dans la vie, la bouffe compte aussi et pendant le confinement, ma femme et moi on a eu l’idée de créer une émission sur You Tube qui rassemble la cuisine et la musique. On a appelé ça « Confiture jam » parce qu’en anglais confiture c’est jam, et que jam en français, c’est un bœuf chez les musicos. On a pensé à ça au moment de la Fête de la musique du 21 juin 2020 qui n’a pas eu lieu. Ça paraissait inconcevable pour moi et le 21 juin j’ai fait un concert en streaming avec des potes et on a filmé ça au Hard rock café de Saint-Priest près de Lyon devant 50 personnes. On ne pouvait pas en accueillir plus avec les conditions sanitaires. Désormais on continue à un rythme irrégulier en raison des financements difficiles à obtenir auprès des mécènes et sponsors. Le prochain « Confiture jam » réunira Claudio Capéo et le chef Thomas Parrizini. Auparavant, on a eu Thomas Dutronc et le chef étoilé Marc Veyrat. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 ARNAUD ROZAN

Son premier roman « L’Unique goutte de sang » paru chez Plon début septembre évoque l’Amérique noire du sud dans les années 1920-1930 et l’inimaginable comportement des blancs de l’époque – par ailleurs chrétiens fervents mais Protestants - qui traitaient les noirs de tous âges comme du bétail ou de simples meubles de maison. Avec justesse et force, Arnaud Rozan nous entraine dès les premières pages au cœur de la terrifiante scène qu’est le lynchage d’un couple noir et de ses jeunes jumelles. Un moment qui hérisse le poil et donne l’envie de vomir… Un livre coup de poing écrit avant le meurtre de Georges Floyd étouffé de longues minutes par le genou d’un infâme policier blanc, mais dont la scène filmée sur un simple téléphone a fait le tour du monde et des télés. Elle résonne aujourd’hui en écho à la chanson « Strange fruit » de Billie Holiday ; ces « fruits étranges » accrochés aux branches des arbres, pendus par des blancs ayant amené leurs enfants dans ce lieu indigne, comme pour un spectacle….

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Pourquoi avoir fait ce choix de la ségrégation raciale aux Etats-Unis dans les années 1920-1930 avec ce cortège d’atrocités innommables sur la population noire, pour écrire votre premier roman ? ARNAUD ROZAN : « Je ne me suis pas réveillé un matin avec ce sujet en tête ; c’est plutôt le hasard. Au départ, étant passionné de peinture, au point de poster fréquemment des tableaux m’ayant touché et inspiré sur Instagram, je voulais écrire un jour, sur l’histoire de ce tableau parmi les plus connus du XXème siècle - mais aussi le plus détourné au monde - qu’est « American gothic » peint par Grant Wood. Il représente un fermier tenant une fourche à trois pointes et sa fille célibataire, l’un à côté de l’autre dans le Middle West des années 30, et il figure au générique de l’émission « d’Art d’Art » consacrée aux Arts plastiques et présentée par Adèle Van Reeth sur France 2. A partir de cette image, j’ai imaginé une histoire dans l’Iowa avec ce couple. Et à un moment - dans mon esprit, ils croisent un jeune noir… Et cela a été le point de départ de la scène de lynchage qui ouvre le livre. J’avais déjà vu des documentaires à la télévision sur ce sujet, mais je ne pensais pas que cela pouvait arriver à ce point. Car on n’est plus là dans un « dérapage ». Et de là, je me suis laissé prendre par cette folie avec notamment des photos d’époque retrouvées sur Internet. Je ne suis pas historien, mais quel choc ! Je revenais aussi d’un séjour à Harlem, et cela a dû jouer. C’est pour ça que j’ai choisi de débuter pendant le 1er tiers du livre sur ce massacre perpétré par des gens qui viennent en famille avec leurs enfants assister à cette horreur absolue. Car c’était un vrai cérémonial qui pouvait durer heures. Je tenais à montrer ce consentement de la population ! Mais, en fait c’est la peinture qui m’a fourni le stylo pour écrire. »

2. BLUES & POLAR. Votre roman évoque - sans la nommer - la chanson de Billie Holiday « Strange fruit », ce poème anti-raciste écrit par Lewis Allen professeur de lycée et juif, qu’elle a chantée pour la première fois au Café Society à New-York en 1939. Et vous évoquez aussi la grande chanteuse noire Bessie Smith morte des suites d’un accident parce que les noirs n’étaient pas admis dans les hôpitaux, ni soignés par des blancs. Le Blues, c’est la B.O de votre roman ?
ARNAUD ROZAN : « Je ne suis pas un spécialiste du blues, mais à un moment il est bien présent dans mon roman avec le personnage de Bessie Smith, car elle est de Chattanooga comme le jeune Sidney qui est le héros du livre. Et quand il entend Bessie Smith chanter, ça lui réveille le cerveau et des choses qu’il avait oubliées. Mais c’est vrai que toutes les chanteuses de blues, même encore aujourd’hui, évoquent les traumatismes de cette époque. Il y a une transversalité entre la musique et mes personnages. Et le blues, s’il avait une couleur, ce serait le bleu ! Celui des bleus à l’âme ! »

3. BLUES & POLAR. Vous avez un autre projet d’écriture, après ce premier bon accueil reçu par ce premier livre ?
ARNAUD ROZAN : “Oui ! Quand j’ai terminé « L’Unique goutte de sang », j’avais déjà envie de m’y remettre. C’est bon signe. J’ai une idée qui tourne toujours autour de la question noire, mais dans une époque plus contemporaine. Je pense notamment aux formes d’esclavage qui perdurent dans le monde aujourd’hui. Mais avec une intrigue, car ce sera toujours un roman. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AOUT 2021

 LE DUO ZOPPA

Kalliroi Raouzéou (piano) et Sylvia Paz (chant) sont deux artistes aux racines grecques et espagnoles dont les voix portent le blues de cette Méditerranée avec toutes les émotions qu’il peut contenir selon le contexte et le temps qui passe. Zoppa, leur duo est issu de cette mélancolie qui leur colle à la peau, car sous le soleil de « mare nostrum » tout n’est pas rose et les combats pour les femmes, sont nombreux, ici plus qu’ailleurs ; et la période actuelle en est l’illustration. Mais femmes fortes elles sont et demeurent. Le blues qu’elles évoquent est aussi fait de joies profondes et de sens.

