ON A LU... ET ON A AIME - Provence Magazine
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L’auteure belge Barbara Abel, star du polar francophone dont le dernier ouvrage "Les Fêlures" est un modèle de thriller psychologique est l’invitée du mois pour l’Interview en 3 Questions. Elle sera présente à Manosque le samedi 27 août pour le 18e festival Blues & Polar.


Articles de cette Rubrique


- ON A LU... ET ON A AIME

ON A LU... ET ON A AIME
  Sommaire  

 Nos impressions

* Moyen
** Bien
*** Excellent
**** Super


  **** BESTIAL d’Anouk Shutterberg

(Editions Plon). Sorti le 12 mai 2022. Tarif : 18, 90€. 430 pages. JPEG Le résumé. Ça fait un moment que la voiture s’est arrêtée. Alors pourquoi ils ne la sortent pas de ce coffre ? Les chiens aboient toujours comme des dingues. Mathilde tremble. Il faut qu’elle se concentre. Ne pas flancher. Soudain, elle entend des pas qui se rapprochent. Une odeur de moisi. C’est tout ce dont elle se souvient avant qu’il ne lui retire sa cagoule et qu’elle ne découvre l’enfer. La première c’était Fanny en 2007, puis ce fut le tour de Pénélope, Jessica, Ambre et Agnès. Treize ans plus tard, la même chose arrive à Elena, Candice, Inès, Sophia et maintenant Mathilde. Même profil : jolies et toutes âgées de 12 ans. Toutes volatilisées du jour au lendemain dans le même quartier parisien. Les « Disparues du 9e », une affaire qui piétine depuis des années. Ils ont dû manquer quelque chose, le commissaire Jourdain en est certain, mais quoi ? « Suivez les chiens », voilà le seul indice qu’il a reçu d’une mystérieuse source anonyme.
« Après Jeu de peaux, son premier roman déjà très prometteur, Anouk Shutterberg nous emmène cette fois dans les recoins les plus sombres de la nature humaine. Et visiblement, les tatouages agissent toujours sur son imaginaire, à la façon d’un bain d’hyposulfite de sodium faisant apparaitre doucement les contours d’une photo en noir et blanc, même ratée ! Car l’affaire à résoudre, entre enlèvements de jeunes adolescentes, pendaisons ritualisées, et chiens de combat enfermés dans des souterrains pour indices, tient du sadisme à grande échelle empruntant la route des Ardennes, la Belgique, puis les Balkans, Russie, Albanie et Serbie en toile de fond, sans oublier la Grèce. Mutilations nombreuses en prime, tel un rituel organisé pour éliminer les supposés traites à une cause. Mais laquelle ? Apparemment celle d’une entreprise éhontée offrant contre de grosses sommes d’argent, des pré-adolescentes vierges à de richissimes bourgeois sans scrupules, puis les engrossant méthodiquement via des tournages de films X, avant de vendre sur le Dark web, les bébés issus de ces viols filmés en direct. Paris en ligne comme « cerise sur le gâteau », avec des combats de chiens contre un ours, un lion ou des êtres humains… On a là, la totale de l’horreur et on se demande bien comment fonctionnent les têtes pensantes de ce vaste trafic à l’échelle mondiale. Entre docteurs Mabuse ou Mengelé de sinistre mémoire, la porte était ouverte pour des tests et recherches médicales hors-contrôle et sans consentement, surtout en période de pandémie et de recherche de vaccin. Anouk Shutterberg s’y est engouffrée pour nous offrir un polar captivant et addictif qui remue sacrément les tripes".

Jean-Pierre Tissier

« Voilà un livre absolument terrifiant qui vous prend aux tripes dès qu’on commence à le lire… et on ne s’arrête plus ! Néanmoins le plus terrifiant de tout, est de savoir où est la ligne de démarcation entre la réalité et la fiction, entre le vrai et le faux. Et on finit le livre en poussant un Ouf de soulagement. Impressionnante auteure que Anouk Shutterberg qui m’avait déjà scotchée avec « Jeu de peaux ».

Muriel Gaillard

  **** LES POUPÉES d’Alexis Laipsker

(Michel Lafon) Sorti le 2 février 2022. JPEG Le résumé. " Ils diront que je suis fou. Que je tue pour jouer. Vous seuls connaîtrez mon secret. Mais êtes-vous prêts ? Jouez avec moi ! " Une voyante en crise. Un flic bourru comme on n’en fait plus. Une jeune psy à qui on ne la fait pas. Une série de meurtres à la mise en scène macabre. Une course contre la montre terrifiante..
« Avec ce livre, on plonge dans l’univers complexe de la psychiatrie. Jusqu’au bout l’enquête sur tous ces meurtres commis dans le monde gay nous fait découvrir ce monde inconnu, et quand on pense vraiment connaître la fin, le dernier chapitre nous explose à la figure. Fascinant ! »

Muriel Gaillard

* Alexis Laipsker, journaliste spécialisé dans les émissions consacrées au poker, a fait une entrée fracassante dans le polar avec Et avec votre esprit, à l’intrigue aussi machiavélique que redoutable pour lequel il a obtenu le Prix Pocket Nouvelles Voix du polar. Il a confirmé tout son talent l’an dernier avec le glaçant Le Mangeur d’âmes qui laisse le lecteur haletant et accro à sa plume.


  **** LES FÊLURES de Barbara Abel

(Editions PLON). 432 pages. Prix : 20€. JPEG Le résumé. Qui est le véritable meurtrier d’un être qui se suicide ? Lui, sans doute. Et puis tous les autres, aussi. Quand Roxane ouvre les yeux, elle sait que les choses ne se sont pas passées comme prévu. Martin et elles formaient un couple fusionnel. Et puis, un matin, on les a retrouvés dans leur lit, suicidés. Si Roxane s’est réveillée, Martin, lui, n’a pas eu sa chance... ou sa malchance. Comment expliquer la folie de leur geste ? Comment justifier la terrible décision qu’ils ont prise ? Roxane va devoir s’expliquer devant ses proches, ceux de Martin, et bientôt devant la police, car ce suicide en partie raté ne serait-il pas en réalité un meurtre parfait ?
« C’est vraiment un véritable plaisir que de lire un roman de Barbara Abel. En effet, outre l’histoire très prenante, et qui pose la question des différentes responsabilités en ce qui concerne un suicide – qui devrait être le seul fait de la personne concernée – c’est en réalité, tout un enchainement d’événements, de paroles, et de l’entourage (avec des conversations qui font froid dans le dos quand on les analyse) qui finit par déclencher l’irréparable. Mais c’est aussi un livre passionnant avec une écriture qui glisse comme un pas de valse. Les descriptions et les mots s’envolent dans un tourbillon, comme un vent de plaisir. »

Muriel Gaillard

« Au cœur des racines familiales, des différences de milieu social, et au bénéfice du doute arriver à penser que « les chats peuvent aussi faire des chiens », Barbara Abel nous emmène une nouvelle fois, aux racines du mal et du mal-être, avec la psychologie du monde actuel tournant à 2000 km/h pour moteur. Voilà un roman intense et très vite addictif sur le questionnement et les fêlures de l’âme et du corps et on est rapidement comme dans une série télé dont on n’arrive pas à décrocher. On tape alors OK sur la télécommande à chaque fin de chapitre ! Car les « punch-lines », ces fameuses phrases coups de poing de Barbara Abel, sont comme des uppercuts ou un crochet au foie sur un ring, violents, inattendus, qui font mouche à chaque fois, et coupent le souffle avec des mots anodins mais si lourds de sens. Avec un phrasé qui multiplie ces mots baladeurs pour les transformer en nuances multiples aussi nombreuses que les couleurs d’un arc-en-ciel. Barbara Abel nous balade et ses mots avec. Ils nous happent, nous emmènent sur des chemins de traverse avant de nous cueillir quand on ne s’y attend pas. Comme un fil d’Ariane tapissant le labyrinthe de la vie, de ses contradictions, de ses paradoxes et de l’absurde, l’auteure belge dont plusieurs de ses romans ont déjà été portés à l’écran, construit une pièce de théâtre, comme un huis-clos très personnel où le suspense monte entre dépositions policières et évaluations psychologiques. Mais pourquoi ont-ils fait ça ? Ce double suicide raté est le départ d’un voyage au cœur des différences de milieu social et de ce qu’elles peuvent engendrer. Pour le meilleur parfois ; pour le pire plus souvent. Mais rarement sans dégâts. Un livre à lire à haute-voix dans sa tête, en décortiquant chaque mot pour en faire parler les nuances, afin d’entendre le silence des parenthèses et faire taire les points. »

Jean-Pierre Tissier

  *** ALIENÉS de Fabrice Papillon

(Editions Plon). JPEG Le résumé. Mai 2022. À 400 kilomètres de la terre, la station spatiale internationale sombre dans la nuit artificielle. Tandis que l’équipage dort, le cadavre
éventré d’un astronaute américain flotte en impesanteur dans l’un des modules de recherche. Le même jour, à Lyon, le corps éviscéré d’un biologiste américain est retrouvé à 30 mètres de profondeur, dans un mystérieux réseau de galeries souterraines baptisé les " arêtes de poisson ". S’engage une double enquête, d’abord internationale avec la NASA, aux États-Unis, pour tenter d’élucider un meurtre inédit dans l’histoire : celui d’un astronaute dans l’espace. Et à Lyon, où Louise Vernay, commandant de la brigade criminelle, fait rapidement le rapprochement entre les deux assassinats, très semblables et synchrones, l’un dans l’espace, l’autre sous terre...
« Au gré de la conjoncture actuelle avec la Guerre en Ukraine et les infos alarmistes
circulant sur le futur de la station spatiale internationale qui pourrait s’écraser sur Terre,
avec des Russes qui la déserteraient faute de participation technique et financière avec les Américains, se replonger dans le gros pavé de 503 pages qu’est Aliénés de Fabrice Papillon n’est pas forcément une bonne idée, car la fiction du roman - sorti en 2021 - se passe en mai 2022 ! Autant dire daujourd’hui et ne nous rassure pas vraiment ! Car entre un micro-organisme artificiel conçu par l’homme dans un laboratoire et la possibilité d’un virus conçu hors de notre système par des « extra-terrestres », c’est la question que se pose - avec un sens aigu du thriller - Fabrice Papillon, dans ce roman débuté bien avant l’arrivée du Covid 19, et qui nous entraine dans une aventure décoiffante, entre les ruelles et souterrains du Vieux-Lyon, le pas de tir de Houston, la NASA, Interpol (dont on apprend l’existence du siège à Lyon) et le Vatican. Dans cette quête des phénomènes inexpliquées, on navigue toujours dans un futur de plus en plus proche (mai 2022) en y croisant Donald Trump, Joe Biden, le pape François… en passant par Elon Musk, Jef Bezos, Facebook, Google, Amazon, et Netflix. Bref, une conjuration diabolique qui par moment devient hyper technique et difficile à suivre pour le profane, surtout lorsque l’action se déroule dans le vide sidéral… Néanmoins, regarder le ciel en quête de La Vérité n’est pas nouveau, notamment aujourd’hui avec la crainte du fada du Kremlin capable d’appuyer sur le bouton rouge autant par frustration que par colère soudaine et irrésistible. Le grand saut vers le mystère encore jamais résolu qu’est celui de l’univers et sa création,
voire sa destruction, est toujours d’actualité. Tout comme la folie des hommes toujours pas prêts à vivre en paix. »

Jean-Pierre Tissier

  *** LES PARADIS GAGNÉS de Pauline Clavière

(Editions Grasset) Sorti le 6 avril. Prix : 22€. JPEG Le résumé. C’est l’été à Paris. Certains marchent d’un pas léger dans ce paradis de pierre et d’histoire. D’autres espèrent l’oubli ou la rédemption, sous le soleil éclatant. Et tous croient au destin. D’une chambre d’hôpital au Parc Monceau, des allées feutrées d’un ministère à la Colline du crack, d’un commissariat au Conservatoire, les distances sont comme effacées par le fleuve. Max est sorti de prison. Il retrouve peu à peu ses sensations d’homme libre, et Laure qu’il aime, et sa fille Mélodie, mais une ombre le suit : est-ce l’angoisse qui désormais recouvre tout ou ce qu’il a fait et vu derrière les murs de la maison d’arrêt ? De temps en temps, une main glisse des photos dans sa boîte aux lettres. Ilan erre dans Paris, tel un faon blessé, il cherche son frère Amin et son père, venus de Syrie eux aussi. Laure n’a pas connu la prison, mais la violence dorée du pouvoir, sale comme une main, comme une passion mauvaise. Dans sa grande maison vient un autre Paris. Et une idée nouvelle, se révolter, mettre le feu au passé. Lui aussi a quitté sa cellule : Marcos est malade, il se bat et refuse les sentences définitives. Max lui rend visite. Maria, sa femme, aussi. Quant à Paula, sa fille, elle détient, sans le savoir, une clé mystérieuse. Un don grâce auquel, toujours, elle saura où le trouver.
* Pauline Clavière est journaliste littéraire sur Canal Plus et participe chaque dimanche à l’émission Clique sur Canal Plus. Elle est un de nos sept "Coups de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence 2022" et participera au 18ème festival Blues & Polar les 27 et 28 août à Manosque.
« Sortir de prison, oui ! Mais l’oublier, jamais. Impossible ! Elle est toujours là, partout avec un désintérêt ancré au corps et au cœur pour les choses de la vie, la peur au ventre et dans la tête. Les lignes de Pauline Clavière qui publie là son deuxième roman après son très réussi « Laissez-nous la nuit » paru chez Grasset, révèlent une mélancolie inquiète dans ces portraits de genre dont on cherche – pour qui n’a pas lu le premier opus – le lien ténu qui pourrait lier ces personnes entre elles. Un peu à la manière de Karine Giebel… Qui tirera le premier ? D’où viendra la première balle ? Cette phrase loin d’être laconique les concerne tous. Balle de plomb, de gros calibre ou balle de chiffon récupérée sous un pont pour se protéger du froid et de l’humidité… Chacun aurait-il pu être quelqu’un d’autre ? Dans ce canevas de personnages et de caractères, Max sorti de prison il y a peu, redevient une âme au milieu des autres, mais perdue, inquiète, sur le qui-vive constamment. Et peu à peu, dans les pleins des mots et les déliés du verbe, l’action se fait jour, pernicieusement, révélant un directeur de prison enchainé à un secret pervers et mortel, et le début d’un audit sur le système carcéral en France.
Ressurgi alors le souvenir des compagnons de cellule et comment apprendre à éloigner les fantômes, puis les affres du stress post-traumatique bien présent, comme dénominateur commun. Chacun sa vie aujourd’hui pour lui ; chacun sa survie pour d’autres. Migrant en cavale, dealer de grand chemin aux allures de bête sauvage, commissaire en burn-out, haut-fonctionnaire en passe d’être emporté par la vague #me-too… tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Et pourtant, une clé, telle un couteau suisse, semble en mesure d’ouvrir toutes les portes de la boite de pandore un jour de finale de Coupe du monde de football le 15 juillet 2018 avec en peuple en délire, et la France en folie devant la télé, face à la Croatie, à Moscou. L’annonce du suicide d’un directeur de prison soupçonné de corruption qui coïncide avec la réforme carcérale en cours, et la mort inexpliquée de deux détenus victimes d’un incendie dans leur cellule sont les détonateurs de ce livre qui réclame une grande attention en raison des nombreux personnages à suivre… L’évasion d’un détenu atteint d’un cancer, une manifestation de femmes dénonçant les viols et harcèlements dévoile alors le fil d’Ariane qui court toujours dans le labyrinthe de leurs vies éparses. Gagne-t-on son paradis comme on gagne au loto ? A chacun son destin ; mais la prison ne rime pas vraiment avec rédemption. Pauline Clavière a la particularité de nous tenir, tous sens en éveil, avec l’envie de relire son bouquin, un fois fini. Car il y a tant de choses non-dites à redécouvrir au cœur des mots et du vague des âmes."

Jean-Pierre Tissier

  **** LES FAISCEAUX DE LA PEUR de Maud Tabachnik.

(City éditions). Parution le 16 février 2022 Prix : 17.50 €. 320 pages.. JPEG Le résumé. Judith a 17 ans, l’ambition de devenir écrivaine et un tempérament rebelle. Dans la sublime Florence de 1937, où ses parents exercent le métier d’artisans d’art – avec l’autorisation officielle réservée aux Juifs –, elle envisage un avenir serein et pourquoi pas, d’aimer librement son amie Francesca. Mais son rêve se brise le jour où un inconnu est assassiné sous ses yeux en pleine rue. L’homme a été tué par les miliciens de Mussolini, qu’elle trouvait jusque-là si élégants dans leurs chemises noires… Témoin d’un meurtre qui n’aurait jamais existé officiellement, ses parents, interdits d’exercer et poussés à l’exil au fil des jours, Judith voit s’installer un climat délétère sur la ville, alors que de l’autre côté de la frontière, la Nuit de cristal fait se briser l’avenir des peuples. Alors que le monde bruisse des rumeurs d’une guerre prochaine, annonçant des années de terreur, Judith comprend qu’elle va bientôt être obligée de faire des choix difficiles. Même si cela signifie s’engager au péril de sa vie dans la Résistance, fuir et vivre de manière précaire sous les faisceaux de la peur…

« Qui aurait pu penser, le 17 février dernier - jour est paru « Les Faisceaux de la peur » de Maud Tabachnik, roman hypnotique au fil des pages sur la montée du nazisme et l’envahissement de la France par l’Allemagne nazie en 1939 - que sept jours plus tard, le 24 février à 4 heures du matin, la guerre pour de vrai, serait déclenchée par la Russie en Ukraine ? Envahie et bombardée au XXIème siècle par le « chancelier Poutine » en digne successeur d’Hitler ! Un mauvais rêve devenu réalité jour après jour. 15 aujourd’hui et des milliers de morts (soldats, hommes, femmes, enfants) à l’heure où paraissent ces lignes… Avec ce roman visionnaire, écrit sans préméditation mais avec flair, Maud Tabachnik nous entraine dans une fresque historique au plus près des gens et de la jeunesse de l’époque, avec leur vie, leurs soucis, leurs amours… dans une période que beaucoup ont oubliée et d’autres n’ont pas une once de connaissance. On y découvre des moments qui ne sont pas dans les livres d’Histoire, mais empreints d’affectif et de craintes fondées pour Judith et ses jeunes amis (garçons et filles) comme en ce 14 juillet 1939 célébrant les 150 ans de la République, où dans l’obscurité d’un cinéma parisien, les « Actualités Pathé Cinéma » projetées avant « La Règle du jeu » de Jean Renoir évoquent les prémices d’une catastrophe annoncée avec le trio satanique Hitler, Mussolini, Franco qui commence à enserrer la France dans l’Internationale antisémite et fasciste qui fait le lit du nazisme. On comprendra trop tard, comme en Italie, quand le Proviseur du lycée de Judith à Florence s’était ramené en uniforme de la Milice… Et pourtant le 13 mars 1938, le pape Pie XI avait condamné le régime hitlérien. Mais le sinistre Pie XII s’annonçait à l’horizon avec une mansuétude toute autre et des jours de glace s’annonçant au cœur de ces faisceaux de la peur. Et où Judith, jeune italienne et juive se retrouve réfugiée en France avec la Double-peine peu après son arrivée ! Il faut lire ce livre aujourd’hui avec une grande attention pour comprendre la machinerie infernale des dictateurs qui au nom d’une idéologie folle - à l’image du discours diabolique d’Hitler prononcé en novembre 1938 sur les radios et aux actualités cinématographiques – autorise à toutes les barbaries et autres folies mégalomanes. Un discours démentiel, éructé, exalté, raide et poings fermés que Maud Tabachnik rappelle : « Aucun militaire, aucun civil ne pourra me remplacer crachait-il. Je suis convaincu de la puissance de mon intelligence et de ma fermeté. Nul n’a jamais accompli ce que j’ai accompli… » Puisse la proche rhétorique Poutitienne actuelle sur l’Ukraine être stoppée par le peuple russe tant il s’apprête à souffrir, comme l’Europe entière déjà. Ce livre très loin des polars habituels de Maud Tabachnik m’inspire une phrase du poète chilien Pablo Neruda, victime vraisemblable de la Junte de Pinochet : « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

Jean-Pierre Tissier

« Maud Tabachnik qui a déjà écrit une trentaine de polars passionnants nous avait habitués à un style tout à fait différent avec ses précédents livres. Je pense que cet ouvrage est bien plus personnel, voire intime, et il est d’autant plus poignant avec le contexte actuel de la tragédie qui se joue depuis le 24 février en Ukraine avec son cortège de destruction et de crimes contre l’humanité commis par la Russie. On est vraiment obligé de faire un parallèle avec cette montée du nazisme en 1937 dans une zone allant de Rome à Madrid en passant par Paris avec l’exil au bout du chemin pour des milliers de personnes. On rentre tout de suite dans cette histoire dont on connait par avance – malheureusement - la fin. Un très beau livre ! »

Muriel Gaillard

  **** AFFAIRES SPÉCIALES de Hugo Tosi.

JPEG (Hugo thriller). Prix : 19,95€. Sorti le 17 mars 2022. Le résumé. Lorsque trois corps sont retrouvés cruellement piégés, mis à mort comme des animaux traqués, à proximité des spectaculaires gorges de Daluis, Marion Barthes capitaine au sein des Affaires spéciales de la Gendarmerie nationale est d’abord surprise de se voir confier l’enquête. Pourquoi faire appel aux Affaires spéciales, alors que tout semble lier les meurtres au monde des extrémistes anti-chasse ? Surtout que l’enquête va la ramener sur les terres de son enfance, lourdes de secrets et de rancœurs. Sauf qu’aucune des victimes n’est liée, de près ou de loin, à l’univers de la chasse. Toutes, par contre, avaient un lien direct avec l’Élysée, jusqu’au président lui-même, via son plus proche conseiller à la sécurité, le très énigmatique et ambitieux colonel Bonnelli. Mais pour quelles raisons au juste les Affaires spéciales héritent-elles de ce dossier ? Pour exposer l’affaire, ou pour l’étouffer ? À moins que ce ne soit pour en cacher une autre, aux conséquences plus ravageuses encore pour Marion et pour l’État.
* Hugo Tosi est le pseudonyme d’un auteur gravitant dans les premiers cercles du pouvoir, et qui n’a pas du tout envie de s’attirer les foudres de Jupiter en publiant sous son propre nom, surtout dans la dernière ligne droite avant l’élection présidentielle.

« La vengeance a-t-elle du sens ? Vaste sujet dans notre société française où elle constitue l’antithèse de la Justice. Mais selon que l’on soit touché, de très près ou de loin, par un drame injuste et cruel causé par autrui, la vengeance a tôt fait de germer dans notre esprit. Et il fallait s’appeler Julos Beaucarne – mon vieil ami wallon chanteur, parti aujourd’hui rejoindre son arc-en-ciel de notes bleues – pour écrire dans la nuit, une chanson contre la peine de mort alors que sa jeune épouse Loulou venait d’être assassinée par un jeune marocain qu’ils avaient recueilli… Le polar que signe Hugo Tosi – dont on aimerait connaître la véritable identité – est une fiction certes, mais elle nous interpelle bougrement à longueur de pages. D’autant que l’action prends naissance avec un corps nu englué dans un olivier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, et s’élucide à Manosque… où j’habite de longue date. La capitaine Marion Barthes membre des Affaires Spéciales de la Gendarmerie nationale se retrouve ainsi à la direction d’une enquête que l’on veut garder secrète en haut-lieu, et qui la ramène sur les lieux de son enfance avec un cadavre et les chasseurs à la glu en ligne de mire. Et on est happé tout de suite par cette cavalcade de recherches menées tambour battant dans le Verdon, le Jabron, l’arrière-pays niçois, violente, sanglante, sexy et gourmande avec une bande-son très années 70-80 (América, Pink
Floyd, Ten years after, Cream, Lynyrd Skynyrd, Who, Gun’n’roses…) qui n’est pas sans rappeler la série policière des « Trois Brestoises » policières et rock’n’rolleuses, chère à l’ancien flic Pierre Pouchairet. Car ça joue autant de la Stratocaster fender que du fusil de chasse au sanglier, ou du Sig Sauer de la Gendarmerie nationale. Et l’on commence à croiser des personnages au sommet du pouvoir, et Jupiter lui-même qui couvre coûte que coûte (allez savoir pourquoi ?) un de ses sbires ayant joué au policier dans une manif à Saint-Germain-des-Prés, et un ancien journaliste localier de La Provence à la mémoire d’éléphant. Sans oublier des flics et gendarmes très fins
connaisseurs des spécialités campagnardes et culinaires niçardes, bas-alpines et corses… que tout le monde ne connaît pas. Plusieurs noms d’auteurs potentiels me viennent alors à l’esprit, car il y a silence radio sur Hugo Tosi, au moins jusqu’à l’élection présidentielle de dimanche. Il y a des terres où le sens de la vengeance – quoi qu’il en coûte – ne s’éteindra jamais. Question d’honneur ou de parti pris. Un polar haletant et passionnant à dévorer comme un beignet de fleur de courgette et un verre de Bellet rosé. »

Jean-Pierre Tissier

« Certes, c’est un roman très captivant d’entrée, dans lequel on rentre tout de suite et qui débute dans notre département des Alpes-de-Haute-Provence. Mais est-ce que derrière cette histoire de meurtre ressemblant à un rituel, n’y aurait-il pas un fond de vérité ? Tout ce petit monde qui gravite autour du pouvoir est loin d’être blanc comme neige et les différentes affaires qui ont fait scandale encore récemment nous le démontre. Mais c’est fou comme le temps qui s’écoule fait tout oublier. Et heureusement pour l’Eta, il compte là-dessus. Je comprends que l’auteur use d’un
pseudonyme, sinon il serait mort depuis longtemps. »

Muriel Gaillard

  *** MINUIT DANS LA VILLE DES SONGES de René Frégni

(Editions Gallimard). Sorti le 10 février. (Editions Gallimard Collection La Blanche).
JPEG Le résumé. « J’avais été jadis un voyageur insouciant. Je devins un lecteur de grand chemin, toujours aussi rêveur mais un livre à la main. Je lus, adossé à tous les talus d’Europe, à l’orée de vastes forêts. Je lus dans des gares, sur de petits ports, des aires d’autoroute, à l’abri d’une grange, d’un hangar à bateaux où je m’abritais de la pluie et du vent. Le soir je me glissais dans mon duvet et tant que ma page était un peu claire, sous la dernière lumière du jour, je lisais. J’étais redevenu un vagabond, mal rasé, hirsute, un vagabond de mots dans un voyage de songes. » Ce roman est le récit d’une vie d’errance et de lectures, aussi dur que sensuel, aussi sombre que solaire. Le chaos d’une vie, éclairée à chaque carrefour périlleux par la découverte d’un écrivain. René Frégni, conteur-né, ne se départit jamais de son émerveillement devant la beauté du monde et des femmes. Fugueur, rebelle, passionné de paysages grandioses, qui restent pour lui indissociables des chocs littéraires. Un homme qui marche un livre et un cahier à la main.

DES CHEMINS NOIRS AU PAYS BLEU. « Le petit Sartre a sans doute été l’un des dix plus brillants élèves de Paris ; j’ai dû faire partie des pires cancres de Marseille… et je me retrouve un stylo à la main ! » Ce stylo, l’écrivain manosquin ne l’a plus reposé depuis 50 ans. Un demi-siècle qu’il condense avec verve, vie, violence et poésie, via ce « Minuit dans la ville des songes ». On y retrouve là, cette écriture folle, vaillante, vagabonde, balayée par le vent, qui danse avec les mots, flirte avec les locutions, culbute les rimes et éclate avec le soleil comme une grenade trop mûre sur un coin de ciel bleu. Car des « Chemins noirs » - son premier ouvrage qu’il était venu me présenter en 1992 au Provençal à Manosque, dès sa sortie – au pays bleu d’aujourd’hui, l’illettré qu’il fut, l’écorché vif à fleur de peau qu’il était, a fait place à un homme apaisé qui peut prendre une heure ou un jour pour trouver le mot juste. Celui dont il a besoin dans son puzzle émotionnel pour équilibrer la phrase, donner la dernière touche de couleurs à son paysage verbal, ou joue la note qui sonne juste sur le vibraphone des bruits de la nature dont il est follement épris. Quel long voyage pour en arriver à rêver éveillé ! De la biographie du gangster Lucky Luciano – son premier livre acheté avec ses deniers – à ses ateliers d’écriture en prison, René Frégni a chapardé la clé des songes avec ruse, sans violence, à petits pas sautés comme un danseur de be-bop sur la piste cirée, funambule sans filet au-dessus du Vieux-Port, des Beaumettes et des collines de Giono. Les âmes fortes de ses
lectures (merci à l’aumônier pour la paire de lunettes !) l’ont inspiré, conseillé, aiguillé autant que cette première nuit passée dans l’herbe tendre de Hyde Park à Londres. "C’est là dit-il seul face à l’éternité sidérale que juste avant de m’endormir, je sus que j’étais vraiment de quelque part et que quelqu’un sans doute pensait à moi avant de fermer les yeux. » Nos mamans ne nous quittent jamais m’as-tu écrit René, un soir de profonde tristesse. Elles sont toujours là, au creux des vagues de tes lignes… Un livre à glisser dans sa poche et à relire à la première occasion.

Jean-Pierre Tissier

  *** LA LOI DES HOMMES de Wendall Utroi

(Livre de Poche).
JPEG Le résumé. « Il est temps pour moi de m’effacer, mais j’ai tellement à dire, ou plutôt à écrire. J’ai prêté le serment de ne jamais parler de ce qui suit, mais je ne me suis pas interdit de l’écrire. J’emporterai ces pages dans ma tombe, avec moi, sans regret. Je ressens aujourd’hui le besoin de libérer mon âme qui se lamente, enchaînée par les souvenirs, cadenassée par les remords. Ma plume sera la clé, le remède à ce mal qui me ronge et qui habille mes nuits de cauchemars. » Jacques est cantonnier à Houtkerque, dans le Nord. Ce qu’il découvre ce matin-là en nettoyant la sépulture centenaire de J. Wallace Hardwell va bouleverser sa vie. Un livre de mémoires écrits en anglais, œuvre d’un inspecteur des mœurs de Scotland Yard qui a vécu dans la capitale anglaise pendant l’époque victorienne. Jacques va plonger dans les bas-fonds du Londres de Jack l’Éventreur, happé par une enquête secrète aux relents nauséabonds. Entre crimes et passions, amour et trahison, il est transporté là où s’affrontent l’honneur et l’horreur de la loi des hommes.

