Blues et Polar - Provence Magazine
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Le 15e festival Blues & Polar se déroulera du jeudi 24 au samedi 26 août 2017 à Manosque sur le thème de "La cuisine des mots". La chapelle de Toutes-Aures et le parc de La Rochette accueilleront les soirées du festival.


Articles de cette Rubrique


- SORTIES ET COUPS DE COEUR

- LES "GRANDES INTERVIEWS"

- ON A VU...

SORTIES ET COUPS DE COEUR

 BLUES & POLAR VOUS RECOMMANDE

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  17, 18 et 19 juillet : 3e édition du festival Lez Arts Ô Soleil au Château de La Tour d’Aigues (Sud Luberon)-

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- Le saxophoniste Don Billiez directeur et fondateur du festival a concocté un très beau programme.

Lundi 17 Juillet

18h30 : sound system /Selecta -Vynil (Apero tapas repas /Terrasse du château) avec KIF six musiciens du coin entre Beaumont de Pertuis et Marseille qui jouent des compositions originales. Une fusion Afro /Kezmer musicale rare .

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21h30 : concert exceptionnel dans la cour du château avec PABLO MOSES. Voix unique, Pablo Moses fait partie de ces artistes qui ont vécu et fait l’âge d’or de la musique jamaïcaine. Rebelle et révolutionnaire, rasta au sens strict, il est influencé par les plus grands penseurs de la conscience noir tels Marcus Garvey, Martin Luther King ou Steve Biko.

Mardi 18 Juillet

18h30 : guinguette, apéro, tapas, paella.. Terrasse du chateau avec le Syndicat du Chrome.
20h 30 : grande scène MONA (chants arabo-andalous) accompagnée de Patrick Cascino -(piano) et Christophe Isselee (guitare).

22 h 30 : LOUIS WINSBERG (hommage à Paco de Lucia).
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Un spectacle à la Rencontre du Jazz et du Flamenco ou se mêlent la grace, la danse, le cajon et la voix andalouse… Louis Winsberg est un des guitaristes virtuoses français les plus réputé au monde.

Mercredi 19 Juillet

18h 30 : WAB et NU JAZZ
Un Voyage Entre Finlande et Afrique, des empreintes afro-pop dans la neige immaculée du jazz nordique. Cette particularité tient à la diversité des expériences musicales de ses trois membres chevronnés. Le projet We Are Birds est né de la rencontre entre le pianiste finlandais Tuomas A. Turnen et Dimitri Reverchon, griot urbain batteur-percussionniste et le bassiste Emmanuel Soulignac. L’alchimie afro-scandinave est immédiate.

20h30 : Don Billliez JPEG
- Le voyage féérique des contes et légendes du monde recomposées par le saxophoniste ex sideman d’artistes de la scènes world -rock ( Touré Kunda, Paul Personne, Bashung...) ,qui nous présente un 4eme Opus de sa composition pour une création spécialement dediée a la 3eme edition de notre festival.. Un son organique, bien Stuff , seventies électrique.. 1h et demi de musiques originales extraites de l’album à paraître en octobre –Chapter 4 ‘’Magics trips’’– Avec Arthur Billès (batterie) , Franck Lamiot (electric piano /orgue Hammond), Emmanuel Soulignac (basse), et Cyrilito Peyron (guitares).

22h 30 : Les frères Smith
- Collectif de 11 musiciens Afrobeat , Afrofunk & Ethiopic, ces musiciens contrebandiers arpentent les scènes françaises et européennes depuis plus de 10 ans, toujours avec la même énergie explosive

 Le dernier opus de Franz-Olivier Giesbert

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- Le parrain originel de notre festival Blues & Polar publie un nouveau roman mêlant histoire de France et amour chez Gallimard. Invité de Laurent Ruquier dans "On n’est pas couché", FOG nous a livré quelques pans de cette histoire qu’on est impatient de lire... On espère qu’il sera parmi nous les 25 ou 26 août pour notre 15e et dernier festival à Manosque....

 Découvrez la Gazette de Lurs,

- Depuis sa création, la Gazette de Lurs (Alpes-de-Haute-Provence) est attentive à tout ce qui a trait au domaine de la culture, notamment au lien entre la culture et l’école. Elle est donc à la recherche d’articles (600/615 mots) témoignant des actions permettant aux élèves d’accéder à la culture. La Gazette de Lurs est une production de La bibliothèque pédagogique François-Richaudeau. Le numéro 39 de la Gazette de Lurs, fondée en 1993, par François Richaudeau est disponible.
Au sommaire de ce numéro : La disparition du seigneur des mots par Jean Marie Kroczek (édito). L’effet Cyril Burt par François Richaudeau. Est-il possible de refonder l’école ? par Pierre Frackoviak. Les mots et la grammaire par Evelyne Charmeux. L’e dans l’o et le nénufar par Dominique Grandpierre. La librairie : un secteur économique fragile par Alain le Métayer. Facile à lire par Dominique Grandpierre. La lecture comme rencontre amoureuse par Alain le Métayer. Lucien Jacques et Maximilien Vox : Le geste, l’écrit par Henri Mérou. Un président passionné de poésie par Jean-Luc Pouliquen.
Renseignements Courriel : gazettelurs@orange.fr

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 Paris 2017, Paris burgerisée : La photo du mois de Marc Combier

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Paris archétypal avec sa Tour Eiffel qui va bientôt se protéger d’éventuels agresseurs.
Mais aussi Paris tendance avec de la présence du burger sur la carte de nombreux restaurants.
MacDo, quant à lui, s’inscrit durablement dans le paysage français avec ses 75 000 enployés et plus de 1 300 adresses.
Qui dit mieux ?

* Marc Combier
photographe, auteur
Tél. 06 60 69 44 50
Retrouvez les photos de ses 182 mois précédents en cliquant : http://lesmurspeintsmurmurent.typepad.com/marccombier/
Ma Photo gourmande du mois sur http://www.facebook.com/marc.combier/
Les Bonnes Tables de Paris à petits prix sur http://www.facebook.com/guidebonnestables/
et sur les Éditions Combier sur http://www.facebook.com/groups/combiercim/

RADIOS FM

  Blues sur Fréquence Mistral FM

- Chaque vendredi de 18h 30 à 20 heures, branchez-vous sur DISTRICT BLUES, l’émission préparée et présentée par EDB sur FRÉQUENCE MISTRAL FM. 

Fréquences : 92.8 Manosque - 99.2 Sisteron - 99.3 Digne-Les-Bains
101.8 Castellane - 107.3 Gap - 96.6 Briançon et sur le net : www.frequencemistral.com

LES TOURNÉES DE L’ÉTÉ..

 Aske Jacoby : "le blues à la mode viking"

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Aske Jacoby est certainement le meilleur guitariste scandinave actuel. Outre ses 7 albums solo, il affiche, en tant que musicien de studio, une participation à plus de 400 albums. Chanteur et compositeur, son sens unique de la mélodie, du rythme et sa compréhension remarquable de différents styles musicaux ont fait de lui le guitariste le plus recherché du Danemark tout au long des 35 dernières années. Dans ses prestations solo, sur des Mélodies simples et solides et des textes profonds, Aske Jacoby melange avec feeling et energie le blues, le rock et le folk qu’il transcende de sa voix puissante et chaleureuse.
Tété : “L’improbable beauté que convoque Aske Jacoby à chaque note jouée, m’ote les mots et pourtant c’est mon métier. Artiste a voir absolument !"
Axel Bauer : "Il faut absolument aller voir Aske Jacoby. Ses chansons nous touchent. Sa voix transporte l’émotion. C’est un guitariste inspiré dans ses solos. Toujours entouré de très bons musiciens. Une très belle découverte pour moi que j’ai plaisir à partager avec vous."
Jean-Jacques Milteau :"Je suis tombé sous le charme de ce chanteur et de sa production".
Possibilités de concerts en été , octobre et novembre 2017 et mars 2018
Line up : Vocal Guitar : Aske Jacoby (DK) - Keys : Johan Dalgaard (DK) - Bass : Laurent Verneray (FR) - Drums : Raphael Chassin (FR) ou Jeff Boudreaux (US)
Site : www.andre-soulies.com
courriel : andre.soulies@gmail.com

  Les Chemirani avec Sylvain Luc

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La guitare du jazzman français Sylvain Luc croise ses notes avec les rythmes des deux percussionnistes iraniens, Bijane et Keyvan Chémirani. Ensemble, ces trois solistes virtuoses nous ouvrent leur carnet de voyage. Arpentant les routes de la méditerranée jusqu’au moyen orient et nous dévoilent une musique envoûtante faite d’héritages, de rencontres et de rêves.
*** Contacter Just Looking Productions :
alex@justlookingproductions.com - 01 43 44 03 03

 Roberto Morioli et Guitar shorty : duo explosif

- Starassoprod propose pour mai, juin et juillet 2017, deux grands guitaristes à découvrir : l’Italien Roberto Morbioli et le Texan Guitar Shorty associés sur sur scène.

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"La coopération entre ces deux guitaristes sera certainement l’une des plus excitantes de la scène Blues 2017 explique Isabelle Beauvais en charge de cette tournée. Elle promet un face à face particulièrement intéressant entre deux musiciens dont les personnalités ne sauraient laisser indifférent !"

- Le texan Guitar Shorty, repéré par Willie Dixon alors qu’il n’a que 17 ans, ancien guitariste de Ray Charles, influencé par Buddy Guy et Jimi Hendrix dont il épousera la sœur, honoré plusieurs fois par des Blues Music Awards… a tourné dans le monde entier.
L’italien Roberto Morbioli, a été nominé en 2016 aux Boston Music Awards et récompensé en 2016 pour son dernier album par l’Akademia Music Award.

* Contact 06 87 52 37 24.


Avec Comtes de Provence
LES "GRANDES INTERVIEWS"
Jack Garcia créateur de la Maison du Blues à Châtres-sur-Cher

À CŒUR OUVERT AVEC... JACQUES GARCIA

- A la voix, chaude et chaleureuse, on devine de suite chez lui, la passion de la musique chevillée au corps. Mais pas que....
Jacques Garcia a la voix de ceux qui ont le sens du partage et de l’écoute.
Tout simplement, parce que c’est comme ça, et qu’on lui a appris - à une certaine époque - à dire tu, très vite, à tous ceux que l’on aime... même si on ne les connaît pas. Dixit le grand Jacques... Prévert. Sa Maison du Blues vient d’être officiellement inaugurée le 29 avril à Châtres-sur-Cher, loin de Chicago, Memphis ou Detroit. Mais le blues a des racines si profondes qu’il resurgit où on ne l’attend pas, en Afrique ou dans le Berrry. Il suffit juste que le cœur ait besoin de s’exprimer..

BLUES & POLAR : Jacques, pour avoir eu l’idée de créer la première Maison du Blues en France, il faut sacrément aimer cette musique ? Parles-moi de toi un peu, car ça doit être le point de départ ?

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JACQUES GARCIA : "Ben oui ! Tout petit, dès 7-8 ans (j’en ai 65 ans aujourd’hui) j’ai adoré la musique. Mes parents allaient souvent danser au bal, et ils m’emmenaient. Mais si j’écoutais de tout, j’ai néanmoins accroché très vite sur la musique américaine, et sur les droits civiques aux USA ; notamment les droits des Noirs, car j’étais surpris et choqué par cette discrimination raciale. On était dans les années 60, et là-dessus le rock est arrivé,. Tout de suite, cette musique m’a emballé.

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Et puis un jour, tu découvres ce qui est à l’origine de tout ça. C’était en 1978, à Lyon. J’ai assisté à un concert de Muddy Waters qui jouait dans un festival où Eric Clapton était en vedette, avec plein d’autres musiciens. Je ne sais même plus si son nom était sur l’affiche… Et là, je suis resté scotché devant ce type et je suis vraiment tombé amoureux du Delta blues."

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BLUES & POLAR : De là à créer un club de blues en 2017 - presque 40 ans plus tard - que s’est-il passé pendant tout ce temps ?

JACQUES GARCIA :"Ca fait des années que je vais aux Etats-Unis régulièrement avec mon épouse, tu sais. Donc, au début des années 70, non loin de Vienne et Chanas, j’ai créé le Salaise Blues festival dont je me suis occupé huit ans, et qui existe toujours, puis j’ai organisé des tournées avec des musiciens américains que j’ai connus là-bas, et on a même créé un label musical. Puis en 2008, j’ai pris ma retraite et j’ai créé un club de jazz à Ampuis (69). On était à la maison carrément, on avait soixante-dix places et l’expérience a duré trois ans. Cependant, avec ma femme, on voulait se fixer dans un endroit plus à la campagne pour y créer quelque chose de sympa et musical, et on a trouvé à Vendôme dans le Loir-et-Cher. Il y avait un ancien bar-restaurant qui était vendu aux enchères. On l’a acheté à un prix très intéressant et on l’a retapé. Les gens du village ont vu plutôt ça d’un bon œil, car dans ce Centre de la France il y a besoin de loisirs et de culture aussi. On a pensé dans la foulée, qu’on pouvait créer du lien social au travers d’un vrai club (80 places maximum) qu’on a appelé tout naturellement « La Maison du Blues".

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On va donc accueillir (dès le 29 avril), un groupe blues chaque samedi soir sur scène, avec des sets de 45 minutes. il y a évidemment un bar, et on peut casser une petite croûte aussi.. Mais l’esprit, c’est de rester toujours à la taille d’un club où l’on écoute du blues, et on discute ensuite... Et c’est Bobby Rush qui a accepté d’être le parrain de cette Maison du blues.

BLUES & POLAR : Quelle est la vocation de cette Maison du blues à plus longue échéance ?

JACQUES GARCIA : ça fait dix ans que j’ai envie de créer un vrai musée du blues en France, car depuis le temps que je vais aux Etats-Unis, j’ai plein d’objets divers se rapportant au blues, notamment des guitares de bluesmen que je souhaite préserver. D’où l’idée d’une fondation dénommée « Blues préservation & project » afin de mettre en place ce principe qui entrera ensuite dans le patrimoine commun. Le Musée européen du Blues, qui sera le premier à voir le jour en France en 2019, a le soutien de la communauté de communes du Romorantinais et du Monestois (40 000 € pour la construction) et du Crédit Mutuel de Blois.

BLUES & POLAR : Le Berry et la région Centre qui ont accueilli de nombreuses bases américaines dans leur histoire récente (Châteauroux-Déols notamment) sont-ils des terres de blues ?

JACQUES GARCIA : Les villes qui ont accueilli ces bases aériennes organisent en ce moment des commémorations des guerres 14-18 et 39-45 et la musique en fait évidemment partie. Donc, on veut s’en inspirer. Car avec les châteaux de la Loire à proximité, il y a beaucoup d’Américains qui viennent vers chez nous. Je pense que l’été, un club comme le nôtre avec ses 80 places, accueillera des visiteurs de passage… mais on a déjà une base locale et régionale au travers des nombreux groupes de blues de la région qui commencent à nous contacter.

Alors, good luck Jack !

UN PARRAIN NOMMÉ BOBBY RUSH

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Bobby Rush, de son vrai nom Emmit Ellis Jr, est né le 10 novembre 1941, à Homer (Louisiane). Il a commencé à apprendre la musique auprès de son père, pasteur, qui joue de la guitare et de l’harmonica. Après un séjour à Pine Bluf (Arkansas) où il rencontre Elmore James, sa famille s’installe à Chicago en 1953.
Bobby Rush joue alors dans des clubs de blues et commence à enregistrer ses premiers disques. Il obtient son premier succès en 1971 avec Chicken Heads chez Galaxy Records. Puis il s’établit à Jackson (Mississipi) où il enregistre plusieurs disques pour Malaco Records. En 1979, son 33 tours Rush Hour, produit par Kenny Gamble et Leon Huff pour Philadelphia Recors, rencontre un grand succès. Mais en avril 2001, le bus de sa tournée connait un accident, faisant un mort et plusieurs blessés, dont Bobby Rush lui-même hospitalisé. Il a néanmoins repris ses tournées en 2003. Jacques Garcia l’a rencontré à de nombreuses reprises et il a accepté d’être le parrain de cette Maison du Blues, en France.

* Renseignements : La Maison du Blues. Contact : BLACK JACK BLUES ASSOCIATION. Jacques Garcia, 2, la Bourdoisière. 41160. Saint-Hilaire-la-Gravelle. Tél : 06 66 42 70 24 ou 02 36 45 91 23. Courriel : lamaisondublues@gmail.com

À CŒUR OUVERT AVEC... PIERRE POUCHAIRET

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* Pierre Pouchairet - invité au 13e festival Blues & Polar en 2015 - a reçu le 15 novembre 2016 à Paris, le Prix du Quai des orfèvres 2017 pour son roman "Mortels trafics" (éditions Fayard), en présence de Christian Sainte Directeur de la Police judiciaire, président du jury et de Franz-Olivier Giesbert membre du jury, parrain du festival Blues & Polar.
La remise du Prix s’est déroulée pour la dernière fois au fameux 36 Quai des orfèvres, puisque la PJ va déménager en 2017 dans le XVIIe arrondissement.

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* Pierre Pouchairet – un des piliers des éditions Jigal Polar à Marseille - a été en charge de l’ensemble de la Coopération française en Afghanistan de 2006 à 2010. Mais il a également été chef de groupe aux Stups et attaché de Sécurité intérieure à Kaboul, puis au Kazakhstan.
Pierre Pouchairet était un de nos invités lors du 13e festival Blues & Polar consacré au Secret, pour ses livres "Des flics français à Kaboul" , "Une Terre pas si sainte", et notamment "La Filière afghane" qui nous avait sérieusement interpellés à sa lecture.

Un ouvrage prémonitoire qui - malheureusement – a confirmé toute sa véracité le vendredi 13 novembre, il y a un an déjà, avec les 130 assassinats commis sur des innocents, par des islamistes radicaux sans foi, ni loi, au Bataclan et dans les rues de Paris. Le vendredi 13, le plus noir de toute notre histoire !

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* Avec ce "Prix du Quai des Orfèvres 2017" décerné à Pierre Pouchairet, venant après le "Prix Quais du polar 2016" décerné à Lyon à Olivier Norek "Coup de cœur Blues & Polar-Comtes de Provence en 2015" (tous les deux ci-dessus à Blues & Polar) , c’est une belle reconnaissance qui rejailli sur notre comité de lecture qui - comme pour Olivier Norek - avait juste un peu en avance.

* Nous vous proposons de retrouver l’Interview de Pierre Pouchairet effectuée l’an dernier, et qui - plus que jamais - est toujours d’actualité.
Cette interview a été réalisée - rappelons-le - avant la tragédie du 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet de cette année à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Votre dernier roman "La Filière afghane" écrit avant les attentats de Charlie Hebdo, et publié par choix personnel en mai 2015 seulement chez Jigal Polar, résonne une nouvelle fois comme une prémonition... après les attentats de Paris au Bataclan, au Stade de France et aux terrasses des cafés !
Vous y racontez un massacre commis à la Kalachnikov... sur un marché de la Creuse ; en pleine France profonde et rurale ! Selon vous, il fallait donc s’attendre à voir des kamikazes "made in France" s’exploser sur notre sol, comme sur les marchés en Irak ou au Pakistan, et massacrer ainsi n’importe qui, à l’aveuglette dans une salle de spectacle ?

PIERRE POUCHAIRET : « Ben oui ! C’était à prévoir ! D’ailleurs le gouvernement et l’Etat nous avait mis en garde, et ils ne se sont pas trompés. Moi, je m’y attendais depuis 2014, et d’ailleurs mon roman "La Filière afghane" a été écrit bien avant les attentats de Charlie-Hebdo.
Mais on n’a pas voulu le sortir début février 2015 comme c’était prévu. Cela aurait semblé vouloir surfer sur le malheur…
Je pense qu’il y a des gens qui sous couvert de lutte religieuse veulent abattre l’Occident et nous sommes devenus un objectif pour eux. Et comme il y a une radicalisation religieuse dans les banlieues, on pouvait s’y attendre. Comme on doit s’attendre à d’autres attentats, car c’est impossible dans un état de Droit comme le nôtre de se défendre complètement et d’assurer qu’il ne se passera rien.
Il faut donc faire confiance au gouvernement. Mais pour assurer le maximum de protection, il faut accepter que l’on fasse des choses inhabituelles. C’est à nous tous d’être vigilants. »

"LE CRIME DE SANG, C’EST LE REFLET DES PROBLÈMES DE NOTRE SOCIÉTÉ, BIEN PLUS QUE LA GRANDE CRIMINALITÉ.
À LA CRIM ON EST COMME DES MÉDECINS, ON COTOIE LA MALADIE, LES ACCIDENTS, .. LA SOCIÉTÉ. LA VIE !!! "

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Le fait d’être à la retraite, d’avoir du temps, et d’avoir été un observateur privilégié ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est tout ça ! J’ai pu matérialiser cette envie en n’exerçant plus mon métier de flic, car celui qui m’explique qu’ il fait totalement son boulot de policier sur le terrain, tout en ayant le temps d’écrire un livre, je n’y crois absolument pas ! En activité, c’est carrément impossible ! Mais j’avais envie de témoigner, notamment pour ma fille aujourd’hui âgée de 38 ans, pour qu’elle comprenne mieux ce que faisait son papa quand elle était ado. Notamment sur le temps que j’ai passé à Kaboul.
Ce qui m’intéresse c’est de faire partager des enquêtes que j’ai effectuées, et c’est vrai qu’ il y a un gros côté autobiographique quand je parle de ma carrière à Nice. D’ailleurs, mon commissaire s’appelle Gabin… et c’est le prénom de mon petit-fils. Mais je trouve aussi que pour un lecteur c’est plus sympa de découvrir un pays comme l’Afghanistan au travers d’un polar, car le polar est devenu un miroir de la société. »

Quand on lit votre deuxième livre "Une Terre pas si sainte" paru chez Jigal polar, on comprend très vite que ce roman dit de fiction est d’une implacable réalité sur tout ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens.
Mais pourquoi donc ces territoires sont-ils voués à être inexorablement un brûlot ? Y vit-on encore comme au Moyen-âge avec des coutumes religieuses infernales et intolérantes, tout en sachant manier remarquablement internet ?

PIERRE POUCHAIRET : « On n’y vit pas comme au Moyen-âge, mais des deux côtés, la religion a développé l’intolérance. Chacun a le sentiment d’être l’élu et veut imposer sa croyance qu’elle soit chrétienne, juive ou musulmane. Et il y a une lutte évidente… par la démographie ! Chacun s’éloigne le plus de l’autre ; et il n’y a pas de place pour comprendre l’autre.
Autant je pense qu’on pourra battre Daech, que franchement je ne vois pas de solution pour ces territoires. Je suis vraiment très très pessimiste.
Peut-être un vrai partage des terres un jour pourrait amener la paix… Mais on n’est pas du tout dans le schéma du Mur de Berlin à l’époque de l’ex URSS. Là, Israël et Palestine ne voient la victoire que par l’écrasement de l’autre. Pour un raisonnement occidental, c’est très difficile à comprendre ; et encore plus pour nous, qui prônons la laïcité. Là-bas, c’est impossible, car ce mot n’a aucun sens des deux côtés ! »

Dans votre essai "Des Flics français à Kaboul", vous écrivez que trois millions d’Afghans participent au trafic de drogue ; de la culture du pavot au cannabis, jusqu’à leur transformation, et que la production de cannabis afghan est la première au monde. Mais vous dites aussi qu’on ne peut pas être à un poste de responsabilité en Afghanistan sans être lié, d’une façon ou d’une autre, au trafic...
Verra-t-on quand même un jour les paysans afghans cultiver des tomates et des salades ? Ou faut-il souhaiter le retour des Talibans qui avaient réussi à éradiquer le trafic de drogue au début des années 2000 ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est vrai que pendant la période où les Talibans ont dominé le pays, le trafic d’opium avait été éradiqué. Car c’était contraire à la religion. Ça c’était arrêté très vite !
Le sud de l’Afghanistan est très agricole, et les paysans, effectivement, vendaient des tomates et des salades à Kaboul. Mais tout a changé après le 11 septembre, et la venue des Américains en Afghanistan pour y déloger Ben Laden.
Il y a eu d’un coup la nécessité d’avoir des financements pour lutter contre l’occupant américain, et la machine agricole à opium s’est remise en marche, sans se soucier de la religion. Et les Talibans se préparent de nouveau !
N’oublions pas - dans un autre domaine - que le frère du président Armin Karzaï était un trafiquant.
La corruption, c’est la manière de fonctionner dans cette société. Du flic qui touche quelques billets pour un feu rouge grillé jusqu’au commissaire qui en prend une partie ; tout ça redescend finalement jusqu’à une famille au bout de la chaine. Les policiers sont 100 000 actuellement en Afghanistan et ils touchent un salaire mensuel de 150 dollars ! Résultat : il y a 2000 policiers tués par an par les Talibans.
J’ai été témoin d’un kamikaze qui s’est fait exploser pas loin de moi dans un car transportant 30 professeurs de l’Académie de police de Kaboul. Je suis arrivé quelques minutes plus tard sur place ; il s’était déguisé en policier !
Pour beaucoup, même si certains sont sûrement drogués au Captagon comme on l’a vu récemment sur un documentaire, c’est un endoctrinement religieux et la certitude d’aller au paradis.
Pour l’avenir, peut-être que si on laissait faire les Afghans maintenant, ils ne referaient plus la même erreur que celle d’accueillir Ben Laden. Mais ça ne serait sûrement pas la démocratie comme on nous l’entendons. En fait, il y a Kaboul avec des gens qui pensent comme nous, à l’Occidentale… et l’Afghanistan !
Mais c’est tout de même choisir entre le moyen-âge et l’âge de pierre."