1. BLUES & POLAR. Comment est né Zoppa ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Ce duo est né d’une rencontre heureuse et surprenante avec la Cie Rassegna dont je suis une des chanteuses explique Sylvie Paz. Kalliroi (prononcez kalliroïe) était invitée à ce concert et on s’est découvert un langage commun de par la sonorité de son piano. D’où l’idée de se rencontrer à deux, simplement. Nos deux voix avec piano et moi chant-percussions, ça suffisait pour un nouveau projet. »
« C’était parfait précise Kalliroi. On est allées assez rapidement vers une forme de jazz méditerranéen avec nos propres compositions complexes et mélodieuses. Et ça permettait aussi d’étoffer le duo, car avec ce type de musique on peut aller jusqu’à être dix sur scène. Et comme nous sommes toutes deux des fanas de littérature et de mathématiques (discipline cérébrale qui compte beaucoup dans ce style musical) ça nous permet de raconter notre Histoire et celle de la Méditerranée. »

2. BLUES & POLAR. Une pianiste grecque, une chanteuse espagnole, vous habitez Marseille toutes deux. La Méditerranée, vous colle vraiment à la peau ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Oh oui ! Si la Méditerranée est un langage, elle est aussi une forme de vie. Avec le soleil, l’huile d’olive, la menthe fraiche, l’anis, le poisson, les pois chiches, l’intérêt pour les poètes, les jeunes femmes féministes blogueuses dans tous les pays autour de la Méditerranée…. Tout ça c’est notre bleu du ciel, même si on s’expatrie parfois. Il y a comme un Esperanto de notre culture et ça permet de parler du Vivre ensemble. Pour nous, cette musique s’imposait dans notre envie de duo. Car il y a aussi à l’intérieur, du blues, de la mélancolie et une façon de poser les mots dans nos notes et nos chants. »

3. BLUES & POLAR. Votre CD sera-t-il le 28 août à Blues & Polar ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Non ! Il y a eu des retards avec le virus. Il va donc être fabriqué en octobre via une opération de crowfunding dont Blues & Polar s’est d’ailleurs fait le relais. Et il va être en autoproduction. Tu sais, on a une structure et des amitiés musicales via Arts et musiques en Provence dirigé par Claude Freissinier et avec la Cité de la Musique de Marseille. On a donc constitué une grande équipe, un peu à contre-courant de l’époque en prenant notre temps pour réaliser ce disque. On l’a laissé vieillir comme un bon vin et on s’est entourées de superbes musiciens plutôt jazz comme Pierre Fenichel, Cédric Bec, Fred Pichot… et le public de Blues & Polar pourra découvrir quelques-unes de ces compositions. On a hâte d’être avec vous à Manosque. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUILLET 2021 : MARIANNICK SAINT-CÉRAN

- Mariannick Saint-Céran promène depuis de nombreuses années sa voix chaude et profonde qui lui permet de toucher à la bossa nova avec talent, grâce au ton suave de ses interprétations. Voyage pour Rio et Copacabana dès les premières notes… Mais c’est le blues teinté de jazz qui lui permet de raconter des histoires ; notamment celles des divas du jazz qui de Billie Holiday à Amy Winehouse ont souvent eu des destins fragiles et douloureux. Ella Fitzgerald, Etta James, Sarah Vaughan… font aussi partie de son répertoire, tout comme la grande Nina Simone à qui elle rend hommage sur scène. Sincère et généreuse, Mariannick Saint-Céran a débuté dans les bars et c’est là que je l’ai découverte à Manosque en 1993 au Cocktail Paradise des frères Bayle champions du monde et de France de motocross. L’OM venait de gagner la Coupe d’Europe contre le Milan AC. Quel groove ce soir-là !

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Comment as-tu vécu cette période totalement inattendue avec confinement, couvre-feu, reconfinement qui nous est tombée dessus depuis mars 2020 ?
Mariannick Saint-Céran  : “Moralement plutôt bien ! J’étais à Marseille dans un petit appartement, mais dans un quartier aux allures de petit village où tout le monde se connaît. J’ai fait du sport, j’ai lu, j’ai chanté à la maison et j’ai vécu ! Et j’ai eu la chance de pouvoir chanter dès que je pouvais… Professionnellement, c’est autre chose. »


2. BLUES & POLAR. On connait ton répertoire très jazz – blues avec une légère pincée de bossa-nova suivant les soirs. Comment es-tu venue à ces musiques ,à qui tu es restée fidèle malgré le temps qui passe ? Mariannick Saint-Céran : « j’ai commencé à faire de la musique Réunionnaise car je suis née à Madagascar et là-bas mon père était musicien. Puis à 8 ans, on est venus en France. A Marseille. Le jazz j’y suis venu parce qu’un copain de mon frère nous prêtait des disques. Mais j’ai connu le blues étant ado. J’écoutais Nougaro, Janis Joplin, Hendrix, Cream ; Credence Clairwater Revival, John Lee Hooker, mais aussi Bob Dylan, Joan Baez, Arlo Guthrie…. C’était vraiment une belle période où il y avait de vrais messages sur la société. Moi je chantais sur ces disques-là dans mon garage et un jour j’ai rencontré l’association Pulsation avec une copine pour y faire des claquettes. Et il y avait là d’excellents musiciens qui jouaient de la musique brésilienne. Comme j’écoutais aussi beaucoup de jazz en même temps, je me suis retrouvée un jour à choisir entre un boulot dans un resto ou chanter tous les soirs dans le même lieu pendant trois mois. Et j’ai choisi la deuxième option ; ce qui m’a fait chanter par la suite, très longtemps avec Coco Verde. Jusqu’au jour où l’on m’a demandé de remplacer au « pied levé » une chanteuse de jazz à Marseille. Et cela a été ma chance. Car j’ai découvert la vraie passion que j’avais pour le jazz. Mais ça a pris du temps. Etr aujourd’hui je rend hommage aux divas du jazz que furent Billie Holiday, Sarah Vaughan, Etta James, Ella Fitzgerald… et je fais un Tribute to Nina Simone qui me touche toujours beaucoup. »
3. BLUES & POLAR. Es-tu une lectrice de polars ? Mariannick Saint-Céran : « Ah oui ! Mais je n’aime pas les polars « gore » ou trop violents. Je suis beaucoup plus attirée par les classiques, Agatha Christie ou Simenon. Mais récemment ,j’ai lu « La Route de tous les dangers » de Kris Nelscott (éditions L’Aube noire). Cela se passe pendant les jours qui suivent l’assassinat de Martin Luther King. La communauté noire de Memphis est à cran et le détective privé Smokey Dalton pressent le pire quand Laura Hathaway, jeune femme blanche de bonne famille, débarque dans son bureau. Elle voudrait comprendre : comment sa mère a-t-elle bien pu lui laisser une partie de son héritage, à lui, un nègre ? » Mais j’aime bien aussi Fred Vargas… »
La Question + : Mariannick as-tu le blues aujourd’hui ? « Vaste question ! De par ma nature je suis quelqu’un de joyeux, etle blues pour moi ça reste avant tout une émotion. C’est donc plus une musique pour moi, qu’un état d’âme. »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 SOPHIE LOUBIÈRE