« C’est un roman très intéressant et très prenant qui nous révèle les dérives de la société victorienne du XIXe siècle. Mais quand on y réfléchit on s’interroge pour savoir s’il y a eu beaucoup d’améliorations de nos jours… Et je ne le pense pas ! En lisant ce livre, on prend en pleine face la brutalité des hommes. »

Muriel Gaillard

  **** DANS LES BRUMES DES CAPELANS de Olivier Norek

(Editions Michel Lafon). Prix : 19, 90€. JPEG Le résumé. Le grand retour du capitaine Coste, tant attendu par les lecteurs d’Olivier Norek. Une île de l’Atlantique, battue par les vents, le brouillard et la neige... Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense...Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles...La jeune femme qu’il y garde enfermée... Et le monstre qui les traque. Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l’aveugle.
« Quand on décide de lire un livre d’Olivier Norek, on sait d’avance que l’on ne sera pas déçu. Il en est de même de ce dernier roman. On plonge tout de suite dans le drame des enfants disparus et de l’enquête du Capitaine Coste pour arriver à sauver la dernière rescapée. Captivant, angoissant. du pur Norek 100% ! »

Muriel Gaillard

  *** RÈGLEMENTS DE COMPTE À L’EPHAD de Pierre Meige.

(Editions du bout de la rue). Prix : 15€. 112 pages. JPEG Le résumé Lorsque nous évoquons avec des proches notre fin de parcours terrestre, au seul mot EHPAD prononcé, nous perdons tout sens de l’humour et nous déclarons solennellement : Tout mais pas ça ! Georges Lamardin lui n’a pas eu le choix : sa fille a bien manœuvré pour le placer dans un lieu de fin de vie pour papys un peu trop dérangeants. Dès qu’il a franchi la porte d’entrée et qu’il a vu dans quelles conditions survivaient ses futurs compagnons, il s’est senti l’âme d’un justicier ! Ainsi est né Killer Papy, le justicier du mouroir soi-disant doré...
Pierre Meige a coécrit avec Didier Daeninckx et Yan Molin, les paroles de la bande originale de la série télévisée Novacek interprétée par la chanteuse de jazz Dee Dee Bridgewater. Il a également publié des ouvrages littéraires de genres très différents : polars, recueils poétiques, livres pour la jeunesse, essais, romans noirs et nouvelles fantastiques. Il tient également une rubrique dans le magazine littéraire Les Chemins de Traverse. Il a été, en septembre 2011, l’invité d’honneur de la 8eme édition du Salon de la Poésie et de la Nouvelle de Vendôme. Pierre Meige exerce la profession de musicothérapeute. Il a participé à plusieurs reprises aux débuts du festival Blues & Polar à Manosque. Un frérot de très longue date de retour aujourd’hui à Sainte-Tulle en Haute-Provence qui animera à sa façon – et avec des potes - « De Vincent Scotto aux Rolling Stones en passant par Neil Young ». Le premier pique-nique rock’n’roll de Blues & polar le dimanche 28 août à partir de midi (comme le Lundi de Pâques) sur le site de la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.
« La nouvelle est un art très prisé des Anglo-Saxons, mais plutôt méprisé en France, et c’est bien dommage, car le format permet de se plonger dans des histoires passionnantes qu’on peut lire en quelques heures. Et il faut se rappeler que Jean Giono avait d’ailleurs écrit « L’Homme qui plantait des arbres » - formidable livre parmi les plus vendus au monde – sous la forme d’une nouvelle pour un concours de la célèbre revue Sélection du Reader’s Digest. Pierre Meige, touche-à-tout de talent pratique souvent ce format proche de l’écriture musicale et de la composition, avec une once de poésie et d’humour. Et on retrouve tout ça dans ce savoureux polar « Règlements de compte à l’EHPAD » où les flics ne sont guère présents, mais où ça flingue astucieusement façon Agatha Christie avec philtre mortel dans une tasse de thé ou chute malencontreuse dans un escalier. Car pépé Lamardin aux faux-airs foutraques de l’inspecteur Lavardin incarné par Jean-Poiret ne s’en laisse pas conter après son entrée dans le monde des « Vieux » poussé par sa fille (erreur de jeunesse noblement reconnue) qui ne pense qu’à vendre l’appartement de pépé pour récupérer l’oseille. On est là dans un univers farci de traits d’humour à la Audiard ou San Antonio ; mais sous le rire se cache l’implacable constat lucide de cette traversée en gérontologie odieuse et dénoncée il y a quelques mois avec le scandale Orpéa, entre autres. Pierre Meige, musicien et musicothérapeute taillé comme un vieux chêne jouant en NBA a travaillé dans ce milieu proche du « mouroir-blues » et apporte sa pierre à l’information des familles et de l’Etat pour dénoncer cette « vieuxptohobie » avec acuité et lucidité. Et comme il n’y a pas de budget pour combattre la solitude et la désespérance ; eh bien, Killer papy va s’en occuper ! Et on se marre bien !

Jean-Pierre Tissier

  *** CLAUSTRATION de Salvatore Minni (ISF éditions).

Le premier roman de Salvatore Minni dans une édition comprenant la nouvelle inédite “Novae”.
JPEG Le résumé. Ils ne se connaissent pas et pourtant, ils portent le même tatouage sur le bras... Clara, que son amie Françoise recherche depuis plusieurs semaines, se réveille un matin étendue sur le sol d’une cellule obscure et infestée d’insectes ; M. Concerto tente de découvrir les raisons qui l’ont conduit dans une chambre d’isolement, tandis que Charles se cloître de son plein gré. Chacun d’entre eux se retrouvera face à son destin. Mais, dans leur quête de la vérité, ils se rendront très vite compte que les apparences ne sont pas celles qu’ils croyaient…
« Pour un premier livre, c’est une réussite. Les premières pages nous déstabilisent un peu, mais on continue la lecture en croyant maîtriser l’histoire… Mais non ! Quel suspense psychologique avec une finesse à la hauteur d’une histoire désarmante. »

Muriel Gaillard

  *** KARMAS de Pierre-Olivier Lacroix.

(Editions Le Mot et le reste). JPEG Le résumé Un soir de juin, dans le paisible village de Champfort, Nicole Gachet, accompagnatrice sociale à l’association Avenir de Soi, met fin à ses jours dans des conditions aussi atroces qu’étranges, sous les yeux de son conjoint. Frappée par un mal que personne n’a su diagnostiquer, elle emporte le secret de sa chute avec sa disparition. Huit ans plus tard, au lendemain de la Toussaint, le lieutenant de Gendarmerie André Gavois et son adjointe Chloé Moquet apprennent que la sépulture de Nicole Gachet a été profanée. Les soupçons se posent tout d’abord sur la petite délinquance du coin mais le caractère monstrueux et quasi-mystique de la profanation ouvre une piste autrement plus complexe et laisse deviner les contours d’une secte qui installerait insidieusement son influence dans la région.
« L’auteur a fait de ce fléau que sont les sectes et les croyances, un très beau roman qui pourraiot très bien être un véritable acte digne des faits-divers dans un quotidien, quand on sait la faculté qu’à l’homme (et la femme) à croire tout et n’importe quoi pourvu que cela rende sa vie plus simple. Un excellent roman. »

Muriel Gaillard

  *** LA MENACE 732 de Frédéric Potier

Editions de l’Aube. Collection Aube noire). Prix : 19, 90€. 344 pages. SORTI LE 19 MAI 2022.
JPEG Le résumé. La capitaine Nina Meriem, spécialiste des groupuscules extrémistes au sein de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), est chargée de mener une enquête sur les actions violentes d’un groupe d’extrême droite utilisant le nom de « Martel 732 ». Au lendemain de l’élection présidentielle (on est en plein dedans !) dans un contexte de débats politiques violents et de clivages brutaux, un nouveau gouvernement doit faire face à une menace de plus en plus précise. La démocratie peut-elle être renversée par ceux censés la protéger ? Comment un chef d’État-major des armées et une directrice des services de renseignement peuvent-ils répondre à cette menace ? Ne serait-ce pas là une tentative de déstabilisation étrangère ? Roman visionnaire ou pure fiction ?
732 ! Une date qui résonne – comme 1515 - dans nos vieux souvenirs d’école primaire. 732 ! Une date répétée tant de fois : Charles Martel repousse les Arabes à Poitiers ! 732 ! Une date historique devenue chiffre-fétiche pour l’Extrême Droite française ultra-conservatrice violente et la frange radicale des catholiques intégristes dignes descendants des Croisés. Rien d’étonnant donc, que dans ce thriller politique de fiction écrit par Frédéric Potier – ancien conseiller au Cabinet du Premier ministre et à la Présidence de l’Assemblée nationale – le numéro 732 roule sur le tapis comme une provocation et une menace pour la République au lendemain de l’élection présidentielle qui vient de réélire Emmanuel Macron. En effet - visionnaire ou pas ? - ce roman qui sortira ce jeudi 19 mai - mais que Blues & Polar a pu lire bien avant - nous embarque dans une analyse des coups d’états militaires ayant jalonné la vie politique nationale et internationale, avec chaque fois l’Armée et l’Extrême-Droite – qui elle, ne reconnait pas la République - en toile de fond. Ainsi Napoléon III en France en 1851, le putsch des généraux français à Alger le 21 avril 1961, Pinochet renversant Alliende au Chili en 1973, sans oublier le Coup d’Etat du 23 février 1981 au Congrès à Madrid filmé en direct par la télévision espagnole, et plus récemment, entérinant définitivement l’ère des coups d’état médiatiques, l’envahissement du Capitole par les supporters de Donald Trump à Washington, les Talibans se filmant dans le bureau du président afghan à Kaboul, et les militaires maliens prenant le pouvoir. Pour un coup d’essai, Frédéric Potier nous fait dresser le poil, car il y a de la crédibilité dans son cheminement fictif qui fait exploser la classe politique en vacances en ce 15 août - jour de L’Assomption sûrement pas choisi par hasard – avec Paris attaqué par des commandos en divers lieux symboliques (Matignon, le Sacré-Cœur, le Sénat, les Invalides et le CSA) mais aussi au fort de Brégançon où la Présidente de la République élue le 24 avril sous les couleurs de la Gauche se fait tirer dessus (grièvement blessée et hospitalisée en urgence) et dans les Pyrénées-Atlantiques où le Premier ministre est enlevé alors que son compagnon est tué. Le Sénat, Droitier de principe et en embuscade, sort alors l’article 7 de la Constitution pour mettre en place un gouvernement de transition face aux mutins… et enlève le drapeau européen d’à côté du bleu-blanc-rouge pour sa première conférence de presse. Une guerre civile est possible tonne un triumvirat ! Notamment pour ceux qui ne reconnaissent pas un verdict des urnes, on ne peut plus serré : 50 000 voix pour la candidate de Gauche face à l’Extrême-Droite ! Fort heureusement, La Menace 732 bifurque à ce moment vers des traits d’humour et d’ironie bienvenus permettant de prendre de la distance avec le fil des événements dramatiques qui se succèdent, au point d’arriver à une sédition devenant auto-séquestration dans les murs du Sénat. Et des assaillants à qui l’on envoie Métallica et AC/DC à fond la caisse 24 heures sur 24 dans les oreilles, style Guantanamo pour jouer avec leurs nerfs, alors qu’un tireur d’élite dégomme méticuleusement les trésors des Invalides, ayant même les cendres de Napoléon un instant en ligne de mire… Néanmoins, on peut constater qu’avec trois exaltés au plus haut niveau de l’Etat (Présidente du Sénat, Gouverneur militaire de Paris et un ancien Préfet) et vingt militaires commandos décidés à aller au bout de leurs idées, croix gammées tatouées sur les bras, et la Russie jouant de « fake news » sur les réseaux sociaux, l’impossible pourrait aussi être français. Allez savoir.... « La fiction, c’est le bras armé des idées » clame souvent le cinéaste marseillais engagé Robert Guédiguian… Voilà un premier roman vraiment passionnant jusqu’au bout et qui permet de voir la période actuelle suivant la réélection d’Emmanuel Macron, en guettant les proches Législatives de juin avec un œil aguerri, averti… et prudent.

Jean-Pierre Tissier

  **** ANTOINE de Christian Blanchard

(Editions Belfond Noir). Sorti le 17
mars.
JPEG Le résumé. Antoine a 12 ans lorsqu’il commet le geste fatal. Un acte irréfléchi, comme une réponse impulsive à une terreur inouïe. La lame d’un couteau qui s’enfonce dans le corps furieux de son père, telle est la première
marche sur l’échelle infernale qu’Antoine devra gravir ensuite pour tenter de se
reconstruire, ailleurs, en silence. Mais peut-on jamais dépasser la violence originelle ? Qu’a-t-il à sauver qui mériterait de se battre pour la vie, lui qui a tout perdu en ce jour tragique de 1972 ? Roman d’apprentissage, thriller social dans la France rurale des années 1970, Antoine est une torpille noire qui touche directement le cœur du lecteur.

« C’était l’été 72… mais les notes romantiques de la merveilleuse chanson de Michel Legrand - à dix ans d’intervalle - ne résonnent plus pareil. Pour Antoine qui vient de tuer son père avec le couteau que ce dernier lui avait offert - trop précocement - pour son anniversaire, la spirale infernale de la vie vient de commencer. Car l’homme bourru, violent et alcoolisé vient d’étrangler et tuer sa mère. Et le gamin imprévisible et craintif, abimé par les disputes familiales et les coups, n’ayant pas reçu d’amour, fracassé par les traumatismes, se sent alors comme une âme de justicier pour réparer les injustices ; les enchainant sans le vouloir, comme dans un mauvais karma, la colère et la haine ancrées au plus profond des tripes. Il faut alors mettre des mots sur les maux en passant par la case centre fermé, car mineur. « Ne pourrais-je jamais être quelqu’un d’autre que cet être violent façonné par mon père ? » Cette question hante encore Antoine aujourd’hui 45 ans plus tard. La violence est-elle héréditaire ? Sommes-nous prisonniers de nos racines ? Autant de mots couchés au crayon gris sur des carnets confesseurs. Sauvé par les livres, comme René Frégni dans « Minuit la ville des songes » (Gallimard), Antoine enchaine aussi, via la boxe salvatrice et formatrice, des centaines de directs et uppercuts sur le sac de sable, et se façonne un autre corps et une autre personnalité. Mais quand la violence est là, elle ne nous quitte pas ! Christian Blanchard, une nouvelle fois, nous entraine dans les méandres de la famille, de sa condition sociale, de ses traumatismes et de ses abus impossibles à arrêter. Un roman très noir et touchant, empreint d’une tristesse infinie… et de nombreux si ! Car si on ne refait pas l’histoire, on se dit pourtant que le si le monde était plus juste et bienveillant, la vie serait plus simple et heureuse. « Il est où le bonheur, il est où ? » chante Christophe Mahé. Existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’une étoile filante ? Avec des si, tout peut arriver ; mais la réalité est autre. De Dieppe aux barreaux de la prison de Fresnes, Antoine pouvait-il imaginer que sa vie au cœur des années 70, s’arrêterait à quinze ans, 3 morts sur la conscience et un abysse de 45 ans. Quelques secondes suffisent pour faire basculer une vie. »

Jean-Pierre Tissier

« Voilà un livre très captivant bien que racontant le parcours suicidaire d’un
jeune adolescent tueur qui évite la prison juste en raison de son âge. Mais en l’occurrence, les circonstances atténuantes n’existent pas, car la brutalité et la violence font partie de son quotidien. Ce gamin est pris dans une spirale infernale, alors qu’il a juste voulu sauver sa mère. Bref, la vie entière de ce gosse se résume en un seul mot : Injustice ! Malheureusement, ce sera sa vie. Bouleversant ! »

Muriel Gaillard

* Christian Blanchard a travaillé durant vingt-cinq ans au sein d’une institution publique avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur d’Iboga (prix du Meilleur Polar des lecteurs Points 2020), La Mer qui prend l’homme, Seul avec la nuit, Angkar, et de Tu ne seras plus mon frère que Blues & Polar avait énormément apprécié


  ** CHASSES EN COURS de Caroline Comte

(Sorti le 9 avril 2022). Disponible sur la plateforme Kindle direct publishing, sur Amazon. Version Ebook (3,99€), broché (12,55 €), ou relié (21,10 €). JPEG Le résumé. - Tout commence dans un cadre idyllique … un village provençal, avec ses lavandes, ses cigales, une forêt abritant un magnifique cerf, acteur à part entière des drames à venir, un cabanon en pierres sèches où Lucrèce Camilleri, profileuse réputée à la PJ, vient se ressourcer suite à une affaire criminelle qui a mal tourné. Á peine installée dans cette retraite provisoire propice à sa reconstruction psychologique, le capitaine de gendarmerie, Julius Lictor, vient jouer les trouble-fêtes en lui demandant un coup de main pour retrouver un agriculteur qui a disparu. Le suspense s’installe… lorsque, sur les rives de l’étang des grives, on découvre la dépouille du disparu, nu, tué d’une balle dans la tête, sa poitrine marquée à la cire rouge d’un blason bizarre. Le suspense atteindra son paroxysme … au fur et à mesure du déroulement d’une surprenante enquête, jonchée de cadavres, liée au monde des chasseurs, où les coupables supposés ne seront pas ceux qu’on croit, et où il faudra cerner de plus près aussi bien la psychologie du serial killer que celle des victimes. Entrez dans la tête de l’assassin. N’hésitez pas, participez aux chasses en cours, aux côtés de Lucrèce ; vous saurez alors si le destin jouera en sa faveur. * Avec « Chasses en cours », Caroline Comte s’essaie au roman policier. Sa première expérience, mais son dixième livre *
« Passer de la poésie à la science-fiction, puis de la science-fiction au fantastique, puis du fantastique au polar, le parcours littéraire de Caroline Comte s’est intensifié et diversifié au fil des années ; mais pour qui connaît le village merveilleux où elle écrit – non loin d’une rotonde médiévale entre Lure et Ventoux - on comprend que la nature environnante soit venue fort logiquement habiter l’imaginaire de son premier roman policier. Et on est donc plongé tout de suite dans un vrai Polar des champs comme dans un commissaire La Violette de Pierre Magnan avec les gendarmes, les champs de lavande, le thym et le romarin qui embaument, le bar du village qui fleure bon l’anis, le bon pain au levain qui cuit chez le boulanger, les biches, les sangliers et les lièvres qui détalent entre chien et loup, et les braconniers aussi, quand la nuit descend lentement… Mais c’est la vérité pure de la vie quotidienne des petits villages pour qui habite en Vaucluse et en Haute-Provence, dans cette région bénie des dieux ; mais où crimes et disparitions inexpliquées – là, c’est pour de bon ! – sont bien réels. En choisissant pour héroïne, une « profileuse » réputée de la PJ, Lucrèce Camilleri, venue se ressourcer dans un cabanon au beau milieu des oliviers après une enquête qui s’est mal terminée, Caroline Comte nous livre-là un scénario intéressant et palpitant qui gagnerait néanmoins - dans la forme surtout – à gagner en unité typographique ; tant les caractères sont variés et les blancs trop blancs et nombreux. Car un polar, ça a besoin d’être dense pour que l’on tourne les pages avidement, et de ne pas être « trop propre ». « J’ai goûté au fruit vénéneux du pouvoir absolu, celui d’ôter la vie. Je ne renie rien, mais je ne veux pas être condamnée pour ça, se confie Lucrèce Camilleri à elle-même, s’inspirant de son expérience cultivée auprès des nombreux tueurs en série qu’elle a interrogés. Je me vois comme une justicière ! Un premier polar avec une bonne intrigue dont la fin nous surprend très agréablement ; ce qui est rarement le cas. Une belle première expérience à poursuivre !

Jean-Pierre Tissier

  ** LES FLEURS JUMELLES de Philippe Nicolas

(Editions Cohen & Cohen). Sorti le 26 août 2021. JPEGLe résumé : Deux grands patrons tombent au même instant de la terrasse d’un building. L’inspecteur Paul Askins retrouve dans leurs yeux une lentille étrange, sur laquelle est imprimée la photo d’un œil. Lawrence Vitti, un jeune Français traumatisé au pied de la victime qui a failli l’écraser, clame qu’il
s’agit d’un meurtre. Par quels liens obscurs le touriste débarqué le matin même, dans un pays où il n’a jamais mis les pieds, se sent-il brutalement rattrapé par son passé ? Et complice de ce flic qui semble envoûté par la pupille mystérieuse ? Quel produit ahurissant se disputaient en haut du gratte-ciel le président d’un groupe d’optique et le père d’un géant mondial des smartphones ?
* Serge Gainsbourg constitue la bande sonore du livre.
"Les secrets d’une lentille connectée. « Après « Les Ames peintes » son premier roman paru en 2019, Philippe Nicolas, publie son deuxième gros « pavé » de 450 pages dont l’action se déroule à New York où il a vécu plusieurs années. Et l’on ressent tout de suite le vertige des tours touchant le ciel avec deux corps qui tombent inexorablement vers le bitume des larges avenues de Manhattan, au cœur de cet univers grandiloquent vivant à 200km/h, dans le mouvement perpétuel d’une foule vaquant à ses occupations les plus diverses. Nous voilà plongés dans un monde technologique et hyperconnecté, via un polar version Brigade financière pour initiés du Cac 40 et de l’univers des jeux vidéo, du milieu des Affaires, des actions cotées en Bourse et des sursauts de Wall Street. Avec une question : pourquoi les PDG de deux très grosses boites d’un groupe d’optique et d’un géant mondial des smartphones venant de signer une fusion sur une terrasse des hauteurs, ont-ils sauté quasi-simultanément du haut du même building à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, quelques minutes plus tard ? L’enquête est menée rondement par un inspecteur très fouineur, mais dans cet univers de « geeek » où les secrets d’une lentille connectée sont passés à la moulinette et au microscope, il vaut mieux être féru en Fonds de développement et connaisseur en termes techniques anglophones pour ne pas y perdre son Latin. Ce qui arrive inévitablement – et c’est bien dommage - si l’on n’est pas un spécialiste de la révolution numérique, en raison du détricotage d’un secret de famille insolite difficile à démêler et d’instants de prestidigitation qui nous laissent babas certes, mais paumés. On perd ainsi, peu à peu, pied dans le fil de l’histoire et de crimes trop parfaits qui n’ont jamais eu lieu. New York est vraiment une ville qui file le tournis même si on n’y est jamais allé."

Jean-Pierre Tissier

LA PATIENCE DE L’IMMORTELLE de Michèle Pédinielli

(Editions l’aube noire). « Je ne connaissais pas cette auteure mais grâce à cette histoire qui se passe en Corse avec de très nombreux détails sur l’île, le caractère des Corses… - tout cela écrit avec humour - j’ai par moments bien ri ! Bref, je me suis régalée ! Et en plus, l’intrigue n’est pas si éloignée de la vérité en ce qui concerne le vol des oliviers ou les feux de maquis pour accélérer parfois les ventes immobilières. Je vais m’empresser de lire « Après les chiens », son autre livre. » Muriel Gaillard


  **** ROSINE de Sandrine Cohen

Coup de cœur Blues & Polar 2021. (Editions du Caïman) Collection Polar en France. « Ingérable mais brillante, Clélia Ravoire Enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux n’aime pas le monde, et le monde le lui rend bien ! Les procédures, les règles officielles en forme de boulets obsessionnels… et les flics, sont pour elle autant d’entraves qui lui filent souvent la rage dans l’exercice de sa profession. Elle est énervante mais épatante, chiante et « border-line » ; mais on ne la refera pas ! Pour elle – à l’image des jeunes policières actuelles bossant toujours seule dans les Séries TV - les scellés sur une scène de crime ou un mandat de perquisition ne sont que des papiers en forme d’obstacles dans une enquête. Elle est justicière, grande gueule, picole pas mal, pète souvent un câble, se calme en s’envoyant en l’air façon solitaire ; punk attitude assurée et assumée ! Les personnes avec qui elle n’a pas de contentieux sont rares. Et pourtant ses fulgurances d’idées géniales obtenues aux forceps parfois, impressionnent sacrément. Pour son premier polar, Sandrine Cohen (comédienne, scénariste et réalisatrice) a choisi une héroïne qui va faire basculer un terrible fait-divers d’infanticide – proche de l’Affaire Véronique Courjault sur certains aspects * - en une analyse de secret de famille insoupçonné, si brillante et poussée à l’extrême, qu’on ne peut qu’être impressionné et questionné. Le scénario est terrible avec Rosine, une maman trentenaire qui noie ses deux enfants dans la baignoire, soudainement, imprévisiblement, au cours du bain du soir. Devant ce double crime horrible et ce drame tellement fou - au point d’avoir personnellement eu peur de me plonger dans ce roman - que peut-on dire après ? ELLE EST COUPABLE ! ET BASTA ! ET PERPÉTUITÉ ! Mais « Juger c’est comprendre » affirme Clélia Ravoire.Tout à l’opposé de l’ancien ministre et écrivain André Malraux qui affirme que "Juger c’est de toute évidence ne pas comprendre, puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait pas juger ! » Alors l’enquêtrice dit doucement : « Dans tout criminel, il y a un enfant à soigner. » Et à force de forer au trépan dans la mémoire de toute la famille, Clélia comprend soudain pourquoi Rosine a tué ses deux filles. Et elle nous entraine alors comme dans un "road-movie" en quête de phrases captivantes et hypnotiques sur la route de la vérité, et des motivations. Responsable oui ! Mais pas que coupable ! Car qui peut dire avec certitude qu’il connaît tout de lui-même ? De l’acte monstrueux à la Cour d’Assisses, ses jurés, et la fameuse "intime conviction" nécessaire et suffisante pour envoyer un "jugé coupable" à la guillotine jadis, on est happé par la ténacité et l’obsession de cette enquêtrice hors du commun qui telle une justicière fait jaillir le pourquoi du comment - par procuration * au cours d’une plaidoirie, intense, forte et belle à en chialer, assénée par une toute jeune avocate ambitieuse que n’aurait pas renié les ténors du Barreau, style Pollack, Leclerc ou Dupont-Moretti. Un livre impressionnant pour un premier vrai roman. »

Jean-Pierre Tissier

* En Touraine : un déni de grossesse avait conduit une maman à tuer successivement ses nouveau-nés et les conserver dans un congélateur.

« Voilà un roman noir intriguant, mais très intéressant dans la mesure où l’on est confronté à un double infanticide de la part d’une jeune mère ; mais où la question première est de savoir ce qui peut déclencher un tel geste irrémédiable pour qu’une maman noie ses deux enfants. On cherche alors le pourquoi, et l’élément déclencheur de cette folie meurtrière si cruelle… car cette mère ne nie nullement les faits. Elle reconnait tout. Autant de questions et de réponses enfouies, que cette enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux, cherche à obtenir. Je ne sais pas si cette profession existe vraiment en France mais si oui, ce doit être un métier passionnant. »

Muriel Gaillard


  *** LE DICTIONNAIRE AMOUREUX DU POLAR SELON PIERRE LEMAITRE.

(Editions Plon) 820 pages. Tarif : 27€. Maitre du genre policier, il l’est assurément car c’est par là qu’il a débuté, dans ce qu’il préfère appeler le roman noir. Pierre Lemaitre est sans conteste un de nos meilleurs écrivains, et son roman Au revoir là-haut Prix Goncourt paru dans la collection blanche de Gallimard est devenu de surcroît, grâce à Albert Dupontel, un film éponyme merveilleux, véritable chef-d’œuvre sur les « Gueules cassées » de 14-18 qui tient autant de la peinture que de la Haute couture, voire du trait magnifique de l’encre courant sur le papier… Un livre et un film magnifiques, adoubé par son auteur lui-même, voilà qui n’est pas courant dans le monde des adaptations. Feu l’ami Pierre Magnan m’ayant souvent parlé de la déception de ses livres portés à l’écran en dehors de La Maison assassinée tournée au château de Sauvan à Mane, avec Patrick Bruel, à deux pas de chez lui… Tout en nourrissant une certaine tendresse pour les enquêtes du commissaire La Violette sur France 3 interprété par Victor Lanoux. Pierre Lemaitre laisse donc parler son cœur via « un panorama international du polar jouissif et très personnel » dit-il. Et dans cette Bible du noir érudite, Blues & Polar a le plaisir de croiser quelques-uns de ses invités au petit festival familial qu’est et demeure toujours Blues & Polar chaque dernier week-end d’août à Manosque. Ainsi Karine Giebel, Olivier Norek, Elisa Vix, ou Marcus Malte par exemple. Alors, comme l’écrit Pierre Lemaitre « Lorsque je lis un Dictionnaire amoureux, rien ne me fait plus plaisir que de découvrir des choses que je sais déjà. Comme pour le Prix Nobel de littérature, le jour de la proclamation, quand il s’agit de quelqu’un dont je connais le nom. J’ai l’impression d’être cultivé ». Moi aussi !
Voilà un livre idéal pour un cadeau, qu’on pose sur la table près de soi, en permanence, comme le « Bottin » impressionnant qu’est Mets & Vins de Philippe Faure-Brac pour le consulter comme une gourmandise, une envie, un p’tit bonheur pressant. Histoire de se rappeler d’Agatha Christie, Jean-Claude Izzo, Manchete, Elizabeth George, Harlan Coben, James Hadley Chase, Didier Daeninxck ou James Ellroy…. La liste est très longue et on y pioche comme dans une belle cave de grands ou jolis crus. L’amour pour guide tout simplement ! Jean-Pierre Tissier


  *** CELUI QUI NE COMBAT PAS A DÉJÀ PERDU de THIERRY MARX.

Éditions Flammarion). - Le chef doublement étoilé du Mandarin oriental à Paris, Thierry Marx, JPEGanimateur de Top chef sur M6 et invité régulier des Carnets de Julie sur France 3, est une figure qui détonne dans le paysage gastronomique français : par son parcours, sa personnalité, mais aussi par son engagement pour de nombreuses causes. À ceux qui disent qu’il s’éparpille, il répond que tout est lié. Dans cet ouvrage, il revient sur son itinéraire romanesque jusqu’à l’excellence en cuisine : de cette histoire découlent tous ses engagements et ses combats quotidiens. En cette période troublée, il nous rappelle que rien n’est jamais perdu pour celui qui a un projet.