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Vous avez débuté votre carrière policière à la PJ de Versailles, puis Nice et Grenoble, avant de partir au Proche-Orient. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la société au travers de ces années passées au service de la France ?

PIERRE POUCHAIRET : "J’ai vraiment adoré mon boulot, car le flic est un observateur privilégié de la société. D’une société qui amène certaines personnes à faire des conneries. D’ailleurs, j’ai commencé à la Brigade criminelle. Et là, très souvent les meurtres sont la conséquence de problèmes de couple ou d’alcool. Parfois, les deux. Mais le crime de sang, c’est le reflet des problèmes de notre société, bien plus que de la grande criminalité. A la Crim’, on est comme les médecins, on côtoie la maladie, les accidents… La société ! La vie ! "

Si c’était à refaire, vous recommenceriez, ou vous choisiriez un autre métier ?

PIERRE POUCHAIRET : "Non, je le referais. Parfois, je regrette même de ne plus être en activité. Quand tu lis le journal et que tu regardes la télé, tu raisonnes toujours en flic ; comme toi, en journaliste ! Et là, des fois, j’aimerai bien commencer l’enquête. Mais je le fais à travers Gabin, mon héros commissaire, qui s’inspire de mes propres enquêtes."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

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A CŒUR OUVERT AVEC.... PASCAL THIRIET
"Coup de cœur Blues & Polar 2016"

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Après Jean Bulot, Fabienne Boulin-Burgeat, Ingrid Astier, Maurice Gouiran, Jacques-Olivier Bosco et Olivier Norek, vous êtes le 6e "Coup de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence" pour votre roman "Au Nom du fric" paru chez Jigal/Polar.
Que ressentez-vous ?

PASCAL THIRIET : "Je ne publie que depuis quatre ans, via trois polars déjà parus chez Jigal, et je ne suis pas du tout habitué aux honneurs des Prix littéraires. C’est d’ailleurs mon premier Prix, et c’est formidable que ce soit à Manosque, car mon père qui était pied-noir était un grand admirateur de Jean Giono. Il me le citait très fréquemment pour donner un exemple... Alors, que mon premier Prix arrive à Manosque au pays de Giono, ça me touche énormément, car mon père - aujourd’hui décédé - aurait été ravi. Ca me fait vraiment très plaisir."

Votre roman "Au Nom du fric" nous révèle un monde de la finance totalement véreux, cruel, caricatural, et sans vergogne. Vous avez déjà pénétré ce milieu, où (dites-vous) 50 000 personnes suffisent à faire tourner le monde ?

PASCAL THIRIET : "Je ne l’ai pas pénétré, mais je l’ai côtoyé par ma famille. Cependant pas au niveau que je décris dans mon livre... Il suffit en revanche d’ouvrir les yeux et de voir ces vieilles familles qui dirigent des empires. Marcel Dassault était un ingénieur de formation qui a tout réussi (aéronautique, presse...) Il a bâti une fortune colossale en étant compétent et dans le rêve. Mais regardez aujourd’hui son fils Serge impliqué dans de nombreuses affaires politiques mêlées à des faits divers et à la Justice. Idem pour Arnaud Lagardère, le fils de Jean-Luc Lagardère magnat de la haute technologie (Matra) et de la Presse, qui petit à petit dilapide les acquis de son père... Mon état d’esprit, c’était de faire un livre qui fasse un état des lieux de la haute finance, pour voir comment ça marche et avec quelles règles. Mais les règles, ce sont eux qui les font. Car pour eux, ils ne relèvent pas de la même morale que les autres."

Dans ce livre on assiste à une vraie "baston de millionnaires", comme vous l’écrivez. Ces gens- là jouent-ils en permanence ? Et est-ce là, leur (bon) plaisir ?

PASCAL THIRIET : "Oui bien sûr ! D’ailleurs leurs métaphores empruntent le même vocabulaire que celui du casino. Ils veulent prendre la main, bluffer... Néanmoins, le recours à la violence est plutôt brouillon chez eux. Ce ne sont pas des professionnels de l’élimination, mais la dimension du jeu est à prendre en considération. On retrouve donc des types qui veulent utiliser des clubs de golf, des fusils de chasse de collection, ou des voitures de grand luxe qui sont reconnaissables entre mille. On est dans une réflexion de type dynastique avant tout, avec les côtés gamins et enfantins que cela comporte."

Des faits réels vous-ont-ils inspiré dans "Au Nom du fric" ?

PASCAL THIRIET : "Oui ! Et ils ne sont pas du tout confidentiels. Ces informations sur le monde du pouvoir je les trouve souvent dans le journal "Les Echos" , type dépêche froide de trois lignes, assez discrète, sur une société rachetée ou en vente. Mais on vit une époque très particulière avec des mecs de Droite qui font une différence entre l’économie réelle et l’économie de la finance. Et puis l’économie fictive type Facebook qui vaut des milliards sans rien vendre et sans faire de fric..."

Le Polar est-il votre style naturel principal, ou écrivez-vous aussi d’autres formes de littérature ?

PASCAL THIRIET : "Je lis peu de polars, et j’écris effectivement dans d’autres domaines. Mais c’est intimidant d’écrire, car au départ je suis prof de maths. En revanche, j’aime les projets collectifs. En ce moment, j’ai un projet de polar, mais avec des textes courts venant chaque fois en illustration d’un cliché pris par une photographe dont j’apprécie le travail. C’est assez excitant, et on prépare une exposition à Montpellier."

Le thème du 14e Blues & Polar est " Le Jeu sous toutes ses formes". A quoi pensez-vous instantanément ?

"Le monde de la finance, tout de suite ! Car on y joue la peau des autres, carrément !"

Vous parlez régulièrement de Sète dans vos livres, au point même de donner la recette de la macaronade ; un plat de viande qui tient particulièrement au corps...

PASCAL THIRIET : "Sète, c’est mon coup de coeur ! Je suis un Méditerranéen, je fais beaucoup de voile, et je voulais habiter un port. Donc j’y habite, en me partageant avec la Corse. Et puis l’autre attrait de la mer pour un romancier en quête d’histoires, c’est que quand tu es en short sur un bateau, les gens parlent plus facilement, qu’ils soient riches ou pas... Et une macaronade, ça aide pour la convivialité !"

JPT

À CŒUR OUVERT AVEC... JEAN-LOUIS PIETRI

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- Déjà venu à Blues & Polar pour y présenter son livre "Marseille opus mafia" lors de notre édition dédiée à "Marseille bleue, Marseille noire", l’ancien grand flic de la PJ chargé de l’enquête sur l’assassinat du Juge Michel, revient à Manosque cet été avec sous le bras, un joli pavé passionnant consacré au Marseille des années 30, joliment nommé "La Malfamée".

* Vous avez peut-être déjà remarqué chers lecteurs et internautes que j’utilise souvent le tu pour ces interviews à cœur ouvert, au lieu du vous, plus conforme à l’éthique, que j’ai toujours utilisé dans les colonnes de La Provence pour mes interviews pendant 35 ans. Mais lorsqu’un invité arrive au festival Blues & Polar de Manosque, il repart très souvent en ami, et lorsqu’il revient on l’accueille comme tel, en pensant à Prévert qui écrivait "Je dis tu à tous ceux que j’aime… même si je ne les connais pas."

D’où vient cette idée de remonter au Marseille de l’entre-deux guerres (1914-18 et 39-45) pour en faire un pavé passionnant et hyper documenté qui a du nécessité de longs mois de travail et de consultation d’archives ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « En fait, j’ai écrit ce livre il y a deux ans à la demande de mon ancien éditeur, mais ce dernier a trouvé que ces histoires étaient trop marseillo-marseillaises. Le livre, malgré ma déception, est donc resté en stand-by, mais Pierre Gaussen éditeur marseillais spécialiste de l’histoire m’a convaincu de le poursuivre en éditant chez lui. Et j’ai découvert à cette occasion des archives policières, notamment sur le jeu, qui sont rarement consultées. Car je ne voulais pas faire un catalogue, mais une plume buissonnière avec des anecdotes. Tu sais, mon père a été apprenti jockey à Marseille, et tout gamin, j’ai été fasciné par ce milieu des courses, bien que mon père ait été un honnête homme. Mais il a vécu un an en Amérique et il me racontait souvent cette période des « beaux mecs »… Dans les années 30, les caïds (ces beaux mecs) ont tout inventé à Marseille. Ils ont arrêté de faire des coups, et se sont lancés dans le business en se comportant comme des chefs d’entreprises. Que ce soit dans les armes ou la drogue…
Mais Marseille dans les années 30, c’est aussi une ville braillarde où il fait certes bon vivre, mais l’arrivée de ces gangsters nouveaux génère des connections politico-mafieuses. Et c’est de là que naît la réputation sulfureuse de Marseille via la presse d’investigation qui déclenche ce phénomène en dénonçant ces fameuses connections entre grand banditisme et hommes politiques. On en parle alors jusqu’aux USA, notamment dans le Chicago Tribune…
Je suis donc rentré dans la police pour voir un peu ce qu’était ce grand banditisme, mais j’ai été déçu par ce soi-disant code d’honneur qu’on disait en vigueur. Tu parles ; c’est de la foutaise ! »

Tu évoques les bookmakers, les parties de poker, les courses hippiques et les combines d’arrière-salles dans le Marseille des années 30... Jouerait-on et combinerait-on dans le sud plus qu’ailleurs ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « A mon avis, on joue surtout dans les pays pauvres. Et on le constate dans les périodes de crise où les jeux de hasard sont très prisés. C’est d’ailleurs une période qui ressemble étrangement à celle que l’on vit aujourd’hui où l’on connaît deux phénomènes importants : la délinquance alimentaire et les jeux. Et ça va se généraliser à mon avis. »

Ce Marseille des années 30 est-il si différent de celui d’aujourd’hui ? On y flinguait déjà beaucoup semble-t-il ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Exact ! Ca flinguait beaucoup en 35-36 ! Il y avait plus de 30 assassinats par an déjà. Mais la drogue avec une telle présence comme aujourd’hui ça n’existait pas. Il y avait de l’opium certes, mais la coke c’était à Paris dans les beaux quartiers et il y avait aussi un peu de cannabis… Mais le danger vient de toutes ces armes venues chez nous après le démantèlement de l’URSS et des Pays de l’Est tous hyper corrompus et surarmés. Aujourd’hui pour 500 € tu as une Kalachnikov. Dans les années 30, les armes n’étaient pas si nombreuses. Les caïds trafiquants faisaient peur et c’était pyramidal. La mort de Mémé Guérini a sonné le glas de toute une époque. Les petits dealers ont innové avec les « go-fast » pour ramener de la drogue d’Espagne et traverser le pays de nuit avec des voitures super puissantes. Mais l’évolution du banditisme a suivi celle de la société. Tous ces petits dealers qui ont pu se développer au nom de la paix sociale vont s’entretuer entre eux, bien que les dommages collatéraux commencent à se produire.
Et ce n’est pas la Légion dans les cités comme propose une sénatrice marseillaise qui va régler le problème. Pour moi, il faut une politique de Santé publique très forte pour faire comprendre l’enjeu de ces saloperies trafiquées que les gens prennent ou s’injectent, et éradiquer ces dealers avec de vrais moyens policiers renforcés. Car chaque fois que la police républicaine recule, que se passe-t-il ?
Eh bien, c’est la barbarie dans les quartiers ! Aujourd’hui, plus personne ne va voir la police pour régler un problème. On va voir les caïds dans les quartiers nord. Regarde, les jeunes policiers de la BAC de Marseille, au bout d’un moment ils finissent eux-aussi par rentrer dans ce système à la con. Ils oublient de rendre le shit qu’ils ont récupéré et c’est le doigt dans l’engrenage…
Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? »

Après tant d’années dans la Police, comment t’es venu ce goût de l’écriture qui semble d’ailleurs toucher de nombreux flics aujourd’hui, même en activité ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Le goût d’écrire, c’est vraiment très ancien pour moi. Ça remonte à 1983… mais je n’ai jamais écrit en étant dans la poulaille, bien qu’ayant été présent à l’arrestation de Gaëtan Zampa et chargé de l’enquête sur l’assassinat du juge Michel sur le Bd Michelet à Marseille en 1981.
A cette époque, le maire de Marseille s’appelait Gaston Defferre, le patron du quotidien Le Provençal, s’appelait Gaston Defferre… et le ministre de l’Intérieur s’appelait Gaston Defferre ! Cet assassinat du juge Michel, a donc suscité une vague de réactions incroyables et une émotion énorme. Car si à Lyon, le juge François Renaud avait été assassiné en 1975, il n’y avait jamais eu un tel acte à Marseille. Et ça a énervé Gaston ! J’ai donc bossé comme un fou, au point de me retrouver au bord du « burn out ». Et comme je ne dormais plus, je me suis mis à écrire une histoire sur mon village que j’ai fait éditer à compte d’auteur. L’éditeur marseillais Tacussel l’a eue ensuite entre les mains et il m’a proposé de continuer à écrire sur la région. Ce que j’ai fait, et j’ai même obtenu le Prix de l’Académie de Marseille. Aujourd’hui j’en suis à mon douzième roman. J’ai même écrit des livres pour enfants ; c’est dire… »

Pour écrire dans ton style dont certaines envolées rappellent les savoureux dialogues de Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs, as-tu besoin de calme, ou d’agitation urbaine ?

La phrase : " Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? "

JEAN-LOUIS PIETRI : « Tu sais, Frédéric Dard, Antoine Blondin, Michel Audiard, Céline, René Fallet… font partie de mes références littéraires. Mais je vais toujours me réfugier au fin fond de l’Aubrac (là où les portables ne passent pas) pour fignoler mes livres. »

Jouer, ça veut dire quoi pour toi ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Ah ! Jouer pour moi ; c’est jouer aux courses hippiques ! C’est à cause de mon père qui m’emmenait au parc Borély à Marseille. Il était un joueur acharné et je vais te raconter une anecdote vraie pour terminer. J’avais 12 ans. Ma mère tenait la bourse, mais mon père jouait aux courses. On va à Borély, il joue… et perd tout ce qu’il avait sur lui. On était raide, et quitte pour rentrer à pied à La Plaine, à l’autre bout de Marseille.
C’est là que je vois mon père qui s’engouffre dans un taxi où deux personnes (en fait des voisins à nous) venaient de pénétrer. Ces derniers, sympas, nous accueillent. A l’arrivée à La Plaine, mon père pourtant raide de chez raide fait le pari de jouer au grand seigneur… et propose de payer. Moi j’étais terrorisé à l’idée de perdre la face, mais le voisin a insisté pour payer le taxi. C’est ça le jeu ; et pourtant, mon père n’a jamais fait un tiercé de sa vie. »

JPT

À CŒUR OUVERT AVEC... RENÉ FREGNI

- Parrain de notre festival, René Frégni vient de publier un nouvel opus intimiste sur sa vision du monde qui l’entoure. C’est chez Gallimard dans la prestigieuse Collection Blanche...
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Dès ses premiers écrits - à l’image des Chemins noirs - René Frégni nous a habitués aux ambiances noires et violentes. Mais il sait aussi, au gré des années qui grisonnent les tempes des hommes, planter sa plume acérée et riche dans l’encre poétique et littéraire. Là où les mots prennent racines au cœur des pages pour nourrir notre imaginaire.
Je me souviens de tous vos rêves, nous livre comme une ode à la nature et à la mélancolie, dans le droit-fil de La Fiancée des corbeaux écrit en 2011.
Non sans avoir, dès les premières pages, jeté sa rage (bien légitime) sur dix années de face-à-face avec la Justice et un juge étrange ne le regardant jamais dans les yeux.
Une Justice qui – avec un autre juge, et dix ans plus tard - a fini par prononcer ces deux mots accolés l’un à l’autre : Non-lieu !

Un Il n’y a pas lieu de poursuivre synonyme de relaxe et d’excuses de la Justice qui a inexorablement débouché sur un immense soulagement, entaché cependant d’une grande lassitude devant tout ce temps perdu qui ne se rattrape guère, et ce temps déchu qui ne se rattrape plus. Il en résulte un livre d’errance apaisée, presque mystique parfois… Même si le diable s’y réveille parfois en Prada, fantasmant sur (et sous) les mini-jupes des filles qui se promènent dans les rues de Lons-le-Saulnier au hasard des vitrines… « Lent flamenco des talons-aiguilles sur le pavé de ces zones érogènes dites piétonnes, écrit-il. Avant d’enchainer : « Je ne choisis pas mes rêves ; ils m’apportent ce qui me manque le plus… »
René Frégni trouve au fil des lignes, l’occasion de rêver sur un essentiel et une simplicité frugale qui nous manque tant. Il écrit pour nous faire ouvrir les yeux tout grand, et (enfin) voir la beauté du monde qui nous entoure ; notamment en Haute-Provence. Celle de Giono omniprésent dans les pleins et déliés de son écriture. Il écrit pour nous faire fermer les yeux, et rêver l’essentiel, après être tombé sous le charme d’un vol de corbeaux à Malaucène ou sur les greniers ouverts de Manosque, voire d’un figuier qui pousse dans les rues de notre mémoire. Un livre en forme de « Remèdes à la mélancolie » qui pourrait s’inviter chez Eva Bester dans sa magnifique émission du même nom, chaque dimanche matin sur France Inter. René Frégni y serait comme à la maison, sous et sur les toits de Manosque, dont il observe les soubresauts avec jubilation et mélancolie.

JPT

Depuis quelque années, tu alternes l’écriture d’un polar avec celle d’un roman littéraire. Est-ce voulu, calculé, prémédité avec ta maison d’édition… Ou est-ce le hasard qui décide ?

- RENÉ FREGNI : « Je me laisse aller à la souplesse de la plume, au gré des saisons…. Donc, je ne calcule rien. Mais c’est vrai qu’à mes débuts d’écrivain, j’ai eu comme un flot noir qui devait sortir de moi, et il était très important. Ça a donné Les Chemins noirs, Tendresse des loups, Les Nuits d’Alice, Le Voleur d’innocence, Où se perdent les hommes. .. jusqu’à Tu tomberas avec la nuit.
Et puis un jour, j’ai eu besoin de douceur et de tendresse, immensément.
Tu sais quand on dépasse la cinquantaine, la libido fougueuse qui nous anime depuis l’adolescence, se calme et s’émousse. Quand j’étais jeune, je lisais beaucoup de romans noirs d’après-guerre, et j’aimais prodigieusement ces actrices blondes platine aux grosses poitrines qui jouaient des garces… Là, depuis 4-5 ans j’ai eu besoin de me replonger dans la nature. Et cela a donné la Fiancée des corbeaux , puis Sous la ville rouge (polar) et de nouveau un livre plus poétique avec Je me souviens de tous vos rêves. C’est comme ça ; je ne calcule rien. Ce sont les événements qui décident. Je ne décide pas d’écrire en fonction d’une certaine mode. Moi, j’ai besoin que la vie m’apporte la chair d’un livre. Et ça finit toujours par arriver ! »

De quelle manière ?

RENÉ FREGNI : « En janvier, j’avais commencé un nouveau roman qui prenait plutôt une tournure paysagère contemplative comme La Fiancée des corbeaux , mais arrivé à la page 20, donc au tout début du livre, j’ai reçu un coup de fil d’un ancien détenu des Baumettes qui venait d’être libéré après 20 ans de prison, et que j’avais eu régulièrement dans mes ateliers d’écriture. Je l’ai accueilli et il m’a raconté une histoire folle qu’il a vécue … et qui est toujours d’actualité !
Et je me suis mis à écrire alors, un roman noir.
Tu sais, je ne vis pas dans une tour d’ivoire. Il y a des écrivains qui écrivent en se documentant pendant des années sur certains faits pour faire un roman. Moi j’ai toujours laissé la vie se poser sur mes épaules. Et il y a même quelques vautours qui s’y posent … et me dictent les lignes de mon nouveau roman ! L’alternance de mes livres est liée à la vie. »

Au début de ton livre, tu évoques de nouveau ton Affaire de blanchiment d’argent présumé, qui t’a valu d’être placé en garde à vue menottes aux mains à l’Evêché à Marseille, et le procès dix ans plus tard à Digne-les-Bains, où tu te retrouves assis sur le banc où était assis Gaston Dominici… il y a un demi-siècle. Malgré ta relaxe et les excuses de la Justice, la plaie n’est pas refermée ?

RENÉ FREGNI : « Elle est pleine cicatrisation aujourd’hui ; mais peut-être pas ma fille qui a beaucoup souffert de l’image de son père menotté, pour en arriver là, dix ans plus tard ! Moi, désormais c’est du passé. J’ai passé quatre jours en garde-à-vue dans une cellule avec un gars du grand banditisme. Il m’a parlé de sa vie de braqueur ; moi je lui ai parlé d’écriture. De ces quatre jours-là, j’en ai fait des romans. Je suis revenu sur tout ça dans le livre pour clôturer le chapitre. Car j’ai rencontré à Digne, au tribunal, le président Ollive, un vrai juge qui sait écouter, comprendre… et qui m’a réconcilié avec la justice. Il a lu mes livres et je le revois de temps en temps… C’est un homme bien, plein d’humilité. Le juge Segonnes qui est aujourd’hui au placard à Grasse avait un égo surdimensionné. Il voulait voir son nom dans les journaux. Et surtout, il ne me regardait jamais dans les yeux… comme Marcelo Bielsa, l’ancien entraineur de l’OM en conférence de presse. »

Dans ce procès en Correctionnelle, tu évoques aussi le jeu des avocats, leurs effets de manche et de verbe, le vocabulaire précieux des magistrats parfois digne d’une pièce de théâtre de Molière… Est-ce à dire qu’être innocent ne suffit pas forcément pour être blanchi et réhabilité ?

RENÉ FREGNI : « On en doute ! Tu écoutes le Procureur ; il a une vérité qui semble plausible quand tu es dans la salle parmi le public. Puis tu entends l’avocat qui lui-aussi a une vérité qui semble plausible. Mais ce n’est pas la même !
Et tout ça se passe dans des Palais de Justice, comme du temps des rois. Ça parait décalé complètement aujourd’hui… Mais l’injustice réside ailleurs. On est toujours dans la fable de Jean de La Fontaine qui dit « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Regarde Dupont-Moretti on l’appelle Acquitator ! Car il réussit à faire acquitter ses clients la plupart du temps, en Cour d’assises ; là où l’intime conviction prévaut.
Et tous les gros voyous qui sont impliqués dans des meurtres et ont des sous essaient de l’avoir. Mais c’est quand même profondément anormal, amoral, et illogique qu’un talent d’orateur, voire de conteur, puisse parfois faire la différence au détriment de la vérité. Selon l’avocat que tu as, le juge que tu as… et l’argent que tu as, la Justice ressemble parfois à une loterie !

Dans Je me souviens de tous vos rêves, ton dernier ouvrage, tu sembles avoir sombré dans une certaine mélancolie… Est-elle créatrice, en revanche ?

RENÉ FREGNI : « Tous les sentiments amènent à la création. Mais moi, ma documentation, ce sont mes émotions. Un peu comme un compositeur qui ne connaîtrait pas le solfège, mais arriverait à composer des mélodies avec son oreille. J’écris au fil de ma plume, et la mélancolie qui m’a envahi avec ces dix années de procédure m’a guidé vers ces romans plus axés vers la nature, la paix, l’essentiel de la vie…
J’ai subi un tel préjudice moral avec cette affaire. Ma voiture a été vendue aux Domaines trois mois après mon arrestation, sur ordre du juge, et sans avoir été jugé. Ça n’arrive jamais ce genre de choses. Aujourd’hui, on doit me la rendre, mais comment ?
Je n’ai pas pu effectuer mes ateliers d’écriture dans les lycées et en prison pendant dix ans également. C’est énorme et perturbant ! Des gens se sont détournés de moi, et la rumeur enflait dans Manosque. Tout ça te noircit !!! Heureusement, depuis la relaxe il y a deux ans et les excuses de la Justice, j’ai repris le chemin des lycées et des prisons pour faire écrire et lire les lycéens et les détenus. »

Cet amour de la nature semble ancré en toi très profondément. Pourtant, on t’a connu plutôt urbain avec tes premiers romans ?