- Ancienne journaliste et productrice de radio, auteur de romans, nouvelles et de fictions audios, Sophie Loubière est aussi une voix bien connue de la radio (France Inter, France Info, France Culture, FIP…). Son univers littéraire c’est la maltraitance des sentiments, les abimes de l’âme humaine, les secrets coupables de l’enfance…
L’Enfant aux cailloux sorti chez Fleuve Noir en 2011 a été traduit en anglais et lui vaut depuis une reconnaissance internationale. À la mesure de nos silences (2015), traitant d’un évènement méconnu de la seconde guerre mondiale, Black Coffee (2013) et White Coffee (2016), où elle passe de la route 66 aux sentiers sinueux et torturés des âmes, ainsi que Cinq cartes brûlées (2020), qui a reçu le prix Landerneau en 2020, sont tous des thrillers passionnants où les addictions se mêlent à la curiosité et appuient là où ça fait mal. Sophie Loubière que l’on suit depuis très longtemps à Blues & Polar est notre invitée de juillet.

1. BLUES & POLAR. Après « Cinq cartes brûlées » qu’on avait beaucoup apprécié à Blues & Polar en y attribuant 4 étoiles, vous venez de publier début juin « De Cendres et de larmes » qui s’ouvre sur l’incendie de Notre-Dame. Seriez-vous inspirée par le feu et les flammes ?
SOPHIE LOUBIÈRE : « « De Cendres et de larmes », c’est le titre qui a été choisi pour ce dernier roman, mais il aurait dû s’appeler « La tige brisée du lys ». Ce qui n’avait vraiment aucun rapport ! Cependant, à la lecture on s’est très vite rendu compte que l’on pouvait mal interpréter la phrase et l’attribuer… à un souci trivial pour Ulysse ! D’où un changement de titre assez rapide qui s’est opéré. Mais peut-être qu’il y a tout de même un rapport entre les deux romans. « 5 cartes brûlées, c’est la phrase prononcée par chaque croupier de casino - dans le monde entier - au début d’une partie de Black jack. On écarte donc cinq cartes au départ, afin d’éviter les tricheries et que l’on mémorise les cartes données, car il y a plusieurs jeux de cartes mélangés. Histoire de ne pas jouer avec le feu… »


2. BLUES & POLAR. Parlez-nous de ce nouveau roman. Comment est-il né ? Et pourquoi en avoir fait une version audio lue par l’auteure ? SOPHIE LOUBIÈRE : « A chacun de mes livres, je créé un blog (*) et on y trouve en détail le résumé du roman, les portraits des personnages avec aussi l’histoire de leur famille. C’est un complément au livre, comme les coulisses d’un roman. Une sorte de best off. Pour la version audio, il faut se souvenir que j’ai longtemps été une lectrice sur les ondes de Radio France, et donc depuis « L’Enfant aux cailloux » je fais des versions audios de mes livres. Mais c’est complètement différent de la radio. Quand on a des auditeurs comme dans ma période France Inter, on s’adresse vraiment aux auditeurs et il n’y a pas de dialogues. En livre audio, on s’adresse à un auditeur seulement et c’est vraiment autre chose. On s’arrête et on réécoute. C’est vraiment comme enregistrer un disque en studio. On fait appel à de la comédie aussi, mais là je n’ai pas le trac du Direct. En revanche, je peux être submergée par l’émotion car on incarne le personnage de manière forte. En radio, je n’ai jamais pleuré ; en livre audio oui ! Ce dernier roman « De Cendres et de larmes » il est né autour d’une situation et d’un lieu bien réels – car je travaille toujours sur des réalités - qui est le cimetière de Bercy à Paris. Avec à l’intérieur – et c’est vrai – une maison de fonction pour le directeur du cimetière. J’ai pensé à une famille qui va emménager dedans et c’est un sentiment d’angoisse qui a guidé mes premières lignes. Car la maison est entourée des murs d’enceinte du cimetière et d’une multitude de tombes. Et la famille va être confrontée à ça. J’ai aussi pensé au film « Shining » avec Jack Nicholson et avec un gardien de cimetière au rôle déterminant. Comme en plus, je n’habite pas loin en Seine Saint-Denis, et que nous étions en plein confinement, j’ai voulu en faire comme une métaphore de cette situation. Ainsi, à cinq minutes de chez moi, il y a la caserne des pompiers dénommée « Nativité » et j’ai pu me documenter auprès d’eux sur certaines situations liées au Coronavirus. Car aujourd’hui, le métier de sauver des gens - comme le font les pompiers - n’est pas plus facile que de veiller des morts. L’action se passe donc en 2019 car j’avais envie de traiter de cette angoisse de mort qu’il y a eu pendant le début de la pandémie. »
3. BLUES & POLAR. DANS TOUS VOS LIVRES, IL Y A DU ROCK, DU BLUES, LA ROUTE 66 AUSSI… QUELLES SONT LES RACINES DE CET AMOUR MUSICAL ? SOPHIE LOUBIÈRE : « Ça remonte à mon enfance. Mes parents étaient des intellectuels de gauche qui écoutaient de tout. Ça allait du jazz à Léo Ferré, tandis que mon frère était plutôt branché Higelin et Ange. Faut dire qu’on était à Nancy ! Moi, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été subjuguée par les musiques de film des séries télévisées. J’étais totalement hypnotisée par « Amicalement vôtre ». Et comme je jouais du piano, je me suis mise à composer des musiques très influencées par ça. Et je l’ai même fait pour FIP, car j’ai commencé la radio à 15 ans à Nancy, au moment des premières radios libres en 1981. Et d’ailleurs mon générique d’émission de l’époque c’était un extrait du film « Subway » d’Eric Serra. Maintenant j’ai un fils qui m’a fait une play-list extraordinaire sur Spotify et j’écris en fonction du livre sur certaines musiques. »

* On peut trouver cette play-list sur le blog : https://decendresetdelarmes.blogspot.com/


LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. AVEZ-VOUS LE BLUES EN CE MOMENT SOPHIE ? SOPHIE LOUBIÈRE : « Ah ouais ! A fond ! Car la sortie d’un nouveau bouquin, c’est de plus en plus dur en ce moment. J’ai eu le Prix Landernau l’an dernier pour « Cinq Cartes brulées » qui n’a pas pu sortir à la date prévue en raison du confinement, et là pour moi qui ne travaille en n’essayant pas d’écrire des séries américaines, je n’ai pas encore eu un seul papier dans la Presse. C’est mon onzième roman, et même si je suis à Quai du Polar à Lyon ce week-end, je suis déçue par ce que deviennent les médias. Il y a de moins en moins de cases Culture à la Télévision où l’on n’invite que des « people ». Et la Presse perd sa curiosité de plus en plus, c’est-à-dire son âme ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUIN 2021 : AGNES NAUDIN

Après dix années d’activité, Agnès Naudin capitaine de Police à la Brigade territoriale de protection de la famille, a rendu sa carte professionnelle et son arme de service en juin 2019 pour se mettre « en disponibilité ». Le succès de ses deux premiers livres (Affaires de famille puis Affaires d’ados) rapidement médiatisés par la Presse et la Télévision n’ayant pas été du goût de sa hiérarchie directe. Elle répond à nos 3 questions.