« Un carnet de notes pour ne pas perdre ! Tel pourrait être la trame du synopsis de la vie foisonnante et variée du chef étoilé Thierry Marx, et de ses notes jetées à la volée – au cœur de la Covid et du confinement - pour son dernier ouvrage Celui qui ne combat pas a déjà perdu. Mais avec soin, recul, humilité et fraternité ! Entre l’esthétisme pur de l’art du sabre japonais qu’il pratique régulièrement et l’artisan faiseur de bon pain et de saucisson qu’il est toujours. Eu égard à ce parcours incroyable qui l’a mené de Champigny-sur-Marne au Pays du Soleil-Levant, en passant par la Légion étrangère, les Compagnons du Devoir, Les Disciples d’Escoffier, Bernard Loiseau, Taillevent, Chapel, Bocuse, Jacques Maximin, Joël Robuchon... Ces vénérables Grandes Maisons et ces hommes valeureux tous animés du devoir de transmettre. Lui, toujours animé du désir - propre et si cher aux autodidactes - qu’est la curiosité. En 251 pages, Thierry Marx nous fait partager ses réflexions sur un monde au destin – actuellement – suspendu. Car quand la pandémie ralentit dans un pays, elle repart de plus belle, décuplée, inarrêtable et déchirante comme en Inde actuellement où l’on brûle ses morts en pleine rue dans des crématoriums à ciel ouvert, 24 heures sur 24. Mimétisme, mémoire, maîtrise, cette loi des 3 M, le chef de cuisine reconnu dans le monde entier ne cesse de la répéter pour toutes celles et ceux qui ont le stress des études et de l’école. « Rien n’est jamais perdu pour qui a un projet, écrit-il. Se tromper de dix kilomètres en pleine jungle, vous oblige à les parcourir ; on n’a pas le choix ! C’est un moyen de ressentir notre fragilité, d’étouffer la vanité et de renaître à la vie. » La période irréelle que nous vivons actuellement, Thierry Marx l’aborde non pas comme un mystique éclairé, mais avec bon sens, arguant que la Terre est un village, et que de ce village terrestre il va falloir s’en préoccuper. « L’enfumage idéologique n’étant maintenant plus audible. Aujourd’hui, il nous faut nous relever, et tous ensemble ! Car on n’a jamais vu un match de boxe gagné par le public ! » Un petit livre à garder sur soi, en poche, pour continuer à se motiver. » Jean-Pierre Tissier


  *** LE SOLEIL ROUGE DU TSAR de Violette Cabesos

(Mon Poche). * 490 pages. Tarif : 9,50€. Le résumé  : Milena, petite-fille de Russes blancs, a une passion : les trésors perdus de la Russie des tsars. Alors qu’elle s’apprête à partir pour Saint-Pétersbourg où une cache datant de 1917 vient d’être découverte, elle apprend que sa maison de Nice a été saccagée. Sur les murs, d’énigmatiques vers slaves, probablement des références codées à Vladimir le Grand, fondateur de la Sainte Russie. Un siècle auparavant, Vera, ballerine du théâtre Mariinsky, est déchirée entre les faveurs d’un grand-duc, son amour pour un poète anarchiste, et un brûlant secret d’Etat dont sa famille est dépositaire. Au-delà du temps et des frontières, une mystérieuse et terrifiante malédiction semble lier ces deux femmes. Faut-il y croire ? Comment ne pas y succomber ? Au fil d’un suspense historique éblouissant d’érudition, Violette Cabesos nous plonge dans les méandres de la Russie éternelle, sur les traces des Romanov, de Raspoutine et d’obscurs espions du FSB.
« Voilà un livre vraiment très intéressant pour peu que l’histoire de la Russie vous passionne tellement elle est mouvementée et pleine de mystères. Violette Cabesos ne manque pas d’y ajouter – en spécialiste du genre qu’elle est en matière de romans initiatiques – des précisions sur des faits historiques, qui ne manquent pas de sel avec le recul du temps. On y apprend ainsi que le grand-père de Vladimir Poutine - actuel président de la Russie – était le cuisinier de Lénine et de Staline, et que les paysans russes enduisaient leurs bottes de goudron pour les rendre étanches. Un détail que ne devait pas connaître les soldats de l’armée napoléonienne pendant la fameuse retraite de Russie… Avec de surcroit, une belle intrigue mêlant l’ex KGB aux derniers descendants des Russes blancs. Vraiment un livre dont on savoure chaque page ! " Muriel Gaillard


  **** TU NE SERAS PLUS MON FRÈRE de CHRISTIAN BLANCHARD

(Editions Belfond). Le résumé. – 2011, Syrie. Kasswara et Kamar, deux frères franco-syriens auparavant très unis, découvrent que l’amour fraternel n’est parfois pas assez fort. Quand le printemps arabe éclate, leurs divergences prennent le dessus. L’un rejoint la rébellion, l’autre demeure un fervent défenseur du régime de Bachar el Assad. Il n’y a plus de frères maintenant mais deux camps. Tu ne seras plus mon frère mais un ennemi à éliminer.
- 2019, France. Florence Dutertre, assistante sociale, supervise le retour des « lionceaux du califat ». Ces enfants de djihadistes français ont grandi dans des camps syriens sous le commandement de Daech. Bombes à retardement ou jeunes innocents ? La question ne semble pas se poser pour le sniper qui les exécute un par un à leur arrivée sur le territoire. Terriblement choquée, Florence est pourtant prête à tout pour sauver ces enfants auxquels on a appris à compter avec des grenades…
« Moussa, Omar, Youssef… et tant d’autres ! Autant de jeunes franco-syriens nés en France ou en Syrie, avec tous un lien avec Daech et l’Etat islamique. Car leurs arents, alors jeunes loups en quête d’absolu la plupart du temps, étaient allés grossir les rangs de l’Armée du Califat. Moussa, Omar, Youssef… autant de « bombes à retardement » potentielles aujourd’hui, car ayant tous grandi au sein de la secte islamiste, embrigadés, hypnotisés, fanatisés, barbarisés, par des images et des actes fous, malgré leur très jeune âge. Pratiques d’un autre temps, d’un autre monde, qu’on croyait pourtant révolu ; mais ici – signe des temps - on décapite avec une lame dans une main et un portable relié à Internet dans l’autre... Histoire de faire le selfie de l’horreur adressé au monde entier ! Moussa, Omar, Youssef… tous tués mystérieusement sur le sol français à leur retour de Syrie, par trois balles tirées de très loin, en pleine tête, par un vrai sniper d’élite inconnu avec lunette et silencieux. Réplique des snipers de l’Armée serbe qui en 1992 ont tué 225 personnes - dont 60 enfants – sur la plus grande avenue de Sarajevo, lors du siège de la ville pendant la Guerre en ex-Yougoslavie. Une avenue où se trouvait le seul point d’eau encore disponible de la ville, baptisée tristement depuis « Sniper alley ». On ne se méfie pas assez des mômes que sont « les Lionceaux du Califat » écrit Christian Blanchard dans son roman au suspense fou et haletant. Mais outre l’histoire très actuelle du retour (ou pas) de ces gamins en France, s’ajoute l’interrogation de l’Etat - et de tout un chacun - sur ces gosses pas comme les autres. Et c’est là que le livre devient polar, haine et fraternité entre deux frères nés du même sang, mais que tout oppose désormais politiquement. Un roman pour réfléchir sur une situation inflammable à la moindre étincelle qui se déroule en ce moment sur notre sol et dont l’issue est totalement incertaine. Et peut-être folle… Et pourtant ce ne sont que des enfants » Jean-Pierre Tissier
« Je lis rarement des livres qui me plongent dans l’actualité de tous les jours. Mais ce roman annoncé comme un polar explique l’histoire de deux frères que la politique syrienne rend ennemis et qui finissent par se détester au point de vouloir la mort de l’autre. C’est vraiment très dur à lire mais il y a un moment où on ne peut plus fermer les yeux devant la folie des hommes. On est juste spectateur car on ne peut rien faire, hormis compter les points qui sont autant de morts tirés comme des lapins par deux frères snipers. Contente d’avoir lu ce livre ; mais contente aussi d’être arrivée à la fin. » Muriel Gaillard


 BIENVENUE A MEUTREVILLE de André MAROIS

(Editions Le Mot et le reste). Tarif : 15€. Sortie aujourd’hui 22 avril. Le résumé  : l a vie se déroule paisiblement dans la petite ville québécoise de Mandeville, peut-être un peu trop au goût des quelques commerçants qui tirent la langue devant le manque de clients. Invectivé sur ce point lors d’un conseil municipal, le conseiller Chevalet trouve une solution au problème en tuant accidentellement un voleur de cannabis qui croise sa route. La découverte du corps place Mandeville dans le radar des policiers et des journalistes et les touristes répondent enfin présent, mais le soufflé retombe bien vite. Notre bienfaiteur décide alors de prendre les choses en main : à défaut d’attirer les randonneurs, Mandeville pourrait devenir un lieu de pèlerinage pour les badauds en manque de frissons. Tout ce qu’il faut, c’est que les meurtres continuent... *André Marois habite à Montréal depuis 1992. En 2015 il a remporté le Prix du Gouverneur général pour le roman graphique « Le Voleur de sandwichs ».

« Un petit livre de 150 pages et une petite histoire qui sait être d’une réalité particulièrement cynique quand on pense à toutes ces petites villes qui se meurent car leurs habitants vont voir ailleurs si l’herbe est plus verte… comme on disait jadis. Alors quand après un premier meurtre, la ville – étrangement et de manière plutôt malsaine – reprend vie, certains se demandent carrément pourquoi ne pas continuer… En plus, les futurs morts ne feront pas défaut et ne manqueront à personne… Voilà un livre petit format mais bien agréable à lire ; comme une bonne nouvelle ! » Muriel Gaillard


  **** LES VAGUES REVIENNENT TOUJOURS AU RIVAGE de Xavier-Marie BONNOT

(Editions Belfond) - En 2002, les éditions L’Écailler du Sud - dirigées alors par Maurice Georges, François Thomazeau, Pierre Gauthier, Michel Martin-Roland, et mon collègue de La Provence Coulomb - publient La Première empreinte qui remporte le Prix des Marseillais, le Prix RomPol et se retrouve finaliste du prix SNCF. Suivent alors La Bête du marais, La Voix du loup , puis Les Âmes sans nom chez Belfond. Depuis, il a écrit le Pays oublié du temps, prix Plume de cristal du festival international du film policier de Liège et Premier Homme, prix Lion noir. Les romans noirs de Xavier-Marie Bonnot allient des enquêtes fouillées à la pure fiction romanesque. Si chaque roman est indépendant, un personnage revient néanmoins dans plusieurs livres : Michel de Palma - alias le Baron - flic idéaliste, atypique et grand amateur de musique classique et d’opéra (l’une des passions de l’auteur qui a été élève au conservatoire national supérieur de région de Marseille). Les romans noirs de Xavier-Marie Bonnot se situent dans des univers rarement visités par le genre policier. Il analyse à travers des plongées dans l’histoire, le crime sous ses formes les plus enfouies, mais toujours en humaniste. En 2015, il change d’univers en renouant avec les éditions Belfond qui publient La Dame de pierre (2015), puis La Vallée des ombres (2016), deux romans noirs qui abordent des sujets tels que l’homophobie et les désillusions d’une génération née des années 1980. En 2017, il a publié Le Dernier violon de Ménuhin, une ode à la musique, au violon et un regard poignant sur la fin d’un immense artiste. En 2018, Le Tombeau d’Apollinaire obtient le prestigieux Prix du roman historique décerné par les Rendez-vous de l’histoire de Blois.
« Voilà vraiment un très beau livre, avec toile de fond la crise migratoire en Europe. On y découvre ses défenseurs et ceux qui la combattent à l’image de l’Extrême-Droite ; mais aussi l’histoire d’une petite Syrienne, qui en étant une fille subit la « double-peine » ! Il y a bien sûr une intrigue policière, mais Xavier -Marie Bonnot nous fait très bien pénétrer et comprendre ce problème migratoire. Car même si dans la vie de tous les jours ob essaie de ne pas y penser ; là en lisant ce roman, on prend toutes ces atrocités en pleine figure. J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre et je lirai bien volontiers les autres romans de cet auteur qui est une découverte pour moi. » Muriel Gaillard


  **** "CE QU’IL NOUS RESTE DE JULIE" de SÉBASTIEN DIDIER.

(Editions Hugo Thriller) Le résumé : Vingt ans. Cela fait vingt ans que Sébastien a quitté Sainte-Geneviève, sa petite ville natale du sud de la France. Trop de démons l’y tourmentaient. Aujourd’hui, comble de l’ironie pour un écrivain, c’est un livre qui le renvoie à ce passé qu’il s’est toujours efforcé d’oublier. Le Temps d’un été. Tout dans ce roman, qui s’annonce comme le succès littéraire de l’année, lui fait penser à Julie. Des références troublantes, des anecdotes qu’elle seule connaissait... À tel point qu’il en est persuadé : c’est elle qui l’a écrit. Julie, son amour d’adolescent. Celle qui a tant compté. Mais qui est morte il y a vingt ans, assassinée par un tueur en série. Après « Je ne t’oublie pas » et « Les Yeux bleus » le Niçois Sébastien Didier sort son 3ème roman toujours chez Hugo thriller. Belle maison d’édition aux choix toujours excellents.
« Quel beau livre que cette histoire d’une rencontre entre un écrivain connu et une jeune fille passionnée par les livres. Le poids des mots, les phrases qui défilent te font rentrer dans l’histoire. On peut même en ressentir les odeurs, voir le pays comme si tu y étais.. Bien sûr, il y a une histoire, de mort, de tueur que l’on recherche, en se demandant « Qui est-ce ? » Mais c’est avant tout, cette foule de mots alignés qui font que l’on rentre dans ce livre totalement et qu’il nous fait oublier le monde qui nous entoure. J’avais déjà lu et apprécié les deux premiers romans de Sébastien Didier. Celui-ci est de la même veine. J’ai adoré ce très bon livre ! » Muriel Gaillard


  *** VIEILLES CANAILLES de SAM BERNETT.

Editions du Cherche midi. Tarif : 19,50€. « 5 juillet 2017, Carcassonne, dernier concert de la tournée des Vieilles Canailles. Johnny Hallyday, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell terminent leur dernière séance par un magnifique concert dans la cité médiévale. Johnny avait fait frissonner un public inquiet. Il s’éclipsait régulièrement pour prendre de l’oxygène en coulisses où un dispositif médical avait été mis en place. Son avion privé était prêt à décoller pour le rapatrier sur Paris en cas d’urgence. Johnny avait surpris son monde en offrant une véritable et dernière leçon de rock’n’roll aux 3000 fidèles de Carcassonne, aux 152 000 spectateurs de la tournée. En décembre de cette même année 2017, la Grande faucheuse emporte Jean-Philippe Smet, mais Johnny Hallyday fait un bras d’honneur à la Dame en noir : son dernier album sorti en octobre 2018 « Mon pays c’est l’amour » se vendra à deux millions d’exemplaires. Toujours vivant ! »
Ainsi écrit Sam Bernett, Voix du rock sur les ondes de RTL et Europe 1 dans les années 70 et grand maitre des Nuits parisiennes au Rock’n’roll Circus, Tour de Nesle, Elysée-Matignon… c’est l’ami de toujours de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc… et de Blues & Polar ! Ces fameuses « vieilles canailles » du square de la Trinité, du Drugstore des Champs-Elysées à Paris et des concerts au fin fond de la France profonde pendant 1/2 siècle, il a connu tout ça. Johnny parti, mais toujours présent dans nos cœurs, Sam Bernett ressort l’album de famille et de l’amitié pour pénétrer dans les coulisses de cette dernière tournée du trio encanaillé avec émotion, peur, angoisse… vu la santé de Johnny, mais d’amour avant tout. Des pages de tendresse et de rigolades, et un carnet de photos souvenirs superbes comme celle prise par Tony Franck des Trois Canailles en pleine répétition en octobre 2014. Elle rappelle terriblement celle de Jean-Pierre Leloir réunissant Ferré, Brel et Brassens. Trois belles canailles aussi ! » Jean-Pierre Tissier


  *** FIVE POINTS de Eric YUNG.

(Editions De Borée). Sorti 11 mars. Le résumé. Stéphanie Saint-Clair a 26 ans lorsqu’elle débarque à New York et s’installe dans le quartier le plus misérable de la ville : Harlem. Quelques années plus tard, elle devient « la princesse », « la big boss » des loteries clandestines et fait fortune dans le crime. A travers les aventures de son héroïne, Éric Yung nous entraine dans les bas-fonds de New-York à une époque où, à peine sortie de la prohibition, les familles italiennes, après avoir détrôné les clans et les gangs Irlandais, juifs et Hollandais, ont érigé le pouvoir mafieux, à travers le syndicat du crime, en une authentique institution, organisation violente et implacable régissant les règles et lois du « milieu ». C’est dans cette société que « La princesse », détentrice d’un secret personnel qui nourrit tout le roman, deviendra la première dame d’un quartier à la fois embrasé par les émeutes et régénéré par un formidable mouvement d’artistes et d’intellectuels qui contribuera à ce qui a été appelé « La renaissance de Harlem ».
« On dit souvent que la fiction est le meilleur moyen d’exposer et écrire la vérité. En faisant ce choix, Eric Yung en vieux routier de la presse écrite, de la radio et du polar, nous entraine dans les bas-fonds de New-York, dans cette Vallée de Harlem, où l’on croise autant l’élite des années 20-30 qu’une mafia aux allures de pieuvre étendant petit à petit son emprise, portée par les immigrés italiens, juifs et irlandais. Ce cocktail explosif si bien filmé par Martin Scorsese dans Gangs of New-York tourné en 2002 avec Léonardo Di Caprio, on s’y laisse embarquer avec curiosité, puis fascination devant la personnalité étonnante de cette black française Stéphanie Saint Clair devenue la Princesse de Harlem. La reine des paris clandestins ! On la suit alors, de diners mondains assise entre Duke Ellington et Billie Holiday, à des fusillades mortelles entre gangs rivaux, via des soirées en solitaire, passées à écrire de longues lettres sans destinataire, qui comme toutes les autres finiront dans un vieux coffre aux pieds dorés dissimulé des regards, un élastique autour de la pile d’enveloppes, jamais postées, mais omniprésentes ! « Je souffre de ne croire à rien disait la Princesse dans un coup de blues. Même pas en l’homme ! » Car Harlem, au fil des années, s’était transformé. Et Eric Yung avec une précision diabolique ne négligeant aucun détail, et une avide gourmandise des mots, nous fait découvrir ce changement d’atmosphère en détaillant les rues, les voitures, les journaux, les pancartes, la mode et les slogans. L’atmosphère de Harlem et l’ambiance des années dites folles, mais pas pour tout le monde ! La drogue avait changé la donne et les normes entre bandits. La sauvagerie remplaçant les arrangements pacifiques d’antan… Cette histoire toute semi-fictive qu’elle soit, nous ramène néanmoins au lourd passé de la ségrégation, de l’esclavage dans les champs de coton, des pendaisons, viols, et autres tortures commis en toute impunité par le Ku Kux Klan, et à la réalité d’aujourd’hui avec le procès – en cours - de Georges Floyd étouffé et assassiné par un flic sans vergogne, main dans la poche... Mais la trame de ce fil est ailleurs, et comme un fil d’Ariane ténu, elle ne surgit que dans les ultimes pages du livre. Soyez donc patients ; cela se mérite bien ! » Jean-Pierre Tissier
« C’est un livre très agréable à lire, car outre l’histoire romancée de cette française Mélanie Saint-Clair vivant à Harlem en 1924, il y a nombre de descriptions des conditions de vie à cette époque. Notamment celles des immigrés venus en Amérique pour changer leur vie. Mais je pense aussi aux conditions de vie effroyables et sans bienveillance aucune de la traversée en mer de l’Atlantique sur un bateau aux allures de mouroir… On apprend beaucoup aussi du développement de la mafia, avec toujours - comme dans la jungle - la loi du plus fort et surtout le racisme ambiant contre les « nègres ». Et on se dit en conclusion que rien n’a changé. Il faudrait juste changer les dates et raconter ce même livre dans les années 2000, tant de similitudes existant encore à notre époque. Un livre excellent à recommander." Muriel Gaillard

* De son vrai nom Jean Vincent, Éric Yung est un ancien Inspecteur de la Brigade de Répression du banditisme au 36 Quai des Orfèvres (1973-1978). Il est l’auteur du livre "La Tentation de l’Ombre", édité au Cherche Midi et chez Gallimard (Folio). Éric Yung devient journaliste en 1980, au Quotidien de Paris, et participe ensuite au lancement des Nouvelles Littéraires et y devient grand reporter. C’est à cette époque (1983) qu’il entre à la direction des programmes de France Inter comme producteur-délégué. Il deviendra par la suite « grand reporter » à l’hebdomadaire VSD. Aujourd’hui rédacteur en chef à Radio France et chroniqueur littéraire sur France Bleu Île-de-France, Éric Yung a produit de nombreuses émissions radiophoniques (Dossier X... en cavale, Macadam Regard, Pêcheurs d’histoires…). Reconnu comme fin connaisseur des faits divers contemporains et historiques il participe souvent à de nombreuses prestations et débats télévisés sur TF1, France 2, LCI…


  **** JEUX DE PEAUX de ANOUK SHUTTERBERG

(Editions Plon). Juriste de formation, Anouk Shutterberg travaille dans la communication d’entreprise. Son imaginaire en noir explore la nature humaine dans ce qu’elle a de plus sombre pour donner vie à nos pires cauchemars. « Jeu de peaux » son premier thriller, est une plongée en enfer... Le résumé  : Initié Japon à la technique du tatouage irezumi, aussi violente qu’ancestrale, le jeune peintre prodige Juliano Rizzoni a signé dix tatouages d’art sur le dos de ses amants et amantes. L’histoire prend une tournure inquiétante lorsque ces peaux tatouées sont déposées anonymement chez Sotheby’s paris pour une mise aux enchères hors normes. Une affaire sanglante qui mènera les enquêteurs – le commissaire Jourdain et l’inspectrice Bunevial – d’un bout à l’autre de la planète dans le milieu de l’Art contemporain. Tarif : 18, 90€. 365 pages.

« Premier thriller pour cette auteure que l’on découvre ; mais pourvu qu’il y en ait d’autres ! Car lorsqu’on commence ce « Jeu de peaux » on ne peut plus s’arrêter. Fascinant, réaliste, on plonge dans le monde de l’art et du tatouage en particulier. On apprend les codes japonais et rituels en la matière. C’est un vrai bijou de thriller qui en appelle d’autres. » Muriel Gaillard


PLACE AUX IMMORTELS de Patrice QUÉLARD.

Editions Plon. - La première édition du Prix de la Gendarmerie nationale - prix littéraire des éditions Plon - vient de récompenser Patrice Quélard pour son roman Place aux immortels, qui a séduit le jury à l’unanimité. Le livre paraîtra en librairie le 18 mars 2021. Le prix du roman de la Gendarmerie nationale récompense un roman inédit, littéraire, historique ou policier, dans lequel la gendarmerie ou le métier de gendarme occupe une place prépondérante. Patrice Quélard est enseignant et directeur d’une école élémentaire. Un texte magnifique sur une dimension mal connue de la Grande Guerre.
Le résumé. Au printemps 1915, Léon Cognard, lieutenant de gendarmerie bourlingueur et anticonformiste, quitte sa brigade bretonne pour rejoindre le front de Picardie et prendre le commandement d’une prévôté de division d’infanterie. Sa nouvelle position est des plus délicates…
« Si vous vous intéressez à l’Histoire française, et que vous êtes gendarme ou militaire, ce livre est pour vous ! En effet, c’est une mine de détail de descriptions sur les gendarmes que l’on appelle aussi les Immortels, d’où le titre du livre de Patrice Quélard. Alors, certes, il y a une histoire et une intrigue, mais tout l’attrait du livre réside dans la description de ce métier et dans les différents qui opposent gendarmerie nationale et Armée. En fait, est-ce que beaucoup de choses ont changé ? J’ai pris du plaisir à lire ce livre, notamment pour ce que j’i pu apprendre sur la Première Guerre mondiale de 14-18. » Muriel Gaillard


UN DERNIER BALLON POUR LA ROUTE de Benjamin Dierstein.

(Editions Les Arènes). Collection Equinox. Le résumé. Viré de l’armée, viré de la police, viré d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d’une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu’au village de son enfance. Il y rencontre des propriétaires terriens mélancoliques, des apaches héroïnomanes, des chasseurs de primes asociaux, des clochards célestes, des fillettes qui parlent avec les loups, des chèvres dépressives, des barmaids alcooliques, des ouvriers rebelles, des trappeurs zoophiles, des veuves anarchistes, des médecins écervelés, des charlatans suicidaires, mais surtout des vaches mortes, beaucoup de vaches mortes. Western de la France des PMU et des ronds-points, Un dernier ballon pour la route est un roman drôle et désespérant, oscillant entre Bukowski, Crumley, Coluche et Debord, avec une bonne dose d’humour noir. Une révélation. * Né en 1983, Benjamin Dierstein est agent de musiciens. Il est titulaire d’un Master recherche en études cinématographiques. Il a reçu en 2018, le Prix découverte polar Sang-froid pour son premier roman La Sirène qui fume.
« Sûr que le ton n’est pas très académique, et ressemble plutôt à celui du commissaire San Antonio mis en musique par les Garçons Bouchers, avec les mots de l’inspecteur Bérurier rappés par NTM. Loin de Verlaine, Rimbaud, et des beaux parleurs, on entre ici de plain-pied dans l’univers de la cloche et des pochtrons, des Pastaga-Suze puissance 3 et des cornichons, des punks à chiens et des mots débités à la tronçonneuse, du speed et des rails de snif sur le capot des bagnoles. Les maisons sont des baraques en ruines, des squats, des caves délabrées où ça sent la sueur, la peur, la drogue, le cul et les chaussettes jamais lavées. Du moisi à jamais, mais des histoires de vie quotidienne que bien des gens, devenus épaves, connaissent aujourd’hui, bien avant la fin du mois. Benjamin Dierstein est assurément un OVNI dans l’univers du polar, et constitue la bonne surprise de ce début d’année 2021, même s’il faut un temps d’adaptation (très court) pour s’adapter au texte et au style. On entre alors dans un bled du trou-du-cul du monde, comme il y en a à la pelle en France aujourd’hui, plein de commerces fermés, de gens hagards et oubliés, mais où le bar – bien avant l’église – subsiste encore comme un phare en pleine mer, et où les histoires de familles finissent mal, mon Général ! On y débarque entre loups égarés en forêts et vaches mortes dans les prés. Le langage y est vert-de-gris, mais on se marre et on se bidonne, comme rarement de nos jours. Et bon sang de bon sang, que ça fait du bien ! Entre les virées ratées des Pieds nickelés et les bastons style Mad Max, en passant par P’tit Quinquin, série nordiste culte diffusée sur Arte où les vaches tombent du ciel, les clins d’œil pleuvent comme les balles à Gravelotte en 1870. Un dernier ballon pour la route deuxième bouquin de Benjamin, est un petit bijou de lecture, comme un dessert à savourer d’une traite ou lentement. Ça trinque, ça retrinque ; belote, rebelote ; et dix packs de Kro pour faire la route… « J’ai voulu rendre hommage au western. » dit Benjamin Dierstein. Et c’est plutôt réussi ! » Jean-Pierre Tissier


  *** ÇA RESTERA COMME UNE LUMIÈRE de SÉBASTIEN VIDAL

(Editions Le Mot et le reste). Sorti le 18 mars 2021. Le résumé : Ce qui frappe immédiatement quand on le voit, c’est son œil, manquant. Pourtant Josselin a perdu bien plus pendant son service au Mali. Au moment de rentrer au pays, un souvenir s’impose à lui comme seule source de réconfort, celui d’un lointain été passé à Missoulat, en compagnie de Thomas, Martin et surtout d’Emma. L’été des seize ans. En route pour retrouver ce qu’il reste de sa jeunesse, il fera la connaissance d’Henri, un artiste ferronnier que la vie n’a pas épargné non plus. Bientôt, les problèmes du vieil homme deviennent aussi les siens, et il découvre que même au sein d’une petit ville comme Missoulat, une tragédie politique et familiale peut briser des hommes et des vies. Entre crises post-traumatiques et règlements de compte, sa route vers la rédemption sera longue.
« Ce roman est un livre plein de douceur, agréable à la lecture, malgré les difficiles souvenirs de ce militaire et de ses nuits sans sommeil. Mais tout finit par s’estomper au travers de la rencontre avec Henri, un ferronnier en qui il voit l’ami qu’il a perdu... Mais ce dernier va lui apporter aussi plein de problèmes. Ça restera comme une lumière est un livre passionnant auquel on prend plaisir à lire via des passages pleins de douceur, mais aussi des brutalités." Jean-Pierre Tissier


  *** LA TRAQUE de Bernard Petit.

Editions Fleuve noir, Le premier polar de Bernard Petit, l’ancien patron du 36 Quai des orfèvres. Sorti le 4 février 2021 Le résumé : Traqué par les autorités, un gang de malfaiteurs, connu pour ses violentes attaques à main armée, projette un coup spectaculaire avant de raccrocher définitivement : l’enlèvement d’une haute personnalité du monde politique. Pour mystifier les enquêteurs, Patrick Hanssen, chef charismatique de cette bande qu’on surnomme " les fourgonniers ", imagine de faire passer leur forfait pour une action terroriste, misant ainsi sur la division des forces de police et leurs luttes fratricides pour que personne ne remonte jamais jusqu’à eux. Pendant ce temps, Brian Spencer, respectable chef d’entreprise, connaît une ascension sociale fulgurante. Mais ce que les gens ignorent, c’est qu’il doit sa réussite à une amitié nocive. Une amitié qui a un prix : certaines nuits, Brian est contraint de redevenir " Speedy ", le voleur de voitures qu’il était dans sa jeunesse. Éprouvé par cette double vie, il décide de mettre un terme à tout ça... Mais peut-on vraiment échapper à son passé ?
- « Ce que j’ai aimé dans ce livre de Bernard Petit, c’est le pouvoir qu’il a de nous aimanter littéralement et de nous pénétrer dans la tête totalement. Tu ne te languis que d’une chose, c’est de vite terminer très vite tes activités familiales quotidiennes pour pouvoir lire à nouveau. Et c’est vraiment ce que ce livre m’a procuré comme une addiction. J’ai adoré d’autant plus qu’il est écrit par un professionnel du genre, ancien directeur de la Police judiciaire au 36 Quai des orfèvres, qui sait de quoi il parle. » Muriel Gaillard


  **** TORDRE LA DOULEUR d’André Bucher.

Éditions Le Mot et le reste. 158 pages. Tarif : 15.00 €. Le résumé  : Bernie et sa femme ne se remettront pas de la mort soudaine de leur fils. La douleur a eu raison de leur histoire. À quelques encablures de là, Sylvain et Élodie jouent de malchance lors des premiers remous du mouvement des gilets jaunes. Dans un accès de panique, cette dernière a mortellement renversé la mère du jeune garagiste, qui devra lui aussi composer avec le deuil. Plus bas dans la vallée, Édith fuit vers l’inconnu. Son compagnon a levé une fois de trop la main sur elle, mais le hasard la mènera sur la route de Bernie, ermite devenu sauveur. Dans ce nouveau roman, André Bucher déploie une galerie de personnages, réunis dans le chagrin lors d’une éprouvante période hivernale. Mais le hasard des chemins des Alpes-de-Haute-Provence les rassemblera, leur offrant un espoir de guérison, une chance de tordre la douleur
« Destins d’hiver au cœur du Jabron. La forêt est une entité enjambant les époques, et pour André Bucher qui s’y est niché depuis toujours pour cultiver son jardin, la Vallée du Jabron, austère, pentue, décharnée mais grandiose, représente pour lui comme un Grand canyon synonyme d’aventures et de destins ruraux. De ceux, qui entre garages improbables du bout du monde et cabanes peuplées de chouettes ou autres chauves-souris, font des films sublimes sur la nature. A l’image du merveilleux Into the wild de Sean Penn. Avec en toile de fond sonore, un vieil air de J-J Cale ou Léonard Cohen qui résonne. Mais dans ce paysage mystérieux où les cerfs et les toiles argentées par le froid céleste semblent descendre en rappel de la Voie lactée, il faut savourer chaque mot d’André Bucher comme une gourmandise. Et se lire à haute voix – intérieurement - chaque phrase sculptée de ces mots charnus à l’envi pour s’en repaitre pleinement. Car ici les intrigues sont avant tout montagnardes, même si la ville n’est pas loin sans pour autant convaincre si ce n’est le temps d’un verre (ou plus) au bistrot. On s’y accroche pourtant, rudement parfois, à la façon rugueuse des paysans, des solitaires, des chômeurs complotistes sur les bords qui chargent un peu trop sur le jaune, et des femmes, silencieuses, dociles ou rebelles dont la vie change un jour sur un coup de dés ou un coup de tête… Le temps s’y déroule lentement au rythme des oiseaux qui piaillent, avec parfois le bruit d’une roche qui se brise en se détachant de la falaise ou celui d’un fusil qui claque dans la forêt et chasse l’intrus… A quelques encablures du polar, André Bucher nous entraine toujours dans le même décor depuis des lustres, mais on ne se lasse pas de traverser les ruisseaux, les orages, les tempêtes de neige, les sous-bois moussus où les chanterelles font un tapis ocré, et suivre les pas de ces destins d’hiver qu’il dépeint si bien. Tel un peintre tenant une palette où les verts et les roux abondent, avec quelques touches de jaune pour donner la vie. « Que pouvait encore espérer le vieil homme, écrit-il. Sinon chanter le blues ? » Jean-Pierre Tissier


  **** LE CERCLE DE FINSBURRY de B.A PARIS

(Editions Hugo thriller). Sorti le 4 mars 2021. - Encore un nouveau thriller psychologique pour B.A. Paris, l’auteure de Derrière les portes qui s’est vendi à plus de 70 000 exemplaires.
Le résumé : Connaissez-vous vraiment vos voisins ? Alice croyait avoir trouvé la maison de ses rêves... Quand Léo et elle, emménagent au Cercle de Finsburry, une résidence haut de gamme en plein Londres, la jeune femme est persuadée de prendre enfin un nouveau départ. Et tant pis si les choses sont allées un peu vite avec Léo et si celui-ci a pris en charge leur emménagement sans véritablement la consulter. La maison est parfaite, la résidence idéale, et les voisins semblent si accueillants ! Mais ce fut celle de ses pires cauchemars. Lorsqu’Alice apprend que Nina, qui vivait dans la maison avant qu’ils n’emménagent, y a été sauvagement assassinée, le vague sentiment d’insécurité qu’elle ressentait jusqu’alors se transforme en peur, puis en terreur. Une présence étrange semble hanter les murs et ni Léo, qui semble lui cacher beaucoup de choses, ni les voisins, qui consacrent le plus clair de leur temps à s’épier les uns les autres, ne la rassurent. Et puis l’on passe bien trop facilement d’une maison à l’autre, à l’intérieur du Cercle, pour pouvoir y dormir en paix.