RENÉ FREGNI : « J’ai toujours été à moitié urbain. J’ai grandi à Marseille où les quartiers rentrent dans la ville à deux pas des collines. La ville et la campagne sont imbriquées et j’ai appris à connaître les deux en même temps. Mon grand-père qui transportait des touristes en barque au Château d’If m’emmenait souvent en bateau et j’ai grandi également dans une barque. Les collines, la cité et la campagne, ce sont mes trois volets de Marseille. Aujourd’hui, à Manosque, la colline je la vois aussi de ma fenêtre et j’aime ça. Tu sais, à notre âge, on aime regarder les oiseaux et c’est essentiel pour moi. Je pars à pied très souvent pendant deux ou quatre heures, j’aime faire les confitures avec Nicole, tailler les oliviers, la vigne… ça me plaît !
De nos jours, les ¾ des écrivains français vivent dans trois arrondissements de Paris comme s’ils étaient tombés dans une pompe aspirante. Alors qu’il y a un siècle, les romans étaient paysans…. C’est comme ça ! On a moins de retombées médiatiques dans les télés parisiennes évidemment , mais on reste nous –mêmes ! »

Ecrire sur René Frégni quand on le connaît fort bien depuis plus de vingt ans , qu’on vit dans la même ville, et qu’on est capable d’identifier la voiture ou la fille, dont il parle dans un de ses romans, c’est un avantage ou un inconvénient ?

RENÉ FREGNI : »Le lecteur qui ne me connait pas voit comme un tableau impressionniste en lisant mes livres ; mais toi, tu as la réalité. Moi je trempe mes racines dans la réalité du monde et les feuilles ; c’est l’imagination. Toi, tu as les deux ! »

Quel genre aura ton prochain livre ? Polar ou poétique ?

RENÉ FREGNI : »Ce sera un polar, et je te donnes même les titres (c’est un scoop !) « Les Vivants au prix des morts ! » Ça correspond à une expression que les marchandes de poisson installées sur le Vieux-Port en fin de matinée, quand il reste dans leur caisse, des poissons encore vivants et d’autres trépassés, et qu’elle bradent les prix. D’où « Les Vivants au prix des morts ! »

JPT

À COEUR OUVERT AVEC... STÉPHANE HONDE

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- C’est le guitariste manosquin Stéphane Honde créateur du groupe Hollywood Monsters avec Don Airey (actuel organiste de Deep Purple) et Tim Bogert (bassiste de Jeff Beck) qui est notre invité. Steph que l’on a connu à ses débuts, il y a plus de 25 ans, sur la Place de la mairie à Manosque, lors de son tout premier concert avec Moby Dyck, puis comme guitariste de Café Bertrand, a joué également avec Whitesnake, le regretté Gary Moore, Ozzy Osbourne, Black Sabbath, Heaven & Hell, Kill Devil Hill, le grand bassiste Tim Bogert, Vanilla Fudge, Paul Di Anno de Iron Maiden, Cactus... Bref, que du lourd !

JPT

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* Stéphane Honde a réunir17 musiciens de renom (Paul Di Annio, Nono Krief de Trust..... autour du titre de Bowie, "Heroes"à la mort de celui-ci. Le CD est vendu par téléchargement au profit de l’association française des victimes du terrorisme.
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* Vous pouvez télécharger le CD Heroes sur le lien suivant :
https://itunes.apple.com/fr/album/heroes-single/id1081931790?app=itunes&ign-mpt=uo%3D4

Tu as souhaité réagir musicalement après les attentats du Bataclan en réalisant un CD avec de nombreux musiciens autour du titre « Heroes » de David Bowie. Pourquoi ?

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STEPHANE HONDE : "Je suis revenu en France, à Manosque, chez moi, il y a près d’un an, après plusieurs années passées aux Etats-Unis, en Californie plus précisément ; là où j’ai créé le groupe Hollywood Monsters avec Don Ayrey devenu depuis l’organiste de Deep Purple, et Paul Di Anno, le chanteur de Iron Maiden.
J’avoue que le retour en Provence après des années effervescentes à Los Angeles, c’est un tout autre monde… Mais quand j’ai vu que les gens changeaient leurs profils sur les réseaux sociaux - après le massacre du Bataclan - en mettant un drapeau français à la place de leur visage, je me suis dit que ça durerait un moment, et que ça s’estomperait avec le temps. J’ai donc pensé à autre chose de plus gai, en entendant le titre Heroes de David Bowie à la radio, un matin. J’adore cette chanson, mais on était fin novembre. Bowie était toujours vivant !

Je me suis renseigné sur les associations qui viennent en aide aux victimes depuis de nombreuses années, et j’ai pensé à réunir des grands guitaristes rock et des chanteurs sur le titre de David Bowie. Tu sais, maintenant avec les nouvelles technologies, on peut enregistrer un disque à distance dans le monde entier sans jamais se rencontrer.

Il suffit d’une base musicale (basse, batterie, guitare) et ensuite chacun joue sa partie dessus, l’enregistre, et renvoie le tout. Et ainsi de suite… Moi je sais assembler tout ça. Au final, dix-sept musiciens m’ont donné leur accord. Et pas des moindres ! On a fait deux versions de Heroes. Une normale, et une autre plus métal, car dans les invités du CD, il y a pas mal de guitaristes plutôt hard-rock. Ça fait deux morceaux de 6mn 40s à l’arrivée.

Mais je n’avais jamais prévu que David Bowie meure le 10 janvier ; d’autant qu’il préparait un nouveau disque. C’est donc un double hommage à nos héros (ceux du Bataclan et Bowie) qu’on a réalisé. J’ai travaillé nuit et jour pour faire le montage, il est terminé, envoyé au distributeur, et il sera sur les sites de téléchargement début février. »

Qui sont ces dix-sept musiciens
ayant accepté de te suivre dans ce projet ?

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STEPHANE HONDE : « Il y a Jenny Haan qui est la chanteuse de Babe Ruth, Vinny Appice (batteur de Black Sabbath et Hollywood Monsters), Danko Jones (chant), Darren Crisp (Age of liberty), Thomas Lang (batteur de Paul Gilbert), Ron Thal (guitariste de Guns’n’Roses), Ryan Roxir (guitariste de Alice Cooper), Rudy Sarzo (bassiste de Ozzy Osborne), Alessandro Del Vecchio (clavier de Voodoo Circle Hardline), Paul Di’ Anno (chanteur de Iron Maiden), Stan Decker (bassiste de Turbotigers), Matts Leven (chanteur de Candlemass), le français Nono Krieff (guitariste de Trust), Roland grapow (guitariste de Hellowen-Masterplan),Andy Kuntz (choriste de Vanden Plas), Mitch Malloy (chanteur de Van Hallen) et Michael Sweet (guitariste-chanteur de Boston).

On ne s’est pas rencontrés, mais le résultat est à la hauteur. L’argent des téléchargements sera versé intégralement à l’association française d’aide aux victimes du terrorisme. »

Comment connais-tu tous ces musiciens ?

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STEPHANE HONDE : « Ma femme est américaine, et je suis d’ailleurs revenu en France pour faire tous les papiers nécessaires à l’obtention de la fameuse Carte verte qui fait de toi un citoyen américain.
C’est le fait d’avoir créé le groupe Hollywood Monsters là-bas avec Don Airey et Paul Di’Anno - mon idole quand j’étais gamin - qui m’a ouvert des portes. Et puis, aux Etats-Unis, tu peux jouer dans des bars, devant 50 personnes (pas plus !) mais avec des « pointures » qui viennent là boire une bière. Le truc, c’est que tu ne connais personne, que tu es tiré au sort… et que tu joues sur le matériel qui est là. En général, un ampli sans âge, et ta gratte !

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Après faut jouer… Je n’ai jamais eu le trac comme ça. Pire qu’au Stade de France à Paris en première partie de Deep Purple. Une fois, c’est le guitariste de Free (Tu sais « All right now… dans les années 70) qui a débarqué…. Puis plus tard, Ike Willis, le chanteur des Mothers of Invention de Frank Zappa. Là, j’étais tétanisé ! Mais si t’es bon, tu connais du monde et tu es accepté ; même si à l’époque je ne parlais pas l’américain comme aujourd’hui. La différence, c’est sur scène qu’on la fait ! Et là, y’a pas de frontières ! Tout ça m’a permis de connaître des musiciens, et via internet j’ai pu en contacter d’autres qui ont accepté de jouer gratuitement sur Heroes. »

Quel est ton rapport à la guitare ? Joues-tu d’autres instruments ?

STEPHANE HONDE : « Je me suis mis à jouer de la guitare dans les années 80 parce que je voulais composer. C’était un outil pour pouvoir écrire des chansons, car je jouais déjà du piano sans avoir appris la musique. Je jouais d’oreille, et je faisais aussi de la batterie.

Tout ça m’a aidé ; mais le déclic je l’ai eu grâce aux deux années passées à l’Atelier de musiques improvisées (AMI) de Château-Arnoux dirigé par le génial Alain Soler. Il écrivait les accords sur un tableau et les effaçait dix minutes plus tard. Il fallait les avoir gravés dans sa tête. Je lui dois ça ! La guitare, j’en suis tombé amoureux dix ans plus tard, mais je compose toujours au piano. »

Tu te souviens de ton premier concert sur scène ?

STEPHANE HONDE : « C’était avec Moby Dyck sur la place de la Mairie à Manosque. Je devais avoir 16 ans… et tu étais déjà là ! Il y avait Andros aussi ! Jouer là devant la famille, les copains, c’était très excitant car à cette époque (fin des années 80-90) il y avait des concerts à Manosque, au Saxo à Forcalquier… ça vivait beaucoup ! C’est le guitariste Denis Baruta qui a été mon exemple, m’a influencé, m’a guidé… Tout le monde l’adorait. »

Quel est ton plus grand souvenir de scène ?

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STEPHANE HONDE : « Incontestablement le 12 juin 2009 au Stade de France à Paris, devant 80 000 spectateurs, quand avec Café Bertrand on a fait la première partie de AC/DC, mais aussi l’Olympia à Paris - toujours avec Café Bertrand – car c’est un lieu de légende.
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Tu te rends compte que deux jours avant nous, il y avait Paul Mac Cartney… Mais j’ai eu le frisson aussi quand j’ai joué pour la première fois avec Iron Maiden et Paul Di’Anno. Et j’ai une tendresse particulière pour mon premier concert avec Tom Bogert, bassiste de Jeff Beck (photo ci-contre) qui est pour moi le Jimmy Hendrix de la basse. »

Tu es un musicien de groupe ou plutôt un solitaire ?

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STEPHANE HONDE : « Avant, j’étais un musicien de groupe mais les expériences ont fait qu’aujourd’hui je préfère être le maître à bord. Mais si je suis le leader, c’est pour fédérer avant tout autour d’un projet. Car il y a toujours des drames et des embrouilles dans les groupes, et à la fin j’en avais marre. Donc maintenant, je choisis des musiciens que j’admire pour jouer dans Hollywood , mais avec toujours Vinny Appice le batteur de Black Sabbath et le grand bassiste Tom Bogert comme base. »

Comment s’est passé ton retour en Provence ?

STEPHANE HONDE : « En revenant en France, à Manosque, je me suis senti un peu puni, car pour ce qui est d’écouter de la musique vivante, c’est devenu un vrai désert. Avant, il y avait le Wicked lady, le Garage, le Café de la Poste, le Provence, le Saxo à Forcalquier… Tout ça a disparu ! Je suis resté une semaine chez moi sans en sortir.
En Californie, en revanche, la musique c’est le paradis, et c’est vital pour moi. Donc, j’y retournerai quand j’aurai tous mes papiers pour la carte verte. Mais aux USA, il faut toujours prendre sa voiture ; même pour aller au resto. Et pour être franc, il n’y a pas l’ambiance des terrasses de café comme ici. Tout se passe à l’intérieur à Los Angeles. »

J-P.T

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À CŒUR OUVERT AVEC...LE PÈRE GUY GILBERT "CURÉ DES LOUBARDS"

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- Il est l’ami des vedettes et fréquente souvent les plateaux de télévision, chez Ruquier ou Nagui. Il vient d’ailleurs de marier Stromaë en Belgique récemment, après avoir déjà célébré l’union du Prince Laurent de Belgique fils de la princesse Paola, longtemps trublion de la couronne d’Outre-Quiévrain, à qui un séjour dans le silence de Haute-Provence a fait le plus grand bien...

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Mais Guy Gilbert est actuellement "au travail" en cette fin d’année 2015, dans sa Bergerie de Faucon, au cœur des merveilleuses Gorges du Verdon où depuis près de 40 ans, il accueille - avec ses éducateurs de haut vol - des jeunes en totale perdition. Faisant confiance à la compagnie des animaux de toutes sortes pour soigner ces jeunes fauves urbains, souvent sans famille, tombés dans la drogue, la délinquance, la violence, pour des parcours souvent sans retour...
Le Père Guy Gilbert qu’on surnomme le "curé des loubards" oeuvre depuis l’époque de la Guerre d’Algérie, pour une religion empreinte de tolérance et d’amour, mais aussi de fermeté quand il est nécessaire.

- Guy Gilbert que Blues & Polar a rencontré à Faucon, est notre invité pour la première grande "Interview" de l’année 2016 sur le site blue-et-polar.com
Il nous parle de sa vie, de sa foi, de sa mission.... au travers de son nouveau livre "Guy Gilbert : Vie de combat, vie d’amour" qui vient de sortir aux éditions Philippe Rey. Un livre pour tous qui fait du bien à l’âme, même si on ne croit en rien...

- Un ermite à la porte toujours entrouverte, au cœur des Gorges du Verdon, à quelques encablures de Rougon et du Point sublime où nichent les vautours aujourd’hui revenus, le petit chalet de bois de Guy Gilbert accroché aux branches, ressemble à une thébaïde silencieuse. Devant l’entrée, après un court cheminement sur un sentier pentu dissimulé par une forêt de pins d’Aleps, Gangster et Lulu (un Patou et un Saint-Bernard) montent la garde, attentifs, mais tout en finesse, tels des physionomistes de boites de nuit.
Avec eux, malgré leur taille très respectable, le code secret d’accès à l’emblématique curé des loubards est gravé dans l’affectif. On sent d’entrée, à un simple regard, puis à un reniflement des vêtements, si l’on est le bienvenu. Et à l’image de la porte - toujours ouverte - de Guy Gilbert, on contrôle rapidement, avec une caresse soutenue, le processus de montée vers le paradis.

Quelques marches pour accéder à un capharnaüm incroyable, où l’on constate qu’aucune présence féminine n’a pu y jouer la fée du logis.
Des bouquins en vrac, des médailles, des photos avec le pape François, Stromaë, l’abbé Pierre, Sarkozy, Hollande… et bien d’autre stars du show biz et de la politique, se baladent sur une table, entre une chasuble immaculée bien rangée elle, accrochée à un cintre, et un ordinateur bien calme.
Mais c’est le portable qui est en surchauffe ! Toutes les cinq minutes, ça résonne sous les planches car Guy Gilbert – on s’en serait douté, mais pas à ce point ! – est hyper sollicité.

« Excuses-moi Jean-Pierre ! Deux minutes ! C’est un ancien de Faucon qui est en panne de voiture, et il n’a pas de fric. On va trouver le moyen de le dépanner. » Trois coups de fil plus tard, l’affaire est résolue.

« Ça se passe comme ça tous les jours, me confie Guy. Les anciens sont très accrochés à ce lieu perdu dans les Gorges. Tu sais, l’autre jour je rentrais à la Bergerie, et j’ai vu un type qui regardait Faucon de loin, de l’autre côté de la route… et qui pleurait. On s’est arrêté, et je suis arrivé discrètement derrière lui. Je lui ai tapé discrètement sur l’épaule. C’était un ancien d’ici. Il m’a dit : Merci Guy pour ces deux ans de paradis que vous nous avez offerts à Faucon. C’est une phrase qui revient souvent dans les courriers que je reçois.

Bon, qu’est-ce que tu veux savoir pour ton Blues & Polar ? »

J-P.T

L’année 2015 se termine. Comment as-tu ressenti, et vécu, cette année catastrophique ? Et quelle leçon en tires-tu ?

GUY GILBERT : « C’était une année de guerre mais une guerre furtive, non déclarée qui nous fait rentrer dans une autre ère. Une ère de peur, de terreur et de haine, avec des forces invisibles et explosives.
Mais c’est ce 13 novembre avec la tuerie du Bataclan qui nous laisse interrogatif.

Bon sang, tirer les gens comme des lapins avec cette volonté d’exterminer qui rappelle Auschwitz et les camps de la mort, c’est dingue ! Mais il y a aussi à travers cet acte, une autre volonté. Celle de désunir les gens et de monter les musulmans contre nous, pour semer la division. On n’a pas d’ennemi en face de nous ; mais on a la haine, en face !
Il faut aller voir les musulmans, car ils ont peur. Mais c’est vrai aussi qu’ eux, viennent trop peu à nous. C’est dommage, mais c’est culturel. Trop de choses se mélangent pour eux : le passé de la Guerre d’Algérie et la religion avec ses nombreux interdits notamment.

L’avenir est vraiment difficile à deviner. Nous avons 5 millions de musulmans en France, et c’est la plus forte communauté musulmane en Europe, mais Daech fait tout pour les opposer à nous. Aujourd’hui, on ne prend pas le chemin de l’apaisement. »

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GUY GILBERT : « DIEU EST AMOUR,
MAIS DAECH C’EST L’ABOMINATION ! »

Tu viens de sortir un nouveau livre dénommé « Vie de combat, Vie d’amour ». Le titre s’est imposé à toi, tout de suite ?

GUY GILBERT : « Tout à fait ! J’y récapitule 50 ans de vie éducative et sacerdotale. Je l’ai envoyé au cardinal Vingt-Trois et il a trouvé ça très amusant. Tu sais Jean-Pierre, à 80 ans, j’avais décidé d’arrêter les médias, mais j’étais à Hong-Kong pour une conférence quand j’ai appris que Hollande m’avait fait officier de la Légion d’Honneur. Il a bien fallu que je réponde aux sollicitations. Et comme Sarkozy m’avait fait chevalier de la Légion d’honneur avant, je ne pouvais pas refuser.

Un coup par la Droite, un coup par la Gauche ; moi je n’ai rien faire des médailles parce que je n’ai rien demandé. La première je l’ai donnée au lama, et la deuxième je la donnerai à l’autruche qui les méritent bien. Mais pour Faucon et l’action qu’on y mène depuis 40 ans avec nos éducateurs, c’est bien. »

Après le prince Laurent de Belgique, tu as marié un autre Belge avec le chanteur Stromaë. Tu le connaissais ?

GUY GILBERT : « Je ne le connaissais pas bien, mais ce sont ses avocats qui ont pris contact avec moi plusieurs fois. Il voulait se marier pour Noël, mais il fallait le secret absolu. Je l’ai donc rencontré une fois avant, et il m’a dit : « C’est toi que je veux, mais il faut garder le secret. » Je suis allé à Bruxelles, et il a fait la surprise à ses 250 invités qui ne doutaient de rien. Je suis arrivé avec mon aube blanche et j’ai marié Paul et Coralie (leurs vrais prénoms) au sein de l’église catholique. On était d’ailleurs dans une ancienne église transformée en hôtel.

C’était magnifique. Le lendemain, Stromaë m’a fait un SMS (Guy Gilbert me le montre) : « Merci pour ce mariage magnifique que vous nous avez offert. »

Guy, tu as également rencontré le pape François au Vatican. Celui-là, contrairement à Benoit XVI, je crois que tu l’as à la bonne ?

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GUY GILBERT : « Oui, je l’aime bien ! Je souhaitais un pape qui comme Saint François marche les pieds nus. Et justement, il s’appelle François. Le pape m’a invité au Vatican la veille de mes 80 ans, et je l’ai vu faire la queue avec moi au réfectoire de l’hôtel du Vatican pour aller bouffer et attendre son tour. Je l’ai vu manger comme tout le monde.

Tu sais, c’est un pape (enfin !) sans émeraude, sans diamant, ni bijou, et qui désacralise les choses. Ça enlève tout ce chichi de luxe qui nuit à la religion. Il est un pape crédible, et la crédibilité de Benoit XVI c’est d’avoir démissionné ! »

GUY GILBERT : "TOUTES LES RELIGIONS SONT DES PROSTITUÉES, LA MIENNE COMPRISE, CAR LES HOMMES (PAS TOUS, MAIS CERTAINS) ONT CONFISQUÉ LE MESSAGE DE LA RELIGION À LEUR PROFIT."

Nous sommes au XXIe siècle, et on connaît aujourd’hui la barbarie comme aux premiers temps. Comment expliques-tu qu’on puisse tuer au nom de dieu et de la religion ?

GUY GILBERT : « Toutes les religions sont des prostituées ; la mienne comprise. Car les hommes (pas tous, mais certains) ont confisqué le message de la religion à leur profit. Et nous sommes choqués quand certains se disant de la religion musulmane se comportent comme au moyen-âge. C’est pulvérisant ! Mais les lobbies politiques ont tellement provoqué d’incertitudes dans le monde qu’ils ont engendré toutes les migrations actuelles. Mais c’est seulement un apprentissage de ce qui va nous tomber sur la gueule avec le réchauffement climatique… »

Les animaux tiennent-ils toujours une place fondamentale dans ton système de rééducation des ados en difficulté ?

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GUY GILBERT : « C’est notre outil de travail prioritaire. Les jeunes me disent souvent : « L’animal ne triche pas, ne ment pas, et rend ce qu’on lui a donné. » Les jeunes qui sont ici à Faucon ont des codes, mais nous on a les nôtres. C’est au profit de l’amour des bêtes, et ça marche.

Tu sais, tous les jours, il leur faut se lever pour être à 8 heures à l’écurie pour sortir promener notre cheval aveugle. Puis il faut nourrir les autres bêtes. Celui qui n’est pas à l’heure est sanctionné ; mais très rapidement ils se prennent d’affection pour les animaux et c’est réciproque. Néanmoins, à Faucon, on vient aussi de lancer la Classe des loubards et les jeunes travaillent ici comme dans une école.

Certains vont au collège à Castellane, mais ils sont durs et c’est encore très difficile pour eux de s’intégrer à une vraie classe. »

Depuis 40 ans que tu travailles auprès des jeunes à Faucon, as-tu observé un changement de comportement ?

GUY GILBERT : « Oui. Absolument ! Ils sont davantage arrogants et en général tout leur est dû ! Mais ça, c’est dû aussi à une démission générale. Le jeune d’aujourd’hui - malgré son smartphone qui ne le quitte jamais - vit un peu seul. Et il fait très souvent le jeu de monter le père contre la mère, ou l’inverse. Et comme l’amour est si fragile et jamais définitif, beaucoup d’unions éclatent, générant des divorces... et des gamins de plus en plus seuls. C’est aussi l’argent qui les dirige, bien plus qu’il y a 40 ou même 20 ans. Et ils manquent cruellement des valeurs de base inculquées avant par les parents. On a inversé tellement de choses…. »

Quels sont tes résultats à Faucon ? Les jeunes qui passent ici retrouvent-ils tous le droit chemin ?

GUY GILBERT : « Certains réussissent ; d’autres pas. Les anciens m’appellent constamment et tu t’en es rendu compte aujourd’hui. Mais certains sont retournés vivre dans le métro. Ordinairement, sur les centaines de jeunes en très grande difficulté passés ici, il y en a dix en prison à qui je tiens la main constamment. Je vais les voir en prison… Mais il y a une espérance ! »

Si tu avais une seule phrase à dire au monde, aujourd’hui pour 2016 ?

GUY GILBERT : « Jamais, jamais, vous ne retrouverez le temps que vous n’avez pas donné à vos enfants quand ils étaient petits ! Mais il faut croire en l’espérance, et j’espère que l’homme se rendra compte, à temps, de ses dérapages pour éviter la catastrophe écologique qui s’annonce. Et pour cela, il faut s’unifier. »

JPT

* Le livre de Guy Gilbert « Vie de combat, vie d’amour » vient de paraître aux éditions Philippe Rey. Prix : 20€.