1. BLUES & POLAR : Agnès, tu publies presque en même temps deux ouvrages : Avis de recherche co-écrit avec Bernard Vazely et Enfance en danger. Dans ce dernier opus, tu expliques avoir quitté la Police nationale le 28 juin 2019, sans bruit, après dix années de service, en te mettant en « disponibilité ». Pourquoi ? Un sentiment d’impuissance face à la tâche à accomplir ?
AGNÈS NAUDIN. « D’abord, je n’ai pas encore démissionné de la Police. Être en disponibilité, ça veut dire que j’ai rendu ma carte professionnelle et mon arme de service, et que je ne suis plus payée. Je ne touche rien et je ne suis rien, mais je peux reprendre du service quand je veux. Pour l’instant, je suis donc dans un entre-deux vis-à-vis de la Police. J’informe mes supérieurs quand je fais des salons littéraires, des télévisions, des radios, des conférences… Ça fait deux ans que je ne suis pas allée au bureau ! Pour l’instant, disons que c’est plutôt la guerre froide. J’ai dit ce que j’avais à dire dans mes livres et je persiste à vouloir continuer d’écrire. Et je l’explique dans Enfance en danger. Mon premier livre Affaires de familles paru en 2018 - et sa médiatisation très rapide - n’a pas plu à ma hiérarchie directe. Il y avait comme de la jalousie et de l’envie aussi. En clair, il ne faut pas sortir du rang ! Car c’est en critiquant ma hiérarchie directe que j’ai eu des problèmes. Mais quand on n’est plus payée, il faut bien manger et je suis mère de famille. Là je vis donc dans la précarité de l’intermittence, via mes livres vendus, en écrivant des scénarios pour la Télévision, et je réalise aussi un travail éditorial pour des maisons d’éditions."


2. BLUES & POLAR : Tu as donc travaillé en dehors de la Police pendant les deux confinements. Où étais-tu, et comment as-tu vécu ces conditions inhabituelles pour vous ? AGNÈS NAUDIN. « Eh bien, c’était formidable. Surtout pour le premier ! Je rentrais d’un voyage touristique et spirituel en Inde, et en apprenant le confinement proche, j’ai quitté Paris et je suis partie en Dordogne. Pour le 2ème, j’ai évité les grandes villes là-aussi et j’en ai profité pour écrire, et faire 5 mois d’école à la maison avec mon petit garçon. J’ai vraiment bien vécu toute cette période isolée en faisant du yoga, de la marche… et je n’avais pas envie d’en sortir. Ce qui m’a manqué, ce sont les bars et les restos. Là, je suis en train d’opérer une grande transition en déménageant en Haute-Provence, à Ongles, non loin de Forcalquier, dans un vieux mas en pleine campagne… pas très loin de * Manosque ! " (* NDLR Blues & Polar n’y est pour rien !)
3. BLUES & POLAR : Avec « Avis de recherche » co-écrit avec Bernard Vazely, tu mets le doigt sur les nombreuses disparitions inexpliquées d’adultes qui ont lieu chaque année en France, et sur ces fameuses « affaires classées » bien que non résolues. C’est là-aussi – comme pour l’enfance en danger – un combat que tu veux mener ? AGNÈS NAUDIN. « C’est le combat de Bernard Vazely depuis de nombreuses années. Moi, je ne connaissais pas cet aspect de la Police et les recherches engendrées. En fait, c’est une analyse du système que nous menons, et on y constate que les victimes ne sont pas prises en considération. On a rencontré et recueilli les témoignages « sur place » de toutes les familles de disparu(e)s dont nous parlons dans ce livre. Elles sont une vingtaine dans le bouquin et à chaque fois on a disséqué la situation. Ça m’a pris vraiment beaucoup de temps à comprendre les problématiques, mais il y a des solutions. Le drame, c’est que ces personnes n’ont pas les moyens de faire leur deuil. Car on s’en fout des gens adultes qui disparaissent…"
LA QUESTION +As-tu le blues en cette période Agnès ? : « Pas du tout ! Tout va bien ; je suis à fond et j’ai hâte qu’e l’on sorte de cette situation. Je prépare l’après, et j’écoute du blues aussi parfois ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 LENA WOODS

Chanteuse du groupe Nobody’s Cult – après un passage très remarqué avec sa harpe celtique à The Voice 5 - Lena Woods poursuit sa carrière au sein du groupe rock parisien qui sort son premier album le 11 juin. Un rock pop teinté de blues qu’on adore.

1.BLUES & POLAR : Léna, on vous a découverte en 2016 avec votre harpe celtique dans « The Voice 5 » sur TF coachée par Zazie, en même temps que Jessie Lee, votre grande copine coachée par garou, invitée chez nous à Blues & Polar quelques mois plus tard. Que vous a apporté cette expérience ? Des joies ou des regrets, car vous avez été éliminée – contre toute attente – en ¼ de finale ?
LENA WOODS. « Je fais partie du groupe Nobody’s cult depuis 2015 et quand on m’a proposé de participer à « The Voice » j’y suis allée sans aucune pression et je me suis dit « c’est le moment de tester quelque chose. » Et finalement ça m’a donné du boulot puisque je suis partie en tournée avec Nolwen Leroy pour l’accompagner à la harpe celtique dans son répertoire breton. Il faut savoir que ma mère est professeure de harpe celtique et classique et que j’ai commencé à apprendre à 7 ans. J’ai ensuite arrêté à l’adolescence et j’ai repris plus tard avec une harpe en carbone qui ne pèse que 5 kg. Mais je suis rock et j’aime triturer le son. Ma harpe électrifiée j’aime l’emmener ailleurs et foutre le bordel, comme des solos de guitare un peu dingue. "