- Voilà un excellent thriller psychologique comme sait si bien le faire B.A Paris. Les personnages se croient en toute sécurité en emménageant dans un de ces lotissement hyper sécurisés qui fleurissent de partout depuis plusieurs années, caméras, digicodes sont partout avec de surcroît des occupants triés sur le volet. Il faut montrer patte blanche pour habiter ici ; mais si le loup était déjà dans la bergerie… Qui est-il ? le voisin de droite, celui de gauche, celui d’en face ? La fin est passionnante, haletante et surprenante. J’ai lu ce livre en entier d’une seule traite. »
Muriel Gaillard


  **** IMPACT d’Olivier Norek

Editions Michel Lafon. 350 pages. Tarif : 19,95€. - "Dès les premières pages la colère nous prend, et c’est l’écœurement le plus total qui nous gagne tout entier. Tel un frisson coupable même si l’on n’a rien fait ; et c’est bien là le problème ! Le hic ! Cause perdue ou cause toujours ! Une nouvelle fois, Olivier Norek enquête sur l’avenir du monde au travers d’une entame digne d’un polar violent et d’un monde désormais connecté de toutes parts, puis nous entraine vers des univers singuliers pourtant si proches de nous ; même s’ils sont aussi à l’autre bout de la Terre. Là où les conflits et guerres sévissent, là où les épidémies infectent et ravagent des ethnies ; là où la température ne cesse de monter, tout comme la mer qui ronge les côtes et détruit les maisons comme des fétus de paille. Tel un futur conjugué au présent, c’est d’un charnier aux relents de nettoyage ethnique et de la mort d’un bébé - le sien, né juste un instant - que Virgil Solal devient celui par qui la révolte mondiale va enfler numériquement et viralement sous le visage unifié d’un panda balafré. Mêlant l’actualité récente de L’Affaire du siècle et de l’Etat français condamné à 1 € symbolique pour son inaction en faveur du climat, Norek nous embarque dans un monde où bientôt l’eau et l’air seront en vente. Et ils auront le prix du sang ! écrit-il. Dans ce marché pour la survie, c’est un pari à 20 milliards d’euros que tente Virgil Solal pour préserver la transition écologique, en échange de la non-exécution du PDG de Total enlevé et détenu dans un endroit secret. 24 heures, pas plus, pour se décider…. Mais c’est à une négociation totalement inattendue - piratée en direct sur les réseaux sociaux à l’heure du hastag# - que doivent faire face la Police et l’Etat, générant ainsi des réactions indignées et instantanées par milliers, puis par centaines de millions. La barre est fixée tellement haut que le duo de négociateurs (une psy et un militaire) va devoir trouver plus que les mots justes pour convaincre. Mais qui et comment tant l’évidence est là, chaque jour sous nos yeux ? Olivier Norek avec une malice implacable met là, le monde de la finance dans la balance du réchauffement climatique et ses conséquences folles. Face à un kidnappeur résolu à 2000%, des images tournent dans nos têtes comme ces 10 000 dromadaires abattus en Australie pendant les gigantesques incendies pour épargner l’eau, ce milliard d’animaux carbonisés, les pelouses brûlées par le soleil en Californie et les climatisations à fond dans les maisons… « L’Affaire du siècle » petit à petit a fait son nid dans les esprits, et la « Légitime défense » apparait comme justifiée. Motifs tirés du Code Pénal : « Attaque injustifiée contre l’humanité et meurtre en réunion » ! En 2040, le monde s’écroule lentement… mais il s’écroule toujours ! L’IMPACT est bien réel et totalement conséquent. Un livre qui se dévore sans aucune restriction ! " Jean-Pierre Tissier

- "On devrait obliger tous les élèves de France à lire ce livre tellement il semble criant de vérité ! Il est certes présenté par son auteur Olivier Norek comme un roman, mais pour moi c’est une erreur. Tout est un condensé de documents, de preuves, et d’articles de journaux qui nous prouvent comment nous sommes manipulés. Comment on essaie de nous faire « avaler des couleuvres », et comment nous sommes impuissants devant les grandes multinationales et les gouvernements. Eux qui ne voient qu’au travers de leurs petits projets, et de ce qui va leur faire gagner un maximum d’argent. L’être humain n’est que le grain de sable qui ne doit pas enrayer la machine… L’avenir nous prouvera que ce livre n’est - malheureusement pas - un roman, mais bel et bien, un désastre humanitaire annoncé." Muriel Gaillard


  *** DU SANG SUR LES LÈVRES de Isabelle Gagnon

Editions Le Mot et le Reste. Sorti le 18 février 2021. Tarif : 12€ 118 pages. Le résumé : Alix a dû faire appel à un détective et traverser l’Atlantique jusqu’à Pohénégamook, une petite ville du Québec, pour retrouver la trace de son frère jumeau Paul. Planqué dans une cabane de chasseur au milieu des bois, il prépare sa vengeance. Ces dernières années leur relation s’est un peu étiolée, mais entre eux c’est « à la vie à la mort ». Quand on traverse, gamin, une épreuve aussi traumatique que celle qu’ils ont vécue, plus rien n’est jamais pareil et on ne peut partager sa vie qu’avec celui qui partage notre douleur. C’est pour ça qu’elle ira jusqu’au bout avec lui, en dépit du bon sens. Dans ce polar d’une densité remarquable, on fume trop, le whisky est bu au goulot, on s’aime de travers et on avance, toujours, pour ne pas sombrer dans les souvenirs, quelle que soit l’issue.
« C’est un livre très agréable à lire où l’on ne se perd pas en détails et descriptions à n’en plus finir. C’est précis, net, direct et bien écrit. On plonge tout de suite dans l’histoire, on lit d’une traite, et la fin est surprenante. Un excellent livre ! » Muriel Gaillard


  *** VIE ET MORT D’UNE LÉGENDE BIGOUDÈNE de Pierre Pouchairet.

Palémon éditions. Tome 6 de la Série "Les Trois Brestoises. Sorti le 13 novembre 2020.
« Si par magie, on pouvait lire le dernier opus de la série Les Trois Brestoises de Pierre Pouchairet avec la bande son idoine, les souvenirs de jeunesse se ramasseraient à la pelle avec les Stones, Procol Harum, Jethro Tull, Ten years After, les Beatles ou The Gun en tête, ainsi que le zinc du Café de la cale et de la Chaumière à Sainte-Marine-en-Combrit ou celui du Calao quelques années plus tard, en toile de fond. Car pour y avoir éclusé personnellement mes 18 ans-20 ans, le clin d’œil de Pierre Pouchairet à cette époque musicalement bénie des dieux est plutôt fort en émotion… Ce serait oublier que les Trois Brestoises copines depuis des lustres, sont toujours commandant à la PJ de Brest, médecin-légiste, et juriste, et que leurs enquêtes roulent invariablement sur les chapeaux de roues. Ce qui fait toujours du bien pour décompresser après la lecture de quelques romans très noirs, très bien ficelés, incitant à la réflexion profonde, mais qui filent aussi le bourdon pour une semaine face à tant de détresse et de tristesse conjuguées, au passé et à l’enfance notamment ! Car avec Pierre Pouchairet, on retrouve toujours et de plain-pied, l’atmosphère des commissariats de province, la vie plutôt irrégulière et nocturne de certains enquêteurs en filature et celle encore plus difficile d’enquêtrices - également mères de famille - qui doivent conjuguer, elles, et bien au présent, les réalités de la parentalité, parfois solitaire de surcroit. Tout en ayant quand même dans un coin de la tête, le besoin de « tire des bords » comme on dit en Bretagne pour faire la fête et séduire… Les mains dans le cambouis et dans la paperasse, le bourlingueur Pouchairet connait ça sur le bout des doigts, et en liant l’histoire du rock breton - si proche des côtes anglaises - à celle d’un assassinat horrible aux allures démoniaques commis sur Bobby Letourneur ancien chanteur des sixties, on avance à pas feutrés sur la trace du nouveau monde lié à internet et même au dark web, réseau parallèle et secret qui permet de tout faire, tout résoudre, tout acheter, jusqu’aux armes et aux crimes. Avec une (grosse) pincée de coke, quelques pintes de Stout au pub, de l’Aspirine pour enlever le pic-vert du petit matin, plusieurs échanges de flingues où ça tire à-tout-va, les engueulades malvenues de la Procureure, et un peu de jalousie féminie – mais pas que – on se régale une nouvelle fois avec ce trio de charme qui a la particularité d’adorer le blues & le polar. Et nous, à Blues & Polar on ne peut qu’être séduits ! » Jean-Pierre Tissier
« Pierre Pouchairet nous écrit là un polar très différent de ses décors habituels de Méditerranée et au Proche-Orient, et qui nous plonge dans les années rock 60-70 au cœur de la Bretagne profonde et de ses côtes déchiquetées par les vents… C’est un polar rafraîchissant et très bien mené ; sans aucun temps mort, et qui nous mène tranquillement jusqu’à la dernière page sans nous décevoir. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Pierre Pouchairet est toujours très agréable à lire. » Muriel Gaillard


  *** JEUX DE DUPES de Maud Tabachnik

(City éditions). Sortie le 13 janvier 2021 chez City éditions. Le résumé  : Détesté par sa femme, méprisé par sa fille, Abbot ne trouve du réconfort que dans l’écriture. Il vient de terminer un roman qu’il s’apprête à envoyer à un éditeur. Mais un jour, l’impensable se produit : il oublie son manuscrit dans un taxi. Et quelques mois plus tard, le livre est publié sous le nom d’un autre et devient un best-seller ! Qui est l’usurpateur ? Comment dénoncer son imposture ? Abbot retrouve sa trace et entre à son service en devenant son secrétaire particulier. Il le suit même jusqu’en Californie, où les droits du livre viennent d’être vendus à Hollywood. Progressivement, la fascination d’Abbot pour celui qui a aussi facilement endossé sa création se mue en une haine irrépressible. Mais s’il l’élimine, son œuvre risque également de passer aux oubliettes. À moins que ? Pour se venger, Abbot commence à enclencher une formidable machination…
« C’est l’histoire d’une vie tellement banale d’un couple qui cohabite, et d’une ado méprisante. Et pour sortir de cet environnement sinistre, le personnage ne cesse d’écrire. Il écrit, écrit... Mais la récompense, un jour, va à un autre ! Une banalité ; mais quelle vérité aussi, et elle vous captive jusqu’à la dernière page, à l’image d’un soufflé qui monte, qui monte… et qui retombe brutalement. Un très bon livre où je me suis régalée ; néanmoins, il ne reflète pas le style habituel d’écriture de Maud Tabachnik que l’on connait principalement pour ses réflexions et son humour incisif. » Muriel Gaillard


  *** NE PASSEZ PAS PAR LA CASE DÉPART de Xavière Hardy

(Editions Complicités). Le résumé  : New York, Rome, Montréal. Qui se cache derrière cette inconnue qui envoie des lettres du monde entier à un homme en prison ? Pourquoi Raphaël en a-t-il pris pour dix ans, refusant de livrer ses complices évaporés dans la nature avec le butin ? Quand le commissaire Philippe Chartreux met la main sur la première lettre, son instinct lui dicte qu’elle est liée de près à l’affaire de la Croisette. Un an plus tôt, le cambriolage d’une bijouterie de luxe fait la Une des journaux. S’ensuivent des mois d’une enquête qui piétine, laissant au point mort le commissaire et ses hommes. Quel est le lien avec France, cette mère courage élevant seule son enfant dans la plus grande discrétion d’une banlieue parisienne ? France, Raphaël, Philippe. Trois destins entrecroisés pour qui les mots auront le pouvoir de changer leurs vies. Tarif : 15€.

- La prison était à ce jour, le lieu où il était resté le plus longtemps. Fils de diplomates, il avait été trimbalé de pays en pays au gré des mutations de ses parents. Il aurait bien été incapable de dire d’où il venait, et où c’était « chez lui » ! Aucune ville, ni pays ne l’appelaient. Il s’était juste senti un peu « chez lui » durant les quelques années qu’il avait vécues auprès d’elle.
« Pour son premier roman, Xavière Hardy, Grassoise exilée au Québec, nous entraine dans l’univers banal de Monsieur ou Madame Tout-le-monde ; ces gens ordinaires à qui un destin extraordinaire va tendre les bras un jour, soudainement comme une combustion spontanée. Une rencontre inattendue, une passion folle, un braquage de bijouterie raté… ou presque puisque le butin a disparu, dix ans de prison à la clé pour lui, un enfant qui naît dans le secret pour elle… et des lettres envoyées anonymement par la muse chaque mois à la prison. 120 lettres roses en dix ans, lettres mystères en forme de voyages touristiques dans tous les pays du globe, lues obligatoirement devant les autres détenus – résultat des sévices infligés aux humbles en taule - comme les indices d’un puzzle-rébus à reconstituer pour se retrouver un jour, dans dix ans, comme avec Patrick Bruel sur la Place des Grands hommes… Petit à petit comme un soufflé qui gonfle le récit de Xavière Hardy nous emporte vers un appétit de mots faisant corps avec le temps qui passe. Celui d’une existence silencieuse, rongée par le blues à force de se taire. Une éternité pour cette mère et son fils qui attendent depuis trop longtemps un fantôme. Jusqu’au jour où tout chavire, et le lecteur avec. Comme une bouteille à la mer qui vogue, mais dont nul ne sait où elle s’échouera... ou pas ! Quelques flash-backs nous éclairent alors sur cette intrigue originale et bien ficelée où l’inventivité des femmes dépasse l’imagination lorsqu’il s’agit de défendre sa progéniture. Il faudra attendre les ultimes pages, après une longue séquence insoutenable où le cœur bat la chamade en se débattant dans les accros et les imprévus de la vie quotidienne des Parisiens (panne, grève surprise…) pour arriver au dénouement final. Dans ce long suspense et cette course-poursuite, on semble parfois entendre en filigrane, les notes syncopées de la trompette de Miles Davis, telles un leitmotiv, dans Ascenseur pour l’échafaud. Celles du destin, insaisissable et c’est très bien ainsi. » Jean-Pierre Tissier
« Xavière Hardy est pour moi une jeune auteure qui pour son premier polar nous délivre un ouvrage véritablement passionnant qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Voilà une histoire qui pourrait bien être vraie d’ailleurs. C’est une écriture fluide et facile qui nous emmène dans un univers carcéral effrayant et dans la passion. Une vraie Pénélope pour son Ulysse ! » Muriel Gaillard


  *** LES JARDINS D’HIVER de Michel Moatti

(HC éditions). Le résumé  : Un thriller historique entre l’Argentine des années soixante-dix et le Paris d’aujourd’hui. Au fond de la mémoire, quand la réalité vacille. Buenos Aires, 1979. Qui est vraiment Jorge Neuman ? Un écrivain populaire, figure de la résistance à la junte militaire au pouvoir ? Ou un homme totalement détruit par la disparition de sa fille, puis de sa femme ?
"J’ai rencontré Jorge Neuman par hasard, en pleine Guerre sale. Je l’ai ramassé sur le bord de la route, alors qu’il venait de s’enfuir d’un camp. Il m’a raconté, m’a ouvert les yeux. Il a voulu que je dise au monde entier ce qui se passait dans son pays, mais j’ai eu peur. Je suis rentré en France et lui a disparu. Aujourd’hui, quarante années plus tard, je recherche ses traces partout où il a pu en laisser. Je cherche ceux qui ont croisé sa route, comme le sinistre capitaine Vidal, qui a sans doute assassiné celles qu’il aimait. Je cherche, et maintenant j’ai peur de ce que je vais trouver." 288 pages. Tarif : 19€.
*** Journaliste, puis professeur à l’université, romancier, Michel Moatti est l’auteur de Retour à Whitechapel, unanimement salué par la critique et de Tu n’auras pas peur, prix Polar de Cognac 2017.
« La trame de ce livre est la recherche d’un écrivain que le personnage a rencontré brièvement pendant la dictature militaire du général Videla en Argentine dans les années 70. Et cette quête permet la description de toutes les horreurs que l’homme est capable de faire sous couvert d’un idéal politique ou religieux. Etrangement, on ne nous parle pas très souvent de ce pan de l’Histoire tout de même assez récente – souvenons que le 6 juin 1978 l’équipe de France de football de Michel Platini a affronté l’Argentine de Mario Kempes à deux pas d’un centre de tortures des prisonniers politiques – et qui à la moindre étincelle géo-politique pourrait reprendre tant ce beau pays est exsangue économiquement depuis de longues années. C’est un livre très fort et très dur, avec des scènes que l’on ne voudrait pas lire. » Muriel Gaillard


  **** PRISON BANK WATER de Gérard Saryan

(Editions du Panthéon). JPEG Sorti en janvier 2021, ce premier ouvrage s’annonce comme un thriller psychologique mené tambour battant ; et avec un décor hyper-original ! Car l’action se passe sur une ancienne plateforme pétrolière abandonnée transformée en pénitencier sous-marin ultra-sécurisé, et gérée par l’US Army. Les plus dangereux criminels des USA y sont enfermés à 200 mètres de profondeur… mais très rapidement, un mystérieux virus semble sévir chez les détenus de Prison Bank water….
"Manipulation ! Un mot qui prend tout son sens - au propre comme au figuré - dans l’encre des lignes que trace Gérard Saryan pour son premier thriller, ultra-électrique labélisé THT (Très haute tension). Car l’idée d’une prison ultra-sécurisée créée de toutes pièces à renforts de milliers de tonnes de béton sur plusieurs hectares, à 200 mètres sous la mer à partir d’une plate-forme pétrolière désaffectée n’a rien d’impossible dans le futur ; un jour pas si lointain peut-être… En effet, si loin du monde et des regards, avec des hommes au statut proche des sous-mariniers, on peut imaginer la tentation pour certains politiques - avides de gains et de pouvoir - de tenter des expériences sur des criminels de haut-vol dont tout le monde se fout et que l’Administration américaine considère comme des bêtes en cage, voire quantité négligeable. Car les hommes valent mieux que les souris pour les apprentis-sorciers ! Manipulation honteuse ! C’est à ces prisonniers au long cours, vivant sous pression, que l’on va inoculer un virus dans le plus grand des secrets d’Etat. L’idée de ce docteur Mengele étant de tester une potentielle arme chimique capable d’éliminer à grande échelle, une armée ou une population sans pertes collatérales, ni l’obligation d’envoyer des troupes au sol… Les détenus de Prison Bank Water sont une véritable aubaine, et en 522 pages, Gérard Saryan nous embarque dans une série littéraire - en attendant la TV un jour - qui captive et dévore très facilement, nous faisant « monter dans les tours » et pousser le moteur du thriller comme une Ford GT 40 au Mans, dans la ligne droite des Hunaudières, jusqu’à la ligne d’arrivée. Tout y passe : politiques véreux, hommes de main sans scrupule, évasion, course poursuite, road-trip, mutinerie, rébellion barbare et FBI aux trousses. Dans le silence des océans est né un auteur de polars à suspense qui devrait nous balancer un Tome 2 prochainement, car l’histoire sans fin est toujours ouverte…. Et on en redemande ! » Jean-Pierre Tissier

« Mais quel livre ! Souhaitons que les dirigeants de notre pays ne lisent pas pour l’instant « Prison Bank water » car quelle aubaine, lorsqu’on parle de surpopulation carcérale - comme actuellement en France - que de construire des prisons sous-marines (eh oui !) dans de vieilles plates-formes de recherches pétrolières désaffectées isolées en pleine mer. Car ici sous l’eau, à 200 mètres de profondeur, pas de risque d’évasion possible. Tout est sous contrôle, et pour peu qu’un laboratoire pharmaceutique découvre un nouveau médicament (suivez mon regard...) pour combattre une pandémie ; plus besoin de passer par la case « petites souris ». On teste tout de suite sur les hommes. En l’occurrence les prisonniers, et une société qui trouverait à redire assurément. Un livre hyper passionnant et carrément flippant. Vivement la deuxième partie. » Muriel Gaillard


  *** LA MORT DU TEMPLE 2.- Corpus christi de Hervé Gagnon

(éditions Hugo Roman). « A la lecture de ce livre, c’est tout d’abord une bouffée de bien-être que l’on ressent – nous qui nous plaignons souvent de notre sort – par rapport à tout ce que décrit l’auteur comme conditions de vie au XIVème siècle. Et quelle chance nous avons de vivre au XXIème siècle ! La puissance du pouvoir de l’Eglise sur l’Etat est telle que l’on est vraiment content de la séparation de ces deux pouvoirs aujourd’hui. Ce thriller résolument historique bien que largement romancé nous fait apprécier les joutes verbales entre les Templiers en ce disant que ce ne doit pas être bien loin de la réalité. Un vrai plaisir de lecture et d’évasion en ces temps mouvementés. » Muriel Gaillard


  *** RUSE d’Éric Naulleau.

Editions Albin Michel. 208 pages. 18€. Si l’enfer existe, il se situe à Ruse (5ème ville de Bulgarie) à une trentaine de kilomètres au sud du Danube. Voilà pour situer géographiquement le premier polar ultra-littéraire d’Éric Naulleau, chroniqueur bien connu des amateurs de télé tardive aux côtés de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché sur France 2 , sur Paris Première avec le controversé Éric Zemmour et actuellement pensionnaire chez Cyril Hanouna sur C 8.
- Un night-club bulgare à l’ancienne, version vestige de l’ancien bloc soviétique avec son flot de contradictions mêlant encore les bonnes vieilles habitudes du bakchich chez les camarades et les prémices d’une Bulgarie moderne ; avec toujours en fond de caisse, les costards-cravates noirs des mafias turques, roumaines, grecques, serbes… qui pullulent dans ce pays qui fut le nec le plus ultra en matière d’espionnage à l’ère du KGB. Une embrouille avec un client alcoolisé autour d’une barre de pool-dance et une effeuilleuse au caractère bien trempé qui plonge un peu trop sa main dans le coffre au moment d’être virée ; n’emportant pas que des billets... Et c’est le début d’un passionnant road-trip à travers les Balkans qui emprunte à coup sûr l’itinéraire journalistique d’Éric Naulleau parti un beau jour au pays de Stoïkov, Penev et autre Kostadinov ; ce footballeur entré dans la légende bulgare et dans les cauchemars des français, pour avoir privé la France de Coupe du monde 1994 à la faveur d’un but inscrit au Parc des Princes… à la toute dernière seconde ! On en a pleuré, et on en pleure encore ! JPEGMais le premier polar d’Éric Naulleau est un roman très littéraire qui n’a rien à voir avec ce qu’on lit habituellement en ce domaine. Car son écriture faite de très longues phrases descriptives, comme une musique conjuguant les mots, nous fait parfois perdre haleine. Vraisemblablement, l’attrait exacerbé pour les belles Lettres de l’ancien éditeur. D’où la nécessité de lire ce vrai roman, non pas comme un tourne-feuilles haletant alternant braquages, cadavres, disparitions et coups de pétards à la pelle, mais à la façon d’une lecture personnelle à haute voix intérieure, avec une acuité visuelle et sensorielle accrue, sans en omettre les silences. Voyage et dépaysement garantis sur les vagues douces du beau Danube bleu…. Jean-Pierre Tissier


  **** CHAMBRES NOIRES de Karine Giebel

Editions Belfond. Sorti le 5 novembre. « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Le nouvel opus de Karine Giebel recèle de fleurs rares, fières, vaillantes, résistantes, fortes et bienveillantes, mais malheureusement pas bleues... Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ; ou si peu ! Une nouvelle fois, l’orfèvre du polar nous entraîne dans le monde sordide du quotidien où les travailleurs de l’ombre forment une armée de fantômes matinaux et nocturnes aux destins multiples, mais tous terriblement noirs. Ici pas de commissaire Machin avec une charmante adjointe en jean’s qui part sur une affaire… On est dans le dur ! Dans le noir ! Dans la réalité de la condition féminine, de la violence en prison, des migrants complètement paumés enroulés dans une couverture sous un pont, quand chez soi au cœur de l’Afrique, ça ne ressemble plus qu’à un tas de cendres, un amas de chair ou une mare de sang. Mais on pénètre aussi dans la rude réalité de la pandémie de Covid19 entrant sans effraction dans un Ephad rural pour y toucher de plein fouet des anciens isolés du monde affectif familial, et notamment une ancienne Résistante, rescapée d’Auschwitz-Birkenau, cette touchante vieille dame au bras tatoué expliquant à une jeune infirmière bien naïve qu’il s’agit de son numéro de Carte Bleue… pour qu’elle ne l’oublie pas ! Un texte fort et poignant aux phrases finales terribles arrivant en pleine face, comme un uppercut, un swing, et un enchainement de directs fatals avant le KO irréversible compté par l’arbitre…En quatre nouvelles inédites - et trois autres plus courtes écrites pour les Restos du cœur et les Hôpitaux de Paris - nous voilà plongé dans ces Chambres noires, à l’intimité proche du cinéma italien noir et blanc des années 60, et des films engagés que furent Le Vieux Fusil, L’Armée des ombres, Un monde parfait et Au revoir les enfants auxquels la romancière engagée et cinéphile qu’est Karine Giebel rend hommage comme une fleur, bleue cette fois, adressée à Romy Schneider, Philippe Noiret, Paul Crauchet, Bourvil, Lino Ventura, Simone Signoret, Clint Eastwood, Kevin Costner, Francine Racette ou François Berléand. Car entre l’écrit et le regard, il y a l’image. Fixe d’un Raymond Depardon ou animée d’un Robert Enrico, mais au cœur de la pellicule jaunie par le temps, l’indicible message d’une société en tourment. Noir c’est noir, où est donc passé l’espoir ? » Jean-Pierre Tissier
** « J’ai lu toutes les Nouvelles de ce livre, mais avec un mal-être parfois tant chaque nouvelle reflète la réalité de notre époque. Nouvelles particulièrement noires reflètent la réalité de l’actualité de notre époque… C’est pourquoi je ne sais pas dire si j’ai aimé ce livre. Les différents univers visités y sont vraiment si sombres ! Pour moi, lire, c’est évader, imaginer… Et là j’ai carrément revécu la vie que l’on vit en ce moment. Pas de place pour le rêve, ni pour se faire un film dans ma tête, car j’ai déjà les images à la télévision depuis de longs mois. Du noir de chez noir ; mais c’est le monde de Karine Giebel ! » Muriel Gaillard


  *** PAROLES DE FLICS de Jean-Marie Godard

Paru aux Editions Fayard. « Voilà un livre mériterait de faire partie des lectures conseillées au lycée ! En effet, cette enquête d’un an sur le terrain et qui donne la parole à tant d’acteurs de la Police nationale est plus que pertinente car elle permet de voir l’envers du décor du métier de « flic ». Tout citoyen devrait connaitre le quotidien et les difficultés que rencontrent ceux qui les protègent, notamment s’ils ont le réflexe d’appeler le 17 en cas de cambriolage ou d’odeur suspecte chez le voisin ! Un livre à conseiller donc à tout un chacun... » Aude Locher


  *** QARAQOSH de Maurice Gouiran.

(Editions Jigal Polar). - Il est toujours agréable de retrouver des personnages et des lieux connus lorsqu’on relit un même auteur ; cela facilite la lecture. Il est donc facile de plonger dans « Qaraqosh », le dernier roman de Maurice Gouiran, dans un premier temps. Mais ce confort passager ne dure pas car Maurice Gouiran nous entraine de Marseille à Prague en passant par l’Irak et Londres pour retrouver un meurtrier, tout en se passionnant au passage pour la bibliothèque d’Himmler ! Et si tout semble décousu, tout se rejoint bientôt pour mieux s’effriter ensuite... Une chute inattendue finit de mettre du piquant à cet aïoli ! Un roman policier inattendu, instructif et plaisant. Aude Locher


  *** LES MAL-AIMÉS de Jean-Christophe Tixier.

(Livre de poche) * Son premier roman Dernière station a été récompensé du Grand Prix Polar VSD en 2010.
- Les Mal-aimés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers. Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie, des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent... Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « ce sont les enfants qui reviennent ». Comme si le bâtiment tant redouté continuait de hanter les mémoires.
« C’est un roman très prenant qui nous met très mal à l’aise parce que l’on sait qu’il s’agit de faits véridiques. Comment l’homme peut*il exploiter des enfants de cette façon quand on sait que les maisons de redressement existaient encore dans les années 60 puisque le jeudi jour de congé scolaire, je voyais passer ces enfants en blouse grise… Et quand on se comportait mal on nous menaçait de nous envoyer, justement, en maison de redressement ! C’est un roman noir très intéressant où encore une fois l’homme ne ressort pas grandi. » Muriel Gaillard