À CŒUR OUVERT AVEC...PASCAL PRIVET

- Cinéaste, globe-trotter, génial créateur des Rencontres cinéma de Manosque en 1987, au cours d’une mémorable assemblée régionale réunissant les adeptes des chasses traditionnelles (ci-contre) en passe d’être interdites par la Cour européenne de Justice de la Haye, Pascal Privet a su cultiver, et développer dans le mystère des salles obscures, tout ce que le cinéma peut nous apporter de grand au plus profond de nous-mêmes. A l’image d’une fenêtre ouverte sur le monde à la façon d’une auberge espagnole, très tard le soir dans les locaux de la MJC de Manosque, où l’on pouvait croiser autour de plats délicieux aux parfums de la savane, les anciens Rouch, Arlaud et Lamotte, mais aussi Robert Kramer, Pennebaker, Rithy Panh, Dominique Cabrera, Claire Simon, Claire Denis… ces cinéastes différents qui caméra au poing, nous on fait découvrir le monde - et la vie - avec toute leur âme et une sensibilité à fleur de peau. Non sans parler de football avec tous les cinéastes africains présents lors des premières éditions, car les Rencontres tombaient chaque fois – à l’époque – en pleine Coupe d’Afrique des nations. Un moment où tous – et toutes – redevenaient des enfants courant après un ballon...

* Pour blues-et-polar.com, Pascal Privet, mon vieux complice culturel dont le festival m’a aidé à grandir, se livre à cœur ouvert.

Jean-Pierre Tissier

Le cinéma, pour toi, c’est éduquer, informer, divertir ou tout autre chose encore ?

PASCAL PRIVET : "C’est surtout voir le monde autrement avec d’autres yeux que les miens, pour pouvoir le partager. Car regarder le monde en prenant conscience, c’est entrer dans la réflexion et l’échange. Et c’est à partir de ces questions qu’on peut engager des expériences cinématographiques. Il m’est arrivé de regarder des films divertissants quand j’étais jeune, notamment des films d’horreur ou de science-fiction. Mais j’ai toujours été attiré par la découverte du monde et fasciné par les explorateurs. Le cinéma justement, me l’a permis, avec la littérature associée. En revanche, je n’ai jamais été attiré par les documentaires touristiques et folkloriques ; même ceux qui proposaient un débat après. Pour moi, le cinéma doit provoquer des émotions, et ce qui m’intéresse ce sont les cinéastes qui vont à la rencontre du monde.

Tu te souviens de ton premier film vu dans une salle de cinéma ?
PASCAL PRIVET : " Oui ! C’était à Dijon dans un cinéma de gare , qui à l’époque fonctionnait en continu. Mes parents devaient m’emmener voir « La Belle au bois dormant », mais on s’est trompés de salle. On l’a réalisé au bout de quelques minutes, car c’était un film plutôt olé-olé où la belle ne dormait pas vraiment…. Le premier souvenir fort que j’ai eu c’est avec l’école quand j’ai vu « Le ballon rouge » et « L’Homme d’Aran ». Mais j’ai redécouvert le cinéma à Manosque dans les années 80, à l’époque d’Utopia. C’est là que j’ai eu un regain d’intérêt pour le cinéma en découvrant des films qui ne passaient pas ailleurs. Mais c’était une autre époque ; il n’y avait pas tant d’écrans que aujourd’hui dans notre vie. Maintenant tu regardes même un film sur ton téléphone… Cependant, même si on a un foisonnement d’images incroyable, la salle obscure du cinéma reste une expérience artistique unique et fondamentale."

Tu as beaucoup voyagé en Afrique noire et au Moyen-Orient. Quel est le pays qui t’a le plus impressionné ou séduit ?

PASCAL PRIVET : " Il y en a beaucoup ! Tu sais, j’ai visité plein de pays dès que j’ai eu 18 ans. Mais j’ai toujours voyagé en faisant quelque chose, en participant à la vie des gens chez qui j’allais. Les premiers, ce sont les bergers d’Anatolie, puis les touaregs dans le Sahara, et le Yémen quand j’ai eu 20 ans. Je partais seul la plupart du temps. "

Tu n’as jamais eu peur ?
PASCAL PRIVET : "Si ! ça m’est arrivé en Turquie quand la police turque m’a arrêté lorsque j’étais en pays kurde ; mais ça m’a aidé à comprendre le monde. Et puis à cette époque, être français ça soulevait l’intérêt des gens, autant de la population que de la police. Et j’ai eu toujours de belles manifestations d’hospitalité des deux côtés. Mais c’était une guerre ! Ils étaient juste interloqués de voir un jeune étranger étant allé voyager au cœur d’une rébellion. En plus, je traversais la Turquie à vélo et ça déclenchait l’intérêt des gens dans les villages que je traversais. Puis j’ai laissé mon vélo en me nomadisant et en partant à pied avec les tribus. Je n’avais pas encore de caméra, mais un Instamatic Kodak qu’on m’avait offert. J’ai encore les photos d’ailleurs, car la pellicule ça se conserve."

Tu nous a fait découvrir chaque année à Manosque, un autre cinéma que celui des paillettes et strass présenté à Cannes et qui pourtant remplissait les salles. Serais-tu un extra-terrestre visionnaire ?
PASCAL PRIVET : "Il y a même des cinéastes dont les films ont été présenté à Cannes qui sont venus à Manosque avant, pour le présenter au public manosquin. Je pense à Dominique Cabrera, à Claire Simon, à Philippe Faucon dont on parle beaucoup en ce moment avec Fatima, à Van Der Keuken ..et à tous les cinéastes africains que j’ai découverts via la francophonie. Et puis beaucoup de cinéastes ont présenté leur premier film à Manosque lors des Rencontres. Je pense à Wang Bing dont le film A l’Ouest des rails durait six heures. Nous avons été les premiers à le diffuser en intégralité."

Quand as-tu commencé à filmer ? Et avec quelle idée en tête ?

PASCAL PRIVET : " Je me suis acheté une caméra vidéo 8 en 1990. Je l’ai emmenée partout dans le monde, mais je l’ai aussi utilisée dans les Alpes-de-Haute-Provence. Mes premiers films je les ai fait en 1987 pour les premières Rencontres cinéma avec l’aide de Jean Arlaud et Jean Rouch qui ont accepté d’être les parrains du festival. Mon idée était de partir d’une thématique (la chasse traditionnelle) et j’ai constaté qu’il n’y avait aucun film sur les lecques, cette chasse aux grives pratiquée par les anciens avec des lauzes (grosses pierres plates) tenues par des brindilles, du côté de Saint-André-les-Alpes. Et j’ai filmé des personnages tout simplement. Tu sais, mettre en image la parole d’un vieux monsieur (Elie Audemard en l’occurrence) c’est juste de l’intelligence de mise en scène.
Elie, on l’a suivi dans la colline, comme je suivais mon grand-père en forêt. Sûr que j’aimerai filmer plus souvent, mais c’est du temps et des moyens, et tout ça reste des productions marginales qui ont leur limite. Mais ce que j’aime aussi c’est filmer les musiciens. J’ai filmé beaucoup de concert du festival d’été quand c’était « Jazz à Manosque ». J’ai repassé il y a peu les concerts de Claude Nougaro au théâtre Jean-le-Bleu et de Paulo Mondano au parc de Drouille ; c’était très émouvant."

Tu as filmé à plusieurs reprises cette ville extraordinairement belle, comme accrochée au ciel qu’est Saana au Yémen, et tu as travaillé comme formateur de techniciens à la télévision yéménite. Aujourd’hui, ce pays est en proie à des tourments insensés avec Daesch et les extrémistes de l’Islam radical ; t’attendais-tu à de tels bouleversements ?

PASCAL PRIVET : "On ne peut pas s’attendre à tout ce qui s’est passé dans les pays arabes ces dernières années, mais il y a des causes qui viennent de très loin. Notamment de la première Guerre du golfe ! Le Yémen est un pays les plus pauvres du monde et il s’est retrouvé coincé dans la trop longue éviction du dictateur qui le dirigeait depuis 26 ans. De plus, c’est un pays qui fonctionne encore de façon tribale et c’est difficilement imaginable pour nous, en Europe. La cohésion du pays a donc volé en éclats à son départ, et les tensions existantes ont été instrumentalisées par les pays limitrophes.Mais c’est en 2004 que ça a déjà commencé à se gâter.
Tu sais, c’est vraiment très compliqué et l’émergence d’un dispositif démocratique comme on l’entend chez nous est quasiment impossible à réaliser. C’est pour ça que l’Occident est totalement démuni pour intervenir dans ces conflits internes. De plus, Daesch possède une véritable armée avec des armes, des munitions, des tanks… En fait, tout est faussé !!
Moi, ça fait dix ans que je ne suis pas retourné au Yémen, mais j’ai toujours des contacts avec des amis là-bas, par téléphone, par internet…
Je regrette vraiment de ne pas pouvoir y retourner, mais c’est beaucoup trop risqué en ce moment. Ce que je sais c’est qu’il y a eu des bombardements intenses, et que le cinéma n’existe plus. La télévision nationale a été bombardée elle aussi et s’il y a toujours des images à l’écran, on est bien loin des magazines culturels que j’avais créés au titre de la Coopération française via le ministère des Affaires étrangères."

Jean Arlaud, Arthur Lamotte, Robert Kramer... sont partis rejoindre les étoiles. Le cinéma ethnographique a-t-il toujours un avenir ?

PASCAL PRIVET : " Tous ces gens-là et leur influence demeurent ; tout comme leurs films. Cette année, on a passé pour la première fois La Punition de Jean Rouch à Manosque, en présence de l’actrice qui avait le premier rôle à l’époque. C’était formidable comme émotion. Aujourd’hui, les techniques ont changé et le documentaire est un pan de la production cinématographique ignoré du grand public. Celui-ci a donc du mal à se rendre compte de la diversité produite chaque année dans ce domaine.
Heureusement, les festivals démontrent qu’il y a un public pour ça. C’est là toute l’importance fondamentale de ces rendez-vous qui permettent aux films d’arriver jusqu’au public. Mais comme pour toutes les manifestations culturelles actuellement, on réduit les aides et les subventions. "

Quelle est ta conclusion ?

PASCAL PRIVET : " Je crois profondément que le cinéma peut nous aider à comprendre le monde. Mais il est important d’apprendre à lire les œuvres et savoir comment sont fabriquées les images. Car elles n’ont pas toutes la même ambition. Mais ça peut être des chansons aussi. Tout ça nous aide à nous constituer en tant qu’homme et citoyen. "

Propos recueillis par J-P.T

À CŒUR OUVERT AVEC...FRANCK MARCO

- Batteur autodidacte, Franck Marco Ch’ti bon teint installé en Provence au cœur des années 80 pour y débuter dans le rock-blues avec Jean-Paul Avellaneda et Mercy, est un homme attachant et discret qui a trouvé dans la batterie une façon de communiquer ; mais pas que ! Aux frappes sur les cymbales, tomes, et autre grosse caisse, il ajoute le besoin extrême qui lui colle à la peau de s’exprimer - chaque matin - en peinture, jetant sur la toile, les couleurs et méandres de son âme profonde. Quand mon père est mort, je me suis enfermé et je me suis mis à jouer huit heures par jour, comme un fou, et j’ai appris à lire des partitions nous a -t-il confié avec pudeur, retenue et émotion. Franck Marco évolue aujourd’hui dans une bulle de plus en plus grande qui le transporte désormais dans l’Europe entière pour accompagner une kyrielle d’artistes les plus divers, de Jil Caplan à Charlie Winston, jusqu’à Saule, mais qui a su rester lui-même. Un batteur old school , mais terriblement moderne ! Un batteur qui sait accompagner les plus humbles musiciens dans un bar de Haute-Provence, tout en s’effaçant derrière eux, pour mieux les sublimer. Un fan d’Europe à part entière ; surtout celle du cœur !

Jean-Pierre Tissier

Je me souviens du premier concert de Mercy devant la chapelle Saint-Pancrace sur les hauteurs d’Oraison, il y a vingt ans. On était une poignée… Tu étais aux baguettes. Que s’est-il passé depuis pour arriver à être aujourd’hui un batteur connu et reconnu dans le monde du jazz, du blues et de la variété ?

FRANCK MARCO : "Je suis resté neuf ans avec Mercy, puis j’ai eu envie de changer de route et je suis retourné vivre dans mon Nord natal. Là-bas j’ai retrouvé des potes, j’ai tapé le bœuf pendant des jam-session dans des clubs avec d’autres musiciens, et avec l’explosion des réseaux sociaux, je me suis remis à travailler avec les artistes du Nord et de la Belgique, parce qu’il se passe plein de choses ici. C’est très riche culturellement.
J’y ai rencontré Jil Caplan dont j’avais assuré la première partie en Belgique avec un groupe et elle m’a engagé pour sa tournée. Ça a duré deux ans. J’ai aussi rencontré Jean-Christophe Urbain des Innocents. On est devenus très potes et cela a généré plein de rencontres et de contrats. Moi, ça me plaît de changer d’horizon musical.

Actuellement, je joue avec Saule, un chanteur belge produit par Charlie Winston. On s’est rencontrés aux Nuits secrètes d’Aulnoye-Aymeries. Il n’avait plus de groupe et cherchait des musiciens. Il est venu me voir en concert et on a fini ensemble en jam… On a auditionné ensuite à Bruxelles avec Charlie Winston et ça a fait l’affaire ! Saule est de Mons, moi de Maubeuge ; c’est ça le Nord, une grande fraternité musicale européenne ! Mais je travaille toujours comme un artisan. La preuve : le CD que j’ai enregistré en 2004 avec Alain Soler à Château-Arnoux vient seulement de sortir chez Orchestra international. Dix ans plus tard. Ten years after ! "

www.youtube.com/watch?v=McBHKnlKJpY

Comment as-tu débuté à la batterie ? Y-a-t-il eu un déclic ?

FRANCK MARCO : "Oui ! J’ai eu un coup de foudre à cinq ans en regardant l’émission Chorus d’Antoine de Caunes, les Stones jouaient Angie, je crois, et j’ai craqué pour la batterie à ce moment-là. (Merci Charlie Watts !) midi et soir, je me suis mis à taper avec les cuillers, les fourchettes, les couteaux… sur n’importe quoi. Et mes parents m’ont acheté une batterie ! Dans la foulée, à 6 ans, je me suis mis à taper sur les airs de musette à la paroisse, et même à la messe de minuit.

A la fin des années 70, j’ai monté un groupe rock, et on jouait chaque week-end du vendredi soir au dimanche après-midi. J’ai joué tous les gros tubes de variété et du hit-parade de l’époque. Je faisais tout à l’oreille car je n’ai pas fait de Conservatoire ; je suis un autodidacte total. Mais à la mort de mon père je me suis réfugié dans la batterie. Je jouais jusqu’à huit heures par jour. Puis j’ai rencontré des profs et j’ai appris à lire des partitions.

Quels styles de musique apprécies-tu ? Tu peux tout accompagner ?

FRANCK MARCO : "J’ai envie de te dire que je suis sensible à toutes les musiques bien faites. J’aime le blues, le jazz, le rock... et Jacques Brel. Et j’adore la variété car c’est difficile à jouer. Ce sont les vrais gens qui chantent de vraies chansons. Et moi je suis un batteur de chansons. Mais j’aime aussi le côté happening un peu fou qu’il peut y avoir pendant certaines rencontres musicales. L’inattendu c’est super, et j’adore me mettre en danger. Mais j’adore aussi la musique classique. Ravel, Debussy… c’est super et follement romantique. Et je kiffe le rap aussi, s’il revendique de vraies choses. En fait, j’ai besoin de mettre un pied ailleurs."

"Le bon batteur ; c’est celui qu’on n’entend pas. Il faut savoir travailler avec le silence car un long solo de batterie n’est pas forcément le reflet de la qualité d’un batteur. Moi, j’adore les solos de silence ! " ( Franck Marco).

Une batterie, au-delà de l’instrument, cela représente quoi pour toi ? Les battements du cœur ou de la technique ? La bonne volonté de frapper suffit-elle ?
FRANCK MARCO : "On peut tout dire avec la batterie, mais il faut en avoir envie. C’est une question d’intention et de vocabulaire musical. Certes il y a des limites comme dans la variété qui est très exigeante, mais c’est enrichissant aussi d’avoir des contraintes. Tu dois mettre de toi dans le peu d’espace qui t’est accordé. Moi je travaille beaucoup aujourd’hui parce que j’ai un son. Mais le bon batteur, c’est celui qu’on n’entend pas. Il faut savoir travailler avec le silence. D’ailleurs, quand je joue pour un musicien étranger, je me fais toujours expliquer en détail la chanson qu’on va jouer. Ça peut paraître intello, mais ça ne l’est pas.

Une chanson reste une chanson. Et j’ai la chance de comprendre vite. Donc, je les travaille tout de suite, en direct. Mais c’est pas compliqué. Le contexte pop-rock va vite à cadrer. Ce n’est pas du Franck Zappa. Ce qui compte c’est l’émotion !"

Quelle est la différence entre un bon batteur et un batteur extraordinaire ; celui qui est une référence au-delà du temps qui passe ?

FRANCK MARCO : "Pour moi, le plus grand c’est Steve Gadd ; le batteur d’Eric Clapton. Mais il y en a d’autres comme Jim Keltner qui accompagnait John Lennon et puis l’inégalable Art Blakey (photo ci-dessus) avec ses jazz messengers. J’adore sa transe africaine. (*Conseil JPT : écoutez la 2e face de la musique du film Ascenseur pour l’échafaud de Miles Davis. C’est Art Blakey).
Tous ces batteurs m’ont fait vibrer. Car même lorsqu’ils s’effacent, on découvre l’ univers qu’ils mettent à la disposition de la musique. La batterie, c’est une machine qui roule, mais le long solo d’un batteur comme c’était la mode dans les années 70 n’est pas forcément le reflet de la qualité d’un batteur. Moi, j’adore les solos de silence ! »

As-tu vu Whiplash le merveilleux film de Damien Chazelle sur l’univers de la batterie à New York avec Miles Teller et JK Simon ? Est-ce vraiment la réalité d’un enseignement aussi dur, cruel, et impitoyable ?

FRANCK MARCO : "Je suis mitigé sur ce film. Certes, il reflète un peu de notre vie de batteur, mais c’est un peu exagéré. Moi je suis déjà tombé sur un prof comme ça, très colonel, mais ça n’a duré que deux heures. Je suis parti ! Personnellement j’ai besoin de vibrer quand je joue et je n’aime pas qu’on m’en empêche. Tu sais JP, les mains qui saignent j’ai déjà eu ça ; les cloques aux doigts aussi, mais c’est ça la batterie. Un instrument physique qu’on arrive à dompter avec le temps et la technique. Cependant les kinés m’ont appris qu’il faut boire beaucoup d’eau quand on joue pour préserver l’élasticité des tendons. Mais ça n’exclut pas une bonne bière aussi comme on a dans le Nord. Et j’ai commencé à y rendre goût."

"Les kinés m’ont appris qu’il faut boire beaucoup d’eau quand on joue pour préserver l’élasticité des tendons. Mais ça n’exclut pas une bonne bière..." Franck Marco

J’ai découvert ta peinture à Valensole, en Haute-Provence, il y a une quinzaine d’années. Que peins-tu aujourd’hui ?

FRANCK MARCO : "Quand je ne suis pas en tournée, je peins tous les matins, chez moi, dans ma ferme située en pleine nature. Mais je suis aussi devenu coordonnateur dans un Plan de développement des musiques actuelles dans le Nord, et je travaille avec des gamins pour leur apprendre à jouer du rock. J’adore ça, ça me permet de laver mon cerveau… mais pour la peinture, je suis passé maintenant aux portraits même si çapart souvent dans tous les sens, comme dans ma vie. Là-aussi, j’ai besoin d’avoir un pied ailleurs. Ma bulle est décidément très grande…. "


LA PHRASE : "À la mort de mon père je me suis réfugié dans la batterie. Je jouais jusqu’à huit heures par jour. Puis j’ai rencontré des profs et j’ai appris à lire des partitions."


Quelle est ton actualité immédiate ?

- En Belgique, Mons située tout près de chez moi a été désigné capitale européenne de la Culture comme Lille et Marseille l’ont déjà été. Et ça provoque des événements fantastiques. Le chanteur belge Saule produit par Charlie Winston (Like a hobo) avec qui je joue en ce moment habité à Mons et il a écrit un conte pour enfants qui va être joué le 31 octobre, le soir d’Halloween, puis le lendemain. Tout est déjà complet ; mais il faut dire que le narrateur du conte est Pierre Payet qui fait la voix du Doc dans Retour vers le futur, et que ce spectacle qui aura Saule et des rappeurs sur scène est mis en scène par Franco Dragonne. C’est lui qui réalise les shows de Madonna et de Céline Dion à Las Vegas. Saule (photo ci-dessus) ) à ne pas confondre avec Saul Williams est un type au grand cœur avec qui je m’entends formidablement. J’ai fait un Taratata avec lui et Charlie Winston ; c’était super !"

Propos recueillis par J-P.T

*** Franck Marco joue sur Tama, Ufips, Promark et Evans. * Son site internet : franckmarco.fr


À CŒUR OUVERT AVEC... OLIVIER NOREK

- Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2015 pour Territoires , son deuxième roman, après Code 93 .


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- Lieutenant de police au sein de la section enquêtes et recherches du Service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis (SDPJ 93) depuis quinze ans, OLIVIER NOREK était invité au 13e festival Blues & Polar consacré au Secret, pour son deuxième roman Territoires paru chez Michel Lafon. Décontracté,simple et sympa il a très rapidement passionné le public manosquin du débat du samedi au parc de la Rochette aux côtés de Philippe Carrese, Chris Costantini et Pierre Pouchairet. Il avait déjà été salué par la critique pour son premier opus Code 93 qui racontait les aventures du capitaine Victor Coste, son héros de papier.

Après Jean Bulot, Fabienne Boulin-Burgeat, Ingrid Astier, Maurice Gouiran et Jacques-Olivier Bosco, qui ont reçu les précédents prix, vous venez de recevoir le 6e Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence décerné en hommage à la journaliste Sylvie-Turillon par le comité de lecture de Blues & Polar. Que représente ce prix pour vous ?

OLIVIER NOREK : Beaucoup, car Blues & Polar a le privilège de réunir mes trois passions : la musique, le polar et le cinéma. C’est donc un festival dont j’avais connaissance et qui me séduisait énormément. Moi (avant de devenir policier) j’ai une formation de piano classique et de saxophoniste jazz, tout en ayant tâté plus tard de la musique électronique. J’ai même assuré plusieurs concerts du genre en province. Alors, être invité au festival Blues & Polar, puis être le Coup de cœur des lecteurs, c’est un vrai bonheur. Je suis ravi ! En plus, le Coup de cœur qui est une œuvre d’art a été réalisé par le sculpeur Alma (Marcel Kartmann) qui a été médecin légiste dans une autre vie. Et j’adore les gens qui ont plusieurs vies. Donc, je suis pleinement heu-reux ! J’ai d’ailleurs mis mon prix sur mon saxophone. C’est tout un symbole. »



Etes-vous surpris de l’accueil très favorable réservé à vos deux premiers livres Code 93 et Territoires ?

OLIVIER NOREK : « Enormément ! Chaque année 1800 polars sortent en France. Les grands du genre ont déjà une bonne part du gâteau, et moi, je suis un jeune auteur. C’est donc une surprise que je n’ai pas vu venir. Code 93, mon premier polar, s’est vendu - pour l’instant - à 70 000 exemplaires chez Michel Lafon. Et je suis déjà à 120 salons depuis deux ans, mais je garde les pieds sur terre. Car on peut monter très vite… et redescendre très vite ! D’ailleurs quand on me dit que Territoires est mieux que Code 93, ça me met une certaine pression. Je n’ai pas peur de la page blanche car avec quinze ans de PJ, des histoires j’en ai ; mais c’est plutôt l’insatisfaction qui pourrait me guetter. Je cherche donc toujours ,et je doute, car le doute fait avancer. Et j’essaie aussi d’étonner les lecteurs avec toujours un petit plus, celui qui permet d’éviter une scène déjà vue ailleurs….

Qu’est-ce qui a provoqué chez vous un jour l’envie d’écrire des romans ? Y-at-il eu un déclic et un événement particuliers ?

OLIVIER NOREK : « J’ai gagné un concours de nouvelles sur le site au feminin.com et quand je suis allé récupérer mon prix il y avait parmi les invités une auteure-journaliste dénicheuse de talents. Et elle m’a proposé d’écrire un polar… et j’ai signé chez Michel Lafon. C’est vraiment le hasard total d’autant que pour la nouvelle du concours il y avait des sujets imposés très féminins. J’ai brodé sur l’histoire d’une nana qui trouve un portable dans le bus et vole pendant une journée la vie de sa propriétaire en appelant ses contacts et en se faisant passer pour elle. Dire que ça ne faisait que trois pages…. Tout est parti de là. »


Olivier Norek : Je me sens capable d’écrire autre chose qu’un polar. Le polar, c’est un alibi !