2. BLUES & POLAR : Le rock pour vous, c’est plutôt une histoire de groupe au sein de Nobody’s Cult que de viser une carrière de chanteuse en solo ? LENA WOODS. “Oui ; complètement ! D’ailleurs, Nobody’s Cult ce n’est pas moi qui fait tout. On répète souvent parce qu’on aime ça et c’est une véritable histoire de famille. Une fille qui chante seule sur scène, je pense qu’elle doit au moins jouer d’un instrument pour s’accompagner, sinon c’est très dur de percer. Tu dépens toujours de quelqu’un… Et il ne suffit pas d’avoir une belle voix. Moi, j’écris ma musique et je compose depuis toujours. J’ai débuté le Conservatoire des musiques actuelles en classe de chant à Paris avec Jessie Lee et également Vincent qui joue dans Nobody’s Cult. Là, on sort notre album le 11 juin, le single « Hanover » est déjà en ligne, et on va enfin pouvoir participer à des festivals."
3. BLUES & POLAR : Cette période où l’on s’apprête à sortir du confinement palier par palier, comment l’avez-vous vécue ? LENA WOODS. « J’ai la chance d’avoir le statut d’intermittente du spectacle et on a pu ainsi avoir des autorisations pour répéter afin de se préparer à exercer notre travail. Finalement, je ne l’ai pas trop mal vécue. On était dans une bulle au studio. »
LA QUESTION + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? LENA WOODS. « Bonne question ! Je pense que c’est un langage et une musique qui laisse passer son âme. Quand j’écoute Jessie Lee qui chante plus blues que moi, j’aime beaucoup ! Mais tout le monde aime le blues ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


  MAI 2021 : SANDRINE COHEN

1. BLUES & POLAR. Réalisatrice, scénariste, comédienne, photographe, écrivain… vous venez d’écrire votre premier polar « ROSINE une criminelle ordinaire » aux éditions du Caïman dirigées par l’ami Jean-Louis Nogaro. Vous y faites le choix délicat et douloureux d’une maman qui noie ses deux petites filles pendant leur bain du soir. J’ai longtemps hésité - et même plusieurs jours - avant de commencer ce roman noir qui me pétrifiait. Et puis, votre roman m’a estomaqué via l’enquête de personnalité menée par Clélia, une jeune femme quelque peu punk et déjantée, mais terriblement pugnace qui fait penser à la Lisbeth de Millénium ! Pourquoi ce thème qui nous assaille ? Et cette fin « ouverte », est-elle signe de la suite des aventures de Clélia ?

SANDRINE COHEN : « Vous n’êtes pas le seul à avoir hésité. Mais moi, je n’ai pas prêté attention à ça. En fait, la genèse de ce roman vient de mon attirance pour le documentaire en ayant déjà réalisé quatre sur des criminalités de proximité. Du type, le gamin qui tue sa grand-mère pour lui voler 400€. C’est ça qu’on appelle le crime dit ordinaire. Et je me suis intéressé au « point de bascule » ; le moment où il y a passage à l’acte. Et dans les enquêtes menées sur ce sujet, on constate que ce sont les infanticides en majorité, mais on en parle peu ! De là, j’ai inventé une fiction car ce double infanticide, c’est quelque chose d’intime pour moi.
A 9 ans, à l’école primaire au Mans, on avait étalé des journaux sur le pupitre pour le cours de peinture. Et il y avait un article sur une mère de famille qui avait tué ses enfants. Et ça m’est revenu ! Il y a une autre raison aussi à ce polar, c’est celle de valider la façon dont Clélia l’enquêtrice de personnalité – qui n’est pas une policière – pouvait être crédible en France dans ce rôle à part. Car la maman auteure des faits ne nie pas, ne ment pas. C’est donc très singulier au cœur de la Justice française, car chez nous c’est la présomption d’innocence qui compte. Alors que chez les Anglo-Saxons c’est l’inverse ! On doit prouver que l’on est innocent ! Là, Clélia mon héroïne, intervient après l’enquête auprès d’une personne qui est déjà derrière les barreaux et dont le procès en Cour d’Assises va avoir lieu. Et pour la fin, oui, il y aura de prochaines enquêtes menées par Clélia qui a deux grands secrets que je révèlerai au fil du temps. »


2. BLUES & POLAR. Comment avez-vous vécu cette année de confinement et de couvre-feu ?

SANDRINE COHEN  : « Moi, très bien ! J’ai adopté une petite fille de 3 ans et au moment de l’annonce proche du confinement, j’ai décidé d’aller vivre dans les Landes en forêt. Et plein de choses se sont déclenchées pour moi pour des projets de télévision. Là, je viens de terminer le scénario de « Cassandre » pour France 3. On a tourné sur le lac d’Annecy et à Lyon, et ça commence par un meurtre pendant des régates. J’ai écrit également un 2ème épisode pour 2022 sur le football féminin. Et j’ai aussi réalisé des épisodes de « Demain nous appartient pour TF1. On a pu tourner normalement pendant ce confinement en observant les mesures sanitaires, les gestes-barrières et en plein ai très majoritairement. En fait, la télé n’a jamais tant tourné car les gens confinés sont très amateurs de séries policières. »


3. BLUES & POLAR. Vous venez de co-écrire avec Priscille Deborah – la 1ère femme bionique au monde – « Une vie à inventer » qui résume le parcours incroyable de cette jeune femme amputée des deux jambes et d’un bras à la suite d’une tentative de suicide, en se jetant sous le métro. On est loin du polar…

SANDRINE COHEN. « Oui, mais la vie est faite de hasard et de rencontres. Priscille Deborah, je l’ai connue personnellement, il y a vingt ans quand elle était directrice de post-production des films pour la télévision. On était très copines, et je l’ai soutenue pendant sa dépression qui a duré très longtemps. Je l’ai vue également à l’hôpital après sa tentative de suicide. On s’est perdu de vue un bon moment, et on s’est retrouvé après la sortie de son premier bouquin « La Peine d’être vécue » sorti aux Arènes. Je l’ai appelée il y a un an ½ avec l’idée de faire un film sur la résilience et elle était en cours d’installation de ses prothèses bioniques uniques au monde. L’éditeur Albin-Michel avait prévu de suivre son évolution au travers de ses deux années de rééducation, et juste avant le 2ème confinement, elle m’a appelée et m’a proposé de participer à la réalisation de son livre. J’y ai mis son style et une écriture romanesque quand même, mais sans cacher ses difficultés de vie. Je trouve que son parcours va permettre de délivrer au monde le message que tout est possible. Car elle a vraiment payé le prix fort. Mais la résilience est un chemin intérieur. Elle est un exemple incroyable et elle est vraiment redevenue l’artiste-peintre qu’elle était auparavant. »


LA QUESTION +. Le blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?