  ** LES ENFANTS DU SECRET de Marina Carrère d’Encausse (éditions Héloïse d’Ormesson). « Les rituels sont souvent la clé de l’énigme dans de nombreux polars. Comme si les hommes, au moment de commettre l’irréparable ne pouvaient s’empêcher d’y apposer une signature mystérieuse à décoder, laissant la porte ouverte à toutes sortes d’intrigues. Ainsi, de tatouages à la signification inconnue et énigmatique, à d’autres scarifications troublantes laissées sur deux cadavres en plein Paris, Marina Carrère d’Encausse nous entraine dans une enquête passionnante via son premier polar, dans un style néanmoins un peu trop académique qui aurait mérité quelques gouttes de « dirty water », cette « eau sale » qui permet de donner plus de rugosité aux mots. Il faudra, en revanche, attendre les toutes dernières pages pour dénouer l’intrigue et comprendre avec beaucoup d’émotion bien portée, le drame réel qu’ont vécu plusieurs milliers d’enfants de la DDASS sur l’île de la Réunion, déportés vers la France dans les années 60 pour repeupler les campagnes de la Creuse, du Tarn, de la Lozère, du Gers ou des Pyrénées orientales via des familles d’accueil qui les ont souvent traités comme du simple bétail. Un fait réel devenu « divers » et qui s’est transformé en scandale politique révélé il y a peu, car impulsé par Michel Debré, Père de la Constitution française, à l’époque député de La Réunion. C’est cette histoire en forme de vengeance d’enfant maltraité que Marina Carrère d’Encausse nous relate au travers d’un premier polar plein de promesses. » Jean-Pierre Tissier

*** « Voilà un très bon roman, et j’ai beaucoup aimé cette histoire qui se déroule sur fond d’événement historique sociétal et véridique, via le déplacement d’enfants Réunionnais - au départ « Pupilles de la Nation » - sous le prétexte de repeupler les zones désertes du Centre de la France comme la Creuse ou le Berry, alors que l’île de la Réunion connaissait une hausse de la démographie jugée « galopante ». Une initiative prise à l’époque (de 1962 à 1984) par les autorités françaises, et portée notamment par Michel Debré, inspirateur de la Constitution, premier ministre du général de Gaulle, maire d’Amboise…L’intrigue policière tient parfaitement la route et on tourne les pages avidement pour savoir la suite du roman… Le seul petit « point » négatif (et encore ce n’est pas le qualificatif adapté) de ce premier polar de Marina Carrère d’Encausse, c’est l’écriture très scolaire de l’auteure pour décrire les actions. On pourrait croire à une rédaction, mais peut-être est-ce voulu ? Néanmoins l’histoire reste très crédible et intéressante. Un bon premier roman, Marina ! » Muriel Gaillard
** « Une enquête, une équipe soudée et compétente, une jeune femme commandant de police : tout cela promet un polar entrainant... Deux meurtres sauvages, des tatouages rituels étranges, un virus volé, et le côté sombre du roman policier « Les enfants du secret » apparait ! Une fièvre hémorragique emporte le médecin-légiste et le suspense monte comme des œufs en neige ; s’agirait-il d’un acte terroriste prêt à se répandre comme une trainée de poudre ? L’intérêt du court polar de Marina Carrère d’Encausse est de nous faire suivre une enquête de l’intérieur et de nous dévoiler, entre autres, le scandale des enfants réunionnais enlevés, de manière forcée, dans les années 60 et utilisés pour le repeuplement de départements dépeuplés à l’époque, comme la Creuse. Et quand, en plus, le ver est dans le fruit, plus aucune enquête ne s’avère linéaire ! » Aude Locher


  ** STORIA pour ELA.

Editions Hugo-Polar. Un Thriller collectif d’auteurs au profit de l’association ELA contre la leucodystrophie. Des nouvelles qui s’inspirent, de manière très lointaine, de nos contes traditionnels constituent la trame de « Storia ». L’intérêt principal de ce recueil, compilation de nouvelles écrites par 17 auteurs de thrillers, est que les droits sont reversés à l’association ELA pour le soutien d’enfants malades... Car ces exercices de style sont, définitivement, à réserver aux amateurs d’histoires, à proprement parler, cauchemardesques. » Aude Locher


  **** NOUS SOMMES LES VOIX DES MORTS de Jean-Marie Montali

(Editions du Cherche-midi). Jean-Marie Montali, grand reporter, ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine, puis du Parisien et Aujourd’hui en France a recueilli des témoignages bouleversants auprès des derniers déportés. Ces femmes et ces hommes qui ont survécu à Auschwitz, et autres camps de la mort témoignent pour les siècles des siècles… Amen !
« Du Blues, ô que oui ! Comme celui que chantaient les esclaves noirs dans les champs de coton du Delta du Mississipi, fouettés, pendus aux arbres (le poignant Strange fruits de Billie Holiday) par le Ku Kux Klan parce que noirs. Du polar pas vraiment ! Mais certains livres se doivent d’être mis en lumière par simple devoir de mémoire, de conscience et d’humanité ; car quand la mémoire s’estompe, il faut bien quelque journaliste courageux et curieux (toujours !) pour recueillir des voix qui vont s’éteindre, forcément, inexorablement, l’âge aidant ! C’est à Haïfa en Israël, Rue Kassel qu’on surnomme aussi la rue des Survivants, que Jean-Marie Montali débute son récit poignant d’entretiens qui nous tordent les tripes à l’évocation de ce qu’ont pu subir six millions de personnes entre 1933 et 1945, coupables d’être Juives… Tout simplement ! Incroyablement ! Le sourire triste de Shoshana et ses 101 ans nous accueille dans ce lieu – le seul au monde - voué à celles et ceux qui ont survécu à la Shoah, mais n’ont plus rien aujourd’hui. « Quels mots choisir pour décrire une horreur que l’humanité n’avait jamais connue auparavant. Lesquels choisir pour être crédible » écrit Jean-Marie Montali avec une tendresse infinie se souvenant de la phrase de Marcel Camus « Mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde ». Auschwitz, Büchenwald, Dachau.., ces noms propres sont devenus sales, putrides, nauséabonds, et tachés de sang quand il en restait encore dans les veines des hommes, femmes, enfants et bébés qui y arrivaient dans des wagons, comme des bestiaux partant à l’abattoir. « Jamais, depuis plus de trente ans de journalisme, je n’ai jamais été aussi ému » confie l’auteur. Et on le comprend aisément à la lecture des chiffres qu’il donne en ouverture de ce livre d’histoires aux titres de contes Le Miraculé du Danube, La Petite fille de la forêt, L’Enfant qui dessinait la vie , La Petite fille aux pieds nus, mais qui deviennent bientôt, rejoints par l’horreur : L’âme morte de Büchenwald, Les Martyrs de lasi , Enfants cachés ou enfants volés et enfin : Dieu est mort à Auschwitz. Cette mort en masse, planifiée, programmée, industrialisée, et finalement réalisée interpelle au plus haut point et met mal à l’aise. 42 500 camps nazis de toutes tailles ont été répertoriés dans toute l’Europe de 1933 à 1945. 15 à 20 millions de personnes y ont été recensées. 1150 ghettos juifs, 30 000 camps de travaux forcés, 980 camps de concentration, 500 bordels où les femmes servaient d’esclaves sexuelles… Comment la mayonnaise nazie a-t-elle pu prendre à ce point et dans toute son horreur, les SS des camps de la mort marquant les prisonniers comme du bétail en leur tatouant un numéro sur l’avant-bras ? Et c’est en survivant dans les bois, souvent comme des bêtes que ces enfants de l’époque se sont sauvés, lêchant le sang d’une bête blessée pour survivre au milieu d’une ruelle au cœur du ghetto de Varsovie. De ces voix en partance vers l’oubli, Jean-Marie Montali redonne vie, car l’horreur est encore aujourd’hui, parfois au bout de la rue. Comme pour Mireille Knoll qui avait échappée à la rafle du Vel d’hiv, assassinée – parce que Juive – le 23 mars 2018 à Paris à son domicile. Elle avait 85 ans. Un livre poignant qu’on serre longuement sur le cœur en le finissant. » Jean-Pierre Tissier


DÉVIATION NORD de Thierry Berlanda.

(Éditions De Borée). Le résumé. Le soir de Noël, Milton Walsh, un chirurgien respecté, son épouse Agathe, une jeune anesthésiste, et leur fille Lola, s’engagent sur les routes enneigées pour aller fêter le réveillon avec leur famille : ils ne parviendront jamais à destination ! Pour tenter de les retrouver, l’adjudant-chef Lehmann, qui n’hésite pas à s’affranchir des procédures, et Emilie Casanave, perspicace mais dénuée de second degré, vont affronter un danger que personne n’aurait pu anticiper.

« Tu commences à lire et d’un seul coup, tu as froid ! Toute cette neige ; la voiture qui a du mal à tracer sa route… et puis l’accident ! Et là, tu dévores me livre à t’en relever la nuit si le sommeil n’est pas là. Tu cherches ce qui a bien pu se passer. C’est vraiment un livre passionnant qui te tient en haleine jusqu’à la fin qui est incroyable. » Muriel Gaillard


  **** PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN de François-Xavier Dillard.

(Editions Belfond.) "Loin du refrain de la chanson tendre d’Yves Duteil, François-Xavier Dillard nous entraîne dans l’univers glauque et affolant des disparitions d’enfants, toutes plus mystérieuses que les autres, notamment quand on ne trouve ni explication, ni corps ! Ce sixième roman nous ramène à la disparition de Clémentine lors du naufrage d’un voilier. Les parents Sarah et Marc sont rongés par la tristesse et la culpabilité. Jusqu’à ce que de nouveaux voisins emménagent sur le même palier. Leur enfant, Gabrielle rappelle Clémentine aux yeux de Sarah. Et comble du hasard, elles sont nées le même jour. Mais lorsque la mère de Gabrielle signale la soudaine disparition de l’adolescente, l’incertitude et l’attente deviennent insoutenables. Et les démons de Sarah se déchainent une seconde fois. « Prendre un enfant par la main » est un roman noir qui vous happe, à partir du moment où vous avez établi les liens entre les différents personnages et ce, jusqu’à la dernière page ! Des destins d’abord parallèles sont exposés à nos yeux. Fatalement, nous savons qu’ils sont destinés à se croiser. Des morts d’enfants accidentelles engendrent des traumatismes profonds ; les parents parviennent-ils jamais à les surmonter ? De troublantes ressemblances, un amour exclusif permet à une mère blessée de renaitre lorsque que tout se passe comme elle le désire. Si l’enfant s’échappe à nouveau, jusqu’où peut amener le désespoir ? Séquestration, meurtre, folie ? Le dernier roman de François-Xavier Dillard est décidément un polar très noir. La moralité de cette histoire sombre est-elle qu’il vaut toujours mieux tenir compte de l’instinct d’une mère ?" Aude Locher
« Quand j’ai pris ce livre en main, je me suis dit Encore une histoire de kidnapping ! Mais non ! Dès le début on est happé par l’histoire qui est en fait trois histoires s’imbriquant les unes dans les autres… C’est passionnant jusqu’au bout, car il n’y a que des rebondissements. J’ai adoré ! » Muriel Gaillard


  **** DE SOLEIL ET DE SANG de Jérôme Loubry.

(Editions Calmann-Lévy Noir) COUP DE COEUR BLUES & POLAR 2021. - L’art du suspense, Jérôme Loubry le maîtrise désormais avec un art consommé, tel un grand chef de cuisine préparant un plat sophistiqué dont il faudra attendre l’ultime touche pour le désirer, avant de le savourer. A l’image d’un « Lièvre à la Royale avec truffes et foie gras », d’un « Civet de homard au Banyuls » ou d’une craquante « Pavlova aux fruits exotiques et de saison ».
De Soleil et de sang nous fait découvrir Haïti et sa capitale Port-au-Prince, en nous faisant capter avec précision les ombres et la lumière si vive de cette ile ravagée par un tremblement de terre effroyable en janvier 2010, mais aussi ses effluves d’arbres exotiques et ses mystères, accentuant ainsi les contrastes sur fond de rhum, de vaudou et de bidonvilles. Non sans oublier le climat politique instauré sous l’ère du sinistre « Baby Doc Duvalier » – pourtant accueilli plus tard par la France en exil sur la Côte d’Azur – qui a fait basculer Haïti dans la violence des gangs, des « Tontons macoutes » et de la corruption à tous les étages, même jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir. 1984-2010 ; quasiment rien n’a changé ici quand débute le récit, et malgré la kyrielle d’ONG présentes sur place pour aider une population haïtienne parmi la plus pauvre du monde, certaines mœurs sont tenaces et le vaudou à la vie dure… Mais c’est au fil des pages – comme une douce cuisson lente – que Jérôme Loubry nous guide pas à pas sur un chemin sinueux, ponctué d’indices infimes mais déterminants pour cette enquête de tous les dangers à la recherche d’une épouse disparue. Un bout de vitrail, une planche dévissée, l’odeur du sang séché et des larmes. Blood, sweat & tears pour ce fan de musique qu’est Loubry ! Car l’argent sale n’a pas d’odeur au pays des Tontons macoutes et de Baby Doc, et les enfants sont la richesse des pauvres, ici en Haïti, mère nourricière de sa propre honte ; telle une putain qui engendre, délaisse puis revend son propre futur avec les enfants des rues. Bref, seuls les morts n’ont pas de soucis en Haïti ! Un roman avec un final haletant et inattendu qui claque comme le déclic du chien d’un révolver sur une marche d’escalier vacillant. Bien plus qu’un polar, un livre de voyage, avec Eurydice et Orphée pour guides vers l’enfer. » Jean-Pierre Tissier
- « S’il y a bien un livre à lire cette année ; c’est celui-là ! Sous prétexte d’écrire un roman, Jérôme Loubry nous raconte, en fait, l’histoire de Haïti, l’histoire des Tontons macoutes sinistres du président Duvalier, le fameux Baby Doc, héritier de son père, mais aussi l’histoire de la vie misérable des Haïtiens ; de toute cette jeunesse utilisée par tous, parfois pour assouvir la partie sombre des hommes sans que personne n’agisse. Et l’histoire de toutes ces Organisations Non Gouvernementales (les ONG internationales) qui depuis des décennies, sous un sigle respectable connu du monde entier cache parfois des horreurs. Et , on comprend que ce qui régit l’homme, c’est encore et toujours l’argent ! Car l’être humain, malheureusement, ne fonctionne que grâce à l’argent. Quand on lit ce livre on tombe dans un puits profond parsemé d’horreurs que seuls les hommes sont capables de produire. » Muriel Gaillard


  *** LARMES DE FOND de Pierre Pouchairet

aux Editions Filatures. "En six–sept ans seulement, Pierre Pouchairet l’ancien flic responsable de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) - sous la présidence de Nicolas Sarkozy - est devenu un auteur au style personnel et propre, axé sur le quotidien des enquêtes policières qu’elles soient menées au sein de la PJ ou des commissariats de quartier, sans oublier les méandres politiciennes de l’ancien monde que Pouchairet connaît comme sa poche, de l’OAS au SAC en passant par Action française, Honneur de la police, Occident ou les katangais de la Sorbonne. De la tuerie d’Auriol à la FranceAfrique de Jacques Foccard, en passant par l’Afghanistan, la Syrie et les Hackers russes. Car un flic de terrain ça voyage beaucoup ! L’originalité de Pierre Pouchairet, c’est aussi ce trio insolite de nanas (flic, médecin-légiste et psy) qui manie autant le revolver en mission que la Stratocaster dans les pubs. Faisant rimer Lüger avec Rory Gallagher. Ce qui n’est pas pour déplaire à Blues et polar. « Larmes de fond » nous entraîne à toute vitesse de Nice à Brest en passant par le Berry, contrée tranquille souvent zone de repli discret pour les terroristes. Autant de haltes touristiques que Pierre Pouchairet connaît parfaitement pour y avoir travaillé ou vécu. Une intrigue haletante où la fiction a des airs de véracité tant l’enquête suivie au quotidien nous entraîne au cœur de la réalité du terrain sans fioritures. Et c’est ça qu’on aime ; l’authenticité pas la frime ! » Jean-Pierre Tissier
- "Avec ce dernier roman de Pierre Pouchairet, on est à fond dans la traque policière, les investigations, et les éternels rapports complexes entre la Police et la Gendarmerie…J’ai aimé l’intrigue policière, le rappel de certains évènements de l’histoire obscure de la France et de sa politique politicienne des années 60-70. Comme à son habitude le livre de Pierre Pouchairet nous tient en haleine jusqu’au bout du bout des pages. Un plaisir à lire ! » Muriel Gaillard


  *** DOMMAGES de Laetitia Chazel

éditions De Borée Marge noire.
« Une vie très banale pour un petit voyou dont même pas le prénom lui convient, et qui occupe ses journées au rythme de ses petits braquages dans les campagnes. Seulement là, il se trouve face à face avec une femme qui prend son destin en main. Et là on se dit « Et si c’était moi ? Combien de fois s’est-on posé la question « Si un jour je suis cambriolé, qu’est-ce que je fais ? Le destin de cette femme se joue sur cette question... et sur la réponse. « Est-ce que je laisse faire ? Est-ce que je me défends ? » Mais là, c’est le voleur qui est en mauvaise posture. Suivant votre décision, c’est votre vie bascule. Vraiment un excellent et très bon livre ! » Muriel Gaillard


  *** WAITING FOR TINA de Jean Azarel.

Une biographie très originale A la recherche de Tina écrite par Jean Razurel, sortie fin 2019 aux éditions L’Autre Regard et consacrée à l’actrice franco-américaine Tina Aumont fille de Jean-Pierre Aumont et Maria Montez. Une égérie des années peace & love, née avec la beauté du diable, décédée en 2006. Drug, sex and rock’r’oll ou la plongée dans un univers au-delà du réel !
- Un faux-air troublant de Vanessa Paradis, dents du bonheur à l’avenant, la comédienne Tina Aumont était complètement sortie de ma mémoire. Mais l’évocation de ce nom par mon ami Hérold Yvard, guitariste-technicien-président du K’Fé’Quoi à Forcalquier, illustrée par le prêt illico d’un gros livre de Jean Azarel baptisé « Waiting for Tina » - car Hérold et Jean Azarel ont ensemble un projet de lecture musicale - a ravivé un souvenir très ancien enfoui loin dans ma mémoire. 1977 à Paris. Je photographie au Ritz, le palace légendaire de la place Vendôme, le tournage de « Emmenez-moi au Ritz » (destiné à la télévision) pour une couverture future de Télémagazine. Et LA photo, ce sont les trois veuves sexy, tout de noir vêtues qui sirotent un drink au bar du Ritz : Macha Méril, Valérie Mairesse, et Tina Aumont. Une apparition et une présence dingue au sein du trio qui pose avec sympathie et professionnalisme. Ce sera la seule fois de ma vie professionnelle où j’aurai croisé Tina Aumont cette égérie des sixties et seventies qui comme Maria Schneider ou Romy Schneider possédait la beauté du diable… mais c’est lui qui a fini par avoir le dernier mot ! Car il y avait chez Tina Aumont, le goût de la transgression. Et celle-ci, au fil des mots choisis de Jean Azarel nous entraine dans le destin d’une vie où toutes les libertés auront un goût acide trop prononcé. « J’écris ces lignes au scalpel dans un caveau humide, dit Jean Azarel au début de cette biographie à la forme d’enquête policière. Car le mythe de Tina Aumont part de très bas. Elle est une perdante magnifique ! » Mais il est des vérités intraduisibles et des événements qui ne se racontent pas ; surtout dans les livres. Pour une Anita Pallenberg – flamboyante compagne de Brian Jones et Keith Richards sauvée des démons et morte en 2017 ou une Marianne Faithfull miraculée - combien de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimmy Hendrix…. foudroyés par les overdoses ? Une recherche passionnante de 500 pages à lire à petites doses pour arriver à percevoir qui se cache derrière Tina Aumont. On a hâte de retrouver sur scène cette vie étrange oscillant dans une sorte d’innocence, au-delà du bien et du mal… » Jean-Pierre Tissier


  *** LA FILLE DE L’OCÉAN d’Alexis Aubenque.

(Editions Hugo Poche Suspense)
- Le thème de l’échange de bébé à la naissance a déjà fait l’objet de nombreux récits, mais c’est un livre très agréable qui se lit facilement. Idéal pour la plage pendant l’été. Cependant, l’histoire de cette bande de copains « unis pour la vie » et le rôle des parents de la jeune chanteuse en font un bon livre où l’on veut connaître absolument le dénouement. Muriel Gaillard


  *** "TOUTE MA VIE POUR LA MUSIQUE" de Sam Bernett

(Editions L’Archipel). On a encore pu le voir ce dimanche soir dans la suite du 20 Heures, de Laurent Delahousse sur France 2 au cours du sujet consacré aux Vieilles canailles (Johnny, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc). Le grand ordonnanceur des folles Nuits parisiennes des années 70, ami de Blues & Polar vient de sortir un condensé de ses souvenirs de la Tour de Nesle, du Rock’n’roll circus, du Malibu.... JPEGEn effet, grande voix de RTL durant les années 60 à 90, avec ses émissions axées rock à 100%, Sam Bernett est déjà venu à plusieurs reprises à Blues & Polar, notamment pour y parler du Rock’n’roll circus, cette boite de nuit qu’il a créée à Paris – après La Tour de Nesle - et où tous les plus grands du rock’n’roll des Beatles aux Stones, en passant par Jimmy Hendrix, Johnny grand habitué des lieux, et Jim Morrison sont passés. Le chanteur des Doors y étant décédé d’overdose dans les Toilettes, selon le témoignage de Sam Bernett avant d’être transporté inconscient et déposé chez lui dans sa baignoire, un peu plus tard, mystérieusement, pour une version plus officielle. Mais Sam Bernett et Johnny grand pote de beuverie de Jim Morrisson apportent de nouvelles précisions sur cette fin de vie sujette à polémique...
"J’ai écouté mon premier blues à 4 ans, écrit Sam dans ce nouvel opus en forme de road-trip. C’est Les roses blanches de Berthe Sylva et je pleure. C’est la musique qui me frappe d’un coup au cœur et je me réfugie dans les jupes de ma maman en écoutant Berthe Sylva. » Sacré Sam, qui devient ensuite reporter à New York - après y avoir été copy boy au siège parisien d’abord - où il a la chance de travailler pour le New York Times, à la rubrique culture. Le début d’une existence rock’n’roll à fond la caisse et de souvenirs à la pelle. Il nous en gratifie de savoureux et inédits, une fois encore. Un bouquin à se délecter comme d’une bonne glace italienne sur une plage tranquille cet été…. Mais attention, Sam a également écrit il y a quelques années, « Le Parrain et le rabbin », un roman étonnant aux allures très personnelles sur la fuite de gamins juifs pendant la Seconde guerre mondiale et qui rappelle son passé de journaliste talentueux et curieux du monde. » Jean-Pierre Tissier


  **** "LES YEUX BLEUS" de Sébastien Didier

(Ed Hugo Poche). Sorti le 2 juillet 2021. Sébastien Didier, Niçois pur jus, socca et OGCN au cœur, nous avait subjugué avec son premier roman "JE NE T’OUBLIE PAS" . Son deuxième est de la même veine. N’hésitez pas ! Le résumé  : 1986, près de Saint-Paul de Vence. Une famille est retrouvée assassinée dans sa villa. 2018, à Nice, Maxime, petit-fils de Claude Cerutti, homme d’affaires à la réputation sulfureuse, est enlevé dans le jardin de la maison familiale. Le clan Cerutti est au bord de l’implosion lorsque la tante du garçon est soupçonnée d’être l’instigatrice du rapt. Tarif : 8, 50€.
- L’art du suspense distillé à dose homéopathique, et des fausses pistes - elles-aussi menues, discrètes, mais terriblement efficaces - Sébastien Didier le pratique tel un artisan du verbe avec simplicité, pugnacité et un certain esthétisme. Et si disparitions et rapts semblent être ses terrains de prédilection, on est happé rapidement par le drame qui se trame, car aucun enlèvement d’enfant ne ressemble à un autre. Même si la terrifiante sirène d’alerte diffusée simultanément aujourd’hui en France sur toutes les radios et les chaînes télé est identique partout, comme un leitmotiv de consignes plutôt inquiétant. Car l’âge, la peur, et la vulnérabilité de l’enfant sont autant d’éléments qui nous mettent les tripes à l’envers… et pour 555 pages à la clé ! En effet, c’est chaque fois, au moment où l’on pense que l’affaire est pliée, que tout repart de plus belle, avec la peur au ventre. Sébastien Didier écrit comme un boxeur « Poids moyens » sur le ring avec une écriture vive et haletante où le scénario peut chavirer d’une minute à l’autre, par la force d’un uppercut totalement inattendu ou d’un jab désespéré envoyé à la volée, mais qui touche juste et précis avant que le gong ne retentisse. Mais il nous entraîne aussi dans cet arrière-pays niçois merveilleux, encore rural et floral aujourd’hui, quadrillé de propriétés incroyables, fruits richissimes de promoteurs immobiliers de l’Après-guerre et d’amitiés fraternelles sans scrupules voire mafieuses parfois, quand il s’agissait de la vie de la mort entre copains d’école ou de lycée face à des nazis en pleine débâcle, prompts à fusiller tout ce qui bouge, pour se venger de la défaite. « Les Yeux bleus », on en devient addict très vite, au fil des pages qui nous entraînent de 1986 à 2018, via les années 40, entre Occupation et Libération. Et on comprend alors à quel point la 2e Guerre mondiale avec son lot de morts et de prisonniers de guerre a pu générer comme traumatismes sur plusieurs générations. Mais aussi pour ceux qui furent sauvés miraculeusement, la mémoire et la reconnaissance éternelle chevillées au corps et au cœur. Les gestes de bravoure et de camaraderie n’ont pas de prix dans ces cas-là. » Jean-Pierre Tissier
" En fait, dès la disparition de l’enfant on est de plain-pied dans le livre car nous sommes tous parents, et on se met à la place des personnages. Mais les chapitres passent et le suspense grandit. On croit savoir, mais il y a toujours un événement supplémentaire qui fait que tout est remis en question. L’intrigue est très bien entretenue par Sébastien Didier et on lit toujours plus vite pour savoir. Vraiment un très beau livre ! » Muriel Gaillard


  *** LE DERNIER MATCH DE RIVER WILLIAMS de Vincent Radureau.

(Editions Hugo Poche). Le journaliste sportif Vincent Radureau rédacteur en chef adjoint de Canal Plus, emblématique spécialiste du football et du basket vient de sortir son premier polar chez Hugo Editions. Un panier à 3 points étoilés, réussi d’entrée. * 334 pages. Tarif : 7,60 €.
Le résumé : River Williams, l’ailier des Celtics de Boston qui rend folles toutes les défenses de NBA, disparaît à la mi-temps du match 6 des Finales, contre les Lakers de Los Angeles sans laisser la moindre trace. Sans que personne ne l’ait vu quitter l’Arena de Salt Lake City. Volatilisé ! Jusqu’au jour - cinq ans plus tard - où des randonneurs trouvent un cadavre au fond d’une crevasse du parc national de Canyonlands, dans l’Utah. Celui d’un géant d’au moins 2,15 m. Pour les enquêteurs du State Bureau of Investigation de l’Utah, la question est aussi évidente que brûlante. Et si c’était lui ?

- Il devait en rêver depuis des années, de ce premier bouquin dans lequel il pourrait glisser tout ce qui l’a fait rêver et vibrer depuis son enfance. Comme dans un bon vieux fourre-tout ayant déjà bien vécu, mixant à l’envi le sport en général, le basket en particulier, mais aussi le polar, la nature, l’écologie, et même le rock engagé avec le Boss, Bruce Springteen aux premières loges. Et notamment cette fabuleuse chanson qu’est The River, trait d’union ponctué de riffs d’harmonica, entre les lignes et les intrigues de ce premier polar joliment écrit par Vincent Radureau. Le journaliste de Canal Plus, grand spécialiste du basket en NBA nous entraîne dès le vestiaire ouvert, dans une histoire passionnante, familiale et mystérieuse qui nous tient en haleine tout le temps, sans temps-mort, ni quart temps. On y visite les parcs naturels hyper protégés des USA et les rites des Utes, ces Amérindiens mis en réserve et expulsés de leurs territoires par les Blancs conquérants, avec une certaine émotion. Mais aussi, les grands espaces désertiques traversés par des routes interminables parsemées d’herbes folles, les gratte-ciels des capitales et les grands hôtels de luxe, les petites stations locales de TV si précieuses à la vie dans ce pays des géants, les immenses stades mythiques des Lakers ou du Jazz de l’Utah… Avec aussi ça et là, quelques coups de griffes bien sentis à ce journalisme très ricain, empreint de sensationnalisme à tout crin, que Vincent Radureau – fin connaisseur discret des parquets avant tout – ne semble guère apprécier. Cependant, c’est l’enquête sur la disparition de River Williams - star en devenir du basket US - menée par le lieutenant Collins et le sergent Perkins qui nous fait tourner les pages avec avidité, tant les rebondissements et le suspense ne cessent d’enfiler les indices, tels des métronomes passant des paniers à 3 points sans relâche ; avec une belle leçon d’humanité au final. Normal, j’ai toujours préféré les indiens aux cowboys ! » J.-P.T
** "Si on aime le basket et si on aime les descriptions de l’Amérique profonde alors on aimera ce livre. Voilà un premier roman agréable et facile à lire, mais prévisible. La lecture ne faisant que confirmer mes idées. » M.G.