Vous êtes en train d’écrire votre troisième roman ; est-ce toujours un polar ?
OLIVIER NOREK : « Oui ! Il s’appellera Surtension (avec ou sans s, je ne sais pas encore) et ce sera l’occasion de terminer la trilogie du capitaine Victor Coste, mon héros. Car pour mon 4e, je vais sortir du 93 où j’habite d’ailleurs. Ce sera toujours du mystère, mais avec une nouvelle équipe d’enquêteurs.


Travaillez-vous toujours sur le terrain comme policier dans le 93 ? OLIVIER NOREK : Non, je suis en disponibilité comme on dit. En clair, je suis entre parenthèse mais je peux toujours revenir à mon métier de policier si je ne vends plus de livres. Cependant, pour l’instant , grâce à mon agent, j’ai des propositions venant du cinéma et de la télévision. Ainsi j’ai écrit le scénario d’un téléfilm réalisé par Yves Rénier et qui s’appelle Flic, tout simplement. Ça sortira en décembre avec Philippe Torreton et Mathilde Seignier dans les principaux rôles. Mais j’ai plein de scénarios en tête… J’ai travaillé aussi pour Canal + sur la saison 6 d’Engrenages. »
Etes-vous un lecteur ? Si oui, que lisez-vous ?

OLIVIER NOREK : « Je lis pas mal, mais pas forcément du polar. J’adore les sagas, et dans le genre je suis fan de Ken Folett. J’aime aussi Fred Vargas et Dantec, ainsi que la nouvelle scène du polar français : Nicolas Lebel, Claire Favan, Maud Mayeras, et une Belge qui s’appelle Barbara Abel. »


Quelle est votre motivation au moment d’écrire ? Distraire ou informer ? Ou les deux ?

OLIVIER NOREK : J’aime distraire, car sinon les gens se font chier. Mais l’artiste a toujours une fonction politique. C’est pour ça, dans la mesure où j’ai une tribune aujourd’hui, que je peux dire des choses sur ce qui ne va pas bien dans notre société. Notamment du côté de la justice et de la police. »



Quels sont vos prochains rendez-vous littéraires ? OLIVIER NOREK : « Je suis invité à la Fête de L’Huma à Paris, puis au Salon du livre de Reims. J’ai pour l’instant 31 salons jusqu’en mars 2016. Je n’arrête jamais et j’adore ça. Quand on écrit on est seul et ensuite il y a trois mois avant que l’on sache si le livre intéresse ou pas. Ce sont des longs moments de solitude ; alors rencontrer les lecteurs, c’est vraiment la cerise sur le gâteau. Mais je n’ai pas encore été invité à jouer sur scène comme vous le faites à Blues & Polar quand un auteur est musicien. Mais il faut que je me remette sérieusement au sax, car chez vous il y a des pointures… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

A CŒUR OUVERT AVEC..SYLVIE GIONO-DURBET

A Manosque, dans la maison familiale du Paraïs située au pied du Mont d’or - ce fameux sein rond comme une colline comme l’écrivait son père - Sylvie Giono-Durbet perpétue l’oeuvre universelle de celui pour qui la nature était le terreau de ses romans et de son imaginaire fécond. Mémoire vivante des lieux et des événements, Sylvie Giono qui possède un caractère bien trempé, n’est jamais à court d’anecdotes sur ce père qui fut, et reste, un des dix plus grands écrivains du XXe siècle, connu et reconnu dans le monde entier. D’où la grande fierté pour le festival Blues & Polar d’être accueilli chaque année dans ce lieu mythique qu’est le Paraïs, par Sylvie Giono et l’association des Amis de Jean Giono présidée par le charismatique Jacques Mény. Un bonheur que nous partageons avec le public via une lecture de l’oeuvre de Giono en osmose avec le thème choisi ( Faust au village cette année), et un concert sous les frondaisons... Auteure de livres consacrés à sa vie familiale, et notamment à la cuisine gourmande de Haute-Provence (truffes, cèpes, crespeou, jambon cru de Montagnac, lapin, pâtes au pistou... ) qu’appréciait tant son père, Sylvie Giono-Durbet se livre à cœur ouvert pour Blues-et-polar.com

Jean-Pierre Tissier

1- Le thème du 13 e festival Blues & Polar qui se tiendra du 26 au 29 août, avec une halte le 27 au Paraïs, est Le Secret . Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit d’entrée ; sans réfléchir ?

SYLVIE GIONO : "Ah, le secret, c’est ce qu’il y a de plus succulent... et qu’on ne partage pas ! Et l’empereur du secret, c’était mon père car il faut vraiment avoir beaucoup d’imagination. En fait, c’est la vie secrète de chaque individu, et elle est nécessaire. On ne doit pas tout faire connaître de soi. Le secret, c’est très personnel et privé. Mais un vrai secret, c’est fait pour être gardé, car les secrets révélés sont toujours décevants. "

Votre père employait-il le mot polar pour désigner un roman policier ?
SYLVIE GIONO : "Il n’aimait pas trop les abréviations et disait plutôt roman policier, mais ça lui arrivait de dire polar. En attendant, c’était un passionné du genre, et il attendait toujours impatiemment la Série noire qu’il recevait chaque mois par paquet de quatre romans. Là, il se mettait sur son divan, et il lisait les quatre ouvrages les uns à la suite des autres. Le style rapide des romans policiers l’intéressait beaucoup. Il disait que ça lui nettoyait son cerveau. Mais ce sont surtout les Américains qui l’intéressaient car il y avait de l’action et de l’humour. Sans oublier l’imaginaire, qu’on ne retrouve plus trop maintenant dans les polars actuels. Pour moi, ils sont trop dans le réel. Néanmoins Fred Vargas sort du lot car elle a de l’humour. Cependant, je suis dans les sélections du Prix Giono actuellement et je n’ai pas trop le temps de lire des polars. Mais je serai présente au Paraïs, pour les festival."

LA PHRASE : "Le secret, c’est ce qu’il y a de plus succulent... et qu’on ne partage pas ! Et l’empereur du secret, c’était mon père car il faut vraiment avoir beaucoup d’imagination."


Quels souvenirs avez-vous de ce Paraïs justement ?

SYLVIE GIONO : "Actuellement je suis la gardienne de cette maison et de ses souvenirs, car je suis la seule qui reste du passé du Paraïs. Cette maison devenue d’écrivain date de 1900, et une autre partie a été réalisée en 1934. c’’est aujourd’hui une maison classée... donc invendable, sauf à un organisme culturel. Mais le Paraïs de mon enfance, c’était la vie toute simple de tous les jours. J’ai vécu un conte de fée ici. Mon père était un parleur qui savait transformer les choses. A partir d’un simple fait-divers paru dans Le Provençal, il nous inventait des histoires fantastiques.... "

Est-ce parfois difficile d’être La fille de ?

SYLVIE GIONO : "Pas du tout ! Au contraire, moi je suis très fière d’avoir eu un père tendre et aimant qui s’occupait de ses filles. Il était plein d’indulgence et très présent.


À CŒUR OUVERT AVEC ... JEAN-FRANÇOIS MUTZIG

Il a la photographie chevillée au corps comme d’autres un ballon rond à la pointe des crampons. Jean-François Mutzig - Jeff pour les intimes que sont ses amis chevaliers de la pelloche et du numérique - promène toujours ses appareils photo avec une grande discrétion, même s’il ne se cache jamais pour obtenir un cliché. Il ne se fait pas oublier pour autant, comme l’on dit trop facilement d’un photographe pénétrant dans le quotidien et l’univers des gens du bout du monde. Non, Jeff se fait accepter ; ce qui n’est absolument pas la même chose ! Photographe de l’instantané et de la sincérité, il est, et il restera. Avec lui, pas d’instants volés, mais des moments magiques à Madagascar, au Vietnam, au Népal… ou sur le Plateau de Valensole, au cœur de la Haute-Provence. Car Jeff, après de longs voyages sur la planète s’est posé – comme un peintre impressionniste – à deux pas de chez lui, au beau milieu des lavandes du bonheur et de l’amour ; là où il avait photographié sa jeune sœur aujourd’hui disparue, quand elle avait 16 ans.
Un vrai coup de torchon, une tornade, qui a balayé son existence, abimé son cœur, son corps et sa tête, au point de le fragiliser très fortement. Il nous a même fait très peur Jeff ! Jusqu’au jour, où il s’est hissé – c’est le mot – de sa chambre jusqu’à sa voiture, pour aller cahin-caha vers les fragrances intenses et violettes de la « petite fleur bleue » de Provence, pour une série de photos aux antipodes de tout ce qu’il a pu réaliser auparavant.
Car lui, le photographe du réel, est passé d’un coup à l’imaginaire. De la photo qui fait voyager à celle qui nous fait rêver. Comme dans un conte de fée, où le mouvement a donné vie aux longs sillons violets aujourd’hui parcourus par des couples de mariés chinois convolant, parfois au mépris du danger de la route Manosque-Valensole, bouquet fleuri dans une main, smartphone à « selfies » en partance vers la Chine de l’autre. « Quand la Chine s’éveillera »… avait écrit d’une manière prémonitoire Alain Peyrefitte en 1973, il ne savait pas alors qu’un homme serait là pour fixer l’instant, où en France, le peuple de la Grande Muraille et de Mao envahirait les collines violettes en costume et robe de mariée. Comme un cueilleur de clichés ; celui qui saisit l’instant au vol parce qu’il a su l’anticiper. Du vrai travail de reporter signé Jeff !

Jean-Pierre Tissier

Comment est née votre passion pour la photographie ?
Jean-François MUTZIG : « J’avais un oncle qui faisait de la photo en amateur, mais qui développait ses pellicules noir et blanc et tirait ses photos dans son labo, chez lui. Moi, j’avais 14 ans à l’époque, et pour mon anniversaire j’ai eu un Instamatic Kodak. Ça me plaisait bien de faire des photos. J’ai attrapé le virus à l’âge de 18 ans. A trois mois de passer mon Bac, je me suis barré du lycée, et je suis allé faire un apprentissage à Lille (Nord) et chez un pro du labo et du tirage noir et blanc à Croix.
On était en 1981 et il travaillait pour le catalogue de La Redoute. J’ai donc compris – comme toi JPT - l’art et les subtilités de la photo par le labo. Et un jour, j’ai eu la chance de tirer sur papier deux plaques en verre qui appartenaient à la famille de Saint-Exupéry. Ça m’a beaucoup marqué. Le labo, c’est vraiment important pour comprendre la prise de vue ! Et c’est toujours valable aujourd’hui. Même avec le numérique. D’ailleurs, je n’ai pas changé ma façon de travailler. C’est le cadre qui compte à 50%, pour 50% d’émotion. Le laborantin arrive à sublimer une image, mais doit aussi la comprendre pour interpréter sans tricher. »

Vous souvenez-vous de votre premier appareil photo et de votre première photo publiée dans un journal ?

Jean-François MUTZIG : « J’ai eu un Nikon FM acheté par ma grand-mère. Et les premières photos que j’ai fait avec, c’est ma petite sœur décédée il y a deux ans… (Instant d’émotion). Sinon, mes deux premières photos publiées dans un journal, ce sont des photos de L’Enduro du Touquet publiées dans La Voix du Nord.
A côté, je faisais l’Ecole de photo de Lille, mais je savais déjà que je ne voulais pas être portraitiste, ni tenir un magasin. Je voulais voyager et devenir reporter. »

Vous qui avez débuté avec la pellicule et l’argentique, comment avez-vous vécu le passage à la photo numérique ?

Jean-François MUTZIG : « Il faut vivre avec son temps. La pellicule c’était bien, mais il y a un gain de temps fabuleux pour les reporters de presse. Aujourd’hui, c’est même meilleur mais à condition de bien travailler avec la lumière. Car les logiciels ne sont que les applications de ce que l’on faisait en labo. »

Comment, vous le Lillois, avez-vous craqué pour Manosque et la Provence ?

Jean-François MUTZIG : « Je connaissais Manosque en Haute-Provence, car j’avais un oncle qui possédait une maison juste à côté, à Saint-Martin-les–Eaux. J’y suis donc venu pour accompagner deux sportifs : Jean Salobert (77 ans) et Jean-Loup Thioler (35 ans) désireux de rallier Manosque à Athènes en marchant, car on était en 1984, et c’était le retour des Olympiades à Olympie. Je les ai accompagnés, et tout en marchant avec eux je faisais des photos et le public-relations. Ça représente près de 3000 km, mais ils ont réussi ! Moi, j’avais une voiture pour suivre, mais c’est une belle expérience. Au point que je me suis dit, moi le Lillois je vai rester ici, au soleil. Mais je sortais de l’Ecole de photo et il fallait croûter. Je suis donc devenu correspondant de presse au Provençal, au Soir de Marseille, puis à La Marseillaise et à à Nice Matin en 1986. Je suis passé au Dauphiné Libéré en 1987 et c’est là que j’ai obtenu ma carte de journaliste professionnel. »

L’aventure chez vous a un parfum d’’Asie, semble-t-il ?

Jean-François MUTZIG : « En 1988, j’ai décidé de partir à Madagascar après avoir participé en 1987 à l’opération Action Rêve où j’avais exposé des photos prises en Sicile via Défi-Jeunes. La Sicile, c’est pas loin, mais dépaysant et tout de suite j’ai travaillé sur l’humain. Mais Madagascar, ça sonne et ça parle français aussi. Je suis parti cinq semaines. Mais c’est mon boulot de pigiste dans la presse quotidienne régionale qui m’a permis de réaliser ce voyage, puis d’autres. C’est là que mes travaux sur les ocres de Roussillon (Vaucluse) et les orpailleurs en France ont commencé à intéresser des magazines. J’ai donc intégré Bios Photos comme contributeur et j’y suis toujours. J’ai donc pu diffuser mes clichés en dehors de la presse quotidienne et atteindre ainsi l’étranger. Dans la foulée, j’ai fait un bouquin sur les cerfs-volants… et là, j’ai commencé à m’intéresser à l’Asie. J’ai découvert le Vietnam avec le Manosquin Bruno Defay, et j’ai découvert les mineurs de la Baie d’Along. Les éditions de L’Envol à Forcalquier m’ont suivi et le livre est sorti en 2003. De là, je suis allé photographier les éléphants à Hanoï, car j’avais appris qu’il existait une complicité incroyable entre les humains et ces pachydermes depuis des milliers d’années.
Mais ils sont en grand danger. Ce sujet a été sélectionné aux Nuits photographiques de Pierrevert, à Visa pour l’image à Perpignan, et au festival de Montier-en-Der (Haute-Marne), puis à la fondation Carzou, chez moi, à Manosque. C’est l’association Les Clichés de l’aventure que nous avons fondée à plusieurs photographes qui nous permet de trouver des financements. »

Les lavandes au cœur subitement, comme ce livre Femme-lavande avec René Frégni, et deux expositions photos simultanées sur ce sujet insolite pour vous ; ce n’est pas un pur hasard. Tout est né d’un drame familial dites-vous…

Jean-François MUTZIG : « Oui ! J’avais photographié ma petite sœur, aujourd’hui disparue après une longue maladie, et ce choc m’a profondément affecté moralement et physiquement. Je suis tombé malade et j’ai été sauvé deux fois par miracle. Jusqu’au jour, où cloué au lit, j’ai eu un déclic, moral et physique, avec l’envie de photographier autrement. Je ne peux pas l’expliquer. J’ai donc photographié ce phénomène chinois qui se déroule dans les lavandes de Valensole pendant trois semaines, en allant vers la peinture. Ça ne m’était jamais arrivé de photographier ainsi. C’est troublant !
Je me suis souvenu qu’il y avait de la lavande en Chine, seulement dans l’Est, en pays ouigour, et que pour les Chinois c’est la fleur du bonheur et de l’amour. Mais je savais aussi qu’il y avait un dépérissement de la lavande, et qu’Olivier Baussan fondateur de l’Occitane a créé une fondation pour en assurer la sauvegarde. D’où l’idée d’un livre de photos nommé « Femme lavande » où l’écrivain René Frégni est venu adjoindre certains de ses textes, avec 1€ versé sur chaque livre vendu à la fondation.
Eh oui, avec la mondialisation, Internet, et un feuilleton TV chinois très suivi, style « Plus belle la vie » chez nous, le « must » pour un jeune couple chinois, c’est de venir se faire photographier dans les lavandes en fleurs sur le plateau de Valensole. Un phénomène complètement dingue, qu’on peut apercevoir tous les jours si on passe sur le Plateau. Au point qu’on trouve même aujourd’hui de la restauration chinoise au beau milieu des lavandes… »

Le futur débute quand pour vous désormais ?

Jean-François MUTZIG : « Tout l’été avec mes expositions. Cependant en 2016, je vais repartir photographier les éléphants ; au Népal cette fois. Mais l’aventure reste toujours possible au coin de la rue. La preuve ! »

J-P.T.

Jeff Mutzig/René Frégni : le cœur couleur lavande

- Femme lavande , c’est un livre de clichés étonnants à la limite de la peinture. Et c’est aussi à cœur ouvert que Jeff propose une série d’instantanés, saisis dans les champs de lavande en juillet, sur le Plateau de Valensole, mondialement connu désormais grâce à Internet, notamment en Chine où la lavande est la fleur de l’amour et du bonheur. Les jeunes couples de la Grande muraille trouvant très tendance de venir immortaliser leur union au beau milieu des vagues violettes et parfumées. Jeff a ainsi mélangé les genres entre photos piquées et floues comme des tableaux impressionnistes, tandis que René Frégni ciselait avec ses mots, ces jeunes femmes marchant dans la lavande jusqu’à mi-genou. Un livre à respirer comme une fragrance !

J-P.T.

À CŒUR OUVERT AVEC ... FABIENNE BOULIN-BURGEAT

AFFAIRE ROBERT BOULIN : l’enquête a été rouverte officiellement le 11 septembre après la plainte pour enlèvement et séquestration déposée par Fabienne Boulin auprès du Tribunal de Versailles.
"Je sais que les choses vont être difficiles, comme depuis 36 ans", a confié Fabienne Boulin à Benoit Colombat grand reporter de France Inter qui suit l’affaire de très longue date.

- L’ancien ministre du Travail, Robert Boulin, gaulliste de gauche gênait dans le paysage politique des années 70. Sa mort troublante le 30 octobre 1979 (suicide ou assassinat politique ?) reste une énigme depuis 35 ans. Et assurément une des plus grandes affaires d’Etat. Saura-t-on la vérité un jour ? Sa fille continue le combat pour la vérité.

Après la diffusion sur France 3 du téléfilm « Affaire Boulin : crime d’Etat ? » , un nouveau témoignage recueilli récemment va peut-être relancer – 35 ans plus tard - la thèse de l’assassinat soutenue très rapidement par Fabienne Boulin, fille de l’ancien ministre, qui - elle - n’a jamais cru à la version officielle du suicide de son père, car entachée de si nombreuses contradictions et anomalies. « Coup de cœur du festival Blues & Polar 2011 » pour son roman « Le Dormeur du val », qui explique tous les dysfonctionnements de l’enquête, Fabienne Boulin-Burgeat se bat depuis octobre 1979, avec une pugnacité féroce pour obtenir la vérité sur la mort de son père. Elle est l’invitée de L’INTERVIEW sur blues-et-polar.com

"Mon père a bien été assassiné, me confiait en avril 2004, dans les colonnes de La Provence, Fabienne Boulin alors qu’elle était de passage entre Ramatuelle (Var) et Arles (BdR) où résidait son fils. Et personnellement, je n’ai pas cru très longtemps au suicide de mon père…. »
- On rappelle – pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire – que le corps de Robert Boulin qui était promis à devenir Premier Ministre, en remplacement de Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, a été retrouvé officiellement mort à 8h 35, le 30 octobre 1979, dans les eaux de l’étang du Rompu en forêt de Rambouillet. Mais dès une heure du matin, à l’Elysée, selon plusieurs témoignages recueillis par Benoit Colombat , grand reporter de France Inter, certains officiels étaient déjà au courant de la mort de Robert Boulin. Etrange…

Il s’en est suivi une succession d’erreurs et de malveillances, qui laissent toujours planer plus qu’un doute sur cette version officielle, d’autant qu’après l’émission « coup de poing » de Karl Zéro sur Canal Plus en 2003, la fiction-documentaire diffusée sur France 3 l’an dernier a particulièrement souligné toutes ces lacunes.
« "A l’image du visage tuméfié que présentait Robert Boulin lorsque son corps a été exposé en mairie de Libourne, m’ avait également confié en 2004, Jacques Douté, ami de Robert Boulin, lors d’un séjour à Manosque. J’ai vu sa dépouille. Il avait été rafistolé. On voyait pourtant très bien qu’il avait pris un coup violent sur le nez …
" A l’image des poumons de mon père, prélevés pour l’enquête qui ont disparu dans des conditions incroyables, précise Fabienne Boulin. Idem pour un deuxième prélèvement qui se trouvait dans un réfrigérateur qu’on a forcé et dévalisé. Et toute cette affaire est comme ça."

- Nous sommes en juin 2015, et le dossier vit toujours. Mais pour rouvrir l’enquête, il faut un élément nouveau dont vous auriez fait part à la Justice le 19 mai 2016. Lequel ?

FABIENNE BOULIN : "Nous avons une nouvelle avocate, Me Marie Bosé, âgée de 40 ans et qui se passionne pour cette Affaire. Et elle a effectivement déposé, une plainte pour « arrestation, enlèvement, détention et séquestration » de Robert Boulin au Tribunal de Grande Instance de Versailles (78)".

FABIENNE BOULIN « Robert Boulin gênait, et il aurait gêné s’il était devenu Premier Ministre ! »

Où est la nouveauté aujourd’hui ?

FABIENNE BOULIN : "En 2010, j’avais demandé au juge de rouvrir l’instruction, mais pour lui, les éléments que j’avais à cette époque, n’étaient pas valables, car ayant déposé plainte contre X pour assassinat. Donc, ce magistrat m’a suggéré une réorientation de l’enquête, car la plainte contre X qui existe toujours, sera prescrite en juin 2017. Mais le fait nouveau, c’est que Benoit Colombat , journaliste d’investigation à France Inter, qui travaille sur cette affaire depuis 1979, a recueilli un témoignage précieux après la diffusion de la fiction-documentaire sur France 3. Cet homme très fiable dont je ne vous dirai pas le nom, habite la région de Rambouillet, Montfort-L’amaury, où on père a été retrouvé mort, et il s’est souvenu d’avoir vu la voiture de mon père coincée dans un très grand embouteille, la veille de sa mort….
Mais mon père qu’il connaissait de par ses fonctions politiques, et par les médias de l’époque, n’était pas au volant ! Il était assis côté passager avec un homme au volant et un deuxième assis à l’arrière. Et à cette heure-là (18h 30), il était censé être en train de poster les fameuses lettres tapées à la machine expliquant son suicide… Cet homme a donc écrit à l’avocat chargé de l’affaire et c’est un vrai puzzle qu’on est en train de reconstituer, car on a aujourd’hui la preuve de l’enlèvement de mon père. Nous avons donc demandé au procureur Faletti de pouvoir reprendre possession des objets placés sous scellés : costume, chaussures, lettres posthumes, tous les objets saisis dans la corbeille de mon père… car tant de choses ont disparu. Son sang a été volé à l’Institut médico-légal, comme ses poumons…. Moi, ma théorie est simple. Il y a eu assassinat au nom de la raison d’Etat pour des intérêts privés. Car mon père gênait….

"MON BUT N’EST PAS DE METTRE LES GENS EN PRISON, MAIS DE CONNAITRE LA VÉRITÉ !"

Quel est votre espoir maintenant ?

FABIENNE BOULIN : "Que cette plainte soit retenue par la justice et qu’il y ait une enquête tranquille sans pression sur le juge d’instruction. Dès le départ on nous a menti. Il y a encore beaucoup de gens, notamment en politique, qui pourraient encore être entendus."