SANDRINE COHEN : « C’est plutôt une musique, et que j’adore d’ailleurs ! Dans mon prochain roman, il y aura beaucoup de musique et mon personnage principal écoutera du jazz et du blues à la radio, sur FIP. J’aime le fado, la saudade aussi…
ces mots qui filent le spleen, et je ne rate jamais l’émission d’Eva Bexter « Remède à la mélancolie » chaque dimanche matin sur France Inter. J’ai aussi vu deux fois sur scène, à Montparnasse, l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. J’adore l’harmonica ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 DON BILLIEZ

1.BLUES & POLAR. Saxophoniste de Paul Personne, Alain Bashung, Touré Kunda, Nino Ferrer… tu poursuis depuis plusieurs années une carrière solo. Ton nouvel album qui sort cette semaine alors qu’on commence - depuis le 3 mai - à se déconfiner un peu, est baptisé « Plein soleil ». C’est pour conjurer le mauvais sort qui nous suit depuis 2020 ?

DON BILLLIEZ  : « Avant le premier confinement, j’avais composé pas mal de titres, et mon fils Arthur qui possède un studio d’enregistrement à Marseille m’a proposé de mixer ces titres. On l’a fait en septembre 2020, mais la pandémie a tout retardé. Normalement on aurait dû présenter l’album avec un concert au K’Fé’Quoi à Forcalquier, mais tout a été annulé. « Plein soleil » c’est un univers d’images méditerranéennes que j’ai en tête à chaque fois que je regarde ce film de René Clément tourné en 1960 avec Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt. Ça donne une musique ensoleillée par les différents Suds que j’ai en tête, car je suis de toute la Méditerranée. La Catalogne, la Provence, la Haute-Provence, l’Afrique… Mes influences musicales sont là. Donc on retrouve tout ça dans ce disque où je rends hommage aux victimes du drame de la rue de Noailles à Marseille, et j’ai aussi la Louisiane en tête pour le blues. C’est une musique du soleil que je joue, mais avec aussi des zones d’ombre plus graves. Et le sax permet d’évoquer et retranscrire toutes ces ambiances et ces émotions. C’est ça le blues ! Sur ce disque, comme c’est mon habitude, j’ai invité le chanteur montpelliérain Dimoné sur « L’Ame du printemps » qu’il interprète comme un slam et David Carrion également. I
l y a un titre qui va te plaire Jean-Pierre, c’est « * Le rayon vert » ! C’est un blues et c’est ce que je vois quand je suis à Cerbère à la frontière entre la France et la Catalogne, assis sur la terrasse de cet immeuble en forme de paquebot près de la gare SNCF qui faisait cinéma jadis. Je suis chez moi, car je suis natif de Port Vendres ; et le soir juste quand le soleil se couche à l’horizon sur la mer, il y a un court instant où l’on voit un rayon vert avant que tout bascule. C’est vraiment magique ! Et comme depuis toujours j’aime le blues, notamment avec mes années passées auprès de Paul Personne, ce morceau-là me va bien ! »

* « Le Rayon Vert » (4’43 mn). Don Billiez (sax ténor) est entouré d’Arthur Billès (batterie), Emmanuel Soulignac (contrebasse) Franck Lamiot (piano Fender -Hammond), et Cyril Person Dehghan (guitare). « Le soleil rouge s’en va prendre un dernier bain, puis dans l’horizon de la mer il disparaît. Un flash de quelques secondes où ne reste que la luisance d’un rayon vert. Un moment suspendu dans le temps. Une pure balade dépouillée, avec des graines de blues dans chaque phrase du sax ténor qui dégage une émotion, un parfum, une mélancolie... Le souvenir d’une fin d’été à Cerbère, là où la montagne se jette à la mer….


2. BLUES & POLAR.COMMENT AS-TU VÉCU CETTE ANNÉE DE CONFINEMENT HUMAINEMENT ET MORALEMENT ?

DON BILLIEZ « Au début du premier confinement, en mars-avril, c’était assez cool, mais quand l’été est arrivé avec une tournée et quarante dates annulées, ça a été très dur ! Et arrivé en septembre 2020, puis Noël en version confinés c’était la catastrophe ! Je ne parle pas d’argent, mais simplement d’exister. Tu sais, je suis resté six mois sans toucher à mon sax ; ce qui n’arrive jamais quand c’est ton métier et ta passion. Alors je me suis réfugié dans la composition … et le jardinage ! J’ai alterné les séjours à Peipin d’Aigues chez moi dans le Vaucluse et à Perpignan d’où je suis originaire. Avec mon épouse qui est metteuse en scène de théâtre on est tous les deux intermittents du spectacle ; moi depuis 22 ans ! Dons ça va avec les indemnités… si on joue ! Mais là, on ne joue toujours pas ! Avec mon fils Arthur qui est aussi batteur on a décidé de ne pas monter de dates avec le groupe de l’album, jusqu’en septembre. Et cet été on a répondre aux opportunités de la petite structure qu’est Lou Jam ; ce sera plus facile ! Car on a annulé deux fois de suite « jazz in Régusse » à Pierrevert et les Arts au soleil à la Tour d’Aigues. Donc on a eu des hauts et des bas, mais on est toujours là, et prêts pour la promotion de ce bel album Plein soleil et plein d’espoir ! »


3. BLUES & POLAR. ES-TU UN PASSIONNÉ DE LECTURE ?

DON BILLIEZ : « Il y a 25 ans oui ; je lisais beaucoup. Là , désolé, mais le confinement ne m’a pas incité à lire. Le dernier polar que j’ai lu remonte à trois ans. C’était un livre d’Henri -Frédéric Blanc qui écrit beaucoup sur Marseille. Là, je repars à Port-Vendres et je vais le reprendre avec moi. En revanche, j’ai écouté beaucoup de musique des grands maîtres du jazz comme Eddy Louiss, Gato Barbieri, Pharoah Sanders… »


LA QUESTION + : LE BLUES POUR TOI, C’EST UNE MUSIQUE OU UN ETAT D’AME ?

DON BILLIEZ : « Houlà !!! Les deux ! Mais dans le blues, c’est l’âme que l’on apprécie avant tout. Je ne suis pas du tout dans le grand amour de ce jazz contemporain où tout le monde joue pareil. J’aime quand on s’envole et que les notes voyagent… »



 AVRIL 2021

 ALEXIA BARRIER VIENT DE BOUCLER SON 1ER VENDÉE-GLOBE APRÈS 111 JOURS EN MER.