  **** LE DILEMME de B. A. Paris

(Editions Hugo Thriller). Traduction de Vincent Guilluy. Sorti 28 mai 2020. Le résumé  : Depuis toujours, Livia rêve d’une énorme soirée pour ses 40 ans ; et Adam, son mari, met tout en oeuvre pour que la fête soit inoubliable. Il s’organise pour que leur fille Marnie vienne exprès de Hong Kong - ce sera une surprise pour Livia. Mais quelques heures avant la soirée, Adam apprend que le vol dans lequel se trouvait peut-être Marnie s’est crashé. Est-ce qu’elle avait pu prendre cet avion, sachant que son vol précédent avait décollé en retard et qu’elle pensait ne pas pouvoir attraper sa correspondance ? Adam doit-il en parler à Livia, au risque de l’inquiéter pour rien ? Et pourquoi Livia semble-t-elle soulagée que Marnie ne soit pas là ? Lorsque la fête commence, chacun devra danser avec ses secrets et ses peurs. Jusqu’à ce que s’ouvre enfin le portillon du jardin et qu’une silhouette s’avance vers les invités...
"Voilà une histoire qui te tient en haleine jusqu’à la fin ! Tout commence par les préparatifs d’un anniversaire où l’on aurait espéré la présence de la fille de famille vivant à l’étranger. Mais tout au long des préparatifs la tension monte car il y a la nouvelle terrible du crash d’un avion où aurait dû être justement la fille de la famille, tant attendue. Mais pas de nouvelles ! Néanmoins,on s’aperçoit que la gentille fille espérée n’est pas si gentille que ça. Et qu’elle cacherait bien son jeu... Fait-elle donc partie des victimes de l’accident d’avion ? Les invités - on s’en rend rapidement compte - ne sont finalement pas si "clean" que ça, et une intrigue passionnante naît alors jusqu’à la dernière ligne de ce Dilemme. Un livre très plaisant à lire." Muriel Gaillard


  *** REGARDER LE NOIR .

Ouvrage collectif (Editions Belfond). - À chacun sa vision des choses et de la vie, voire des « choses de la vie » à l’image du merveilleux film de Claude Sautet, éternelle source de réflexion pour la vie et sa profonde complexité. Pour ce nouvel ouvrage collectif venant après Ecouter le noir, paru l’an dernier, douze auteurs prestigieux du roman noir (Barbara Abel, Amélie Antoine, R.J. Ellory, Julie Ewa, Claire Favan, Karine Giebel, Johana Gustawsson, René Manzor, Fred Mars, Olivier Norek, Fabrice Papillon, et Gaëlle Perrin-Guille) sont réunis avec un mot d’ordre pour tous : nous faire ouvrir grand les yeux au fil de leurs récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision. Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Et d’ailleurs, on est sur le cul d’entrée avec le texte d’ouverture signé Olivier Norek - « Coup de cœur Blues & Polar 2014 » pour son remarquable Territoires - qui nous cueille par surprise comme un uppercut pervers de Mike Tyson au final, avant qu’il ne nous mordre l’oreille... Dévorez la suite, sans modération. J.-P.T


  **** SURVIVRE de Vincent Hauuy

(Editions Hugo Thriller)
- "L’intelligence artificielle (IA) se perfectionne de plus en plus. Le robot à l’apparence simplette type magicien d’Oz qui nous abordait à l’entrée du Futuroscope de Poitiers, il y a une dizaine d’années, est devenu monnaie courante, sous d’autres formes géométriques. Tout comme la reconnaissance vocale, faciale et digitale, sans oublier les télécommandes possibles à distance pour fermer les volets ou démarrer le Cookéo, via nos smartphones. Et chaque jour qui passe, voit son lot d’applications diverses se développer au point qu’on se demande jusque où ira-t-on dans l’intelligence greffée à une boîte de ferraille ou de plastique ? Avec Survivre - son 4 eme roman après Le Tricycle rouge (2017), Le Brasier (2018) et Dans la toile (2019) - Vincent Hauuy nous transporte en 2035. Pas dans un siècle, mais seulement quinze années dans le futur. Une paille dans l’univers, mais peut-être une bascule vers un futur que certains seulement maîtriseront ; jusqu’à quand ? Manipulations, populations devenues de simples pantins... toutes les folies sont malheureusement imaginables et Vincent Hauuy nous y entraîne doucement au travers d’une émission de Télé réalité imaginée justement par un certain Alejandro Perez, inventeur d’une Intelligence Artificielle baptisée Cassandra, qui lui valut d’être Prix Nobel en 2000 grâce à l’avènement des ordinateurs quantiques. Bon sang, que le futur devient proche au fil des pages, et inquiète sérieusement, car notre incapacité récurrente à se projeter dans le futur n’a pour l’instant généré que des décisions toujours prises en urgence, et en réaction aux événements. Avec toujours en toile de fond, immuable envers et contre tout, la fameuse, mais si inerte Loi du Marché ! Les IA serait-elle notre avenir en devenant plus intelligentes que l’être humain ? Là, débute (page 300) un thriller débridé qui active le « page turner » écrit par Vincent Hauuy ; et qui pendant les 124 pages restantes va nous transformer en ogre de papier avide de savoir… Car les menaces pour la race humaine – en pleine pandémie de Covid19, de fonte du permafrost aux Pôles et l’épuisement annoncé du lithium utilisé dans nos smartphones - y sont nombreuses et plus que crédibles. Certaines ayant déjà commencé leur œuvre de destruction du climat, comme les grands incendies de forêt en Australie, Afrique du sud, Californie, les cyclones et ouragans ultra-violents sur toute la planète, et les inondations et submersions du littoral côtier hyper urbanisé plus près de chez nous, en France. Un livre passionnant à dévorer pour survivre à l’avenir." Jean-Pierre Tissier
" J’aimerais que ce livre ne reste qu’un livre de science-fiction. Malheureusement, j’ai des doutes car à la suite de la pandémie actuelle de Covid19 dans le monde entier et des graves problèmes économiques qui nous attendent comme le réchauffement climatique, la migration climatique, et surtout la fonte du permafrost aux pôles susceptible de libérer des virus inconnus, je me dis qu’en lisant cfe livre, je lis l’avenir. C’est très angoissant, et je ne parle pas d’intelligence artificielle. Si je dois réfléchir dans le temps, je crois que je serai du côté des rédempteurs, même si ce sont vraisemblablement les ordinateurs qui gagneront. " Muriel Gaillard


  *** C’EST L’ANARCHIE !

par un collectif de 20 auteurs aux éditions du Caïman. - Préface de Gérard Mordillat dont on connaît l’engagement politique, culturel, littéraire et cinématographique pour mettre en bouche... Et des plumes déjà venues à Blues & Polar comme Gilles Del Papas, Maurice Gouiran et Michel Embareck identifiés bien à Gauche, tout comme le Catalan Serge Utgé- Royo rencontré un soir des années 90 sur la colline de Longo maï à Limans près de Forcalquier, pour une jam-session très improvisée avec Renaud dans le studio de Radio Zinzine…. Ajoutons-y Didier Daeninckx, Anne Steiner, Michèle Pédinielli, Nadia Khiari, Rachel Mazuy…..En tout, vingt auteurs de polar, romanciers, poètes, historiens, journalistes, scénaristes se sont regroupés en noir et jaune sous l’impulsion de Jean-Louis Nogaro, pour écrire chacun une nouvelle en lien avec une figure de l’anarchisme. Une action bienvenue en cette période de pandémie où chacun aurait tendance à être un peu anar sur les bords, à la moindre mesure de protection prise par le gouvernement, pour se souvenir des actions libertaires du siècle passé. A découvrir avec la passion de l’historien (ou de l’anar) qui sommeille en nous. Les nouvelles noires y sont vraiment très variées et vont de l’étonnante épopée d’un vieux morceau de blues-rock-anar dénommé Dynamite sorti des tiroirs de l’ami Michel Embareck, au texte écrit au second degré et avec beaucoup de force subtile, de Nadia Khiari évoquant le philosophe Max Stirner au cœur de la Tunisie.
Ajoutons-y l’évocation de Sacco et Vanzetti deux anarchistes italiens immigrés, grillés sur la chaise électrique sans preuve aux USA par Maurice Gouiran notre ancien Coup de cœur Blues & Polar. Et aussitôt la chanson de Joan Baez qu’on peut écouter dans le film éponyme, résonne dans ma tête : “Here’s to you Nicolas & Barth, rest for ever into in my hearth. The last and final moment is your’s. And agony is your triumph.” Un refrain comme ça, repris en chœur par des milliers de voix comme il y a une quinzaine d’années à Château-Arnoux, c’est yeux humides et frisson toujours garanti ! J.-P.T
* Tarif : 15€. Site : www.editionsducaiman.fr


A RELIRE : "CHRONIQUE D’UN CHÂTEAU HANTÉ" de Pierre Magnan (Editions Denoël).JPEG Sorti en avril 2008. - En cette période de confinement et de virus, on a beaucoup parlé de Pandémia de Franck Thilliez, de La Peste et de L’Etranger d’Albert Camus, mais le livre de Pierre Magnan Chronique d’un château hanté nous entraîne sur un autre chemin, tout aussi terrible, mais plus gourmand de mots et de terroir au moment de la peste noire en Haute-Provence. Un livre passionnant à redécouvrir !
- Le résumé. En février 1349, à Manosque, un rat tombe dans un chaudron destiné aux festivités de Mardi-gras. La peste noire s’abat sur la ville. Lombroso, dit le Poverello, peintre du duc de Mantoue, arrive de Lombardie et s’inspire des cadavres chauds pour la fresque qu’il peint dans l’église San Donatello… Extrait : La nuit, à partir du sommet de Lure, n’avait jamais été aussi limpide, aussi innocente. La comète qui paraissait désigner la Terre depuis son immobilité mystérieuse au milieu du chariot de la Grande Ourse conférait au ciel une éternité qui aurait dû intégrer les hommes, et cependant tel un nuage de grêle qui sévit plus fort d’un versant à l’autre de la montagne, l’épidémie redoubla d’intensité, sitôt franchi le col de la Mort-d’Imbert. Ce fut le cœur du brasier de la peste, ce fut son feu d’artifice, son bouquet. Cette nuit-là, entre Sisteron et Céreste, de Manosque au Revest-d’Albion, il mourut sans bruit six mille personnes….

  RENCONTRE AVEC PIERRE MAGNAN.

C’était au château de Sauvan à Mane, près de Forcalquier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, le samedi 26 avril 2008. On s’était assis avec Pierre Magnan sur les marches du grand escalier du Château, pour une rencontre rapide avec l’auteur qui dédicaçait son dernier livre Chronique d’un château hanté dont l’action tourne autour de cette superbe bâtisse du Pays de Forcalquier. C’était la dernière fois que je verrais vivant Pierre Magnan parti peu de temps après vivre à Voiron en Isère avec Françoise sa dernière épouse. C’est là qu’il y est décédé le 28 avril 2012. Je l’aimais bien cet écrivain plutôt bourru au premier abord, mais épicurien bon teint, amateur pointu de grands crus, d’amanite des Césars et de truffes, gourmand des mots, inventeur du Commissaire La Violette incarné par Victor Lanoux, et qui m’avait fait découvrir peu avant une Toussaint, le cimetière minuscule d’Aubenas-les-Alpes où il avait trouvé sur de vieilles stèles parfois usées par les années et les intempéries, les prénoms anciens de certains de ses romans. Reposez en paix Pierre !
ENTRETIEN...
Pierre, vous écrivez toujours dans un univers passéiste qui va du Moyen-Age au début du XXème siècle. Pourquoi ? JPEG « La période actuelle je ne pourrais pas écrire dessus. Esthétiquement d’abord, mais plus sûrement parce que j’ai 86 ans aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir internet et de répondre à mes mails. N’empêche Jean-Pierre, que mon site a été visité par 75 000 personnes du passé ! Mais dans le passé que j’utilise, il y a une musique des mots, un tempo, une certaine musicalité. Giono le disait d’ailleurs, voilà une trentaine d’années. « Il faut du recul pour écrire sur une époque. » Alors, oui l’action débute en 1348 à Manosque, mais ensuite on va jusqu’à 1910 avec le tremblement de terre de Lambesc. Mais je reviens vite à Forcalquier et ses environs. La pierre d’achoppement de ce livre, c’est justement ce vieux château de Sauvan à Mane, que j’ai visité en pleine guerre en 1944. Tout y était cassé !
La pièce d’eau aujourd’hui majestueuse était vide avec plein de détritus dedans et une quantité de roseaux en masse. L’idée du roman, je l’ai eue il y a vingt ans avant le tournage à Sauvan, du film « La Maison assassinée » de Georges Lautner avec Patrick Bruel. J’ai rencontré à cette occasion les frères Allibert, nouveaux propriétaires du château de Sauvan, et ça m’a donné l’idée de ce livre. Il a mûri pendant quinze ans car je n’avais pas le lien pour démarrer une histoire.
Puis un jour, j’ai rencontré un ami bûcheron qui m’a amené dans une forêt où il y avait un chêne de 650 ans. Et ce vieux chêne est devenu le catalyseur du roman. Tout ce qui est écrit est autobiographique collectivement. Mais Manosque qui est au cœur de mon histoire n’a plus rien de poétique aujourd’hui. Néanmoins, le Canal est toujours chargé d’histoires locales tout comme les amandiers de la Montée vers Saint Pancrace. Quand on monte par le col de la Mort d’Imbert et qu’on va vers Dauphin, on oublie Manosque. Ça n’a pas beaucoup changé d’ailleurs. Mais le paysage urbain oui. Moi, je regrette de mourir car je voudrais bien connaître la suite… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier pour La Provence


  ** MADAME B de Sandrine Destombes

(Ed Hugo Thriller). Sorti le 5 mars. ! - Alambiqué ! Le terme résume bien cet ouvrage en forme de puzzle, où comme dans un alambic, le cheminement du tuyau initial emprunte toutes les circonvolutions et coudes adjacents de la machine rutilante et cuivrée, au point qu’on finit par se demander comment l’essence produite puisse être si claire et pure à l’arrivée. Langage abscons de hackers et autres férus de nouvelles technologies, méandres du virtuel et de l’ère du pseudo sur les réseaux sociaux… le vocabulaire est parfois ardu pour qui n’y est pas très familier. Mais tout cela vise à nous déstabiliser et à nous dérouter. Ajoutez-y les pertes de mémoire (réelles ou feintes ?) de Madame B, alias Blanche Barjac, étrange nettoyeuse de scènes de crime (si, si ! c’est sa profession !) qui ajoutent aussi à la confusion.
Bref, on ne sait pas trop où l’on va atterrir à la fin… Un peu comme un avion vintage dans lequel on monterait juste avant la fermeture des portes, sans savoir où il va, avec – en plus – à chaque détail découvert, une nouvelle énigme déroutante qui surgit. On se perd donc parfois au fil des lignes, mais pendant ce temps-là les cadavres s’accumulent dans le congélateur et dans le jardin.
Pas très logique pour une « nettoyeuse » hors-pair, reconnue dans le milieu, mais qui semble en fin de cycle, et en pleine paranoïa. Madame B, contre toute attente, aurait-elle un contrat sur sa tête ? Possible ! Car on ne nettoie pas impunément pendant des années, des cuisines, des salons, des scènes de drame en se débarrassant des cadavres sans commettre un jour, malgré toute la discrétion que la fonction exige – une funeste erreur. Celle de trop !
Sandrine Destombes qui aime faire évoluer ses personnages du côté de la Drôme méridionale comme dans l’excellent Prieuré de Crest nous entraîne cette fois dans une construction encore plus tarabiscotée qu’il faut donc lire avec une attention profonde. D’une seule traite serait le mieux ! Jean-Pierre Tissier


  **** ET LES VIVANTS AUTOUR de Barbara Abel.

Sorti le 5 mars 2021 aux Editions Belfond. * 448 pages. 19€. < mg7236|left> Le résumé  : Voilà quatre ans que l’ombre de Jeanne plane sur eux. Cela fait quatre ans que la vie de la famille Mercier est en suspens. Quatre ans que l’existence de chacun ne tourne plus qu’autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans. Un corps allongé sur un lit d’hôpital, qui ne donne aucun signe de vie, mais qui est néanmoins bien vivant. Les médecins appellent cela un coma, un état d’éveil non répondant et préconisent, depuis plusieurs mois déjà, l’arrêt des soins. C’est pourquoi, lorsque le professeur Goossens convoque les parents et l’époux de Jeanne pour un entretien, tous redoutent ce qu’ils vont entendre. Ils sont pourtant bien loin d’imaginer ce qui les attend. L’impensable est arrivé. Le dilemme auquel ils sont confrontés est totalement insensé et la famille de Jeanne, en apparence si soudée, commence à se déchirer autour du corps de la jeune femme.

- Avec Les Vivants autour Barbara Abel confirme chez Belfond, son statut de reine du suspense, aux côtés de la reine du polar maison qu’est Karine Giebel. Dans une écriture qui rappelle les feuilletons radiophoniques haletants des années 50-60 comme Les Maîtres du mystère sur Paris Inter ou le truculent Ça va bouillir avec l’éternel Kurt Von Strattenberg alias le Tonneau sur Radio Luxembourg, elle nous entraîne au sein d’une famille plutôt bourgeoise, en fouillant la psychologie insoupçonnée de chacun et chacune, surtout ! Car très rapidement, drames, révélations inattendues et coups de théâtre vont se succéder et constituer la trame de cet authentique fait-divers, raconté à Barbara Abel, un soir d’apéro...
Comment une jeune femme victime d’un accident de voiture, allongée inconsciente dans une perpétuité statique comateuse depuis quatre ans, peut-elle se retrouver enceinte ? Alors qu’on pensait – à l’image de l’Affaire Vincent Lambert – devoir la débrancher un jour.
Là débute le dilemme familial cruel qui habite le mari, la sœur, et les parents de Jeanne confrontés à une énigme extra-ordinaire : faut-il préserver la femme dans un coma profond… ou l’enfant du viol ? Tout en se demandant qui a bien pu commettre cet acte odieux, impensable, proche de la nécrophilie.
Ce qui donne l’occasion de pénétrer alors dans l’intimité des personnages par petites touches successives et progressives, en montant chaque fois en intensité, à la façon d’Agatha Christie. Loin du polar hyper violent d’aujourd’hui qui se pratique à coups de coffres de voitures transformés en barbecue, ou de perceuses trouant cerveaux et genoux à l’envi… Ici, on pratique plutôt – sans y avoir été prédestinés au départ - les médicaments ou les omelettes forestières en y ajoutant une bonne dose de malice revancharde. Ironie du destin de ne plus avoir rien à espérer, mais tout à craindre ! 448 pages qui se dévorent de façon très addictive.’ Jean-Pierre Tissier
« Ce roman traite de la fin de vie, et de comment réagir quand une personne dans le coma depuis quatre ans, ne se réveille pas. Mais là ; suspense ! La femme dans le coma (Jeanne 29 ans) se retrouve enceinte ! Comment est-ce possible ? Que faire du fœtus ? On a l’impression que l’auteure, la Bruxelloise Barbara Abel jette un caillou dans l’eau et que les ricochets donnent naissance à des cercles de plus en plus rapides et nombreux… Les mots s’accélèrent, les questions sont là et fusent, avec des réponses différentes pour chacun. Et les vivants autour est peut-être un thriller ; mais c’est aussi un livre existentiel avec de réelles questions actuelles. Terriblement passionnant ! » Muriel Gaillard
* Barbara Abel qui a reçu le Prix Cognac pour son premier roman L’Instinct maternel paru aux éditions Le Masque en 2002, est aujourd’hui sollicitée par la télévision et le cinéma. Et les vivants autour est son 13ème roman. Derrière la haine paru chez Fleuve noir en 2014 a été adapté au cinéma par Olivier Masset-Depasse en 2019 sous le titre Duelles. Le film vient de recevoir en Belgique neuf Magritte (l’équivalent de nos César) dont celui du Meilleur film.


  **** "LAISSEZ-NOUS LA NUIT" de Pauline Clavière

(Editions Grasset) JPEG Le résumé : Le destin donne parfois d’étranges rendez-vous. Pour Max Nedelec tout bascule un matin d’avril, quand des policiers viennent sonner à sa porte. Un bordereau perdu, des dettes non honorées, et un peu de triche. La justice frappe, impitoyable. Max Nedelec quitte le tribunal et ne rentrera pas chez lui. Vingt-quatre mois de prison ferme ; il s’enfonce dans la nuit. Là-bas, le bruit des grilles qui s’ouvrent et se ferment marquent les heures ; là-bas, on vit à deux dans 9m2 ; là-bas, les hommes changent de nom et se déforment. Il y a Marcos, Sarko, le Serbe, Bambi… mais aussi tous celles et ceux qui traversent cet univers parallèle, Françoise, la médecin, les gardiens, l’aumônier puni et le directeur. Dans la nuit se révèlent les âmes… * Sorti le 15 janvier 2020. 624 pages. Tarif : 21, 50 €.

- La prison et son univers carcéral bruyant et pesant, Pauline Clavière nous y emmène avec Max - un vous ou moi - sans avoir l’air d’y croire au départ, comme tout un chacun pris dans une nasse de dettes après une série de fortunes hasardeuses, une négligence récurrente accablante, une dépression, et un bordereau disparu des radars de l’Administration. On pense que tout va s’arranger, vite, très vite ; mais non ! Commence alors le début d’une descente en enfer décrite avec tant de véracité, de sincérité et d’émotion qu’on se demande comment la journaliste chroniqueuse de C l’Hebdo (chaque samedi à 19 heures sur France 5 avec Jean-Michel Apathie et Ali Baddou) ) a pu transcrire ces faits et gestes, rixes, lynchages, rackets, menaces, instants de folie et de rages, suicides, meurtre même, sans avoir séjourné pour de bon dans la promiscuité d’une cellule moite et glauque en plein été ou dans le froid glacial de l’hiver, quand les tripes se nouent et la vessie se crispe…
« Nous ne sommes que de la chimie professait Françoise, le médecin de la prison aux détenus lors de ses consultations ; mais avec une certitude s’effilochant au fil des semaines. Comme si Xanax, Lodal et autres neuroleptiques absorbés à dose de cheval sur des « pétards » obtenus via le trafic interne, restaient finalement impuissants face à la détresse, la peur et l’angoisse d’une vie en vase clos. Banalité du quotidien surpeuplé de toutes parts, la promenade, les trafics de shit, la télé qui braille, la gamelle tristounette et maigrelette obligeant à cantiner pour s’acheter des Kit Kat ou des clopes… On retrouve tout cela au long des 634 pages jetées sur le papier par Pauline Clavière dans ce premier essai littéraire étonnant. Parcours professionnels broyés, personnes torturées de l’intérieur, il y a le monde entier dans ces cages de briques et de broc avec ces détenus mixés entre eux malgré des déconvenues aux antipodes les unes des autres.
Le radicalisé, le brutal, le fada, le mutant, l’ancien champion de boxe éjecté de l’équipe de France pour violence, un membre de la DGSE, un candidat recalé à The Voice, un chirurgien esthétique véreux, un ancien de la Nasa, le fils de l’ancien roi du Bouthan … Comme une Cour des miracles, sans miracle évidemment !
« S’adapter à la prison, bien s’y comporter, accepter ses codes, c’est faire partie d’un monde qui n’existe nulle part ailleurs, et surtout pas dehors écrit Pauline Clavière. Quand le homard est stressé, il se cache et change de carapace tout au long de sa vie. Ici, impossible ! Le futur n’existe pas. Un jour, on sort ; c’est tout ! » Jean-Pierre Tissier


  **** CINQ CARTES BRÛLÉES de Sophie Loubière

(Fleuve noir). Le dernier roman de Sophie Loubière – journaliste sur France Inter et France Culture, auteure de L’Enfant aux cailloux sorti en 2011 - est paru aux éditions du Fleuve.
Le résumé  : Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère Thierry qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif comme les signes d’une existence balayée par le destin. Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer. Un thriller psychologique d’une rare intensité.

"123 kilos ! Le poids de Laurence Graissac croupière de casino par pur hasard dans une ville thermale en Auvergne, ancienne championne olympique au lancer de marteau, dont la vie ressemble à un cauchemar depuis sa plus tendre enfance. Celle d’avec papa où elle voulait jouer à la bébête qui monte, qui monte, qui monte… mais aussi descend.
123 kilos ! Vous êtes en danger de mort Laurence ! « La valeur des jours ne réside pas dans la longueur des jours, mais dans l’usage que nous en faisons » disait Montaigne. Vous êtes en sursis !
123 kilos de graisse, de peines enfouies, de désespoir fou, de railleries encaissées par ce frère adipeux et médiocre qui la traite depuis le berceau comme une vieille chaussette. Jusqu’au jour, où morbidité potentielle oblige, Laurence perd 60 kilos et devient Cybèle. Totalement métamorphosée, elle distribue les cartes chaque soir au casino, générant en toute conscience les pertes et rares profits de ses fidèles du Black Jack, amorçant ainsi la bombe à retardement insoupçonnée qu’elle est depuis l’enfance, engoncée dans les secrets de famille et la manipulation mentale. Il y a du « Psychose » d’Alfred Hitchcock dans ce livre où l’on avance bizarrement, à tâtons, comme dans une maison sans caractère et obscure en proie à de mauvaises ondes, construite au pied d’un pylône EDF haute tension… Un roman qui met mal à l’aise, comme un leurre auréolé cependant de belles envolées poétiques à l’image de ces monts d’Auvergne, puys ronds et doux, moussus comme une invitation au toucher, mystérieux et mythiques, où Sophie Loubière nous entraîne d’un mensonge à une vérité insupportable qu’on ne découvre qu’au bout du parcours.
Des cinq cartes de la vie, la dernière est toujours fatale !" Jean-Pierre Tissier

« C’est un livre surprenant et très dérangeant, car il touche à l’intégrité mentale. On suit tout au long des pages, les humiliations que subit Laurence Graissac, de la part de son frère. On suit aussi l’aptitude qu’elle a de s’élever par le sport, jusqu’à devenir championne olympique. Bref, tout ce qu’elle entreprend, elle le réussit car elle a cette volonté immense de pouvoir y arriver. PNGParallèlement, il y a l’histoire d’amour d’une fille pour son père. Un amour tellement puissant qu’elle détruit le père et l’intégrité mentale de la mère. Au point qu’on se demande si tout ne vient pas de sa mère et de sa folie… Mais la vérité explose et on comprend alors que Laurence Graissac vit dans son propre monde ; qu’elle se fabrique sa propre vie même si cela veut dire « Donner la mort ! » pour elle et tout son entourage. A la fin de ce thriller psychologique, passionnant et déroutant, imaginé par Sophie Loubière, on est vraiment très mal à l’aise. » Muriel Gaillard


  **** LA MORT DU TEMPLE de Hervé Gagnon

(Editions Hugo Roman). Tome 1. Sorti le 5 mars 2020. * Le résumé : Paris, octobre 1307. En deux siècles, l’Ordre du Temple a accumulé puissance, gloire et richesse. Mais depuis la perte de la Terre Sainte par les royaumes d’Occident il est devenu une menace. Véritable Etat dans l’Etat ! Le Roi de France Philippe IV le Bel, perpétuellement à court d’argent et lourdement endetté envers le Temple, organise son abolition avec la complicité de sa créature, le pape Clément V. En mettant la main sur le trésor conservé à la Commanderie de Paris, il espère redresser ses finances tout en éliminant un adversaire gênant. Mais l’or et les pierres précieuses ne sont pas, en réalité, les plus grandes richesses du Temple. Une part du trésor ouvre la porte sur la lumière divine et les ténèbres éternelles. Et seul Hugues de Malemort, simple sergent vieillissant est en mesure de la protéger.
« Maître du thriller ésotérique, l’historien Hervé Gagnon nous décrit l’histoire des chevaliers de l’Ordre du Temple sous le règne de Philippe Le Bel, et son livre est truffé de détails fascinants sur le mode de vie au XIVème siècle. La façon de s’habiller, de manger, les rues pleines de vie qui sont néanmoins des égouts à ciel ouvert, où même les chevaux ont du mal à circuler. La Manière dont on enterre (ou pas) les morts via la politique des charniers… Le sujet du roman en devient presque secondaire et pour qui aime l’Histoire de France ce livre est un petit régal. Vivement la suite du roman. En attendant, je vais lire ses autres livres : Damné et Vérité, ou les Enquêtes de Joseph Laflamme. » Muriel Gaillard


  FREEMAN de Roy Braveman.

(Editions Hugo Thriller).
- Voilà un thriller particulièrement excellent qui nous plonge tout de suite dans l’après-ouragan dévastateur que fut Katrina à La Nouvelle-Orléans, avec toutes les descriptions des dégâts matériels et humains enregistrés.
Puis Roy Braverman nous décrit cet état américain étoilé, cousin trop oublié de la France, qu’est La Louisiane, avec sa faune, sa flore, son folklore ; et au milieu de tout ça, l’histoire du racisme blanc-noir, de la mafia, et de l’argent qui gangrène tout. Avec en prime, des recettes de cocktails à refaire chez vous… J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et j’ai souvent ri aux bons mots et aux nombreuses citations de l’auteur. » Muriel Gaillard


  *** CHRISTELLE ROTACH Directrice de prison

avec Delphine Saubaber "Tout ce qu’on ne peut pas dire" (Editions Plon).
- Avant la prison de la Santé, dont elle a rouvert les portes il y a un an le 1erjanvier 2019 - après quatre années de fermeture - Christelle Rotach a codirigé ou dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et Les Baumettes à Marseille.
* Delphine Saubaber qui a co-écrit cet ouvrage avec Christelle Rotach est un ancien grand reporter à l’Express, prix Albert Londres 2010.
- Diriger une prison, on se demande bien en quoi cela consiste très précisément… Est-ce un travail purement administratif assis derrière un ordinateur qu’on gave de statistiques, ou un vrai travail pugnace sur un terrain qu’on devine plutôt miné aujourd’hui avec une surpopulation carcérale se développant de manière exponentielle, comme cela n’est encore jamais arrivé en France ? Christelle Rotach qui a dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et les Baumettes à Marseille - avant de rouvrir la Santé à Paris le 1er janvier 2019 - s’est confrontée durant des années à des hommes et des femmes privés de liberté, assimilables parfois à des bêtes sauvages. A l’heure de changer de fonction pour l’Inspection générale de la Justice, elle a pris le parti de parler de son vécu, sans tabou. Et c’est un univers proche du tremblement de terre perpétuel ou de l’éruption proche d’un volcan qu’elle nous décrit avec justesse, et humanité. Avec des phrases qui frappent comme dans un slam de Grand Corps malade.
- Je vis dans la pénombre
- Je fais une overdose de noirceur
- La prison ne connaît jamais le silence
- Terroristes, djihadistes, c’est le gang des barbus au regard glaçant
- Comme celui de Francis Heaulme, le tueur en série croisé dans une audience à Draguignan…
- Et tous vont sortir un jour !
Au fil des pages, on frémit en pensant, à ces « bombes à retardement » que sont ces détenus endoctrinés, radicalisés, pour lesquels la prison et ses surveillants ne sont pas préparés, si éloignés qu’ils sont des dealers de quartier, des criminels, ou des vieux braqueurs de la Brink’s en tôle pour des dizaines de piges. Christelle Rotach directrice de prison est un livre « coup de poing » et de mise en garde contre notre société bien trop divisée entre elle par manque de fraternité souvent, et de bienveillance toujours, mais aussi à cause de la religion qui pour certains passe avant les lois de la République, et de sa culture aux antipodes de la nôtre. On en oublie trop vite que notre mode de vie laïc – qui ne date que de 1905 en France – a peu d’équivalent dans le monde et que de nombreux pays notamment au Moyen-Orient en ignorent même le sens. Celui-ci ne figurant même pas dans leur vocabulaire. Un livre qui permet de comprendre l’univers carcéral pour répondre – avec l’expérience et le vécu - à ceux qui ont réponse à tout ! Jean-Pierre Tissier


  **** "LA PETITE MORT DE VIRGILE" de Christian Rauth

(éditions De Borée). Sorti le 12 septembre 2019. Ce thriller de la Collection Marge noire (438 pages) est le 3ème roman du comédien-metteur en scène Christian Rauth. Gérard Colllard, Monsieur Libraire du Magazine de la Santé sur France 5, France-Info et France Culture, qui nous a fait découvrir Karine Giebel, dès son 1er roman il y a une dizaine d’année ne tarit pas d’éloges sur Christian Rauth. Et ça forcément, c’est un sacré compliment !