Propos recueillispar Jean-Pierre Tissier

À COEUR OUVERT AVEC... LARRY GARNER

- Habitant à Bâton Rouge en Louisiane (USA), le bluesman Larry Garner comme tous ses compatriotes voue une tendresse particulière à la France, car Louisiane vient de Louis XVI, Roi de France, et la langue française reste - pour un cajun - un véritable exotisme et une façon de vivre liée à la patrie des Droits de l’Homme. Et comme Neal Black, son compatriote avec qui il prépare un CD chez Dixiefrog - et qui sera invité du 13e Blues & Polar en août - il s’est posé à Volx dans les Alpes-de Haute-Provence, chez l’ami Alain Rivet. Leadfoot Rivet pour les Américains. Car le Volxien a la voix incroyablement soul, créateur du groupe Rockin Chair dans les années 70 et du label Dixiefrog, a toujours su amener vers l’hexagone des pointures du blues et de la soul américaine comme Calvin Russel, Roy Rogers, Billy C.Farlow ou Tommy Castro, dont le pianiste a épousé (eh oui !) la fille de Jean-Paul Avellaneda (leader de Mercy), alors que nous l’avions connue toute petite, hurlant Corneillllllllle pendant tout un concert du poète chantant.... Mais les enfants grandissent ! Pour le site blues-et-polar.com, Larry Garner qui était passé en vedette au festival Jazz à Manosque , il y a une quinzaine d’années s’est confié à nous, en ce Lundi de Pentecôte, au creux d’un petit jardin niché au pied de la falaise de Volx....

Jean-Pierre Tissier

Larry, le blues ne passe quasiment jamais sur les radios publiques et privées en France, sauf quand un bluesman connu, comme BB King, meurt. Le phénomène est-il le même aux Etats-Unis,là où est né le blues ?

- LARRY GARNER : Sur les grands réseaux de radion américains, c’est pareil qu’en France. Mais il y a des radios thématiques fonctionnant avec internet qui passent du jazz ou du blues, 24 heures sur 24. A Bâton-Rouge, en Louisiane, où capte une radio de ce type. Néanmoins, on arrive à entendre parfois sur les grands réseaux, des bluesmen qui sont un peu plus pop- rock comme Eric Clapton, Johnny Lang, Susan Tedeschi, Kenny Wayne Sheperd... On les entend aussi - comme les Rolling Stones, Canned heat, Clash ou John Lee Hooker dans de nombreuses pubs pour des voitures ou des parfums de luxe. C’est un peu bizarre ! Un grand guitariste comme Albert Collins, je l’ai entendu récemment... dans une petite épicerie. Mais renseignement pris, c’était le programme de l’épicier ! Eh oui, c’est un état de fait, le blues est une musique de niche. Et beaucoup de gens ont une idée préconçue du blues. Ils pensent toujours que c’est une musique de noirs tristes. Et le résultat, c’est que dans les festivals aux USA, il y a de la country, de la pop, du zydéco, du hip-hop et pas de blues !

Comment avez-vous découvert cette musique ?

LARRY GARNER : Je n’ai pas eu de parcours musical à l’école. Mais j’avais un oncle paralysé qui jouait du Jimmy Reed sur une superbe guitare Lespaul junior de couleur jaune, dont j’ai hérité. Et j’ai commencé à jouer de la guitare gospel à l’église. J’ai appris sur le tas, comme on dit. Car chez nous, la messe, ça bouge ! En France, je suis allé aux funérailles d’un ami français, c’était d’un lugubre ces messes basses. Nous, on chante et on danse. Ma mère était très religieuse ; moi pas ! Mais ce qui m’a ouvert les yeux sur la monde, c’est tout simplement la curiosité. Plus tu es éduqué, moins tu es bigot ou grenouille de bénitier . C’est bien comme ça que l’on dit Jean-Pierre ? Mais toute cette musique, comme mes copains de lycée, on l’é entendu le vendredi soir sur W.L.A.C . Radio. Elle émettait du blues sur tout le sud des Etats-Unis. Et cette radio a influencé des millions de gens, blancs ou noirs. C’est là que j’ai eu ma première guitare électrique. Elle était en plastique, et c’était une Emmenie vendue sur catalogue avec un petit ampli. Puis mon père a racheté une Kay à mon oncle. Mais j’aurais bien aimé savoir jouer du sax ténor comme Junior Walker ou King Curtis ou de l’harmonica. J’ai essayé, ça paraît facile ; mais c’est pas vrai ! "

" BB King ne jouait pas vraiment blues. En fait, il jouait façon église et gospel. Et c’est pour ça qu’il y avait toujours de l’émotion."

BB King est mort cette semaine ; que représentait-il pour vous ?

- LARRY GARNER : En 1988, j’ai gagné le BB King Award et je suis ami avec plusieurs de ses fils, mais on n’a jamais joué ensemble. En revanche, il a toujours été de bon conseil pour moi. Nous avions les mêmes influences puisque lui-aussi a appris la guitare à l’église pendant le gospel. Mais - et beaucoup de gens l’on découvert lors de l’hommage diffusé sur Arte au lendemain de sa mort - il ne savait pas faire les accords !!!! Mais quel son ! Une seule note et on savait que c’était BB. D’ailleurs, il jouait pas vraiment blues, en fait ; mais église. Et c’est pour ça qu’il y avait toujours de l’émotion.

Question bateau Larry ! Faut-il être américain et noir pour chanter le blues ?

- LARRY GARNER : Pour jouer du blues américain, oui. Mais au-delà de ça, c’est avant tout un état d’esprit que l’on retrouve dans d’autres musiques comme le flamenco, le fado... et ce n’est pas une musique triste. Au départ, c’était un chant de travail (work song) pour garder le rythme dans les champs de coton ou dans les travaux répétitifs. Mais le week-end, ces chanteurs là se libéraient avec du blues parlant de la vie au quotidien, des femmes, de l’amour, de l’alcool... Mais il y eu quand même un courant blues où l’on parlait de la politique et du social. Il a été incarné par JB Lenoir. Mais aujourd’hui c’est le rap qui a pris le relais, même si je n’en écoute pas trop. Si, j’aime bien Snoopy dog !"

Quels sont vos projets immédiats ?

- LARRY GARNER : "On m’a demandé d’écrire ma biographie, alors j’ai commencé. Je termine aussi actuellement un CD avec Neal Black. On ne se connaissait pas, mais c’est Philippe Langlois, le boss du label Dixiefrog qui a eu l’idée de nous réunir, et ça me plait bien. Le CD devrait sortir début 2016, et Alain Rivet fait un titre avec nous. Côté concerts, j’ai une série de concerts qui débute en juin, en Angleterre dans des clubs, théâtres et festivals."

Larry, en dehors du blues, quelle est votre vie ?

- LARRY GARNER : "Je construis des barbecues en fer et je fais moi-même mes eux-de-vie (prune, ananas, fraise..) avec mon alambic. Je suis comme tout le monde, Jean-Pierre ! Je vais aussi à la pêche en rivière pour attraper des perches et en mer dans le golfe du Mexique. Et puis j’aime la France ; Etant Louisianais, j’ai un rapport particulier avec ce pays. J’aime les Français ; Ici, faut pas grand chose pour s’amuser. Hier, une dame a fait tomber ses clés... et tout le monde a rigolé ! Et puis, il y a une belle part faite aux arts et aux artistes en France. Car depuis les années 40, tu as la possibilité, quand tu es black et musicien jazz ou blues, de venir jouer ici et d’être accueilli comme tout le monde !!!"

Propos recueillis par J-P.T

À CŒUR OUVERT AVEC... JEAN-PAUL AVELLANEDA

- Il est le leader charismatique du groupe blues Mercy qui a fêté ses 20 ans cette année avec un grand concert à Oraison. Là où tout a commencé.

* Site : www.mercy-evs.com * Contact : mercyswamp@aol.com - A son rythme - entre tournées et travail en studio à domicile, Jean-Paul Avellaneda (ancien guitariste de Quai des Brumes, France Gall, Patrick Juvet, Luther Allison...) poursuit sa route tracée par le blues avec simplicité, sens de l’amitié, et une certaine philosophie. Pote depuis 2007, de l’Américain Billy.C.Farlow (ancien chanteur-harmoniciste de Commander Cody) avec qui il a découvert la pêche à la mouche, les deux compères ont enregistré en 2009 Alabama song, un album qui a été dans la foulée nominé en Allemagne aux German record critic’s award. Eh oui, de l’autre côté du Rhin, le blues-rock existe et vit plutôt bien !

Pour son 5e album, Voodooboogie train, Jean-Paul s’est entouré cette fois de Romuald Lo-Quintero (batterie) et Bruno Quinonero (basse). Son fils, le batteur Stéphane Avellaneda, qui tourne avec la tonitruante blueswoman Anna Popovic depuis plusieurs années, venant apporter sa touche de percussions, tout comme la voix rocailleuse de l’ami Leadfoot Rivet pour quelques chœurs. Jean-Paul Avellaneda, mon vieux complice d’un quart de siècle musical, à qui je dois - avec Jean-Michel Urban - tous les grands rassemblements rock organisés en Haute-Provence via Rubric’A’Rock, du stade de Forcalquier (17 groupes pour la Fête de la musique 1989), à l’hippodrome d’Oraison, (La Nuit Molina, Les 10 ans de Rubric’A’Rock dans Le Provençal) en passant par le théâtre Jean -le-Bleu (Noël des rockers pour les enfants).... se livre pour blues-et-polar.com

Jean-Pierre Tissier

- Jean-Paul, tu te souviens de ta première guitare ?

« Oh oui ! C’était une Gibson modèle 335 ! J’avais 14 ans, et ce sont mes parents qui me l’ont payée. On habitait Toulon à cette époque. Avec des copains, on s’était distribué des rôles pour faire un orchestre. Moi, je devais faire guitariste car je gratouillais un peu quelques accords. Puis j’ai suivi des cours de guitare classique avant de tomber dans le rock et commencer le métier à Manosque, à 16 ans, avec les Diamonds. C’était le groupe n° 1 des Basses-Alpes à cette époque… Il y avait Lionel Aymes (trompette), Jean-Claude Buttemer (saxophone)… et c’était mon premier cachet. Après, au fil des cachets, je me suis acheté d’autres guitares, car on gagnait bien notre vie à cette époque. On touchait 500 Francs par soir par musicien, dans les années 70. La deuxième belle guitare que j’ai eue, c’est une Fender Stratocaster que le bluesman américain Luther Allison m’a prêtée pendant un an. »

– Tu as joué du rock, du jazz, de la variété, et même du baloche ; pourquoi le blues te colle-t-il autant à la peau ? Et y -a-t- il eu un déclic ?

« Mon premier disque de blues proprement dit, c’est un 45 tours des Rolling stones nommé Get ya-ya’s out. J’ai vraiment craqué en entendant ce morceau et je me suis vraiment intéressé à cette musique. Ensuite, en 1977, j’ai rencontré Luther Allison qui donnait des concerts dans la région. Mais, en France, notamment dans le sud, il n’y avait pas de lieux pour jouer, hormis le « baloche » sur les places de villages. Et puis hormis Triangle, Martin Circus, Magma et les Variations, c’était le grand désert dans le rock français à cette époque. Tout venait d’Angleterre. Je suis donc passé du bal au blues en allant étudier la guitare aux Etats-Unis. J’avais passé l’examen d’entrée - par correspondance – pour rentrer à la GIT de Los Angeles. Et j’ai été accepté ; mais tu sais, si tu gruges et que tu n’as pas le niveau, c’est toi qui perd ton fric. Tu t’arnaques tout seul ! Donc, y’a pas de lézard ! Là, on travaille tous les styles de musique pour arriver à en faire ton métier. C’est un peu comme l’IMFP de Glenn Ferris à Salon-de-Provence. Là-bas, j’ai rencontré le batteur Thierry Horstcheter avec qui on a monté le groupe Quai des brumes, et qui par la suite est devenu le percussionniste du grand chorégraphe Maurice Béjart. Mon prof de l’époque s’appelait Robben Ford ! Un des meilleurs guitaristes mondiaux actuellement. Le déclic, ce sont ces gens-là ! »

"Une guitare, c’est comme un grand vin ; ça vieillit et ça se bonifie avec l’âge... si tu la joues !"

- Quel est le morceau que tu joues toujours avec une grande émotion ?

« Incontestablement, Sweet Home Chicago ! Car un jour à Barcelone, en tournée avec Luther Allison, il m’a dit « Je vais t’expliquer le blues sur un seul titre. » Et il m’a chanté Sweet home Chicago avec un fond de mélancolie. C’est la force du blues ! Arriver à chanter ce morceau avec la patate, le cœur… et la mélancolie. C’est un morceau fédérateur plein de fraternité qu’on avait chanté à 50 sur scène en 1989 à Forcalquier pour la Fête de la Musique, avec tous les musiciens des Alpes-de-Haute-Provence. C’était vraiment super ! »

- Si tu devais partir sur une île déserte ( avec un walkman solaire forcément) et un seul CD à emporter avec toi ; ce serait qui ? Du blues forcément ?

« Ça peut paraître bête, mais ce serait un CD de Bill Evans avec l’harmoniciste belge Toots Thielemans. Ça s’appelle Affinity et c’est vraiment grandiose. Mais si j’arrivais à en planquer un autre, ce serait un disque de Buddy Guy avec Junior Wells enregistré à Paris en 1983. »

- Pourquoi n’entend-t-on que trop rarement du blues à la radio, et jamais à la télévision, hormis sur les chaines thématiques ? Alors que paradoxalement il y a du monde dans les concerts ?
« Ces gens-là ne savent même pas que ça existe, alors que tout vient de là. C’est un manque de culture tout simplement. Quand tu penses que sur certains papiers administratifs officiels, il y a une foule de cases pour le rap, le hip hop, le trip hop, le métal, le heavy métal,le hard-cord, … et même pas de case Blues !!!! »

- La littérature tient-elle un rôle dans la musique que tu composes ?
« Pas vraiment. Pas assez ! Je lis, mais j’ai trop peu de temps car j’ai la gestion du groupe Mercy à assurer, plus les enregistrements au studio d’Oraison. Et mon problème, c’est que je n’ai jamais eu de loisirs. Moi j’ai toujours joué sur scène dès l’âge de 16 ans – surtout le week-end - et la lecture ça venait vraiment bien après tout le reste. Tu sais, le soir, je travaille la guitare et la souplesse des doigts … en regardant la télé ! J’ai appris ça aux USA. Tu es carrément en mode pilote automatique. Ça te permet de développer un système d’improvisation très original, quasiment inconsciemment, mais tout en étant dans le sujet. Et dès fois, je compose à 3 heures du matin… »

- Quels sont tes projets 2015 et 2016 ?

« Actuellement, je termine en studio l’enregistrement de l’album de Leadfoot Rivet. La technique actuelle permet de tout faire ; même de restituer un son « live » comme dans un lieu de concert, et le blues-rock permet aussi de pouvoir faire ça. Ainsi, des musiciens du bout du monde peuvent jouer sur un CD sans se déplacer, par simple amitié, et ça donne un résultat formidable. C’est souvent le cas avec Alain Rivet qui est pote avec Tommy Castro, Tom Principato, Roy Rogers…. mais c’est une question de connaissance de l’autre aussi. Il y a un instinct et une habitude quand tu fais ça depuis longtemps. Tout le travail est dans l’arrangement en fait. Côté scène, on va fêter nos vingt ans avec Mercy, le 23 mai à Oraison. Franck Marco, le batteur des débuts sera présent et ça va être une belle fête. Quand je pense que j’ai créé Mercy pour en faire un petit groupe de bar afin de tourner dans les Alpes-de-Haute-Provence, qu’on a fait notre premier concert devant la chapelle Saint-Pancrace sur les hauteurs d’Oraison, et que maintenant on tourne dans l’Europe entière… c’est fou ! Pour 2016, pourquoi pas Mercy en clôture de Blues & Polar ? »

Ton fils Stéphane qui joue avec Anna Popovic vient d’être classé 3e batteur blues aux USA , c’est une sacrée récompense !

« C’est tout simplement dingue et super ! Je suis très fier de lui »

Propos recueillis par J.-P.T

« Mon problème, c’est que je n’ai jamais eu de loisirs. J’ai toujours joué sur scène, dès l’âge de 16 ans – surtout le week-end - et la lecture ça venait vraiment bien après tout le reste. »


À CŒUR OUVERT AVEC...KARINE GIEBEL

Avec Fred Vargas, elle fait désormais partie du cercle restreint des écrivaines françaises de polar considérées comme « best-sellers ». Et ce, autant en librairie que dans les têtes de gondoles des stations-service d’autoroute ou des supermarchés. Preuve de son implantation populaire, dans le plus beau sens du terme qu’il soit ! En quatre ans, la Varoise Karine Giebel est passée du statut de pure découverte à celui d’écrivain de polar reconnu. Ses livres s’arrachent car ils nous entrainent jusqu’où on ne penserait jamais aller, et elle a d’ailleurs abandonné son métier de juriste fin novembre, pour se consacrer entièrement à l’écriture. Même si je ne pensais pas que ça arrive un jour, nous a-t-elle confié très simplement, avec la modestie et la gentillesse qui la caractérisent, avant de débuter cette interview. Néanmoins, avec le cinéma et la télévision qui me sollicitent aujourd’hui, je n’ai pas que l’écriture, et mes droits d’auteur pour vivre précise-t-elle. Et ça, ça me rassure, car j’ai moins de pression. Plusieurs de mes bouquins vont d’ailleurs être portés bientôt à l’écran par France 3.

Jean-Pierre Tissier

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Karine Giebel, quand a pris corps votre envie d’écrire ?

"Quand j’étais gamine ! J’écrivais des nouvelles, des poésies… sans me dire que je serais auteur un jour. J’avais bien des livres de la bibliothèque rose pour les filles dans ma chambre, mais je préférais les romans noirs, pas forcément ceux qui font peur, mais qui procurent des émotions."

Le polar - genre particulier - s’est-il imposé à vous tout de suite ?

"Oui ! Je suis devenue un fan de polar, au cinéma surtout, très rapidement. Et quand je me suis mis à écrire, c’était toujours noir, et ça l’est resté. »

Comment naissent vos romans ? Les Faits divers des journaux vous nourrissent-ils ?
" J’ai beaucoup d’imagination et je brode. Mais j’aime partir d’un thème et le développer. Exemple : une séquestration, la prison…. J’ai aussi lu beaucoup de littérature classique et j’adore François Mauriac. C’est souvent bien noir ! Mais les Faits divers ne m’inspirent jamais. Néanmoins dans mon dernier roman « Satan était un ange » j’évoque un Fait divers. Mais je ne suis pas partie de lui ; il coïncidait *(NDLR : comme dans le visionnaire « Meurtre pour rédemption ») avec la réalité. Quand j’écris j’ai envie de faire fonctionner mon imagination, et je n’ai pas besoin de grand-chose, car j’ai énormément lu dans mon enfance. En réalité, j’adore regarder les gens évoluer et je vais chercher mon roman dans l’être humain. Le pouvoir est un moteur énorme en littérature, et dans le polar notamment. C’est une des motivations essentielles de l’être humain.

" LE POUVOIR EST UN MOTEUR ÉNORME EN LITTÉRATURE ET DANS LE POLAR NOTAMMENT. C’EST UNE DES MOTIVATIONS ESSENTIELLES DE L’ETRE HUMAIN."

Il y a quatre ans vous étiez invitée au festival Blues & Polar avec votre roman Meurtre pour rédemption . Le très médiatique et authentique libraire Gérard Collard était alors dithyrambique sur vous dans sa rubrique littéraire de France info et au magazine de la Santé sur France 5. Mais on vous connaissait peu. Aujourd’hui, vous figurez dans les rayons aux côtés des grands vendeurs internationaux du polar que sont Harlan Coben, Maxime Chattam, Stephen King, ou James Ellroy ; comment vivez-vous cela ?

- Je ne sais pas si j’ai réalisé ce qui s’est passé. C’est un signe qui me fait plaisir mais m’inflige une certaine pression.
Là, ça fait quinze jours que je n’étais rentrée chez moi dans le Var. J’étais invitée dans une immense médiathèque à Puteaux (92), puis au Salon du livre à Paris, j’ai aussi passé une semaine en Belgique et j’ai fini par Quai du polar à Lyon. Mais, le doute augmente alors que ça marche. On se demande si les gens vont aimer ça car chez moi c’est très différent à chaque fois. Ma grande chance, c’est d’avoir été soutenue dès le départ par les libraires et le bouche-à-oreille. En revanche, je n’ai jamais eu beaucoup de presse, car je suis quelqu’un de discret. »

Si le Polar était une musique, laquelle serait la plus appropriée pour vous ?
Je trouve que ce serait plein de musiques différentes. Moi j’écris toujours en musique et elle est très importante pour moi car elle nourrit mon imagination. Mais c’est le texte qui commande ; pas l’inverse ! ça peut être autant Mozart que Metallica. Il n’y a jamais rien de prévu… et j’ai une bonne discothèque. Pour « Le Purgatoire des innocents » par exemple, j’ai écouté beaucoup de chants corses. Mais pour une poursuite en voiture, il me faudra du rythme, plus hard-rock… »


"J’AI EU LA CHANCE D’ÊTRE SOUTENUE PAR LES LIBRAIRES ET LE BOUCHE-A-OREILLE DES MON PREMIER ROMAN."
Il y a des quantités de séries policières à la télévision actuellement ; en suivez-vous quelques-unes régulièrement ?

- Quasiment pas ! J’ai suivi Mafiosa » car j’adore la Corse, puis un peu Braco et Faites entrer l’accusé, mais je préfère - de loin- , les films que je vois au cinéma. Cependant, ça fait longtemps que je n’y suis pas allée.

Quels sont vos projets immédiats ? Je viens de commencer un nouveau roman. J’ai aussi co-écrit le scénario d’adaptation du « Purgatoire des innocents » pour le cinéma, et j’ai écrit seule celui de « Meurtre pour rédemption » pour le cinéma également. J’écris seule également le scénario de « Terminus Elicius » qui va être adapté pour la télévision par Septembre productions."

Nous vivons une période particulièrement violente depuis le début de l’année avec les assassinats à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher, au musée du Bardo en Tunisie, mais aussi le crash des hélicos en Argentine, celui insensé de l’Airbus A 320 et ses 150 morts près de chez nous à Barcelonnette...Qu’est-ce que cela vous inspire ?

" Ça rentre dans ma tête, et ça me conforte dans le fait que la folie est bien de notre monde. Le crash de l’Airbus A 320 en est l’exemple-type. C’est une facette de l’être humain in-cro-yable ! je pense vraiment que le polar est le reflet de notre société actuelle et que la littérature française dite blanche est trop nombriliste. Ce sont toujours les mêmes sujets personnels qui reviennent. Moi je préfère parler de la société et de l’être humain. Ça explique le succès du polar ! "

Le thème du festival Blues & Polar 2015 est LE SECRET ; est-il un des moteurs principaux de vos romans ?

"J’ai beaucoup de personnages qui ont dans leur passé un secret enfoui qui finit par resurgir à un moment. Le secret de famille est souvent le nœud d’une intrigue. D’ailleurs, dans mon prochain livre, il y aura un très gros secret !"

Serez-vous parmi nous le 28 et le 29 août à Manosque ?
J’en serai ravie… et je vous réponds très rapidement* !


À CŒUR OUVERT AVEC ...RENÉ FRÉGNI

Avec Franz-Olivier Giesbert (éditorialiste au Point, animateur du magazine philosophique Les Grandes Questions sur France 5 et écrivain), il est la pierre d’achoppement sur laquelle le festival Blues & Polar s’est construit il y a treize ans. Un bail pendant lequel l’écrivain manosquin aura connu mille-et-une aventures allant du succès de ses romans et de ses rencontres passionnées avec le public - car il est un extraordinaire conteur - jusqu’à une incarcération très médiatisée en raison de sa proximité avec un des frères Saccomano..... et un procès dix ans plus tard, au cours duquel son innocence a été (enfin !) reconnue et officialisée.
Un flop total pour la Justice de l’époque (procureur de la République et juge d’instruction), car ce n’est pas parce qu’on connait des voyous, que l’on écrit sur eux, qu’on anime des ateliers d’écriture en prison à la demande du Ministère de la Justice, et que l’on est même parfois fasciné - comme les flics - par ces destins hors du commun, que l’on est un voyou ! Entre polars, romans noirs, et d’autres plus tendres comme dans La Fiancée des corbeaux , ou lorsqu’il évoque sa regrettée maman, René Frégni poursuit une carrière d’écrivain qu’il a embrassée et désirée avec passion, mêlant la pugnacité à la hargne, la colère à la fauve tendresse des loups. La verve des mots aux maux profonds de la société. Enfant de Marseille (où il a grandi) et du monde (qu’il a parcouru comme déserteur en cavale) le destin de René Frégni est à nul autre pareil et ferait assurément l’objet d’un grand film, tant il y a du Midnight express et du Belmondo dans son parcours. Car qui aurait cru qu’un jour, l’enfant de Château-Gombert irait porter la bonne parole de la culture, et l’importance du vocabulaire auprès des détenus des Baumettes ou de la maison d’arrêt de Luynes ; voire à l’ancienne et vétuste prison des femmes à Valence (Drôme) ? Une expérience qui devait être unique et jamais renouvelée... en raison d’un chaste bisou que chaque détenue (en manque de tendresse) avait voulu obtenir de René avant son départ ! Un geste de rien et de tant ! Un geste si humain et pourtant.... C’est ce parcours pas comme les autres, que René Frégni évoque pour nous sur : blues-et-polar.com

Jean-Pierre Tissier

- Pour une paire de lunettes jetée à la poubelle à 6 ans, en raison de moqueries enfantines, votre destin a basculé dans l’illettrisme et le vagabondage. Néanmoins, après un long parcours de rebelle en cavale, vous êtes finalement devenu écrivain, ce vieux rêve enfoui depuis toujours au plus profond de vous-même… Avez-vous souvent pensé à ce qui serait advenu de votre vie, si vous aviez accepté de porter des lunettes à 6 ans ? Au lieu de vivre dans le flou et l’ignorance de l’écrit, pendant treize longues années ?

