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Huiles essentielles de Lavande

A.P.A.L. Association des Producteurs

AOC

Publié le : samedi 23 juillet 2011, par Julien Barberet


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JPEGAh ! qu’elles étaient belles les montagnes fleuries de mon enfance à BARRÊME !

Dès juillet, les champs de lavande se coloraient peu à peu, faisant resurgir sur leurs flancs qu’ils découpaient, une géométrie bizarre de rectangles, de triangles de trapèzes, des bleus lilas, des bleus clairs, des mauves, des parmes, des bleus violets, changeant au gré de l’heure, de la lumière, du soleil, et bien sûr du mûrissement des fleurs et de l’avancée de la saison.

Le long des chemins aussi, partout dans les vallons, au bord des sentiers, à la lisière des forêts de pins, dans les clairières, les adrets, les ubacs, les rocailles, dans les « robines* » même, les lavandes sauvages poussaient, que les gamins de mon âge, faucille à la main et sac au dos, allions dès l’aube « peler** » allègrement avec la gaité et l’excitation des enfants.
Et quel bonheur de déverser sur les grands andains alignés dans la cour de la distillerie, nos sacs bourrés, descendus sur le dos tout au long des sentiers pierreux, en fin de matinée, sous un soleil de plomb, et de boire à grandes gorgées, enfin, l’eau fraîche de la fontaine.

Et le plaisir ensuite de tasser la lavande, avec les hommes, dans les alambics, de toucher et de respirer la précieuse essence qui s’en écoulait, tiède, onctueuse, douce, de brûler les pailles épuisées dans le grand four de la chaudière, devant lequel un énorme diable barbu, torse nu, rouge et transpirant s’agitait, jetant du matin au soir dans sa gueule brûlante, pour y entretenir l’incendie flamboyant qui fournit au distilloir l’indispensable vapeur, de grosses fourchées encore fumantes et de lourdes bûches de bois de pin.

Et la fumée blanche qui s’échappait de la haute cheminée de briques rouges et couvrait le soir venu, à l’heure où « les grands chars gémissants » tirés par des chevaux, reviennent des champs, chargés des coupes de la journée, le village et la vallée de l’Asse de son voile bleuté, comment pourrais je en oublier l’odeur ?

Ce parfum, reconnaissable entre mille, du feu de paille de lavande épuisée, qu’on retrouve encore aujourd’hui, l’été, au hasard des routes quand on rencontre une distillerie traditionnelle, parfum intact, identique, éternellement reproduit d’herbe sèche brûlée, douceur de coumarine, de tabac blond, âcreté suave, unique, inimitable, reconnaissable entre mille du feu de paille de lavande épuisée.JPEG

Alors, quand on me demande pourquoi et comment je suis devenu parfumeur, je ne sais que répondre.
Peut-être était-ce pour enfermer dans un flacon ce parfum délicieux de la fumée de mon enfance.

1963 Antoine CHIRIS. Le service des huiles essentielles. Le coup de foudre.
Les communelles des lavandes pour YARDLEY, des néroli, des petits grains, des ylangs, des citrons, des mandarines, des roses Boufarik, le songe d’une nuit d’été, le carnaval de senteur, la tête qui tourne.
C’était déjà la fin de la grande époque.

Il y avait, bien sûr, toujours les lavandes de Barrême, le top à haut titrage en acétate de linalyle, les lavandes de LAMBRUISSE, de MORIEZ, de SAULT, de SEDERON, de NYONS, mais la lavande bulgare, la sauge sclarée russe, les lavandins, la lavande clonale maillette pointaient sur les marchés.

En l’espace de vingt ans les champs de lavande disparaissent du paysage barrêmois. Le crétacé inférieur fait faillite….Les cinq distilleries de Barrême, toutes grassoises, les unes après les autres ferment leurs portes.
Les pins, les genêts les pruniers spinosa envahissent les parcelles abandonnées.
Une curieuse maladie s’installe, qui ne semble pas beaucoup intéresser l’INRA, entraînant le dépérissement des lavandes sauvages et cultivées.
Après avoir planté, on arrache.

Nouvelle mode, la lavande, c’est le parfum désuet des vieux messieurs….
Spéculation, lavandes importées moins chères, développement du lavandin, des lavandes clonées de meilleurs rendement, dérive et perversion vers les produits d’entretien et dégradation de l’image de la lavande.

Tout y est.

Alors, il reste le combat de ces lavandiculteurs qui s’accrochent à leurs montagnes sèches et qui parviennent, après des années, à imposer la notion de lavande AOC, par la recherche d’essences de qualité, le maintien des cultures de population. Le label lavande AOC de Haute-Provence est l’unique voie pour sauver la lavande fine vraie et ses terroirs. Il en garantit les normes de qualité olfactive, de pureté si recherchée en aromathérapie.

Les parfumeurs compositeurs de parfums devraient la privilégier dans leurs formules et leurs recherches, et les sociétés qui les emploient, lui réserver un accueil et une place beaucoup plus large et favorable dans leurs achats.
Sous le nom lavande Barrême, des catalogues offrent des qualités médiocres à des prix, il est vrai, qui le sont tout autant, insensés et suspects.

La lavande AOC de Haute-Provence doit y figurer en bonne place, parce que la lavande demeure l’élément essentiel, incontournable, des eaux de toilettes masculines. Elle est le midi, la Provence, le soleil.
Elle est à elle seule un parfum.
Lentement mais sûrement elle recouvre ses lettres de noblesse.
Après la pluie revient toujours le beau temps.

RAYMOND CHAILLAN