- On connaît le comédien Christian Rauth pour son formidable rôle de maire d’un petit village du Nord de la France dans la série TV à succès que fut « Père et maire » de 2002 à 2009 sur TF1, mais aussi pour celui de mulet de l’inspecteur Navarro - incarné par Roger Hanin – de 1989 à 2006, toujours sur TF1.
Mais Christian Rauth outre ses talents de metteur en scène au théâtre, possède une autre corde à son arc ; celle d’écrivain de polar ; et cela semble plutôt bien lui réussir !
Pour son 3ème opus en littérature qu’est « La Petite mort de Virgile », il nous entraîne dans une aventure au long-cours faite d’intrigues à répétition, de rebondissements violents, déroutants et inattendus, où l’on sent poindre, sous-jacente, la patte discrète et facétieuse de ce comédien à l’œil épicurien et turbulent, mais dont la pupille se dilate parfois pour laisser couler une larme d’émotion, à l ’image de l’homme lui-même. JPEGDans ce pavé de 438 pages qui tourne autour d’un non-dit familial et d’une éventuelle arnaque à l’assurance-vie, Christian Rauth nous embarque dans une enquête de gendarmerie assez pittoresque comme dans tout bon polar qui se respecte lorsqu’il y a un crime - voire plusieurs - et dans le mystère qui va avec, saupoudré élégamment d’une pointe d’humour discrète, mais souvent réjouissante. Le tout agrémenté de temps à autre au cours des différentes situations d’une play-list musicale très éclectique allant du fado à Amy Winehouse qui n’est pas pour déplaire.
Bref, un vrai polar made in France qui fleure bon le terroir et la Gendarmerie, et nous fait voyager d’Angoulême à Sao Paulo via Paris. Les arnaques à l’assurance- vie génèrent souvent de belles aventures à rebondissements au scénario toujours mouvementé. La Petite mort de Virgile ne faillit pas à la tradition. J.-P.T

- Quel plaisir de lire ce gros roman écrit par le comédien Christian Rauth qu’on connait pour ses rôles à la télé dans Navarro aux côtés de Roger Hanin, et dans la série Père et maire où il tient le rôle principal. Voilà un excellent polar qui propose une histoire tenant parfaitement la route, et qui certainement été déjà vécue. En conséquence, on se dépêche de lire et de tourner les pages tant il y a de suspense. En revanche, la fin est totalement surprenante et originale. Je me suis régalée…" Muriel Gaillard


  **** "CE QUE TU AS FAIT DE MOI" de Karine Giebel

Editions Belfond
Le pitch : Cette histoire a commencé par un coup de foudre. Richard Ménainville, patron des Stups, admiré et respecté par ses équipes, un homme marié, père de deux enfants, accueille une nouvelle recrue. Et au moment où son regard croise celui du lieutenant Laëtitia Graminsky, sa vie bascule. Ménainville tente de résister au sortilège, mais bien vite l’obsession remplit son existence. Et puis, un jour, Laëtitia commet une erreur professionnelle impardonnable, qui met la vie de ses coéquipiers en danger.
Laëtitia est alors vulnérable et soumise au verdict du patron. Le roman commence précisément la nuit où le grand patron des Stups, Richard Ménainville, doit se confesser et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Mais que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant ? Cette histoire se terminera mal, forcément. Car c’est celle d’un maître chanteur. Ou plutôt, comme souvent dans les livres de Karine Giebel, celle d’un maître devenu esclave. Esclave de cette chose fabuleuse et fatale. La passion.
* 552 pages. Prix : 20,90 €.
* En parution simultanée aux éditions Pocket : Toutes blessent, la dernière tue paru en 2018.

- À partir du moment où tu commences à lire ce livre, tu es pris dans un tourbillon qui t’entraîne toujours plus bas. Cela t’aspire, mais tu envies aussi tellement cette passion même si tu sais qu’elle t’emmène à la mort. Karine Giebel s’est surpassée. J’ai terminé ce livre dans la nuit. Je n’ai pas pu en reprendre un autre depuis..." Muriel Gaillard

- 2 heures 20 du matin ! C’est Ce que tu as fait de moi, Karine ! C’est l’heure où j’ai finalement clos la lecture de ce dernier roman reçu quelques jours avant sa sortie le 21 novembre, tel un addictif compulsif au dernier degré.
Une nouvelle fois, celle qui était l’invitée d’honneur de notre dernier festival Blues et polar nous entraîne comme une murène tenant sa proie sans ménagement, au cœur du quotidien interne d’une brigade des Stups en région. Mais un jour tout bascule avec l’arrivée de Laetitia jeune Lieutenant de police âgée de 25 ans. Coup de foudre, coup au cœur, au foie. Coup de tête pour le boss ! La passion à mort venait de lui tomber dessus et s’insinuer insidieusement dans la tête du patron de la brigade, flic d’expérience reconnu par ses pairs et admiré par ses hommes.
On pénètre d’entrée dans une sorte de huis-clos, façon Garde à vue avec Michel Serrault et Lino Ventura, où les « bœufs-carottes » de la Police des Polices interrogent patiemment, posément et séparément, leurs deux collègues : le boss et Laetitia. Il y a eu un drame, du sang sur les mains, des cris ; mais on ne sait pas ce qui s’est passé. Karine Giebel va nous dévoiler au compte-gouttes et au fil des pages dévorées avidement des indices délivrés au cours des interrogatoires. « Je m’étais abaissée à ça pour gagner le droit de garder mon poste se remémore intérieurement Laetitia. Pour gagner le droit de travailler avec eux. Avec ces ordures !
Mais impossible de revenir en arrière. Alors il fallait y retourner. Le pire, c’était ce plaisir indécent qui m’était tombé dessus comme une pluie d’injure. J’avais cru m’adresser à Saint-Pierre ; j’avais en réalité poussé les portes de l’enfer."
Mais de quel enfer parle-t-elle ?
Au cœur de ces 550 pages, c’est avant tout du pouvoir dont il est question, du rapport de force qui s’instaure dans de nombreux milieux, parfois jusqu’à la soumission, notamment envers les femmes. On tourne alors les pages avec fébrilité pour savoir ce qui s’est passé réellement ; mais Karine n’est pas la reine du polar et du suspense pour rien.
Vous devrez attendre la chute du livre, tel un très grand vin qu’on déguste jusqu’à la dernière goutte pour découvrir la réalité ! Je ne vous en dirai pas plus. C’est du grand Karine Giebel ; préparez-vous à une nuit blanche ! Jean-Pierre Tissier


  **** "LES REFUGES" de Jérôme Loubry

(Editions Calmann Levy Noir) COUP DE COEUR BLUES & POLAR 2020. - Comme une vague qui petit à petit prend corps pour gonfler jusqu’à la démesure, sans savoir où et quand elle va retomber, comme si elle se baladait en faisant de même avec nous, le 3 ème roman de Jerôme Loubry Les Refuges nous entraîne sur un jeu de pistes (vraies ou fausses ?) guidées par le poème de Goethe Le Roi des Aulnes. On y avance à petit pas pendant un bon moment, tout en pressentant les dangers multiples qui semblent vouloir sortir du néant, de la paille, et des vagues en colère, tous nés de ces années d’occupation de la France par l’Allemagne nazie, avec sa cohorte de SS diaboliques et les fameux « sang mêlé » résultant de ces instants d’égarement (ou de survie) vécus par des jeunes femmes françaises. Avec parfois, à la clé, des enfants nés de ces unions furtives…. Ces enfants de la honte aux destins douloureux, Sandrine, jeune journaliste en début d’enquête, commence à en lever le voile en débarquant sur une île normande grande comme un gros confetti où sa grand-mère, qu’elle n’a pas connue, lui a légué une maison. Là, débute un thriller haletant où les pages se dévorent passionnément. Un suspense né d’un enlèvement d’enfant, comme je n’en n’ai pas lu depuis longtemps ; rappelant les Karine Giebel de la meilleure veine. Assurément, Jérôme Loubry a déjà tout d’un grand, car l’histoire est riche, troublante, fantastique parfois comme une fiction, et passionnément historique. De l’étable de l’enfer à la mare au diable – clin d’œil à Georges Sand pour quelques excursions d’enquête en Berry – on erre sur le sable de la plage, entre les fourrages verdoyant où des vaches paissent… avec une croix gammée peinte sur le flanc ! Un grand livre sur les traumatismes et les post-traumatismes nés de la guerre. Voilà un auteur qu’on espère bien faire venir au prochain Blues & Polar. J.-P.T
- C’est un livre passionnant et époustouflant. Quand tu commences à le lire, tu vas jusqu’au bout, d’un trait. La fin est totalement désarmante et déstabilisante ; mais comme l’écrit Jérôme Loubry, l’homme n’avance dans la vie que grâce aux refuges qu’il se crée : le sourire, la musique, les livres... Les refuges est assurément un livre qui laisse des traces. Muriel Gaillard


  **** "JE NE T’OUBLIE PAS" de Sébastien Didier

(Editions Hugo Poche). Le résumé.
Bellevue Park. Ses villas d’architecte, ses espaces verts, ses prestations luxueuses... Pour Marc Vasseur, c’était un rêve. Mais lorsque sa femme disparaît en ne laissant qu’un simple SMS pour toute explication, le rêve tourne au cauchemar. Les autorités ne tardent pas à classer l’affaire. ...
"Des montées d’adrénaline en série, comme une suée abondante après cinq étages gravis au pas de course, un suspense haletant récurrent et hyper dosé qui tombe - comme par hasard – à la fin de chaque chapitre, nous obligeant illico à dévorer de facto, les nombreuses pages suivantes…

Avec « Je ne t’oublie pas », Sébastien Didier nous emmène dans un univers proche du « Psychose » d’Alfred Hitchock et du terrifiant « Shining » de Stephen King porté au cinéma par Stanley Kubrcik avec un Jack Nicholson diaboliquement satanique… Ajoutez-y des clins d’œil à Led Zeppelin, les Doors, ou Aérosmith, et vous avez là, tous les ingrédients pour régaler un adepte de Blues & Polar passionné par l’étude de la société, et de ses cruautés au travers du roman noir... On pénètre ainsi au cœur d’une fange mafieuse, suant du fric à grosses gouttes, hors du monde et de la morale, avide de pouvoir, et dont les bas-instincts sont ancrés dans la rage et le comportement de bêtes fauves, sans aucune pitié, et qui ne pense qu’à satisfaire ses propres égos. On débarque alors dans un monde parallèle et discret qui surgit toujours quand on ne l’attend pas, avec chaque fois une violence inouïe et une perversion insensée venue des tréfonds des ténèbres, comme un pacte signé avec le diable pour pouvoir habiter dans le lotissement de l’horreur à Saint-Clair. Il y a du Karine Giebel dans ce roman sidérant et hypnotique et on ne peut souhaiter que le même destin à Sébastien Didier. Ce « Je ne t’oublie pas » en a toutes les caractéristiques. Hugo : Thriller a décidément bien du flair dans le choix de ses auteurs !" J-P.T
« A partir du moment où tu commences ce livre, tu ne le quittes plus ! Tu veux savoir où est passée cette mère de famille … A-t-elle été enlevée et placée dans un réseau de prostitution avec la mafia ? J’ai adoré ce livre, bien trop vite lu… » M.G


  **** "QUI A TUÉ L’HOMME-HOMARD ? " de Jean-Marc Erre

.(éditions Buchet-Chastel). Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un « freak show » (spectacle d’horreur) avec femme à barbe, sœurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse...L’histoire s’ouvre sur la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard ».
« Franchement, on en pince pour lui ; et pas qu’un pneu ! Jean-Marc Erre dont le nom incite à suivre les pas du Promeneur solitaire, nous propose une balade sur le chemin du délire verbal entre Bobby Lapointe, Boris Vian et Groland.
Et là, en nous faisant pénétrer dans l’univers de « Freaks » - extraordinaire film en noir et blanc de 1932 – c’est comme si l’on soulevait le coin du rideau rouge d’un vieux théâtre de province, et que l’on participe à la pièce qui s’y joue - sans y avoir été invité - , dans le rôle de l’acteur, du voyeur et du gendarme.
On jubile à chaque page tant le verbe a de la verve, et la femme à barbe, des moustaches. Freaks, c’est chic et choc à la fois, à l’image de la série totalement déjantée « Min p’tit quinquin » sur Arte où les vaches du Pas-de-Calais tombent du ciel avec un cadavre humain à l’intérieur… Manque plus que Carpentier passant par là (ça, c’est pour les initiés !). Mais ici, on est en plein Gévaudan, pays de la Bête jadis, la brousse de chez la brousse, comme en Berry profond ou en Picardie très sauvage, avec des cadavres démembrés, coupés en morceaux, au cœur d’une enquête cosmique menée par Julie, la fille du maire, handicapée sévère, montée sur roulettes, majeur toujours levé, mais relié à un cerveau carburant au kérosène. Et qui rêve de devenir écrivain, ou vaine comme l’enquête qui avance, piétine, re-avance, re-piétine… mais nous fait tordre de rire à chaque feuillet. Le secret des sœurs siamoises était bien gardé car même avec des jumelles infra-rouges, on n’y aurait vu que du feu… Ah, j’en ai peut-être trop dit. Un livre formidable pour passer de bonnes vacances que François Busnel avait chaudement recommandé dès sa sortie en février, en invitant Jean-Marc Erre dans sa "Grande Librairie" sur France 5. Gaffe quand même si vous êtes en Gévaudan ! " Jean-Pierre Tissier


  **** "LA FAIM ET LA SOIF" de Mickaël Koudero

Editions Hugo Thriller. * Sorti le 7 février 2020. Mickaël Koudero est un scénariste et romancier français qui collabore fréquemment avec les chaines télévisées. Son premier thriller « Des Visages et des morts » s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires. Il a participé également au recueil de nouvelles « Phobia » aux côtés de l’ami Olivier Norek « Coup de cœur Blues & Polar 2015 » et de Ian Manook.

- Roumanie, décembre 1989. Le peuple prend les armes, décidé à se soustraire de la dictature de Ceaușescu. Tandis que Bucarest se voile de rouge, la Securitate (police secrète de Ceaucescu sœur de la Stasi en RDA) finit par abdiquer.
- Paris, juin 2015. Dans un appartement aux allures de chapelle, une femme s’est tailladé les veines. Avant de commettre l’irréparable, elle a cherché à s’arracher les yeux. Plus étrange encore, elle a laissé un paquet de feuilles froissées sur lesquelles est griffonné le même nom : Nosferatu. Un mot roumain qui renvoie aux non-morts, aux vampires et au Diable. Quelques mois plus tôt, c’est un jeune Roumain sans papiers qui a été découvert dans un parking en construction. Vidé de son sang. Les organes volés, son corps à moitié dévoré. Deux affaires qui semblent en apparence bien distinctes. Et pourtant, pour Raphaël Bertignac, ancien journaliste d’investigation, un lien existe.
Un style incisif et percutant. Des phrases courtes, mais ciselées. Un sens exacerbé du suspense qui monte petit à petit comme une mayonnaise prenant corps goutte après goutte... et une envie folle de tourner les pages dès les premiers chapitres ! Avec "La Faim et la soif" (son 2eme thriller) Mickaël Koudero nous entraîne 30 ans en arrière, le 22 décembre 1989, en Roumanie, quand le dictateur communiste Nicolae Ceaucescu vacille de trône, chassé de son gigantesque palais doré par le peuple en colère, pour finir fusillé en 48 heures - avec son épouse - par un peloton d’exécution. Une fin inattendue, rapide et brutale à l’image de Kadhafi en Lybie, lynché à mort dans un tuyau de béton au milieu du désert...
Mais ce qu’a laissé le dictateur aux yeux d’acier, au cœur de ces années communistes si loin de l’idéal promis, est un sillon hors du temps tracé dans la pauvreté extrême, à un point qu’on n’imagine même pas vu d’ici, et dans la terreur incroyable qu’instaurait la Securitate. Cette police politique, cousine de la Stasi d’Allemagne de l’Est, qui épiait, surveillait, interpellait, emprisonnait, torturait et tuait ceux (et celles) qui avaient le malheur d’avoir une autre vision du monde que celle du "Maître Ceaucescu" promoteur d’une natalité de plus en plus féconde. Allant jusqu’à mener des expériences sur les femmes et les enfants, à l’instar du diabolique Mengele dans les Camps de la mort en Pologne. Nazisme et Communisme se rejoignant là dans un même cataclysme pour l’humanité !
C’est cette Roumanie-là, plombée par une dictature démoniaque, qui ressurgit 30 ans plus tard, au cœur du roman terriblement captivant mais terrifiant de Mickaël Koudero. Car dans un pays désormais en pleine transformation, les légendes des Carpates et de Transylvanie sont toujours tenaces et ancrées dans les esprits. En particulier, les Vampyres (avec un y) ces nosferatu de la Securitate ayant généré bon nombre de films d’épouvante du temps du noir-et-blanc. Mais la réalité imprimée par Ceaucescu dépasse la fiction et l’entendement, avec ces milliers d’enfants handicapés physiques et mentaux entassés dans des orphelinats immondes qu’on a retrouvés après la chute du leader déboulonné, et qui aujourd’hui sont devenus adultes !
Loques, zombies.... la faim et la soif pour credo, ils ont erré longtemps dans les rues avant de se réfugier dans des souterrains abandonnés des grandes villes ou dans les forêts où ils se sont reproduits entre eux. Enfants-loups, enfants-sauvages... avec la mémoire du diable ancrée dans leur cerveau par leurs maîtres d’esclavage, ils sont au cœur de ces pages terrifiantes menées comme une course-poursuite dans ces commerces d’un autre monde, qu’on surnomme "Les Marchés de la mort" à Budapest, Prague, Paris... et qui s’approvisionnent en dons d’organes divers (cœur, poumons, reins,, cornées...) via des enlèvements et des disparitions inexpliquées donnant libre cours aux pires vices qui puissent exister. Un livre à dévorer avec passion ; vous comprendrez plus tard... Jean-Pierre Tissier

"Je ne connaissais pas cet auteur. Il explique très bien les années Ceaucescu en Roumanie et les conséquences de la chute du dictateur déchu par le peuple, tué avec son épouse en décembre 1989. Il y a d’ailleurs des passages qui sont très très durs. Où commence vraiment la réalité et où commence aussi la fiction ? Cela nous donne aussi l’envie d’aller à Prague (aujourd’hui République Tchèque) où se passe aussi l’action, grâce à ses descriptions fouillées de la ville. C’est un livre plutôt facile à lire ! "
M.G


  **** "LES GRATITUDES" de Delphine de Vigan

Editions J-C Lattès. - Au-delà de la détresse des mots qui s’entrechoquent et de la descente des sens vers l’oubli, l’humour reste sous-jacent au creux des lignes délicates de Delphine de Vigan dans son dernier ouvrage si précieux qu’est « Les Gratitudes » paru chez J-C Lattès. Un livre labélisé France-Inter, et on ne s’en étonne pas ! Car assez rapidement, à la surprise des mots « dislexyqués » s’ajoutent l’émotion et la tendresse, face à la pérennité des douleurs d’enfance qui ne s’effacent pas malgré les années. Auschwitz et le fait de s’appeler Feld étant passés par là, l’horreur et l’ignominie ineffaçables à jamais, en toile de fond.
« Vieillir, c’est apprendre à perdre » dit Michka la vieille dame héroïne de ce livre à la couverture noire illustrée d’un joli coquelicot. Mais vous savez dans mes rêves, les mots ne me manquent pas. Je parle très bien. »
Ce roman sur le langage et la gratitude de ceux qui font un geste simple – mais essentiel – pour autrui, est comme un duvet de poussin qui vole au vent. On le regarde passer, on le suit si léger dans la brise qui va et qui vient, puis qui disparaît… Mais dont l’image nous reste pour toujours, imprimée à jamais dans notre subconscient. Et on lui dit Merci !" J.-P.T


  *** NOUS ÉTIONS NÉS POUR ÊTRE HEUREUX de Lionel Leroy.

(Editions Julliard)
- Lionel Duroy signe avec son dernier roman « Nous étions nés pour être heureux » un récit intimiste et autobiographique sur fond de réconciliation familiale après des décennies de mise à l’écart. Les rapports entre les protagonistes sont décrits avec force détails dans un style fluide et Paul, le personnage principal, lui-même romancier, nous fait partager tous ses états d’âme. Une famille dysfonctionnelle est ainsi disséquée, mise à jour, et la réconciliation semble être de mise, au prix d’une vaste psychothérapie collective lors de deux journées de retrouvailles. La question est donc posée : peut-on faire abstraction d’un passé au sein d’une imposante fratrie ou de parents qui ont failli à leur tâche et vivre tout de même une vie heureuse ? Lionel Duroy, semble le temps d’un roman, indiquer que non et aborde la profondeur des liens entre frères et sœurs, quelles que soient nos mésententes. Car de qui se souviendra un homme, au seuil de sa vieillesse, si ce n’est de tous ceux qui lui ont permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui ?" Aude Locher


  **** "ENTRE DEUX MONDES" de Olivier Norek

De la jungle du 9.3 à celle de Calais
- Lauréat du Coup de cœur Blues & Polar en 2014 avec "Territoires" consacré à la jungle du 9.3, Olivier Norek nous prend à contre-pied cette fois, avec « Entre deux mondes », un ouvrage en forme d’aventure, malheureusement contemporaine, pour ceux qui habitent dans le 6.2 ; dans cette zone mouvante du Pas-de-Calais devenue frontière avec l’Angleterre sur le sable de ses propres dunes du Cap Gris-nez à Grand-Synthe, au lieu de l’être au beau milieu de la Manche ou à Douvres comme le voudrait la logique. Merci M. Sarkozy des Accords du Touquet !!!
Le rêve de la perfide Albion à portée de regard pourtant (par temps clair), mais si lointain pour tous ceux, qui exilés de Syrie, Lybie, Soudan, Afghanistan, Érythrée, Irak…. cherchent à passer par tous les moyens pour y rejoindre une famille ou trouver un sous-emploi à bas coût.

« A la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire. Et ce jour-là, je refuse d’avoir honte. » Les mots d’un flic de calais.

Car si tout un chacun de l’Union européenne – que la Grande-Bretagne veut pourtant quitter – peut aller faire ses soldes pour le Boxing day du 26 décembre avec sa simple carte d’identité, et rentrer le soir même en France, d’autres prennent des risques insensés au péril de leur vie pour franchir la Manche rejoindre clandestinement ce Graal qu’est Londres pour des milliers de migrants.
Mais auparavant, tous auront passé des mois dans cette jungle - démantelée en octobre 2016 - dans laquelle Olivier Norek s’est immergé loin de la Seine-Saint-Denis, mais avec autant de réactions fauves et violentes flashées au fil de ses pages…
Une histoire au sein du quotidien de la BAC de Calais qu’il décrit avec acuité grâce à son savoir-dire et faire, simple et efficace.

« Face à la violence de la réalité, je n’ai pas osé inventer. Seule l’enquête de police a été romancée. OLIVIER NOREK »

Norek lève ainsi le voile sur les incongruités d’un système capable de larguer 2 M€ de grenades lacrymogènes sur les migrants en 2016 pour protéger les chauffeurs des poids-lourds en partance pour ’Angleterre, et dégager les barrages et barricades installés sur la route ; tandis qu’on découvre qu’après les passeurs de Méditerranée qui larguent des flots de migrants par centaines sur de vieux Zodiac rafistolés, ceux de Calais ne sont en fait que des voleurs-racketteurs qui ne font rien que voler les rares économies restant en poche des candidats au voyage... pour les autoriser à monter dans un camion, sans aucune garantie !
Comme des bandits de grand chemin. Les Afghans s’y taillant la part du lion, en régnant tels une véritable mafia sur ce noir commerce. Ajoutons-y le rôle obscur - mais bien réel - de quelque loup solitaire islamiste cherchant à convaincre les âmes faibles de jouer les terroristes pour Daech... Et vous obtiendrez-là tout ce qui fait le miel de la politique française actuelle et à venir en ce qui concerne le flot des migrants, qu’on accueille... ou qu’on ignore ? Vaste question souvent épidermique ! Il suffit de la poser pour comprendre, qu’on soit au zinc d’un bar, en famille, ou invité sur un plateau TV...
À la différence, qu’Olivier Norek a pris le temps - en s’immergeant nuit et jour durant un an - de comprendre ce qui nourrissait ce monde à feu et à sang qu’était la jungle de Calais, désormais rasée de près." Jean-Pierre Tissier
* « A mon grand-père Herbert Norek migrant silésien devenu citoyen français. »

 "Les romans d’Olivier Norek sont toujours aussi percutants. Avec son dernier ouvrage « Entre deux mondes », Norek nous entraine à la suite d’un émigré syrien dans la jungle de Calais, territoire barbare s’il en est, et nous y fait découvrir des us et coutumes tous plus brutaux les uns que les autres. Heureusement que l’entraide parvient, parfois, à y survivre ! Olivier Norek a l’incroyable faculté de nous promener dans des univers qui nous seraient autrement inaccessibles et ses romans nous laissent des sensations aussi fortes que de vrais souvenirs de voyage... Du grand art, même si la fin est âpre, car vous ne sortirez pas indemne de cette lecture-là ! " Aude Locher


 PAROLES DE FLICs de Jean-Marie Godard

(Editions Fayard). Ils s’appellent Tony, Betty, Manu, Yasmine, Sylvie, Mélissa, Mourad, Corinne, Jeff. Ils travaillent à Calais, à Marseille, en Seine-Saint-Denis... La plupart du temps, vous ne les remarquez pas... sauf quand vous en avez besoin.
Pourtant ils sont là. Travaillant au contact de la rue, de la violence, de la misère sociale et de la mort. Jouant les assistantes sociales, luttant contre le terrorisme, œuvrant au maintien de l’ordre. Voici le vrai visage des 149 000 flics de France. C’est une police épuisée, sollicitée à l’excès, en mal de repères, que nous donne à lire le journaliste Jean-Marie Godard. Un an d’immersion pour cerner au plus près la réalité de la police de France. Et le tableau qu’il brosse fait froid dans le dos. Des commissariats insalubres. Des planques nocturnes payées 97 centimes d’euro de l’heure. Des voitures poubelles chargées comme des chars d’assaut pour intervenir au pied levé sur des attaques terroristes. C’est le quotidien de ces flics envoyés au front avec un matériel usé jusqu’à la corde. Bienvenue dans le monde de ceux qui vous permettent de dormir tranquilles la nuit.

« Voilà un bouquin surprenant qui nous dévoile des situations vécues par les gardiens de la paix et qui pour beaucoup sont tues aussi bien par les instances de la Police Nationale que par des médias qui ne sont pas toujours au courant de tout néanmoins… On ressent surtout à travers ces témoignages, tout l’épuisement de nos policiers travaillant souvent dans des locaux vétustes, des véhicules en bout de course et en abandon technique…. Un très bon ouvrage pour se faire une idée du quotidien de nos forces de l’ordre à Paris, en banlieue ou en province… Jean-René Gaillard


  *** "L’IRLANDAIS" de Maurice Gouiran

Editions Jigal Polar. - Marseille au cœur, mais aussi Marseille rancœur pour un Gouiran toujours aussi révolté face à la destruction des vieux quartiers marseillais, remplacés par la pieuvre EuroMéditerranée qui s’étend sur l’antique Phocée.. Avec « L’Irlandais », Maurice Gouiran reste fidèle à son écriture empreinte d’humanisme ; et sa philosophie rurale et poétique de berger du Rove nous entraîne – 50 ans plus tard – dans l’inextricable conflit Nord-irlandais dont les séquelles demeurent encore aujourd’hui avec ce Mur façon Berlin ouvert chaque jour à heures fixes, qui sépare toujours deux quartiers de Belfast. « L’Irlandais » - alias le peintre Zach Nicoll – est un néo-Marseillais star du street art quand celui-ci avait une vocation politique en Irlande, que les fresques géantes dévoraient les murs de Belfast et Dublin… et que l’on retrouve assassiné dans son atelier près du Vieux-Port. Au fil d’allers et retours entre la verte Erin et Marseille, on se remémore – ou l’on découvre pour certains – ce conflit terrible et insensé avec l’IRA (Armée révolutionnaire) en toile de fond, ses morts et les snipers britanniques postés au sommet de la plus tour de Belfast. Une société, où quel que soit le camp – et c’est bien là le drame ! - les femmes catholiques ou protestantes n’avaient pas vocation à la parole, au divorce, à l’avortement… car les hommes des deux camps souhaitaient avant tout ne rien changer. La Méditerranée reste pourtant au cœur de ce livre qu’on dévore avec envie, avec toute son identité sudiste faite de pizzas, chichis de l’Estaque, brousse du Rove, anchois, basilic.. face à la Guiness, au lard et aux fish & chips de Dublin. Et comme toujours avec Clovis – le journaliste-enquêteur héros de Gouiran - il y a du charme sur velours et canapés avec quelques piments au détour d’une chambre d’hôtel. Ben oui, on adore Gouiran qui fut notre Coup de cœur 2013 Blues & Polar pour son roman « Marseille, la ville où est mort Kennedy » paru chez Jigal également. J.-P.T

Avec L’Irlandais, Maurice Gouiran nous offre un polar dépaysant partageant avec nous, tour à tour, sa connaissance profonde de la vie provençale et celle non moins pointue de l’Irlande du nord. S’exprimant au travers de la plume de Clovis, journaliste et ami de la victime, Maurice Gouiran nous replonge au cœur des heures sombres des différentes factions de l’IRA dans l’espoir d’élucider le meurtre d’un peintre de rue irlandais qui avait trouvé refuge à Marseille. Le lecteur est donc entrainé dans des cercles de plus en plus larges pour comprendre qui a bien pu tuer Zach Nicholl, ex militant de l’IRA ; soulevant, d’une part, un voile sur un pan de l’histoire sanglante du Royaume-Uni et nous confirmant, d’autre part, qu’il est le plus souvent inutile de chercher midi à quatorze heures... Aude Locher


  *** "LA PERSONNE DE CONFIANCE" de Didier Van Cauwelaert

Sorti le 4 avril 2019 aux éditions Albin-Michel.
« On croit qu’on ne sert à rien sur terre, jusqu’au jour où quelqu’un vous demande l’impossible… » Cette phrase inscrite en 4ème de couverture sur le dernier livre de Didier Van Cauwelaert en résume parfaitement le déroulé et la truculente dramaturgie avec de faux-airs d’un bon vieux San Antonio parfois.
Car n’oublions pas que le Niçois, Prix Goncourt 1994, a débuté par le polar…
Avec La Personne de confiance , on entre donc de plain-pied dans une aventure délirante et tendre comme une madeleine, cocasse, chavirante et déjantée qui nous entraîne au cœur d’une rencontre improbable entre une mémé bretonne ancienne Résistante de 93 ans, chef d’une entreprise de biscuits mythiques, adoubée Compagne de la Libération par le général de Gaulle lui-même… abandonnée dans sa Rolls-Royce stationnée illicitement sur la très chic et bourgeoise Avenue Foch à Paris, et un jeune employé de la Fourrière, natif de Bobigny dans le 9.3 comme on dit.
Deux mondes aux Antipodes l’un de l’autre à première vue ; mais les premières pages sont un vrai scénario digne de l’éternel « Corniaud » avec Bourvil et Louis De Funès, et ça continuer dans la même veine hilarante, page après page, avant de découvrir le « pot-aux-roses » concernant cette vieille dame devenue Alzheimer - mais pas par hasard !!! – qui convie via un faire-part très authentique, ses derniers amis à son suicide assisté, mais en Suisse, bien évidemment.
Pour ma première découverte de l’œuvre de Didier Van Cauwelaert (je le confesse humblement !) Prix Goncourt 1994, j’avoue que la surprise a été totale, et agréable, voyageant entre San Antonio, l’univers des tours HLM du 9.3 et les galettes bretonnes de mamie Madeleine. Un vrai remède antimorosité, aux vertus joyeuses et apaisantes, à découvrir au plus vite. J.-P.T


  *** "UN BON PETIT SOLDAT" de Mercédès et Michaël Crépin

Chez Flammarion (Sorti le 13 mars 2019- 304 pages). COUP DE COEUR BLUES & POLAR 2021. - Quand il s’engage dans la Légion étrangère, Michaël change de nom, et même de nationalité. Pour cinq années au moins, ce jeune Français accepte de devenir un autre homme, de ne pas se marier et de ne pas reconnaître officiellement son fils… Car devenir légionnaire, c’est comme entrer en religion. Avec sa femme Mercédès, il raconte le quotidien d’un soldat de troupe, les fêtes loin de chez soi, le décalage par rapport au monde. Mais aussi la fierté des défilés militaires et la sensation d’appartenir à une famille soudée, quoi qu’il arrive. Jusqu’à l’irréparable : en Afghanistan, une embuscade sanglante. Michaël ramasse, à mains nues, les corps déchiquetés de ses frères américains. Quelques semaines plus tard, la mort le frôle. Il ne sera plus jamais le même. Après avoir souffert d’un Syndrome de stress post-traumatique de guerre à son retour d’Afghanistan Michaël Crépin s’est reconverti dans l’agriculture et vit près de Castres. Son épouse Mercédès se bat pour une plus grande reconnaissance des soldats français . Elle est rédactrice en chef du journal "le Conscrit" et recueille la parole des blessés de guerre.