- René Frégni : « J’y pense très souvent ! Je crois que si je n’avais pas jeté mes lunettes quand on m’a appelé Quatre œil à l’école, j’aurais eu un cheminement normal. Et je serais certainement devenu instituteur comme ma grand-mère. Car pour moi, c’est toujours et encore, le plus beau métier du monde. Le langage et l’écriture, ça repousse la barbarie. On s’en rend bien compte aujourd’hui. Rappelons-nous la phrase merveilleuse et prophétique de Victor Hugo : « La tête du peuple, cultivez-la, défrichez-la, remplissez-la. Vous n’aurez pas à la couper, la tête du peuple ! » Mais les moqueries des enfants sont très dures, et moi à l’époque je devais être trop sensible. Cependant je ne regrette rien. Je suis resté treize ans sans lire et quand j’ai remis des lunettes, c’était à la prison militaire de Verdun, en 1966, car j’étais objecteur de conscience et emprisonné. C’est un aumônier militaire qui savait que j’étais d’en bas (en Provence) qui m’a apporté « Colline » de Jean Giono. Etrange quand même pour moi qui irait vivre à Manosque un jour. Et il m’a aussi donné une vieille paire de lunettes. Je les ai posé sur mon nez et j’ai commencé à dévorer les livres, même si j’avais évidemment des lacunes pour déchiffrer les lettres. J’ai enchainé avec « Voyage au bout de la nuit » de Céline… et j’ai déserté quand j’ai lu dans Le Nouvel Observateur, grâce à un autre détenu objecteur de conscience et marxiste, que Che Guevara avait été tué. Lui, il était un Guévariste convaincu… et son prosélytisme m’a convaincu. De Verdun, je suis descendu à Marseille et sur le port, j’ai cherché à m’embarquer pour l’Amérique du sud pour poursuivre la lutte engagée par le Che. Mais je n’ai pas trouvé de place… et je suis parti en bateau pour la Corse où j’ai tenu le vestiaire d’une boite de nuit à Bastia ! Tout ça pour une paire de lunettes !!! »

- Vous allez souvent en prison – et vous avez même testé une garde à vue indigne de la République - pour y animer des ateliers d’écriture auprès des détenus. Vous qui côtoyez ces prisonniers depuis plus de vingt ans, avez-vous senti monter un islamisme radical qui aurait pu faire pressentir les assassinats des dessinateurs de presse de Charlie-Hebdo et dans la foulée, la tuerie des Français juifs de l’Hyper Cacher ?

- René Frégni : « Ma première expérience d’atelier d’écriture remonte en septembre 1990 dans la vieille prison d’Avignon. Mais beaucoup de choses ont changé dans le monde carcéral. Certes, il y a une surpopulation infernale, mais ce n’est plus la prison d’il y a quarante ans. Avant ce qui dominait parmi les détenus, c’était une idée marxiste qui a totalement disparu après Mai 68, l’arrivée de la Gauche et Mitterrand au pouvoir en 1981, puis avec l’effondrement de la Lutte des classes, et celui, bien réel du Mur de Berlin. Aujourd’hui dans les prisons, il y a la télé à fond en permanence dans chaque cellule pour regarder toutes les séries américaines violentes, BFM TV et les matches de football. La Culture y est plus que pelliculaire. Et pour la plupart de ces jeunes qui sont en prison, très souvent issus de l’immigration magrébine, Israël, c’est avant tout le contexte actuel avec le problème des bombardements sur la bande de Gaza en Palestine. Ça les touche et ils s’identifient aux Palestiniens. Car Israël et sa création en 1948 après la Shoah, ils ne connaissent pas… La seule radicalisation qui existe actuellement en prison, se fait avec des imams autoproclamés. Actuellement la prison est l’école du crime et de la paresse. Il faudrait que ces jeunes puissent travailler et apprendre un métier (charpentier, menuisier, mécano, carreleur, maçon…) Mais ça n’existe pas ! Ils vont en promenade, et ne branlent rien. Et ça c’est valable pour une peine de 6 mois comme une peine de 5 ans !
Moi j’avais douze détenus sur 2000 prisonniers aux Baumettes dans mon atelier d’écriture. C’est une minuscule goutte d’eau ! Dans les tours des quartiers nord de Marseille composés en immense majorité de maghrébins, comoriens, et gitans, le taux de chômage chez les jeunes est de 60 % ! Ils ont décroché de l’école depuis le CM2 , ne savent pas lire correctement et ils arrivent en prison totalement illettrés. Ils fonctionnent avant tout à la culture orale, comme je l’ai fait pendant treize ans. La philosophie générale de la Justice, c’est en fait un abandon de ces jeunes à la récidive. On laisse tomber ! Je suis très pessimiste, car le seul patron qui embauche dans les quartiers nord, c’est la came. Et comme la racine du mal, ce sont les consommateurs, le problème est énorme.
Aujourd’hui, ça parait fou, mais la société a encore besoin, d’alcool et de drogues. Et si les gens achètent des polars, c’est qu’ils sont le reflet et le miroir de la société. D’ailleurs, tous les héros de polar sont des anti-héros ; comme tout le monde ! Quand je suis allé en prison militaire à 19-20 ans, c’est un aumônier et un professeur de philosophie que j’ai rencontrés à l’époque ; et ils m’ont apporté beaucoup. La rencontre d’aujourd’hui en prison ne se fait plus avec les mots, mais avec ces imams autoproclamés qui promettent un idéal fait de chimères avec le paradis et des vierges à la pelle. Et ces jeunes des quartiers nord de Marseille ou des cités de la banlieue parisienne se laissent embobiner par ces beaux parleurs. J’ai très peur pour l’avenir par rapport aux attentats de type Charlie, Hyper cacher, ou Copenhague récemment… »


"LA PRISON EST PLUS QUE JAMAIS L’ÉCOLE
DU CRIME ET DE LA PARESSE !"

- Vous avez beaucoup « ramé » pour arriver à vivre de votre plume. Je me souviens de vous, il y a plus de vingt-cinq ans venant me voir à la rédaction du journal Le Provençal pour me dire « je n’ai toujours pas eu de manuscrit accepté dans les maisons d’éditions à Paris, donc je vais arrêter la littérature… » Et quelques jours plus tard débarquer fièrement à l’agence en me disant : « Les Chemins noirs vont être publiés chez Denoël ! » Aujourd’hui, vous êtes édité dans la prestigieuse collection blanche de chez Gallimard, gage d’une belle reconnaissance littéraire. Mais si c’était ce long parcours du combattant à refaire ? Seriez-vous partant de nouveau ?
- René Frégni : « Je me suis battu pour être publié à Paris. Et j’ai persévéré en continuant d’écrire sur mon cahier d’écolier et en envoyant des manuscrits. J’ai vécu le parcours du combattant, mais je m’identifie aux gens des quartiers nord de Marseille. Car ce parcours-là m’a marqué et je continue donc toujours à délimiter le parisianisme qui sévit au niveau de l’édition, de la politique, de la finance, de la culture ou des médias. Ce sont toujours les mêmes que l’on voit.
- Le festival Blues &Polar aura treize ans en août prochain. Il est né avec vous et Franz-Olivier Giesbert (et votre serviteur) autour d’un café et d’un apéro place de la mairie à Manosque, par le plus grand des hasards. Aurions-nous été des précurseurs à une époque où il n’y avait guère que Maigret, Navarro et le commissaire La Violette comme séries policières à la Télévision ? Alors qu’aujourd’hui il y en a plusieurs chaque soir – et même la journée en replay – sur toutes les chaines publiques, privées, du câble et de la TNT…
- René Frégni : « Nous avons avec nous une équipe d’amis de grande qualité avec qui nous nous réunissons plusieurs fois dans l’année pour discuter des idées, et la montée du polar en littérature n’est pas étrangère au succès de ce festival qui a su rester convivial, familial et fraternel ! Le Polar, c’est l’irruption de l’inconscient dans la littérature et on y retrouve tous nos désirs et toutes nos peurs ! Georges Bataille disait d’ailleurs : Quand la littérature s’éloigne du mal, elle devient ennuyeuse ! Ça explique le succès actuel du polar. Il est très dans l’air du temps ; mais nous, on était déjà dans le train, il y a treize ans »

"JE SUIS TRÈS PESSIMISTE. LE SEUL PATRON QUI EMBAUCHE DANS LES QUARTIERS NORD DE MARSEILLE, C’EST LA CAME "

À CŒUR OUVERT AVEC ...FRANÇOIS MISSEN

- Grand reporter Le Provençal, Le Matin de Paris, RTL,VSD.... Prix Albert-Londres et Prix Pulitzer (collectif New York Day) en 1974.... Carte de presse tricolore n° 19 269 ! Ce petit numéro à cinq chiffres, évoque à lui seul l’immense et très long parcours journalistique de François Missen. Mais ne nous y trompons pas ; cet homme-là, octogénaire élégant au regard d’acier ou de braise (selon l’humeur), reste dans le top 10 mondial des journalistes d’investigation ; lui qui en 1974 a reçu individuellement le Prix Albert-Londres, et de manière collective - avec l’équipe de reporters du New York Day - le Prix Pulitzer. Et c’est pour cette raison - car l’homme est empli d’histoires folles - qu’il est déjà venu participer à plusieurs reprises au festival Blues & Polar. Emotion folle garantie chaque fois ! Un honneur aujourd’hui que d’interviewer celui qui fut pour moi un exemple, quand jeune journaliste au sein de la même rédaction du Provençal, je savais qu’un envoyé spécial du journal se trouvait en Israël, en Lybie, au Vietnam, ou Afghanistan. Et que c’était lui ! C’était encore l’âge d’or d’un vrai journalisme de terrain, même pour la presse régionale. A ce titre, François Missen inspire toujours le respect. Parce qu’il le vaut bien ….

JPT

François Missen, vous avez couvert des conflits dans le monde entier : Vietnam, Algérie, Afganisthan où vous avez même été otage... Les assassinats des journalistes-dessinateurs de presse de Charlie Hebdo (Cabu, Wolinski, Charb, Honoré), celui d’une policière municipale (lâchement dans le dos) et la tuerie qui a suivi à l’hyper cacher de la Porte de Vincennes pour tuer des juifs en France, vous-ont-ils surpris ?

« Totalement ! Je n’aurais jamais pensé que cela puisse arriver ici en France, contre des journalistes et des dessinateurs de presse, et contre toutes ces personnes. C’est vraiment terrible ! Personnellement, j’avais un lien particulier avec Cabu via le Prix Albert-Londres. Et j’ai d’ailleurs envoyé un message à la rédaction (rescapée) pour leur rappeler cette anecdote commune. En effet, moi qui possède toute la collection des Charlie Hebdo depuis sa création, je m’étais toujours juré de ne jamais allé en Espagne tant que Franco serait vivant. Mais quand le « caudillo » a été au plus mal, je me suis dit : « Je vais simplement aller faire mon métier de journaliste à Madrid » et j’ai assisté à cette très lente agonie qui a débuté le 17 octobre 1975 et s’est terminée le 20 novembre. Chaque jour, on lui coupait un morceau du corps pour éviter une gangrène… C’était un vrai feuilleton. Mais le 20 novembre, quand il est mort, il y a eu un défilé de personnalités et parmi elles, le grand toréro Dominguin venu se recueillir devant la dépouille de Franco. Cabu était à côté de moi devant le palais, et je lui ai dit discrètement : « Il ressort avec la queue et les deux oreilles ! ». Et Cabu a transformé ma phrase en dessin… à la Une de Charlie Hebdo ! C’est sorti en France la semaine suivante, mais j’ai passé une sale et dure journée à Madrid, car ma phrase était (je ne sais comment ?) parvenue aux oreilles de la Guarda civile. J’ai été arrêté, auditionné… et j’ai reçu des paires de gifles avant d’être finalement relâché. Sacré Cabu ! »

- Comment voyez-vous l’avenir de la liberté d’expression pour les journalistes dans notre pays ? Craignez-vous un phénomène d’autocensure ?

« Je ne sais pas s’il faut appeler ça de l’autocensure. Le journalisme n’a pas de limite dans la caricature, et il faut continuer à tenir bon. Moi j’ai démissionné du Provençal, quand on a voulu me censurer. J’avais travaillé un mois durant sur la « french connection » à Marseille et j’avais un document formidable. Mais le rédacteur en chef de l’époque (1974) avait peur des représailles de la mafia… Et ça traînait à sortir dans Le Provençal. Quand j’ai su que Le Méridional (concurrent politique de l’époque) allait avoir le tuyau et sortir l’info le lendemain, j’ai annoncé ma démission la veille au soir par téléphone à Gaston Defferre alors qu’il appelait le rédacteur en chef comme à chaque bouclage pour connaître les titres du lendemain. Et Gaston qui m’aimait bien lui a dit : « Il faut que le reportage sorte ! » Et j’ai donc repris ma démission. Mais j’étais allé jusqu’au bout. Il faut tenir bon ! « 

- Vous avez reçu en 1974 le Prix Albert-Londres, qui est la plus haute distinction pour un journaliste et (de manière collective) le Prix Pulitzer pour votre couverture de la French connection faits divers énorme de trafic de drogue entre la Corse, Marseille et New York. Qu’est-ce que cela représente pour vous en 2015 ?
« Avec ou sans le recul des ans, j’en suis très fier. Je préfère ce Prix (Albert-Londres) à toute autre médaille.Car je n’aime pas les médailles ; elles sentent le sapin ou la naphtaline ! »

- Vous avez une carte de presse portant le n° 19 269. Aujourd’hui, on doit arriver à près de 200 000. Y-a-t-il trop de personnes qui sont journalistes professionnels de nos jours, avec l’éthique et l’humanisme qui doivent correspondre à ce métier exigeant ?
« Aujourd’hui quand je travaille, j’évite de dire que je suis journaliste. Car je fais plus de journalisme en écrivant des bouquins. Ça me permet d’aller au fond des choses sans contraintes. Mais j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec les jeunes journalistes. Récemment, des étudiants en journalisme de Marseille, intéressés par mon travail sur Cuba sont venus avec moi à La Havane pour participer à la réalisation de mon documentaire. Et c’était vachement bien ! »

- Quel est le reportage le plus fou que vous ayez réalisé dans votre longue carrière ?

- "Tout le monde se raccroche à la French connection parce qu’il y a eu des films ensuite avec des stars, et qu’on en parle encore. Mais c’est vraiment une bonne question, que mon reportage le plus fou. Incontestablement, c’est en Afrique du sud au moment de l’apartheid. J’étais alors au Matin de Paris avecMax Gallo. Et j’avais envie de raconter une messe de Noël au fond d’une mine là-bas. Je suis donc parti comme touriste avec un faux passeport et sans aucun contact sur place. J’ai alors rôdé dans le Pigalle de Johannesbourg pour trouver un contact. Car tu sais, un bon journaliste, c’est un journaliste mort ou en prison ! Mais il faut aussi avoir de la chance… Donc, je finis par apprendre au cours d’une conversation que l’aumonier des mineurs (incroyable !) est un ancien docker marseillais. J’arrive à le rencontrer et je lui explique mon idée. Mais aussitôt, il m’explique que c’est bien trop dangereux car ils sont tous Mozambiquais au fond. Néanmoins, il me propose de rencontrer deux prêtres catholiques français de Soweto, et là-aussi, nouveau refus. J’étais découragé, mais je suis toujours prêt à saisir la moindre occasion. Le soir de Noël donc, l’aumônier m’invite à manger un morceau, et on boit des bières…. Quand après pas mal de bières ; il me dit : « C’est impossible que tu descendes avec moi, à moins que ….. » « A moins que quoi ? je dis. « Que tu mettes une soutane de prêtre, que tu fasses la messe avec moi, et que tu communies ! » L’aumônier savait que j’étais juif, et que le corps du Christ ce n’est pas mon truc ; mais je ne voulais pas rater une telle occasion. Donc, on est descendus tous les deux en soutane, au fond ! C’est le plus grand moment de ma vie. Moi, le juif, j’ai croqué l’hostie « en communiant avec Jésus » dixit l’aumônier, mais j’ai effectué le plus beau reportage de ma vie !"

- François Missen, vous êtes venus plusieurs fois au festival Blues & Polar, mais l’histoire de la fameuse petite valise grise en carton que vous nous avez amenée en 2010, et dans laquelle une jeune femme Russe - qui n’avait pas le droit de quitter son pays en 1945 - a fait la longue traversée (en bateau) d’Odessa à Marseille pour pouvoir vivre avec son amoureux (un soldat français) nous redonne encore aujourd’hui le frisson et embue nos yeux. D’autant que son fils né de cette union franco-russe était présent à Manosque, bouleversé lui-aussi..... Cette histoire ne pourrait-elle pas devenir un film ?

"J’aimerai bien réaliser le documentaire de cette histoire, même un bouquin ; mais la ligne Odessa-Marseille en bateau n’existe plus. Et Odessa, c’est en Ukraine, où c’est vraiment très chaud actuellement. Si un producteur lit ces lignes, je suis partant…"

- A 81 ans, vous avez toujours plein de projets ? La retraite est un mot définitivement banni de votre esprit ?

« Mon dernier bouquin, c’est « Marseille connection » paru aux éditions Archipel en 2013. Mais actuellement, étant donné que je travaille depuis fort longtemps sur Cuba et que ça bouge avec les Etats-Unis actuellement, je suis sur un projet de documentaires destinés au web, sur la vie à Cuba. Obama et Castro, je m’en fous ; je préfère tourner sur les écoles de boxe des enfants ou sur la religion, car il y a encore du vaudou ici… » Toujours curieux François Missen ; première qualité des vrais journalistes !


Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

"UN BON JOURNALISTE, C’EST UN JOURNALISTE MORT OU EN PRISON. MAIS IL FAUT AUSSI AVOIR DE LA CHANCE…"

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À CŒUR OUVERT AVEC ... PHILIPPE CARRESE

- Réalisateur d’émissions pour la télévision à France 3 Méditerranée, le Marseillais Philippe Carrese - un des parrains historiques du festival Blues & Polar avec Franz-Olivier Giesbert et René Frégni - est un homme attachant, doté de talents multiples (littérature, cinéma, dessin, musique…) et néanmoins d’une grande simplicité. Cinéaste engagé, il n’hésite jamais à sortir des sentiers battus comme pour son premier long métrage Malaterra évoquant l’exil des Barcelonnette au Mexique, tourné dans les Alpes-de-Haute-Provence (qu’il affectionne particulièrement ) et où il sous-titre en français le parler gavot et occitan des acteurs, tous comédiens de théâtre et complices de longue date du Marseillais aux racines napolitaines…. Sans oublier, à chacune de ses sagas suivantes, de faire revivre des épopées peu connues aujourd’hui, comme l’occupation de la Corse par les Allemands et les Italiens (Liberata) pendant la Seconde Guerre mondiale et les combats qui se sont déroulés contre les Italiens (L’Arche de Babel) en Vallée de l’Ubaye ,au col de Larche, et sur les hauteurs du fort de Saint-Ours. L’occasion pour lui de confier au comique marseillais Patrick Bosso, un rôle de soldat à contre-emploi. Une formidable découverte ! Mais pour les amateurs de polars, Philippe Carrese, c’est une écriture pareille à nulle autre, mêlant le parler marseillais à l’envi au cœur de ses phrases….. Engaste et autres cagoles fleurissent ainsi au long de ses pages, et c’est un petit bonheur de déguster comme du « petit jaune », ces expressions respirant le Bérurier façon Vieux-Port et Quartier Nord…. Rien d’étonnant donc que la ville de Trets près d’Aix-en-Provence, ait eu la (bonne) idée d’organiser du 15 au 24 janvier 2015 son « jubilé virtuose » - en référence à son dernier roman Virtuoso obstinato - au château du village avec la projection de ses films : Malaterra, Liberata, L’Arche de Babel, Cassos et le tout récent Comme un rat dont la sortie en salle est imminente. Ajoutez-y des séances de dédicaces autour de ses romans anciens (rééditiés) et nouveaux… et un concert du Carrrese & friends le 24 pour terminer en beauté…. Car Philippe Carrese est aussi un fédérateur d’amitié autour des tubes de Sting, U2, Stevie Wonder et autres Rollling stones ou Doors. Un homme qui sait rallier les énergies via une formule allant de 3 à 15 musiciens. Et ça tourne bougrement bien ! N’hésitez surtout pas à le découvrir !

J.-P.T.

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2014 vient de se terminer ; que retiendrez-vous particulièrement de cette année ?

PHILIPPE CARRESE : « Je retiendrais deux trucs ! Le premier, c’est que je suis revenu en littérature via cette saga familiale napolitaine de fiction qu’est le premier tome de Virtuoso obstinato dont je vais poursuivre la série en 2015, et trois rééditions d’anciens romans épuisés : Les Veuves gigognes, Enclave, et Trois jours d’engaste qui ressort en Poche aux éditions de l’Aube.
Le deuxième truc, c’est que le groupe de musique Carrese & friends tourne de mieux en mieux. On passe de trois à quinze musiciens sans souci et comme on est autonomes techniquement (sono et lights) on ne répète pratiquement jamais. Juste une fois tous les deux mois avec la base du groupe. Mais les copains s’ajoutent selon les circonstances et les lieux de concert, et ça fonctionne vraiment bien ! »

Marseille était capitale européenne de la Culture en 2013 ; cela a-t-il eu de vraies conséquences culturelles pour la ville ?

« Oui et non ! Des infrastructures comme la création du Mucem et la piétonisation du Vieux-Port demeurent et sont importantes pour Marseille. Tout le monde en profite. Mais d’autres s’installent encore aujourd’hui. Ça n’a pas été la folie escomptée, mais c’était pas mal quand même ! »

Vous touchez à tout : écriture,cinéma, TV, musique, dessin, humour… Y-at-il une raison à cela ? Curiosité de tout ou indécision totale ?

« Non ! C’est de la curiosité avant tout ! Chaque média me renvoie à l’autre et j’aime ça. Le cinéma m’amène sur le roman ; le roman sur le scénario, le scénario sur la musique de film, et cette musique me sert pour les montages ! Car mon vrai et principal métier, c’est réalisateur. Je raconte des histoires avec des images et du son. Mais je connais mes limites tout de même. L’avantage, c’est que je ne m’ennuie jamais. »

Quelle place tient dans votre vie et votre métier, la série « Plus Belle la vie » tournée à Marseille en studio depuis 2004, à laquelle vous participez ?

« C’est une expérience vraiment très intéressante mais je rappelle à l’occasion de cette interview, que j’en suis un des réalisateurs. Je ne suis pas dans l’éditorial ; c’est à-dire que je n’écris rien. Mais c’est un exercice formidable qui me permet de faire mon métier de réalisateur dans des conditions exceptionnelles. Et j’ai tout de même un peu de liberté dans la manière de tourner, notamment pour les plans séquences et d’essayer des trucs nouveaux. Enfin, il y a une super ambiance et aucun ego chez les comédiens. Ça fonctionne en fait, comme une grosse troupe de théâtre. »

En août 2015, le 13e festival Blues & Polar, aura pour thème « Le Secret ». A quoi pensez-vous tout de suite ?
PHILIPPE CARRESE : "Je pense qu’un secret n’est plus possible à tenir aujourd’hui, vu le nombre de médias qu’il y a actuellement. Je vois mal comment un secret peut tenir. Pour moi, la paranoïa l’a remplacé ! "

Vous êtes parrain du festival Blues & Polar avec Franz-Olivier Giesbert, René Frégni et Sylvie Giono-Durbet et vous y êtes toujours présent. Pourquoi cet attachement ?
PHILIPPE CARRESE : « Il y a plein de choses ! Les Alpes-de-Haute-Provence où j’ai mes grands-parents du côté de Barcelonnette et où j’ai tourné Malaterra dans la Vallée du Jabron et près de Gap (05). La musique, car c’est comme ça je suis venu pour la première fois à Blues & polar en faisant une jam session sur scène avec mon vieux complice saxophoniste Raphaël Imbert, le groupe Rockset, la Marque jaune, Alain Rivet…. Et puis la littérature et les films, puisque Malaterra et Cassos y ont déjà été projetés au cinéma le Lido ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

* 2006 au mas de la Charbonnière à Manosque : Philippe Carrrese à la guitare, avec Lolly Doc pour un bœuf fantastique. Philippe Carrese Je pense qu’un secret n’est plus possible à tenir de nos jours, vu le nombre de médias. C’est la paranoïa qui l’a remplacé !!!!