Alexia Barrier, Méditerranéenne bon teint depuis toujours – elle vit à Biot aujourd’hui - navigue depuis son plus jeune âge. Monitrice de voile à 15 ans, elle a travaillé dans le yachting comme co-skipper ou marin, tout en poursuivant ses études en management du sport à Nice. Elle est devenue rapidement navigatrice professionnelle, régatière de niveau mondial en Match Racing et s’est lancée dans les courses au large en solitaire. En vingt ans, elle a déjà parcouru plus de 120 000 milles à travers le monde et participé à quinze courses transatlantiques dont cinq en solitaire. En 2009, elle a créé l’association 4myplanet et est devenue ainsi la première femme à tenter un tour du monde en solitaire au profit de la science en IMOCA avec l’ex UUNET. En cinq mois de navigation et 20000 milles parcourus elle a rapporté plus d’un million de données sur l’eau en surface au bénéfice des programmes européens d’observation des océans qui ont suivi cette navigation en France, à Monaco, en Afrique du Sud, au Brésil, et New-York. C’est pour cela que nous l’avions invitée en août 2010 au festival Blues & Polar consacré à la mer sur le site de Toutes-Aures à Manosque. Côté compétition, elle a navigué aux côtés des meilleurs comme Dennis Conner, Florence Arthaud, Peter Holmberg, ou Andy Beadworth. En 2013, elle remporte la Maxi Transatlantique en équipage, et en 2014 elle finit 3ème de la Transat AG2R la Mondiale. Le mois dernier, elle boucle en 111 jours la Transat en solitaire qu’est le Vendée Globe challenge. Respect Alexia !

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Mars 2020-mars 2021. Voilà une année particulière qui vient de s’écouler avec une pandémie mortelle qui touche le monde entier. Comment as-tu cette période, moralement d’abord, puis sportivement avec ta course autour du monde en solitaire sur le Vendée globe challenge ?
- Alexia BARRIER.” J’ai passé la première période du confinement à Biot (Alpes-Maritimes), où j’habite. Mais mon compagnon est médecin et il travaillait sur le Covid à l’hôpital… Je suis donc restée toute seule chez moi, mais bon, sur la Côte d’azur avec une grande maison, tu ne peux pas te plaindre… En revanche j’ai beaucoup d’empathie pour les personnes qui ont connu la détresse sociale avec cette crise. Tout ça a quand même donné un énorme coup de frein à mes préparatifs concernant la course. Néanmoins, étant bloquée, j’ai fait beaucoup de visio-conférence sur les réseaux sociaux avec les écoliers, collégiens et lycéens qui me suivent sur les réseaux sociaux. Et j’ai fait beaucoup de sport aussi. J’aurai pu sortir en bateau malgré tout ; mais avec tous les navigateurs en course pour le Vendée globe, nous avons tous décidé de se mettre solidairement au niveau des gens confinés… et de ne pas naviguer ! Mais c’est pendant cette période que TSE m’a apporté financièrement ce qui me manquait (en partie) pour boucler mon budget.
J’ai eu peur deux fois : à Noël et au Cap Horn !
Au déconfinement de juin, ça a été le branle-bas-de-combat. Il a fallu monter en Bretagne pour mettre le bateau en chantier à Port-la-forêt. Et en octobre, on est revenu aux Sables d’Olonne pour le départ du Vendée globe. Je ne m’étais pas trop fait d’idées sur la course ; ce que je voulais c’était naviguer le mieux possible qui est tout de même la plus dure que j’aie jamais faite. J’ai eu peur deux fois : je jour de Noël où j’ai cassé un mât, et au Cap Horn où il y avait des vagues gigantesques de 8 mètres de haut qui déferlaient sur le bateau. Là, il faut rester lucide et se dire que ça va passer. J’ai fait selon ma préparation mentale des projections d’images positives dans ma tête, et ça a marché ! »

2. BLUES & POLAR. Pendant une traversée en solitaire de ce type – en plein hiver – est-ce qu’on a le temps de lire, voire d’écouter de la musique ?
- Alexia BARRIER. “Il y a beaucoup à faire sur un bateau de compétition. Mais j’ai réussi à lire une vingtaine de bouquins que j’avais embarqués au départ, dont des polars, Jean-Pierre ! J’ai lu Fred Vargas, Maxime Chattam… le livre de Yann Queffelec sur Florence Arthaud et aussi « Océan de plastique de Nelly Pons. J’ai aussi écouté des livres-audio avec des écouteurs. Sinon, j’avais des enceintes dans le bateau et j’écoutais de la musique ; notamment « Résiste » de France Gall. J’ai même dû le gueuler parfois…

300 écoles et 15000 enfants m’ont suivi avec 4MYPLANET

3. BLUES & POLAR. Tu collabores à de nombreux projets marins ; que prépares-tu en ce moment ? Repos total ou déjà sur la brèche ?
- Alexia BARRIER. « Cette semaine, j’ai participé dans le cadre de la Journée mondiale de la météo, à une conférence pour l’UNESCO. Car sur mon bateau j’ai un instrument automatisé qui prélève l’eau de mer à différents niveaux et effectue des analyses. J’ai aussi déposé tout au long du parcours plusieurs bouées « profilers » qui recueillent des infos en surface et à 2000 mètres de profondeur. Pendant toute la course, 300 écoles et 15000 enfants m’ont suivi, via mon association 4MYPLANET et le site formyplanet.org Je cherche aussi des mécènes pour mener des actions sur l’environnement et un éditeur car je vais écrire sur ma traversée du Vendée globe. »

* La Question + : As-tu le blues Alexia ? « Peut-être le blues du Vendée globe, déjà ... C’est bizarre de rentrer et de voir tout le monde masqué. 111 jours en mer, tu t’éloignes du réel ! Mais c’est un blues plutôt romantique ! »

Propos recueillis par J.-P.T

  ANN-GISEL GLASS

Comédienne au cinéma et au théâtre, elle participe depuis le confinement de mars 2020 aux lectures gratuites du Serveur Vocal Poétique (SVP) créé par la Cie lilloise Home théâtre afin d’égayer le quotidien des confinés des Hauts-de-France et du couvre-feu des autres régions… Il y a 40 ans, j’ai réalisé son interview pour Le Provençal, alors qu’encore jeune lycéenne à l’Empéri à Salon-de-Provence, elle s’apprêtait à débuter dans le cinéma avec Jacques Doillon, puis en Allemagne, où en 1992 elle a été élue « Meilleure actrice de l’année » pour son rôle dans « Silent shadows » de Sherry Hormann. Elle était accompagnée par sa mère, aujourd’hui responsable du festival classique au château de l’Empéri à Salon-de-Provence aux côtés d’Eric Le sage. On ne s’est jamais revus depuis….