« Je suis devenu légionnaire pour être un type bien, pour faire des choses bien. Mais à Sarajevo, en Afghanistan, comme dans toutes les autres guerres, le bien, le mal, c’est compliqué, explique Michaël Crépin. Je ne suis pas un philosophe même pas un penseur . En tant qu’homme, j’agis par instinct et par conviction. En tant que Légionnaire j’agis selon les ordres qui me sont donnés. Je verrouille tout. J’exécute. Mais il arrive toujours un moment où l’homme et le militaire se rencontrent. »
À force de ne jamais craquer devant ses frères d’armes parce que la Légion est un mythe, le Légionnaire Michaël Crépin à absout Michaël, l’homme devenu une machine efficace et sans états d’âme, le jour où l’incompréhension d’un ordre venu d’en haut - à savoir ne pas tirer sur les ravisseurs Talibans qui venaient d’enlever les deux journalistes de France 3 Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier deux jours auparavant seulement - a suscité chez lui une honte profonde.
Motif politique ? On serait enclin à le croire tant la « Grande muette » n’avait pas apprécié à l’époque (30 décembre 2009) que des journalistes du Service public aillent enquêter dans une zone rouge où les Talibans se terraient au cœur des montagnes.
Rancœur ? Envie de donner une leçon à la Presse ? Toujours est-il que ce moment - précédant 18 mois de détention pour les deux journalistes - est devenu une honte pour Michaël qui avait là dans son viseur les ravisseurs de nos confrères. « J’en veux ,dit-il aux gradés de la Légion qui m’ont enlevé la seule fierté que j’avais dans ma vie alors, celle d’être un Légionnaire. Un type qui fait le bien. »
Victime du Syndrome de Stress post-traumatique (STP) à son retour d’Afghanistan, Michaël Crépin n’a pas été pris en charge psychologiquement comme l’ont été aux USA, les vétérans du Vietnam. On découvre tout cela avec sidération et stupéfaction dans ces pages écrites avec les tripes où certains gradés de la Légion en prennent pour leur grade, notamment lors de remises de décorations qui mettent plutôt mal à l’aise. L’ego du chef en première ligne plutôt que la reconnaissance du soldat. Aujourd’hui reconverti agriculteur à Castres, Michael Crépin et son épouse œuvrent pour une véritable reconnaissance du syndrome SPT qui touche bien des soldats de toutes les Armes. « Un combat apolitique précise Mercédès Crépin, car la souffrance psychologique n’est ni de droite, ni de gauche. » Mais elle touche tout le monde et les militaires qui vont jusqu’à donner leur vie pour la France et son peuple, méritent infiniment plus de respect, lorsqu’ils sont touchés dans leur chair et leur cœur. Jean-Pierre Tissier

- « Ce livre-témoignage est particulièrement prenant et montre bien le parcours semé d’embuches d’un Légionnaire et de son épouse pour faire reconnaître sa maladie (le syndrome post-traumatique) à la suite d’une mission terrible et traumatisante à la suite d’une mission effectuée en Afghanistan. Il en ressort que nos soldats sont bien mal lotis face à la maladie. » Jean-René Gaillard


"LA FILLE DU TROISIÈME" de Danièle Saint-Bois.

(Editions Julliard). L’histoire : Une lieutenante de police doit toujours garder la tête froide et les idées claires ! Avant de résoudre les meurtres de vieilles dames qui mobilisent son équipe, Swany pourrait commencer par mettre un peu d’ordre dans sa vie : avouer à ses deux mères qu’elle est elle-même homosexuelle ; se pencher sur sa relation clandestine avec sa supérieure hiérarchique ; se tirer du bourbier dans lequel elle s’est fourrée en tombant amoureuse de « la fille du troisième » ; se méfier des séances de vaudou de sa voisine haïtienne, Bella. Alors, peut-être, enfin, percevrait-elle certains indices essentiels à l’élucidation de cette sombre affaire de tueurs en série… Lesbiennes frondeuses, machos au grand cœur, spirites, Tontons macoutes et flics tout-terrain composent la galerie de personnages de ce polar jubilatoire qui fait la part belle aux femmes et dont l’intrigue tourne avec humour autour d’une cage d’escalier.
« Si vous avez aimé le film d’Abdellatif Kechiche « La vie d’Adèle », vous aimerez, sans doute, « La fille du troisième » de Danièle Saint-Bois. Désirs et plaisirs lesbiens passionnés, violents, récurrents constituent la trame principale de ce roman. Un style haché, vibrant vous fait vivre les émois et les mésaventures de Swany, au demeurant lieutenante de police. Et si la résolution de l’énigme policière sous-jacente est fort peu crédible, l’auteure s’amuse entre l’intuition supposée de son héroïne et rites vaudous... Une galerie de personnages hors normes pour un résultat résolument féminin. »Aude Locher


  ** "AU BOUT DU COMPTE" de Hervé Huguen

(Palémon éditions).
« Avec ce roman d’essence bretonne, on est plongé dans le monde de la finance, es assurances et des magouilles, apparemment très rentables…. Mais bien sûr, quand il y a trop de monde dans le coup, et qu’il faut savoir être discret, y’a comme de l’élimination dans l’air à coup sûr. Voilà un livre très agréable à lire qui pourrait néanmoins donner des idées à certains. La fin est surprenante et contre toute attente. J’ai beaucoup aimé. » M.G

« On est en Bretagne, à Vannes, Pontivy... ce qui n’est pas fait pour me déplaire, et le commissaire Nazon – héros de Hervé Huguen - est un fan des Stones, comme nous tous à Blues & Polar. L’enquête qu’il doit mener à la suite d’un cadre de l’entreprise renversé en sortant d’un bar, est plutôt intéressante, même si elle se passe dans un milieu de la Finance où les malversations ne sont pas toujours évidentes à comprendre pour un non-initié. Néanmoins on s’y retrouve dès que ça commence à s’éclaircir de façon brutale dans les rangs des présumés coupables ou innocents. On tourne donc les pages, mais le mélange entre une voix-off commentant les actions et le parti–pris de trier les personnages pour leur consacrer un chapitre complique la lecture et étonne un peu. On retrouve néanmoins les ambiances propres à toutes les entreprises, entre désirs, envies de promotion, conflits, jalousies…. Mais ce mélange de styles d’écritures avec néanmoins une fin étonnante, m’a plutôt désarçonné. Un roman agréable à lire, mais un peu trop touffu par moments. » J.-P.T


  ** "LES ÂMES PEINTES" roman noir de Philippe Nicolas

(éditions Cohen & Cohen). Sorti le 29 août 2021. Le résumé. La Joconde perd le sourire. Un homme est retrouvé mort au pied d’un tableau. Deux amants se font happer par le portrait de La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci et se battent pour rester en vie. Tandis que le commandant Bruno Gorce traite le Louvre comme une scène de crime, tous les fils convergent vers un homme : le président du musée, Pierre Longueville. Quel incroyable secret le patron énigmatique a-t-il découvert dans les tableaux de Léonard de Vinci en menant des expériences dans les laboratoires souterrains du Louvre ? Une aventure fantastique, policière et amoureuse au cœur du plus grand musée du monde. "Les Ames peintes" est son premier roman.

« Les âmes peintes » est un roman décalé qui oscille, de la première à la dernière page, entre polar et roman de science-fiction résolument alchimique ! Situé majoritairement entre le Louvre et le ministère de la Culture, l’auteur Philippe Nicolas nous entraine, tour à tour, entre passions amoureuses ardentes et secrets d’alchimie médiévales sur fond d’enquête policière. Le livre se veut savant ; l’est-il vraiment ? L’enquête se noie dans les tableaux et le dénouement ne laissera heureux que le lecteur en quête d’un aboutissement mystique ! A chacun de trouver son chemin à travers ce roman au style lourd et très descriptif : cours d’histoire de l’art sur la Renaissance italienne, enquête policière sur des meurtres inexpliqués dans les musées ou traité d’alchimie enfin révélé au grand public ? Mais, peut-être, est-ce un roman à lire au deuxième degré et qui relate les liens fort complexes entre art et pouvoir ? » Aude Locher

« Je pensais que j’allais adorer ce livre, mais en fait, malgré des passages où l’on nous raconte comment ont été peints les tableaux de La Joconde et La Belle ferronnière par Léonard de Vinci, il y a beaucoup trop - à mon humble goût - de détails techniques sur les différentes peintures utilisées, et beaucoup de mots que je ne connaissais pas. Et il faut donc user et abuser du dictionnaire pour savoir de quoi on parle…. Ceci a pour conséquence de faire passer l’intrigue, qui est la trame du livre au second plan. A côté de cela, le fait de parvenir à nous persuader qu’un tableau, malgré le temps, est toujours vivant, est particulièrement plaisant. » M.G


  ** "UnE FLÈCHE DANS LA TÊTE" de Michel Embareck

chez Joëlle Losfeld. Déjà venu à deux reprises comme invité au festival Blues & Polar à Manosque, le Tourangeau Michel Embareck journaliste-écrivain multi-cartes capable de s’enthousiasmer autant pour un essai du XV de France que pour un morceau des Clash ou de BB King, tout en écrivant un polar bien senti avec des mots qui vibrent sur un parfum d’Easy rider ou de Love in vain, vient de publier « Une Flèche dans la tête » un petit opus de 113 pages qu’on lit doucement avec une profonde délectation. Car pour qui aime le blues passionnément, mais avec la curiosité d’un historien sur la véracité de certaines légendes, on navigue au cœur du Delta du Mississipi avec un mystère collé aux basques d’un père retrouvant sa fille, comme des sangsues dans le bayou, mais sans trop s’en rendre compte, à cause de ces sacrées migraines qui transforment la tête de ce père de famille en véritable champ de bataille. « La musique raconte l’histoire de l’humanité » écrit Michel Embareck. Mais le blues, bien que passé de mode, est toujours d’actualité.
On erre donc entre Memphis et la Nouvelle-Orléans, sur la route plutôt folklorique du blues, en remettant les pendules à l’heure parfois. Comme quand l’auteur rappelle que le rap - littéralement la tchatche - est vieux comme le monde via le Golden gate quartet dans les années 30, puis le grand Isaac Hayes avec Shaft dans les seventies… Idem pour la légende Robert Johnson qui aurait vendu son âme au diable en 1936 pour jouer de la guitare comme un dieu. « Le Diable paie cash et Dieu à crédit, sans aucune garantie » complète Michel Embareck. Et de souligner les textes torrides et sexués des vieux blues chantés par Bessie Smith ou Lucille Bogan comme « Mets ta saucisse dans mon petit pain… » et qu’on ne pourrait plus chanter aujourd’hui. Au travers de ce périple père-fille, et de son intrigue finale émouvante, Michel Embareck nous gratifie de quelques pages d’une veine merveilleuse, crachant peu avant la fin, des volutes de diatribes déchainées, à l’image de Léo Ferré vociférant « Je suis un chien ». Un livre pour qui aime le blues bien plus que le polar. » J.-P.T


  *** "DERNIER ARRÊT AVANT L’AUTOMNE" de René Frégni.

(Editions Gallimard). Le Bonheur fou des Vraies richesses ou le Mystère de Ségriès. - Traverser sous la lune les Plateaux de lavande ; caresser et parcourir la vallée bleue de la Durance ; s’endormir sous la pluie en entendant chanter les tuiles…. Toutes ces phrases en forme de remèdes à la mélancolie, René Frégni les a couchées sur les lignes bleues de son cahier d’écolier quadrillé, en étant persuadé qu’il n’avait plus rien à dire et à écrire. Comme pour pallier à un manque d’inspiration. Et c’est donc une errance littéraire, en quête d’une histoire qui tienne la route que l’on effectue dans les pas paisibles de celui qui au fil du temps a posé les flingues et garé les fourgons de la Brink’s braqués sur l’Autoroute, pour un univers plus naturaliste et philosophique. Totalement dans l’esprit de Jean Giono, à la manière d’un promeneur solitaire cherchant autant les cèpes et autres pinins plus rustiques, que les figues d’été, se rassasiant des joyaux naturels de Haute-Provence que sont les sous-bois mystérieux et les monastères abandonnés par les hommes de foi. Car c’est là, à Ségriès, sur les hauteurs proches de Moustiers-Sainte-Marie, que le fil d’Ariane d’une intrigue inattendue va enfin se dérouler, mêlant auto-biographie et quelques onces de fiction. Car lire René Frégni lorsqu’on le connaît depuis de si longues années ressemble parfois à des rébus écrits à l’écriture sympathique. Au texte originel, on ajoute ainsi des images, des visages, des paysages connus… Il aura suffi d’un authentique couple d’amis libraires "pour de vrai" à Riez-la-romaine pour que le monde bascule, et que derrière les cris des corbeaux et le ronronnement d’un chat abandonné, l’inspiration revienne aux premières neiges. « Ça sert à ça un ami ; à ne pas mourir quoi qu’on ait fait », écrit René Frégni en signe de credo. Une conclusion à cet automne pas comme les autres, en forme de main douce qui écarte lentement le destin. » J.-P.T


  *** "ÉCOUTER LE NOIR"

(recueil collectif aux Editions Belfond). Barbara Abel, Jérome Camut, Sonja Dezongle, François-Xavier Dillard, R.J Ellory, Karine Giebe – Invitée d’honneur de Blues & Polar 2019 - Nathalie Hug, Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Maud Mayeras, Romain Puèrtolas, Laurent Scalèse et Cédric Sire, sont ici réunis sous la direction d’Yvan Fauth qui leur a donné pour thème L’Audition après une mésaventure personnelle résultant des suites d’un concert en avril 2008, où il a perdu l’audition.
« Et les sons sont devenus mes ennemis explique-t-il, devant lutter désormais contre les acouphènes, ces vertiges bourdonnants et une intolérance au bruit dénommée Hyperacousie. Le but et le mot d’ordre pour tous était donc de faire tendre l’oreille au lecteur en proposant des récits qui jouent avec les différentes définitions de l’audition. Des nouvelles où chacun a donné libre cours à sa noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et cette fameuse tension propre au thriller authentique, celui qui vous happe des premiers mots… à la chute. Les éditions Belfond réhabilitent ainsi le format de la Nouvelle, quelque peu dédaigné en France alors qu’il s’agit d’un vrai style littéraire prisé dans les pays anglo-saxons. « Tous avaient carte blanche pour jouer avec les différents sens du mot « Audition » précise Yvan Fauth. Le résultat est souvent surprenant, formidable de talents et d’expression fortes. » Et effectivement en piochant au hasard de Karine Giebel à Sonja Dezongle, en passant par Sophie Loubière et Ellory, c’est toute la folie liée au désormais silence qui nous entraîne dans des situations incroyables… comme l’idée de mourir enfermé tout simplement parce que les deux seules personnes capables de nous sauver sont sourdes… Un recueil collectif passionnant qui nous donne plein de conseils : - 1. N’écoutez pas la musique tête plongée dans un caisson de basse ou avec des écouteurs à fond. 2. Lisez « Ecouter le noir » pour vous faire peur assis dans un fauteuil. 3. Faites-vous appareiller si vous perdez l’audition. 4. Apprenez la Langue des signes ! J.-P.T


  *** "L’ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS" de Pierre Pouchairet

(Editions Palémon). - Sorti des presses le 14 juin 2020, le nouveau roman de Pierre Pouchairet, fidèle du festival Blues & Polar, nous est arrivé cette semaine, dédicacé de l’ami Pierre. Et il nous fait retrouver la commandante Léanne Vallauri toujours à la tête de la PJ de Brest avec ses copines fans de blues et de rock.
Une nouvelle plongée vers les cimetières de bateaux et de sous-marins de l’ancienne base militaire allemande cette fois, mais aussi dans le Brest souterrain interlope du monde de la nuit. Car comme dans tous les ports (Anvers, Marseille, Toulon, Valparaiso…) il s’en passe des choses, et des meurtres au couteau, l’arme de prédilection des bars et du monde de la mer, où tout peut chavirer pour une phrase ou un faciès qui ne revient pas…
Flic de terrain, Pierre Pouchairet l’est resté jusqu’au bout de ses sens, lui qui du commissariat de Nice à la Sécurité Intérieure à Kaboul - où tout pouvait sauter au moindre souffle d’air - a vu notre monde devenir de plus en plus fou et de plus en plus violent. L’appât du gain et du pouvoir étant toujours le moteur principal des malfrats de tout poil. Pierre Pouchairet évolue là comme un poisson dans l’eau, comme un beau bar dans le rail de Sein, tant il connaît avec précision cette côte merveilleuse allant de Brest à L’ile Tudy. Et on est toujours ravi à Blues & Polar de retrouver Léanne, Vanessa et Elodie, Stratocaster en main et batterie en fond, claquer du Roty Gallagher comme au bon vieux temps de Taste et des seventies. Avec Bullfrog blues, histoire de se lâcher. Il y a des fois où l’on aimerait que la fiction soit réalité…. Histoire de les programmer à Blues & Polar. » Jean-Pierre Tissier


  *** "QUATRE MORTS ET UN PAPILLON" de Valérie Allam

(Editions du Caïman). C’est le premier polar de Valérie Allam paru aux éditions du Caïman animées par Jean-Louis Nogaro, venu il y a quelques années déjà à Blues & Polar.

« Quatre morts et un papillon » c’est le parcours chaotique de femmes cabossées par la vie contemporaine faite de séparations rapides, divorces, et de familles recomposées et décomposées à la fois. Un authentique roman noir ponctué de rapports amoureux passagers salutaires (ou pas !) en osmose avec le temps qui passe et s’égrène à toutes les vitesses possibles, surfant sur le tsunami des dangers habituels : alcool, drogue, viol, vol, dettes, et loyers impayés. On y chemine au hasard des solitudes, entre jours sans fin de chacun et exploitations des malheurs de l’autre. Parfois avec difficulté (car écrit en petits caractères) pour suivre tous ces parcours simultanés jusqu’au choc extrême de la compilation des détresses qui génère la providence. Jusqu’au moment où ce roman réussi mais très noir et dans l’air du temps devient polar avec quatre morts certes, mais poésie également ! Il y a toujours des papillons peints sur les murs des pédiatries… » J.-P.T

- « Dans son roman noir qu’est incontestablement « Quatre morts et un papillon », Valérie Allam nous entraine dans le sillage des laissés pour compte. Et ses personnages qui vont parfois jusqu’à la caricature, ont bien du mal à survivre entre addictions et obsessions... Si le style de Valérie Allam est fluide et se lit facilement, il faut du temps cependant pour se familiariser avec ses personnages liés par des situations improbables, et qui surfent vers des destins sordides, nous entrainant dans leur mal-être. Heureusement qu’une fleur de poésie pousse de temps à autre au milieu des décombres ! « Quatre morts et un papillon » ou le roman de destins tragiques. " Aude Locher

- "Livre surprenant que ce "Quatre morts et un papillon", premier polar de Valérie Allam. En effet, dès que l’on a tourné la première page, le rythme est prenant et on est obligé de continuer à feuilleter pour connaître la vie de ces quatre femmes totalement différentes les unes des autres mais qui se rencontrent au travers d’accidents de la vie... On de demande bien comment va être la fin, et finalement la surprise est totale. Pas du tout ce que l’on pensait. Je me suis régalée." Muriel Gaillard


  *** "LES DÉMONS DE L’ELYSÉE" de Patrick Cavenair.

Editions Ramsay.
- Après Fusion froide, un premier thriller publié en 2013, Patrick F. Cavenair – c’est son pseudonyme – a proposé en 2018 une fiction envoûtante sur Mai 68 préfacée par Michel Field, La Tentation du Présent. Passionné par les différentes formes du pouvoir, il aurait été journaliste et consultant… Avec Les Démons de l’Elysée, il nous conduit avec élégance sous les dorures du pouvoir, puis nous fait basculer dans le dédale obscur du palais de l’Elysée. - Le corps dénudé et sans vie d’un conseiller proche du Président de la République est exfiltré du Palais de l’Elysée. Le commissaire Marchelieu est discrètement convoqué sur place, car l’enquête est délicate, et rien ne doit filtrer dans le Château et encore moins à l’extérieur. Mais un journaliste présent à l’Elysée le jour du meurtre mène sa propre enquête… Un tableau démoniaque du XVe siècle est au cœur de cette enquête parsemée des relations sulfureuses qu’entretiennent certains acteurs du monde politique…

« Voilà un roman vraiment très agréable à lire avec une intrigue bien ficelée qui nous tient jusqu’au bout. Mais il y a aussi une multitude de détails sur le mobilier de l’Elysée, le linge de l’Elysée, les tableaux qui s’y trouvent, les escaliers dérobés, les souterrains, l’abri anti-nucléaire enfouis sous terre profondément dont j’ai appris l’existence… qui sont particulièrement captivants. » Muriel Gaillard

- "Danses macabres au Palais, ainsi pourrait se résumer cet ouvrage très excitant que l’on lit compulsivement, pour peu que l’on s’intéresse à la politique pour sa grandeur, mais aussi pour ses secrets d’alcôves qui ont émaillé la République au fil du temps, ainsi que le faisait la monarchie auparavant – pourtant issue de Droit Divin - avec autant de violence et de raffinement parfois dans les exécutions et crimes, souvent empreints de rituels alambiqués et de mystères. Patrick F. Cavenair nous fait pénétrer dans ce palais bien gardé qu’est l’Elysée, comme dans un théâtre aux murs tapissés d’or et de velours rouge, où se cachent des couloirs, souterrains et même un abri anti-nucléaire dans les profondeurs du Faubourg Saint-Honoré. Mais la surprise la plus totale est qu’on se trouve dans des bureaux baptisés Jupiter jadis avec Emmanuel Macron soi-même et Bibi à ses côtés, tout comme les Gilets jaunes omniprésents eux-aussi. Exceptionnel et rare d’entrer littérairement de plain-pied dans du présent aussi frais (le livre est sorti début mai) au cœur d’un thriller, mais on est prévenu d’entrée par l’auteur que tous les conseillers du PR (président de la République) ne sont que pure fiction... Un moyen pratique pour venger le réel… commentait d’ailleurs récemment sur France Inter, l’écrivain-dramaturge Philippe Besson. Et cette fiction-là nous entraîne dans des atmosphères interlopes, influencées par le tableau en trois dimensions de Jérôme Bosch « Le Jardin des délices » peint au XVème siècle, où se mêlent la luxuriance, l’harmonie jouissive et pour finir, un cloaque vomissant comme une diarrhée féconde et contagieuse. A l’image des meurtres qui vont se succéder au Palais, avec chaque fois des mises en scène folles comme ces deux oreilles coupées sur le cadavre d’un conseiller du PR, transpercées d’une lame ébréchées pointée vers le haut….Et pour nous faire comprendre que les mœurs au sommet de l’Etat laissent souvent libre cours à des rumeurs, étayées ou non, Patrick Cavenair revient – au travers de pages écrites en italique – sur les frasques sexuelles de Dominique Strauss-Kahn, le suicide de François de Grossouvre conseiller de François Mitterrand retrouvé mort le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Elysée, l’Affaire Markovic garde du corps retrouvé assassiné après des révélations scabreuses sur Mme Pompidou, la dernière soirée de la Princesse Diana au Ritz … – non sans oublier une analyse politique très fine sur un quinquennat prenant l’eau émaillé de la fronde des gilets jaunes… Mais tout ça n’est que pure fiction… Bref, lisez-le rapidement, car l’actualité (la vraie !) va très vite, et qu’outre la curiosité et les anecdotes il y a aussi de l’humour et de l’amour entre ces lignes bien senties ponctuées d’un vocabulaire châtié qui nous incite même à prendre le Larousse pour y découvrir des mots méconnus. Et ça, c’est toujours très enrichissant !" Jean-Pierre Tissier


  *** "LE CAVALIER HILARE" de Bob Passion

Editions Vents d’ailleurs. - Si la couverture est plutôt surprenante pour un thriller, on l’oublie très vite, vu la qualité de l’écriture et de l’intrigue abracadabrantesque qui nous arrive, surprenante comme un sac de noix descendant du 15e étage à la Castellane… On débarque alors dans une sorte de spleen underground avec un mec imbibé de tristesse profonde, toujours sur le qui-vive et une intrusion dans des mondes parallèles au-delà des générations.
Des fins de la 2e Guerre mondiale dans la spirale un peu folle de 1943 sur le front russe, à la période actuelle dans les plaines d’Afghanistan et d’Ouzbekistan avec des terrains de culture de l’herbe grands comme des stades de foot, tenus par les Talibans. Certains d’entre-eux ayant grandi dans les quartiers nord de Marseille avant d’arriver ici via des parcours incertains et radicalement islamisés.
Et pour planter le décor de manière plus surprenante, on débarque pour de bon à Marseille – millésime 1983 - avec ses quartiers mêlant pauvreté, abandon, oubli et néanmoins solidarité entre paumés de la vie.
Rien de commun à première vue entre ce soldat nordiste perdu dans la steppe d’Ukraine planqué sous une chenillette explosée et des junkies défoncés et plein de dope du matin au soir en écoutant les Clash et les Ramones dans des squatts…
Et pourtant, c’est une tranche d’histoire du monde que délivre Bob avec Passion. La géopolitique en tout premier plan, telle une leçon explicative sur un autre ailleurs, empreint d’une grande limpidité. Comme l’a longtemps fait Bernard Guetta – le frère de David – chaque matin sur France Inter, avec beaucoup d’humanité et de lucidité surtout. On y suit Jacques rescapé miraculeux de la tourmente guerrière du IIIe Reich mais dont la mémoire flanche parfois… La Vodka, présumée coupable au banc des accusés !
« C’était juste un dimanche où l’on avait grillé des chevaux ». De cette phrase étrange l’homme qui a conservé son treillis et son casque lourd, guettant l’ennemi sous la mitraille nous entraine à la recherche du temps perdu… et d’un trésor de lingots d’or enfouis sous une chenillette blindée !
C’est l’occasion de réviser son Atlas de géographie tout en comprenant l’évolution souvent contradictoire du monde.
Une aventure passionnante dont on se fait le film à chaque page avec des moments de nostalgie savoureux, comme ce moment magique où les photographes des années 70, chevaliers de la pellicule et du labo révélaient une image noir et blanc dans l’hyposulfite de sodium, la manipulant délicatement avec des pinces caoutchoutées, soufflant parois sur une zone pour faire monter les gris… « Le cavalier hilare » met du temps à faire apparaître toutes ces demi-teintes qui font le sel de ce roman ; mais l’aventure est si belle. » Jean-Pierre Tissier


  *** " TOUT CE QUE TU VAS VIVRE" de Lorraine Fouchet

Editions Héloïse d’Ormesson. « Dans son dernier roman « Tout ce que tu vas vivre », Lorraine Fouchet nous plonge d’entrée au cœur d’un drame familial. Jonglant d’un personnage à l’autre avec brio, elle nous invite à résoudre une énigme qui nous entrainera de Paris et l’île de Groix jusqu’en Patagonie, tout en nous faisant partager l’intimité de chacun avec acuité et vraisemblance. Le style est fluide, le récit bien documenté, les personnages clairement compartimentés et l’énigme nous tient en haleine jusqu’en Argentine. Lorraine Fouchet nous permet d’éprouver ce vrai plaisir de lire qui incite au fil des pages à toujours vouloir connaitre la suite ! Ce roman international, vivant, sensible et alerte a donc tout pour plaire et nous ne pouvons qu’espérer qu’il y en ait d’autres de ce type par la suite... » Aude Locher


  *** "LE PRIEURÉ DE CREST" de Sandrine Destombes. (Hugo Thriller)

« De tous temps, les femmes ont subi les assauts des hommes, sans pour autant qu’ils aient obtenu leur consentement. La grande Histoire de France et du monde en atteste malheureusement ! Et nombreuses sont celles, qui - testostérone et ivresse du pouvoir conjuguées obligent - ont subi jusqu’au plus sordide de l’impensable, le fait d’être née fille. D’ailleurs, pour qui a fréquenté le Tribunal de Grande Instance et la Cour d’assises pour rendre compte des audiences dans la presse, la nausée de l’insoutenable émane parfois de certains dossiers avec force et folie, tant ils dépassent l’entendement. Notamment lorsqu’on évolue au sein du cercle familial le plus proche qui se doit d’être avant tout protecteur. « Le Prieuré de Crest », deuxième roman de Sandrine Destombes en est la parfaite illustration avec une Affaire au féminin qui nous entraîne très vite entre justice et vengeance ; les deux ne faisant pas bon ménage, même si le fil qui les sépare devient de plus en plus ténu et proche de la rupture, jusqu’à le faire craquer… Mêlant ainsi horreur et rebondissements. Avec notamment, une Voix off qui nous parle au fil des pages en italique, avec les mots d’une petite fille de 8 ans, enlevée, accidentée peu après et plongée dans un coma artificiel qui se délite peu à peu. Une idée géniale de l’auteure qui replace peu à peu grâce à cet éclairage d’outre-sommeil, le contexte de cette histoire aux ramifications familiales surprenantes, jusqu’à faire référence au fameux « Balance ton porc » de l’affaire Weinstein. Le dégoût et la haine des hommes, moteur de ces victimes de viol accueillies dans un prieuré aux vertus pas si réparatrices, en arrivent à générer par le biais d’une toubib radiée de l’Ordre des médecins, un idéal exclusivement féminin qui interpelle et fait réfléchir sur l’âme humaine. Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler écrit d’ailleurs en préambule, Sandrine Destombes en faisant référence au spectacle de Christine Delmotte joué au festival d’Avignon off en 2018.
Un excellent roman qui dépasse le cadre du polar pour devenir fait de société, et qu’on pourrait retrouver – comme beaucoup actuellement - sous forme de téléfilm type « Meurtres… en Drôme » sur France 3. On prend les paris ! » J-P.T

« Voilà un roman policier qui, au fil des pages, nous permet de suivre l’enquête, pas à pas, concernant la petite Léa, suite à son enlèvement. Des meurtres d’hommes jalonnent ce parcours qui s’enfonce toujours plus profondément dans la psyché de quelques fanatiques féministes. Le monde des Amazones serait-il le rêve ultime ? Et la petite Léa en est-elle l’aboutissement ou la victime ? Car de quoi rêve-t-elle, tout compte fait, si ce n’est de ce que tout enfant désire ? Des esprits torturés mais brillants peuvent parfois cacher des grottes obscures et des psychoses avérées. Les blessées de la vie cherchent vengeance ; vont-elles y parvenir ?" Aude Locher



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