À CŒUR OUVERT AVEC... LE PÈRE MICHEL PASCAL

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- Avec sa haute stature, sa soutane noire qui lui va comme un gant, et son éternel sourire à la commissure des lèvres, Michel Pascal, père-abbé du monastère de Ganagobie, incarne une joie de vivre éternelle à n’importe quelle heure de la journée ; comme une aptitude innée au bonheur intérieur... Pourtant (mais c’est là l’explication !) il vit d’une manière monastique depuis plus de cinquante ans, se levant chaque jour en pleine nuit et aux aurores pour prier, chanter, méditer ou travailler pour la communauté. Ce qui lui a valu d’être notre invité au festival Blues & Polar 2011 consacré à L’Amour fou lors de la sortie de son livre A quoi servent les moines ? (Editions Bourin) co-écrit avec Charles Wright, puis pour parler du Parfum dans la religion en 2012. Un amour fou envers Dieu qui ne l’a jamais quitté et qu’il continue de célébrer, notamment à l’approche de Noël. Il est notre invité pour cette dernière Grande interview de 2014 sur le site blues-et-polar.com.

- Père Michel Pascal, que faites-vous actuellement ? Vous êtes à Ganagobie pour préparer Noël ?

"Eh bien, non ! Une ou deux fois par an, nous pouvons bouger pour certaines missions en rapport avec notre fonction. Là, je suis pour une semaine à Marseille chez les Sœurs de Marie Immaculée qui s’occupent de la fondation Valentin Haüy œuvrant en faveur des aveugles, juste en dessous de la Bonne-Mère. Et je donne deux conférences d’une heure par jour ; mais cela n’a rien à voir avec mon livre sur les moines. En fait, c’est une retraite que l’on nous demande d’effectuer sur un thème précis, et moi on m’a chargé de parler de Marie. J’ai travaillé deux mois sur le sujet et c’est vraiment merveilleux ! J’ai écrit un livret de 65 pages, et j’ai découvert que celle qu’on appelle la Vierge Marie n’était pas un ange, mais une femme de notre terre ! Elle a ainsi fait un chemin de foi comme nous tous, alors que ce n’était pas évident pour elle. Et ça l’a même entrainée jusqu’au pied de la croix où son fils agonisait avant de ressusciter. La particularité, c’est qu’elle a su d’entrée qu’elle était l’Immaculée Conception ."

- Votre livre A quoi servent les moines ? a-t-il changé votre vie ?

"Non ! J’en ai vendu plus de 300 exemplaires les deux premières années, puis une centaine par an depuis. Mais il continue à intéresser un certain public et on le trouve encore au magasin du monastère de Ganagobie. En revanche, ce livre m’a intensifié, et m’a poussé à être toujours dans la fidélité de Saint Benoit qui a fondé notre ordre. Mais c’est vrai que j’ai été invité à Paris, Tours, Lyon, Marseille, Chambéry… pour parler de ce livre - ainsi qu’à Blues & Polar à Manosque deux fois et que c’était très enrichissant. Mais je suis quand même moine avant tout ! - Noël approche ; comment le prépare-t-on au monastère de Ganagobie ? _ Pour nous, c’est le temps de l’Avent, et c’est une période très belle que l’on prépare, avec notamment la messe de Minuit du 24 décembre où nous offrirons, comme chaque année, thé, café et brioches aux personnes venues assister à l’office de la naissance du Christ.
Car il y a toujours foule à Ganagobie ce jour-là, malgré la route sinueuse pour monter au monastère et découvrir la crèche provençale que nous réalisons chaque année avec de superbes santons. Mais elle est derrière une vitre désormais… "

- Lors de votre jubilé en 2012, vous m’avez confié que 2015 sera une très grande année pour Ganagobie ?

"Incontestablement ! Nous préparons trois fêtes religieuses pour les 150 ans de la fondation (à Marseille) de l’abbaye de Solesmes (Sarthe) devenue Sainte Marie-Madeleine de Marseille, patronne notre communauté de Ganagobie. Et c’est un événement ! Mais il faut se rappeler qu’en 1905, en raison de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la communauté de Sainte-Marie Madeleine s’est exilée en Italie à Chiari, près de Brescia. Et c’est de là qu’est sorti Giovanni Battista Montini qui allait devenir le pape Paul VI, juste après Jean XXXIII. Pour ces trois fêtes nous recevrons les religieux de la région, les provençaux et les amis proches"..

- Lorsqu’on est moine à Ganagobie vit-on en autarcie totale, complètement coupé du monde et de la vie actuelle (TV, journaux, internet…) ?

"Pour être clair, dans les monastères, nous sommes informés surtout par les journaux. Ici on lit La Provence pour les informations de la région et La Croix. Je les parcoure et j’ai su ainsi que le pape François s’était rendu en Turquie et était allé à Constantinople, à Sainte Sophie et à la Mosquée bleue. Ce sont des gestes importants. Mais certains frères sont des passionnés de football et suivent l’OM ; moi pas ! Il faut dire aussi que mon travail de caviste est très prenant, car le vin tient une place importante et symbolique dans la religion .

Quel souvenir gardez-vous de vos deux passages au festival Blues & Polar de Manosque ; au beau milieu d’écrivains et de bluesmen ?

"J’ai le souvenir de beaux moments de convivialité à la chapelle de Toutes-Aures, avec un public nombreux et intéressé, et des auteurs très sympathiques . Notre prochain thème, en 2015, sera « Le Secret »

A quoi pensez-vous ? _ Au secret des cloîtres qui n’existe pas... et à Polichinelle !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

Marie n’était pas un ange, mais une femme de notre terre .

À CŒUR OUVERT AVEC....FRANZ-OLIVIER GIESBERT

Même s’il a pris un léger recul au sein du magazine Le Point, dont il fut longtemps directeur général, le parrain de Blues & Polar, Franz-Olivier Giesbert - enfant du baby-boom - reste un journaliste toujours aussi fasciné par l’information. Et il signe d’ailleurs, chaque semaine dans l’hebdomadaire Le Point, un éditorial toujours bien senti qu’on aime dévorer dès sa parution comme une gourmandise, car FOG n’a pas sa langue dans sa poche, et reste un emmerdeur né dans tout débat. Eh oui, l’homme possède un disque dur sur la mémoire politique de ce pays, comme peu de gens peuvent y prétendre ; faisant même rimer parfois insolence et impertinence. A l’image de son dernier éditorial consacré à Giscard et la conspiration des babachous ... Preuve irréfutable de son enracinement désormais amoureux envers Marseille puisque l’expression babachou signifiant sot ou nigaud, est tiré du Dictionnaire du marseillais publié chez Edisud. Confident de Mitterrand et de Chirac, il a côtoyé tous ceux qui un jour ont actionné les rênes de la France, sans pour autant voir enfler son tour de tête. Animateur du magazine philosophique Les Grandes questions chaque jeudi soir à 21h 40 sur France 5, nouveau membre des Grosses têtes sur RTL, FOG est donc tous azimuts actuellement, puisqu’outre ses deux ouvrages consacrés aux animaux et à leur abattage scandaleux, notamment du côté de la viande hallal, on le retrouve aussi dans Des Paroles et des Actes sur France 2 où il agit en Grand témoin de l’émission et de la prestation des politiques invités. Ceci n’empêche pas le parrain du festival Blues & Polar (avec Philippe Carrese, René Frégni et Sylvie Giono-Durbet) d’écrire également pour le plaisir comme un écrivain ; un monde littéraire dans lequel il aime se plonger depuis sa tendre enfance normande, aimant autant le polar que la rédaction d’un essai philosophique, à la façon d’un boulimique du temps qui sait toujours se lever aux aurores, et qui voit désormais (selon lui) ses oliviers de Mérindol… aussi souvent que la Tour Eiffel ! Pas de souci en revanche pour le cuisiner un peu dans le cadre du site blues-et-polar.com qui accompagne désormais notre festival tout au long de l’année avec des infos et des interviews, car Franz - comme on préfère l’appeler en Haute-Provence - reste un homme disponible et terriblement fidèle en amitié.

Blues & Polar : Depuis L’Immortel et Le Lessiveur vous n’avez plus écrit de polar ? Pourtant, L’Immortel qui raconte l’histoire - à peine romancée - de Jacky Imbert dit Le mat , a été un gros succès de librairie, porté à l’écran très rapidement par Richard Berry, avec des pointures du grand écran comme Jean Reno, Kad Merad…

FOG : Je vais en refaire, c’est sûr ; car j’aime bien écrire des polars. Mais j’ai toujours trop d’idées de romans en tête, en même temps. Il faut arriver à se faire des priorités ; alors je suis mon intuition. Mais j’ai toujours besoin d’un personnage comme dans L’Immortel ou Le Lessiveur. Et il y a un moment où ce personnage s’impose à toi. Là, tu peux commencer le roman ! "

Blues & Polar : journaliste ou écrivain ; quel est votre rôle préféré ?

FOG : Depuis longtemps journalistes et écrivains vivent en concubinage. Joseph Kessel, Mark Twain, André Malraux, Jean Dutourd, Georges Bernanos, Lucien Bodart, Albert Camus… et avant eux Balzac qui a rédigé « La Monographie de la presse parisienne », Proust, Maupassant, et Zola qui a été un immense journaliste. Mais il y a une grande contradiction entre les deux. Ecrire un roman est plus gratifiant ; c’est une écriture différente. Et c’est pour ça que je rédige mes romans le matin avant 5 heures avant ma journée de journaliste. Néanmoins, le journalisme n’est pas un genre mineur. On a des sensations très fortes en lisant des articles parfois. Mais l’écriture journalistique est une technique qui s’apprend. Et plus on écrit dans un journal, plus c’est facile. « On pisse la copie » comme on dit dans notre jargon ! Mais l’écriture littéraire n’a rien à voir même si des liens existent entre les deux. Et on ne peut pas mélanger les deux."

Blues & Polar : Et le polar dans tout ça ? C’est toujours de la littérature de gare qu’on achète sur le quai avant un long voyage, juste pour se distraire, comme certains disent encore ?
FOG : C’est très français de faire des hiérarchies avec la littérature d’en haut et la littérature d’en bas. Mais tout est bon à lire ! Georges Simenon est sûrement un des plus grands écrivains de langue française. Et il a écrit énormément de polars. Mais le polar est un genre qui nécessite beaucoup de documentation pour être crédible, et qui par certains côtés est très proche de l’exigence du journalisme. Il peut être dans la fiction, mais pas trop. « La Cuisinière d’Himmler » que j’ai écrit il y a deux ans est un vrai roman, mais le suspense – comme dans un polar - est là. On doit pouvoir procurer au lecteur, ce que les Américains appellent le « Turn cover » ; c’est-à-dire l’envie de tourner les pages fébrilement pour savoir la suite. Et c’est ce que j’essaie de faire. "

Blues & Polar : La retraite professionnelle, c’est comme la solitude de Léo Ferré ; ça n’existe pas pour vous ?
FOG : Si ! Si ! Officiellement je suis à la retraite ayant commencé dans le journalisme à Paris-Normandie de très bonne heure. En conséquence, je profite de ce droit d’avoir un peu de repos, je jardine plus, je m’occupe de mes oliviers, je vois mes enfants beaucoup plus… et j’en suis heureux. Mais je continue à être journaliste. Je voyage, j’écris… et je mourrai en travaillant ! Je suis un peu partout, mais pour moi le travail c’est avant tout l’écrit. Néanmoins, j’aime bien présenter « Les Grandes Questions » sur France 5 à 21h 40, avec mes trois acolytes philosophes en jupon que sont Mazarine Pingeot, Eliette Abecassis et Géraldine Muhlmann (il y a des changements en ce moment). On a déjà reçu l’ancien Premier ministre Alain Juppé, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, Jean-Claude Amaisen président du Comité consultatif national d’éthique dont l’émission « Sur les épaules de Darwin - Sur les épaules des géants » chaque samedi matin à 11 heures sur France Inter fait un véritable carton et Eric Zemmour pour son livre Le Suicide français qui caracole en tête des ventes en France aux côtés de Daniel Cohn-Bendit et Richard Attias.... »

Blues & Polar : Le festival Blues & Polar de Manosque s’apprête à vivre sa 13e édition en août 2015 ; Vous en êtes à l’origine, via une rencontre journalistique mutuelle pour la sortie de votre roman Mort d’un berger. Que représente-t-il pour vous, qui êtes (presque) toujours présent à Manosque ?

FOG : C’est une initiative formidable que j’ai ratée deux fois en douze ans ; mais j’aime les rendez-vous fraternels !


Propos recueillis par Jean-Pierre TISSIER


" Georges Simenon est sûrement un des plus grands écrivains de langue française. Et il a écrit énormément de polars. "

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À CŒUR OUVERT AVEC...INGRID ASTIER

Son Quai des enfers (Editions Gallimard, Série noire) couronné en 2012 dans le cadre du 10e festival Blues & Polar ayant pour thème « Le Polar et le parfum », est encore dans notre mémoire et nos tripes, pour l’intrigue, et le prodigieux suspense que ce roman dégageait au fil de ses lignes et du cours de la Seine, via une mystérieuse barque transportant des corps mutilés ou momifiés, près de l’ile Saint-Louis, au coeur de Paris. Ingrid Astier qui vient de sortir fin août, toujours chez Gallimard noir, un nouveau roman baptisé Petit éloge de la nuit aurait eu parfaitement sa place dans notre dernière édition du festival Blues & Polar traitant de La Folie de la nuit ...
Ingrid Astier, pourquoi cette attirance, voire cette fascination, pour le monde de la police, la nuit ?
Petit éloge de la nuit, sorti le 28 août, est d’abord un essai, pas un roman. Mais un essai vivant. On pourrait donc dire un essai romancé… Ce sont de petites histoires, totalement inédites, sur le monde policier de la nuit, mais aussi des notes vagabondes, des souvenirs et des dialogues croisés, tant avec des policiers qu’avec un chirurgien, un musicologue, une psychiatre ou mon frère qui parle d’astronomie et rappelle qu’en ville, les gens se plaignent de la pollution, mais jamais d’être privés de la Voie lactée ! Pour le versant policier, j’ai passé des nuits avec la Brigade fluviale, une nuit à l’état-major du 36 Quai des Orfèvres, et questionné un policier de l’anti-gang sur ses nuits de planque. J’ai observé aussi - ce qui est plus rare - le groupe Cabarets de la Brigade de répression du proxénétisme — la Mondaine, que j’ai pu suivre. On trouve encore la Crime. J’ai récolté de nombreuses anecdotes mais je voulais une lecture libre, d’où le choix d’un abécédaire de la nuit. Car la nuit est un véritable coffre-fort que l’on ouvre, avec, à l’intérieur, d’infinis brillants. Il y a du clinquant aussi, l’envers du brillant. Ma plongée dans le monde des cabarets, comme le passage sur Tony Gomez, le Roi de la nuit, fut avant tout une plongée dans l’humain, qui n’a rien de thérapeutique. J’avais envie d’offrir un éventail plus large sur la nuit que dans le simple cadre d’un roman. Car la nuit, tout est plus apparent, malgré le noir. Pour moi, la nuit est un éloge de la vérité, de ce que l’on est, au fond, au plus près de soi. Elle est un révélateur de notre part sensible, donc de notre sincérité. Pensez juste à ce que l’on griffonne de jour, et à ce que l’on ose écrire de nuit. Il y a, la nuit, une part de soi, plus sincère, plus sensuelle aussi. Le jour, on écrit pour payer des factures, signer des chèques… La nuit, on écrit des poèmes, des chansons, des lettres d’amour qu’on n’assume parfois pas le lendemain. Se révèle alors la folie de la nuit...."

La trame du roman policier est-elle toujours votre principale source d’inspiration ? Et pourquoi ?
"Ce qui m’intéresse dans l’écriture, c’est l’humain avant toute chose. Simplement parce que je ne me situe pas dans le jugement. Pour l’instant, le roman policier est l’univers qui me permet d’être la plus libre. Et dans ce domaine particulier qu’est le polar, je peux aller loin dans mon amour du langage populaire. D’où un nécessaire travail de terrain, de proximité. Je ne peux faire l’impasse sur l’immersion. Cette phase peut durer plusieurs mois, voire deux ans comme pour Angle mort et sa plongée dans le grand banditisme. C’est un travail souterrain, patient, que l’on doit au lecteur. Que ce soit sur la Mondaine ou la Brigade fluviale sur la Seine, qui était au cœur de Quai des enfers, il faut savoir de quoi l’on parle. Idem pour le parfum ou la musique ! "

Justement ; la musique tient-elle toujours une place primordiale voire stratégique dans vos romans ?
"Je travaille dans la justesse des situations et de l’intrigue ; et plus sur le naturel que sur le réalisme. Ainsi, la musique est l’antichambre de mon écriture. C’est l’alliée de chacune de mes lignes. C’est très varié dans les genres. Cela va du groupe Black Sunshine , dont le chanteur, Matt Reardon, est un skieur de l’extrême, un free rider (hors-pistes) passionné et tourmenté, qui me sert pour mes personnages déjantés du type Rémi Jullian dans Quai des enfers ou pour le fougueux Stephan, le héros d’un roman à paraître chez Syros en avril prochain. Jusqu’à Chopin dont je parle dans le Petit éloge de la nuit. Avec un musicologue, j’ai noué un dialogue pour comprendre pourquoi La Berceuse en ré bémol , opus 57, de Chopin me rend toujours mélancolique, mais au bon sens du terme. J’ai demandé aux deux frères du groupe dDamage, Fred et Jb, de me parler de la nuit. Je parle aussi de AC/DC, l’un de mes groupes préférés, et d’un morceau comme Orion de Metallica qui m’accompagne depuis toujours."

La cuisine – un de vos péchés mignons - est-elle en sommeil dans vos romans ? " Mon livre le plus important dans ce domaine s’appelle Cuisine inspirée, l’audace française, et il s’ouvrait sur… l’art équestre de Bartabas. En fait, je me penchais déjà sur des personnalités fortes, des gestuelles et des expressions, pour croiser les différents arts. Je parlais des sens et du goût. Mais jusqu’au goût des mots, jusqu’à la mâche de ces mots en bouche — et c’est resté ma marotte. J’ai une vraie gourmandise pour le langage, comme lorsqu’un vrai voyou dit : Schlasse-moi un bout de pecorino pour Coupe-moi un bout de fromage ! "

Quel souvenir conservez-vous de Manosque et du « Coup de cœur Blues & Polar Sylvie-Turillon » que vous avez reçu en 2012 ?
La sincérité des gens et de toute l’équipe. Le sourire de chat de Franz-Olivier Giesbert. Et les parfums de la Provence ! Là-bas, on n’économise pas le soleil… On était dans un rapport humain simple et direct. Voilà pourquoi ce Prix m’a marquée. "

Propos recueillis par Jean-Pierre TISSIER

« J’aime la mâche des mots que l’on a en bouche. C’est resté ma marotte ! »

Retrouvez Ingrid Astier sur son site : http://www.ingridastier.com


A COEUR OUVERT AVEC.. JACQUES-OLIVIER BOSCO

Prix Blues & Polar/Comtes de Provence 2014

- Des mots qui claquent, et jaillissent comme d’une source où se mêleraient la sueur, le sang et les larmes. Blood, sweat and tears ! A l’image du groupe éponyme des « seventies » et de son flamboyant chanteur, Clayton Thomas, celui qui savait envoyer des salves d’étoiles avec une voix de feu, supplantant les cuivres tonitruants de son propre combo par son simple talent... Jacques-Olivier Bosco, ce sont des mots qui chantent, crient, vocifèrent, et chialent parfois. « Loupo », notre Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2014 n’a laissé personne indifférent, ni indemne, tant il nous a interpellé sur la nature humaine et ce qu’elle peut engendrer de pire. De la sueur, du sang, et des larmes ; toujours !

- Jacques-Olivier Bosco, le 5e Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence décerné en hommage à ma regrettée consœur journaliste Sylvie-Turillon (après Jean Bulot, Fabienne Boulin-Burgat, Ingrid Astier et Maurice Gouiran), est votre premier Prix. Que ressentez-vous ?
"C’est un immense plaisir car il y a énormément de romans policiers qui sortent en France et un Prix peut changer beaucoup de choses pour un jeune auteur. Dès que j’ai su que j’avais le Prix (deux semaines avant le festival) ma maison d’édition, Jigal à Marseille, a informé beaucoup de monde et des maisons d’édition également. « Loupo » qui était en attente d’être publié chez Pocket va sûrement l’être plus rapidement. Et je viens aussi d’être invité par plusieurs festivals, et non des moindres : Toulouse où je vais intervenir dans un collège de la banlieue toulousaine, Cognac, Vienne, Montigny-Lès-Cormeilles.. Tu sais, même être nominé ça compte pour un jeune auteur. "

- D’où vient ce style particulier avec une écriture au lance-flammes et des mots emplis de rage tels des braseros brûlants ?
" Ça fait quatre ans que je suis édité, mais c’est en 1998 que j’ai vraiment commencé à écrire. J’ai longtemps eu des idées noires et un parcours de vie très chaotique dont je n’aime pas parler. Mon style écorché et rageur vient de là ! J’ai besoin de faire sortir quelque chose de moi, alors je dramatise, je noircis le tableau et cela agit comme une catharsis. Mais ça marche ou ça ne marche pas ! Dans ma vie, j’ai eu la chance de rencontrer José Giovanni dont le film Le Trou raconte son évasion ratée de la Prison de la Santé à Paris. C’était en l’an 2000 à Nice où il était invité du Salon des écrivains. Je lui avais laissé des nouvelles pour qu’il les lise, car il était absent ce jour-là. Je ne me faisais pas trop d’illusions , mais quand je suis repassé il avait laissé un courrier très encourageant, qui est d’ailleurs encadré précieusement chez moi. Tu sais, José Giovanni, Le Clan des Siciliens…. Toute cette époque je suis incollable là-dessus ! Trois mois avant sa mort, il m’a envoyé une lettre de conseils de son lit d’hôpital. Il me disait « qu’on écrit bien, ce qu’on connaît bien ». Alors je me suis inspiré du Clan des Siciliens et de Il était une fois dans l’Ouest pour écrire un roman en hommage à José Giovanni. Ce que j’aime, c’est le romantisme noir de Baudelaire ou d’Hôtel du nord. J’écoute aussi beaucoup de musique et ça se retrouve dans l’énergie de l’écriture. Pour « Loupo », ce sont des phrases courtes, et ça convient bien pour ce livre-là."

- Le polar d’aujourd’hui aide-t-il à mieux comprendre la société qu’auparavant ; lui qui a longtemps été considéré comme une simple littérature de gare ?

" Il y a plein d’écoles et de chapelles du polar. Même des intégristes ! Moi j’aime celle du looser (perdant) qui n’a pas de chance. Mon idée, c’est qu’on fait du polar pour être divertissant ; pas pour faire une thèse ! Néanmoins, il y a dans le polar à l’ancienne, des valeurs sur la famille qui me touchent beaucoup et auxquelles j’adhère. Je ne donne pas de réponse dans mes romans, mais je lance des pistes de réflexion. Ainsi, dans « Loupo » je reviens à des expressions d’argot parisien découvertes à la lecture de Léo Mallet. C’est une manière de voir les évolutions du langage… Dans « Aimer et laisser mourir » je prends plutôt la défense des femmes maltraitées par les mafias… "

- Quels sont vos projets immédiats ?

"Grâce à « Loupo » et à Blues & Polar- et aux bons retours actuels des médias - je vais à Toulouse les 10 et 11 octobre, puis à d’autres festivals du polar. Je viens aussi d’écrire un nouveau roman. Un gros pavé de 330 pages nommé « Quand les anges tombent »qui sort ces jours-ci chez Jigal. C’est l’histoire de cinq enfants kidnappés et dont les cinq parents partent à leur recherche pour faire justice eux-mêmes. "

Propos recueillis par Jean-Pierre TISSIER



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