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Tu participes aux lectures de poésie gratuites sur le fameux Serveur Vocal Poétique. Comment est né cette idée ? Est-ce le confinement de mars 2020 qui en est à l’origine ?
ANN-GISEL GLASS : “Totalement ! Aujourd’hui je vis à Lille et Julien Bocci directeur de la Cie Home Théâtre m’a appelé au moment de l’annonce du confinement en me disant qu’il fallait quelque chose pour les gens confinés chez eux. Ainsi est né Bibliofil au départ, et nous avons ainsi proposé 1700 lectures au téléphone gratuitement de mars à mai 2020. C’était des textes de 5 à 7 minutes, mais nous avons été victimes de notre succès. Alors, on a pensé à autre chose. Avec un système de Serveur inspiré du vieux standard téléphonique SVP 11 11. C’était une démarche totalement bénévole, puisque nous comédiens sommes à l’arrêt depuis plus d’un an, sans tournages ni pièces de théâtre. Mais le Ministère de la Culture a trouvé notre démarche sympa et il nous a accolé son logo comme une reconnaissance. Mais ça n’a pas plu à certaines personnes du métier qui nous ont envoyé des volées de bois-vert. Alors qu’on n’y était pour rien en plus ! On en a pris plein la tête, et c’était vraiment violent ! Donc, on a décidé d’arrêter et de recommencer autrement, plus tard. On a donc fait appel à des auteurs de poésies contemporaines de 1 à 4 minutes. Le but étant de faire la promotion de la poésie d’aujourd’hui. On enregistre les textes et les gens choisissent sur le répondeur. Il n’y a pas de contact, mais on reçoit des encouragements. Mais Bibliofil existe toujours. Et j’y participe toujours ! Là, je lis des Fables de La fontaine pour le réseau des bibliothèques de l’Aisne. On choisit ensemble les sujets et c’est gratuit pour les usagers. Mais c’est du travail, car c’est du direct. On lit à chaque fois pour une personne, et après on discute. C’est rigolo ! Souvent, les gens sont très émus car c’est intense comme relation. C’est vraiment une première pour moi ! »

2. BLUES & POLAR. En qualité de comédienne au cinéma et au théâtre, comment as-tu vécu cette année de confinements et de couvre-feu ?
ANN-GISEL GLASS : « Je suis professionnelle du spectacle sous le statut d’intermittente et j’ai donc des indemnités de Pôle Emploi. Je ne vais pas me plaindre. Mais en ce moment, on ne peut avoir aucune vision sur l’avenir. Il n’y a ni tournage, ni pièces de théâtres, rien ne se prépare… mais Netflix tourne à tours de bras. En conséquence, je ne fabrique pas mes 507 heures de travail sur dix mois, comme le veut le règlement de l’intermittence. Je pense que l’Etat va devoir aller vers une deuxième blanche, sinon c’est la catastrophe pour le monde du spectacle et tous ceux qui le font : artistes, techniciens, musiciens…. Ceux qui ne sont pas toujours dans la lumière, mais « éclairent les autres » !
En revanche, ce confinement m’a permis de m’abreuver littéralement de films à sélectionner pour les prochains Césars car je fais partie du jury de la nouvelle version des récompenses du Cinéma. Environ 4000 personnes sont affiliées mais je fais partie des 182 jurés retenus pour voter. J’ai donc vu une centaine de vrais films, de chez moi, à travers une plate-forme dédiée à la sélection. Et on peut voir les films jusqu’à trois fois. C’est un outil professionnel avant tout ! Et cela a représenté une grosse occupation pour moi. Mais ce qui me manque, ici à Lille, c’est d’aller boire une bière sur la Grand-Place, de manger une frite-mayonnaise avec les doigts en me promenant dans la rue, d’aller au cinéma, au théâtre… En revanche, contrairement à bien des gens je n’ai réussi à lire assez à mon goût ! »

3. BLUES & POLAR. Le Blues et le Polar, est-ce que ça te parle ?
ANN-GISEL GLASS : « Oh oui ! J’aime lire des polars. Je viens de lire le dernier Colin Niel, qui se passe en Guyane française avec un personnage récurrent qui travaille pour la Gendarmerie Nationale. C’est un thriller captivant sur la traque aux animaux, et les violences des militants anti-chasse. En ce moment, je lis « L’Entrepôt », très science-fiction et … effrayan ! Et j’adore aussi l’Américain Rob Hart qui vient de sortir « Mothercould ». Je lis de tout en fait. Je suis fan de l’écrivaine iranienne féministe Djavann aussi.
Ma technique, c’est d’aller dans une librairie et de choisir une lettre. Exemple le A. Je compte jusqu’à 100 dans le rayon et je prends le livre qui se trouve à cet endroit. C’est le hasard qui décide ! Et ça donne parfois des choses formidables. J’ai trouvé Fred Vargas comme ça. Franck Thilliez aussi. J’ai bien aimé lire Millénium aussi. Ce que je fais aussi, c’est dans les salles d’attente de demander aux gens ce qu’ils lisent. En revanche, je lis cinquante pages, et si ça ne me plaît pas ; j’arrête ! Jean-Luc Godard disait ça pour un film. C’est le luxe que je m’autorise. Oh j’y pense, j’aimais beaucoup Jean-Claude Izzo et j’avais beaucoup de respect pour Philippe Carrese. Il y a aussi une Marseillaise intéressante à découvrir. Elle s’appelle Danièlle Vioux. Elle écrit depuis longtemps pour le théâtre, anime un blog, et a besoin d’aide en crowfunding pour son premier roman « Neige ». Le message est passé. »

LA QUESTION + : As-tu le Blues en ce moment avec ce nouveau confinement ?
« Non ! Mais j’écoute du blues ; enfin c’est plutôt jazzy quand même. J’aime beaucoup Mélody Gardot et Yaël Naïm. J’ai craqué aussi pour le fantastique saxophoniste Zoot Sims et j’aime aussi certaines voix comme Lhasa - malheureusement décédée bien trop jeune en 2010 - et la chanteuse de jazz Suédoise Viktoria Tolstoy. Et j’adore le belge Arno ! »

Propos recueillis par J.-P.T

 MARS 2021

 NORBERT « NONO » KRIEF

Le génial guitariste co-fondateur de Trust en 1977 avec Bernie Bonvoisin.


 DÉSOLÉ l C’EST LÀ QUE NOUS AVONS PERDU UNE GROSSE PARTIE DE LA MÉMOIRE DE NOS INTERVIEWS EN RAISON DE CE PIRATAGE CRUEL SURVENU EN JUIN ...